L'INVASION HILALIENNE
se sont formées des tribus nouvelles, constituées d'éléments divers auquels il est difficile d'assigner une origine exacte. Evidemment, l'invasion du xie siècle a beaucoup contribué à arabiser et à islamiser les indigènes de l'Afrique du Nord. Cependant il ne faudrait pas exagérer cette influence. Les Berbères, même lorsqu'ils ont oublié leur langue pour apprendre celle des envahisseurs, ont certainement gardé une énorme supériorité numérique. Il y avait d'ailleurs des nomades dans l'Afrique du Nord bien avant l'invasion arabe; il y en a eu de tout temps, et les plus nomades de tous les nomades, les Touareg, sont précisément des Berbères. Au point de vue religieux, les hordes pillardes du xie siècle n'ont pas dû avoir non plus une très grande action. Les Arabes nomades ont toujours passé pour très sceptiques et très indifférents, contrairement à l'idée qu'on s'en fait quelquefois. L'islamisation a été surtout l'œuvre lente des missionnaires qui, depuis plusieurs siècles, parcouraient le Maghreb, et d'ailleurs le grand renouveau de l'islam dans l'Afrique du Nord ne coïncide pas avec l'invasion hilalienne : il ne s'est produit qu'au xvie siècle.
Au moment même où les Arabes nomades venus de l'Orient envahissent l'Afrique du Nord, un puissant empire berbère, celui des Almoravides, s'élève à l'autre extrémité du Maghreb. Dans le désert qui s'étend entre l'Atlas, le Sénégal et l'Atlantique vivaient des tribus berbères de la souche des Sandadja (Zenaguen, pluriel berbère de Zenaga, d'où dérive le nom du fleuve Sénégal). On les appelait les Molathemin, les voilés, à cause du litham ou voile qui leur couvrait le visage. Au IXe siècle, l'Islam avait pénétré jusqu'à eux, et ils s'étaient
convertis à la religion du Prophète. Ils en savaient d'ailleurs très peu de chose, et le seul enseignement qu'ils en avaient retenu, c'était le devoir de la guerre sainte contre les nègres du Soudan, païens haïssables. Au xie siècle, ils passent au premier plan, entraînés par des missionnaires musulmans qui habitaient un ribat ou couvent fortifié dans un îlot du Sénégal. De ce lieu de retraite pour la prière et de préparation pour la guerre sainte partaient de fructueuses razzias, dont le prosélytisme était le prétexte et l'amour du pillage le mobile le plus puissant. Une force militaire fut constituée, comprenant des cavaliers montés soit sur des méharis, soit sur des chevaux, et des fantassins bien disciplinés armés de longues piques et de javelots. Une caisse fut créée, où l'on déposait les produits de la dîme. On appelait ces hommes les Moudjahidin, c'est-à-dire les combattants du djihad, de la guerre sainte, ou encore les Morabitin, à cause du ribat auquel ils étaient attachés. De ce mot de Morabitin dérive à la fois le mot Almoravide et le mot marabout. Vers 1033, une première course à travers le désert conduisit les Almoravides d'abord au pays de Dra, puis à Sidjilmassa, qu'ils enlevèrent aux Magraoua avec un énorme butin. Ils détruisirent avec une haine sauvage les instruments de musique et les lieux de plaisir où l'on vendait du vin; puis ils allèrent ravager les pays nègres jusqu'à la grande ville d'Aoudagost. Vers 1056, une nouvelle campagne les conduisit dans le Sous, à Taroudant, puis, franchissant l'Atlas, ils détruisirent le royaume d'Aghmat, conquirent la province du Tadla, enfin détruisirent les Berghouata schismatiques.
Le véritable fondateur de l'empire almohade est Youssef-ben-Tachfin. C'était un Saharien de la tribu des Lemtouna. On nous le représente de taille moyenne, maigre, la barbe rare, les cheveux crépus, les sourcils joints, le teint brun. Il était austère, simple dans sa