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LA POPULATION. - LES IMPOTS, ETC

Ap rès une lutte plus ou moins acharnée, les malheureux Berbères sont le plus souvent écrasés, et alors tout ce qui reste debout est massacré si ce sont des hommes, des femmes ou des enfants, et rasé ou incendié s’il s’agit de maisons. Quant aux bestiaux, aux chameaux, aux mulets, aux moissons, tout vient grossir le butin du vainqueur, qui, chargé de dépouilles opimes, s’en va un peu plus loin chercher de nouvelles victimes et de nouveaux lauriers.

Cette façon d’inculquer à ses sujets l’amour de sa personne, ne produit pas l’effet auquel on pourrait s’attendre. Que le sultan soit tendrement aimé dans son empire, nous n’oserions le prétendre, mais, outre qu’il est craint, sa qualité, à peu près reconnue partout, de chef religieux, de représentant de Mahomet, lui permet de commettre ses exactions sans que son nom soit exécré. Si étrange que soit ce résultat d’un fanatisme aveugle et inintelligent, il existe.

On assure que, cédant à des influences britanniques dont nous parlerons un peu plus loin, le nouveau sultan désirerait remplacer par des taxes fixes les anciens impôts levés jusqu’ici de la façon un peu brutale que nous venons de dire. Malheureusement, ces projets, fort louables en apparence, semblent devoir se heurter fatalement à deux obstacles insurmon-

tables : d’abord les préjugés religieux, en second lieu les mœurs des populations de l’intérieur qui jurent avec toute idée de contrôle régulier et qui menacent, si le gouvernement chérifien s’entête à poursuivre sans méthode son plan intégral de réformes, de créer un état de choses encore plus chaotique que la situation présente.

C’est devenu un lieu commun de dire que les peuples n’ont que les réformes qu’ils méritent et que l’introduction brutale de progrès qui ne répondent pas à l’atmosphère du milieu où on les implante n’est propre qu’à jeter le trouble dans la machine sociale.

Or, le Maroc est encore si loin du relatif degré de civilisation que supposent ces réformes, les habitudes de concessions y sont tellement invétérées que l’inopportunité de réformes aussi radicales saute aux yeux du moins clairvoyant.

Mais peut-être les instigateurs du nouveau projet d’impôt ont-ils de tout autres vues que le bien des sujets de chérif. Nous reviendrons sur la question à propos des relations du gouvernement anglais avec le Maroc.

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