Publiée par le comte H. de Castries
1764, il fonde Mogador (Soueïra); en 1769, il assiège Mazagan, la seule localité que les Portugais eussent conservée sur le littoral atlantique : la place est évacuée. Seuls les Espagnols s'obstinent à garder les Présides, rochers hérissés de murailles, bagnes et places fortes, pierres d'attente sur lesquelles ils n'ont jamais rien bâti.
Au xixe siècle, l'histoire du Maroc présente de moins en moins d'intérêt; le pays n'évolue pas, ne s'organise pas, et ses institutions ne subissent aucune modification essentielle. Toute l'histoire du Maghreb se résume dans les efforts du pouvoir chérifîen pour se défendre contre l'influence de jour en jour plus envahissante de l'Europe. La politique suivie à cet égard par les sultans a été ingénieuse, persévérante et longtemps couronnée de succès. Elle a consisté à opposer les unes aux autres les puissances européennes, à résister le plus possible ( toutes leurs demandes, à les traîner en longueur, à lasser leur patience, à ne jamais opposer une fin de non-recevoir absolue qui risquerait d'entraîner des conséquences trop graves, mais à user de moyens dilatoires, à donner des satisfactions de pure forme, à exécuter aussi lentement et d'aussi mauvaise grâce que possible les engagements les plus formels.
Moulay-Sliman (1792-1822) se voit obligé de supprimer dans ses Etats la course et l'esclavage des chrétiens. Le règne de son successeur Moulay-Abd-er- Rahman (1822-1859) est surtout marqué par la guerre avec la France. Une période nouvelle clans l'histoire du Maroc a commencé, en effet, avec l'établissement de la France en Algérie en 1830. Le Maroc, jusque-là isolé dans sa barbarie, est désormais le voisin d'une colonie française; il. a une longue frontière terrestre commune avec une puissance chrétienne.
LES DYNASTIES CHÉRIPIENNES 121
La prise d'Alger eut un grand retentissement parmi les populations marocaines. Pourtant Moulay~Abd-er- Rahman ne chercha pas dès le début à nous créer de difficultés, ni à gêner notre établissement sur le territoire algérien. Le souvenir des hostilités traditionnelles entre les Turcs et les Chérifs lui faisait voir d'un assez bon œil la chute du dey d'Alger. Cependant le sultan du Maroc essaya peu après de profiter des circonstances pour s'emparer de Tlemcen. Il envoya des agents jusqu'à Médéa et à Miliana pour faire reconnaître aux populations algériennes la suzeraineté du Makhzen.
L'insurrection d' Abd-el-Kader devait forcément amener Abd-er-Rahman à sortir de la neutralité. La lutte contre les Français prenait dès lors le caractère d'une guerre sainte, dans laquelle le Chérif ne pouvaitguère s'abstenir. L'attitude du sultan change surtout lorsque, après la prise de la smala, les colonnes françaises forcèrent l'émir à se réfugier sur les territoires du Maroc. L'agression d'un corps de cavalerie marocaine contre Lamoricière au bivouac de Sidi-Aziz, le 30 mai 1844, détermina la guerre entre la France et le Maroc, dont les principaux événements furent le bombardement de Tanger et de Mogador par le prince de Joinville et la bataille d'Isly, livrée par le maréchal Bugeaud aux troupes chérifiennes le 14 août 1844.
Le noyau de l'armée marocaine auquel se heurta Bugeaud était formé par les Bouakher. De nombreux contingents des tribus étaient venus s'y joindre; l'armée comprenait 25 000 cavaliers, 1 500 fantassins, 11 canons servis par des renégats anglais ou espagnols, le tout sous les ordres du fils du sultan, Sidi-Mohammed. Les Marocains, excellents cavaliers, ne savaient pas manœuvrer; toute leur tactique consista à se livrer à une série de fantasias et à chercher à envelopper l'ennemi avec leur cavalerie. Les fusils n'étaient pas tous du même modèle, et il n'y avait pas de distribution de cartouches :
« Chacun, muni de balles à sa convenance et d'une poire à poudre, chargeait son arme comme on le fait à la chasse, méthode délicate et lente dans la chaleur de l'action1. » La victoire de Bureau ri montra une fois de plus la puissance de l'organisation et de la tactique contre les masses qui n'ont que l'avantage du nombre. L'armée marocaine s'enfuit dans la direction de Taza. D'après Léon Roches, 8 000 Rifains étaient massés près du champ de bataille, décidés à ne prendre part à la lutte que si les Français étaient battus, ou si, victorieux, ils envahissaient les montagnes du Rif.
Les Marocains, selon leur politique traditionnelle, comptaient, non sans raison, sur l'Angleterre pour arrêter la France. Une lettre trouvée sur Sidi-Mohammed après la bataille d'isly en fait foi. Cette lettre était conçue dans les termes suivants : « Le consul anglais nous dit que la diablesse qu'il appelle la reine et qui commande dans son pays imposera la paix aux Français. » Pour rassurer l'Angleterre, on résolut de conclure la paix au plus vite sur les bases mêmes de l'ultimatum qui avait été remis au sultan avant la bataille d'isly. Le traité de Tanger (10 septembre 1844) et la convention de Lalla- Marnia s'inspirèrent de ce principe.
Le sultan du Maroc hésita longtemps à tenir ses engagements concernant Abd-el-Kader ; enfin, en 1847, il se décida à chasser notre adversaire de la rive gauche de la Moulouya; de plus en plus traqué, l'émir fut obligé de faire sa soumission au général de Lamoricière.
Aux difficultés avec la France succédèrent des difficultés avec l'Espagne. Peu de temps après la mort de Moulay-Abd-er-Rahman, son fils et successeur Sidi- Mohammed (1859-1873) eut à soutenir une guerre contre les Espagnols. De même que la paix de Tanger conclue par la France en 1844, la paix de Tétouan fut dictée par