LA POPULATION. — LES IMPOTS
(i oumanahs ) chargés d évaluer les moissons et les bestiaux, se livrent, dans leurs appréciations à des erreurs telles, que la dîme fixée par eux atteint souvent la valeur totale des recettes ou des troupeaux. Comme le malheureux contribuable n’a aucun moyen de réclamer, il en est réduit à payer et à se taire ; quant à résister, il ne faut pas qu’il y songe, la prison ou la bastonnade se chargerait de lui prouver qu’il a eu tort.
Ceci est dit, bien entendu, pour les pays du Maghzen, c’est-à-dire, ceux dans lesquels l’impôt est consenti bénévolement par les populations.
Dans les pays de Siba, les choses ne sont pas aussi faciles. Il est un certain nombre de ces territoires desquels le sultan n’a jamais pu tirer un flousse, cette pièce dont cent vingt font un franc; quant aux autres, ceux auxquels Sa Majesté chérifienne cherche, de temps en temps, à soutirer quelques piastres, la perception s’opère de la façon que nous allons dire.
Chaque année le gouvernement du Maghzen invite les kebilas insoumises à lui verser un impôt dont la quotité est tantôt fixée, et tantôt aussi laissée à la généreuse appréciation des tribus. Celles-ci font généralement la sourde oreille. Alors le sultan monte à cheval, rassemble son armée et procède à coups de fusils à
LE MAliOC.
la rentrée des deniers de l’État. Gomme les récalcitrants sont nombreux, comme le pays est vaste, l’empereur passe sa vie dans cette existence nomade, et, soit d’un côté, soit de l’autre, on peut dire sans exagération, que le nombre de jours où il n’est pas en expédition est infiniment restreint (1).
Après avoir arrêté de quel côté il tournera ses pas, l’empereur s’avance, précédé de ses troupes dans la direction de la tribu sur laquelle il a jeté son dévolu. Le pillage, l’incendie, la razzia marquent aussitôt son passage. Comme il a un petit nombre de troupes et qu’il tient à les ménager, quand une tribu se résout à l’attendre de pied ferme, il ne fait pas donner tout d’abord l’assaut par ses troupes régulières. On cherche, dans les environs, une kebila en guerre avec la kebila rebelle, on excite son fanatisme et ses rancunes, puis on la lance en tête de colonne sur les récalcitrants. Ces derniers font généralement des premiers assaillants un grand carnage, mais, au bout de quelques heures de lutte, ils sont épuisés ou tout du moins fatigués. C’est alors que le sultan ameute sur les pauvres hères à bout de forces, ses propres bataillons.
(1) « Le gouvernement n’a pas cle siège déterminé : pour maintenir son peuple dans le devoir et assurer le rendement des impôts, le sultan est obligé de voyager très souvent. » Le Maroc moderne.