‹ Le MarocChapitre 31 sur 42 · PREMIERS CONSULS FRANÇAIS A FEZ · texte numérisé non relu

PREMIERS CONSULS FRANÇAIS A FEZ

tenu qu’au prince d’en accepter la suzeraineté. Malheureusement, occupé sur le continent à cette terrible croisade contre l’Anglais qui dura près d’un siècle, le souverain français n’était point à même de secourir sur de lointaines mers les aventuriers intrépides qui essayaient d’y porter notre influence et notre civilisation. Béthencourt, abandonné du roi de France, remit sa conquête sous la protection des princes de Castille et sans rien demander, sans autre récompense que l’honneur d’avoir créé à son pays des droits certains et incontestables à la possession du nord de l’Afrique, il revint mourir dans ses terres de Normandie, plus pauvre qu’il n’en était parti.

S’il est permis de regretter que la France se soit laissée distancer dans la voie qu’elle avait ouverte avec Béthencourt, il ne faut pas s’étonner outre mesure d’un fait qui tient surtout à la situation géographique de notre pays. Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour comprendre que des peuples, comme les Portugais ou les Espagnols étaient dans de meilleures conditions que nous pour tenter le hasard des mers et la fortune des découvertes.

Assurément ils ne jouissaient pas à l’intérieur d’une paix plus durable, la lutte contre les Maures sévissait alors dans toute sa sauvage énergie, mais la contemplation pèrma-

nente de l’Océan a toujours produit chez ceux qui l’ont sous les yeux une fascination irrésistible. Comme une merveilleuse sirène, l’Océan les appelait. Ils répondirent donc à son appel, mais loin d’être comme l’enchanteresse de la fable une perfide maîtresse, on sait quel dispen-

Vue sur l’Océan.

sateur bienfaisant fut pour les Espagnols et pour les Portugais ce génie des tempêtes qu’a immortalisé Camoëns.

Cependant le temps n’était point éloigné où nous allions reprendre la glorieuse tradition nouée par Béthencourt dans l’océan Atlantique et sans parler du traité signé en 1507, « entre le Grand Seigneur et les consuls des Catalans et François pour le faict de commerce (1) », nous

(1) Mss. Harlay. n° 238, p. 1.

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