LA POPULATION. — LES IMPOTS
du comte de Mas-Latrie (1) sur les relations du Maroc avec les nations chrétiennes, ou celui de M. Nettement, sur la conquête d’Alger (2), de voir qu’avant saint Louis, Marseille entretenait avec Genta des relations commerciales considérables, de lire une liste d’objets importés ou exportés qui dénote un trafic des plus étendus. Il est impossible de ne pas apercevoir, en comparant ce que fut l’Afrique il y a un millier d’anneés et ce qu’elle est aujourd’hui, combien l’influence musulmane y a été funeste, de ne pas désirer que cette influence fasse place le plus tôt possible à un système politique moins borné, moins démoralisateur.
A ne parler que des céréales, le Maroc pourrait tirer de leur exportation une richesse considérable; le sol est en effet presque partout d’une fertilité extrême, et, les champs, qui ne reçoivent jamais d’engrais, qu’on laboure seulement avec de misérables socs en bois, rapportent jusqu’à trois récoltes par an. Mais que servirait aux industrieux Berbères de récolter plus qu’ils ne peuvent consommer, puisque toute vente de grains à l’étranger est interdite et que les greniers sont vidés à époque fixes
(1) Relations de commerce de l'Afrique septentrionale ou Maghreb , avec les nations chrétiennes au moyen âge. par le comte de Mas-Latrie, membre de l’Institut. Paris, Didot, 1886.
(2) Histoire de la conquête d’Alger, par Alfred Nettement. Paris, Lecoffre.
par les agents du sultan ou pillés par ses troupes.
Toute la préoccupation des sujets de l’empereur consiste à se mettre en état de payer le tribut, à en payer le moins possible, et pour satisfaire à ce dernier desideratum, il est nécessaire de produire juste de façon à ne pas mourir de faim. L’impôt, qui est au Maroc le grand souci de chacun, des uns pour le prélever, des autres pour s’y soustraire, se perçoit de trois façons différentes : El-Zecca, Y Atchour et la Ferda, façons dont l’une, la Ferda est absolument particulière au pays.
Les deux premiers tributs : F Atchour et le Zecca, perçus sur le bétail et le bénéfice des récoltes, sont des obligations religieuses prescrites par le Coran. Quant au troisième, la Ferda, il représente une contribution de guerre, reste d’anciens droits payés aux conquérants par les vaincus, d’après cette idée, base du système gouvernemental du Maroc, que si une tribu s’enrichit, elle ne tarde pas à puiser dans son bien-être, des idées d’indépendance et de révolte.
L’impôt, sous ses trois formes, ne serait pas ruineux pour les populations, si le gouvernement le touchait ou le faisait toucher conformément aux prescriptions du Coran.
Malheureusement il advient que les agents