‹ Le MarocChapitre 20 sur 57 · De Martimprey · texte numérisé non relu

De Martimprey

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le Foreign- Office, qui ne pouvait tolérer l'occupation du littoral marocain par une puissance européenne.

Les relations de la France avec le Maroc demeurèrent assez satisfaisantes jusqu'à la (in du second Empire. A maintes reprises, nos troupes eurent à intervenir dans les confins algéro-marocains, comme le traité de 1845 nous y autorisait en nous conférant le droit de suite. Les expéditions de 1859 et de 1870 semblaient devoir être le prélude d'opérations plus étendues, mais nos troupes furent arrêtées la première fois par le choléra, la seconde par la guerre franco-allemande.

Moulay-el-Hassan (1873-1894) est un des sultans les plus énergiques qu'ait eus le Maroc, et on ne peut nier que son énergie n'ait contribué pour une bonne part à retarder la décomposition finale de l'empire chérifien. Désigné par son père à l'exclusion de son frère aîné, Moulay-Othman, le nouveau sultan ne rencontra pas dans sa famille d'opposition violente et put, sans trop de difficultés, s'appuyer sur l'armée dont il était très aimé. Acclamé à Merrakech, il eut plus de peine à se faire reconnaître à Fez. Il séjourna un an dans cette ville, puis fit une expédition à Oudjda. A Taza, il fut arrêté par les Riata et faillit perdre ses femmes et ses bagages dans un ravin. A partir de 1877, Moulayel-Hassan demanda et obtint d'avoir auprès de lui une mission militaire française, à laquelle il confia l'organisation de son artillerie.

En 1882, Moulay-el-Hassan entreprit une expédition au Sous et dans TOued-Noun. Ce fut, dit Erckmann qui accompagna le sultan dans cette campagne, la plus rude expédition qui ait été faite au Maroc de mémoire d'homme. Le manque d'eau et de nourriture, par suite des conditions désertiques des régions traversées, firent endurer à la mehalla de cruelles souffrances. Un essai de ravitaillement par mer échoua, la mer trop mauvaise ayant empêché le débarquement. Moulay-el-Hassan,

connaissant très pou l'Océan, se figurait que sa présence suffirait pour faire disparaître les obstacles, et, comme jadis Xerxès, se montra furieux de ce que les vagues irrespectueuses condamnaient son armée à la famine. Le but principal que se proposait le sultan fut néanmoins atteint, car il réussit à faire accepter ses caïds dans le Sous et à s'entendre avec le roi du Tazeroualt, Sidi-Hachem, qui lui envoya des cadeaux et reconnut sa suzeraineté.

En 1883, Mouley-el-Hassan parcourut le Tadla et reçut la soumission d'un grand nombre de tribus, entre autres celle des Zaïan. Sous la protection de cette puissante tribu, il pénétra dans une région où le sultan Moulay-Sliman avait été autrefois battu et obligé de laisser jusqu'à sa tente. Erckmann a fait un récit coloré de l'affaire de Smala, où les Berbères s'étaient retranchés dans une kasba nouvellement construite. La lutte fut chaude ; les Berbères se défendirent avec énergie et tuèrent 400 fantassins et 50 artilleurs. Le sultan resta à cheval toute la journée, par une température accablante, sans boire ni manger, parce qu'on était en temps de Ramadan. Le grand vizir essaya vainement de parlementer avec les insurgés, mais ne parvint pas à s'entendre avec eux. A la tombée de la nuit, les Berbères se formèrent en colonne serrée, les femmes, les enfants et les bestiaux au centre, sortirent de la place, occupèrent l'infanterie marocaine en tiraillant de divers côtés à la fois et disparurent dans la montagne. Le lendemain, la cavalerie ramena une centaine de prisonniers qui furent enchaînés. Parmi eux se trouvait un vieillard qui pouvait à peine marcher; on trouva qu'il serait bien gênant, et on le livra à un soldat qui le tua dans un coin. Plusieurs habitants de la kasba revinrent voir ce qui se passait, l'un d'eux fut reconnu par son chien qui vint joyeusement sauter après lui; les soldats s'aperçurent de cette scène et cinq minutes après, la tête du Berbère ornait le bout d'une baïonnette.

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Après avoir fait démolir la kasba à la pioche, Moulaycl-Hassan se dirigea vers le pays des Zaër, qu'il avait déjà parcouru eu 1881. On poursuivit les Zaër pendant un mois, vidant les silos, razziant les douars, après quoi on rentra à Meknès en passant par le pays des Beni- Mtir.

En somme, de 1873 à 1888, Moulay-el-Hassan consolida son autorité dans les régions les plus accessibles du Maroc, qu'il parcourait sans cesse, allant de Merrakech à Fez, de Fez à Oudjda, pour revenir ensuite à son point de départ. Il avait fait alliance avec les marabouts du Tadla et avait réussi à s'appuyer sur la grande tribu des Zaïan ; il essaya ensuite d'étendre le pays makhzen par des expéditions chez les Berbères indépendants, notamment chez les Beni-Mguild, au sud de Meknès, puis chez les Djebala.

En 1893, le sultan se rendit au Tafîlelt à la tête d'une armée nombreuse, pour prier sur la tombe de ses ancêtres. Il tenta de développer son influence dans les régions sahariennes voisines de l'Algérie, et notamment de faire accepter ses caïds au Touat; il fut rappelé vers Merrakech par des difficultés avec l'Espagne. Au printemps de 1894, il se mit en marche vers le Nord, mais mourut en cours de route, àDar-ould-Ziddou, entre Merrakech et Rabat. Son grand vizir, Ba- Ahmed, cacha sa mort pendant plusieurs jours, pour se donner le temps de faire proclamer un des plus jeunes fils du défunt, Moulay-Abd-el-Aziz. Le vieux sultan mort, de la tente duquel personne n'osait approcher, conduisait encore ses troupes, jusqu'à ce que l'odeur cadavérique eut révélé aux Marocains que le dernier de leurs souverains qui fut réellement maître de son empire avait cessé de vivre. Comme son ancêtre Moulay-Ismaïl, Moulay-el-Iîassan avait permis au Maroc de faire figure d'État, grâce à l'activité infatigable qu'il avait déployée pendant tout son règne et aux expéditions qu'il condui-

sait chaque année dans les diverses parties de son empire.

La politique extérieure de Moulay-el-IIassan a consisté, comme celle de ses prédécesseurs, à maintenir autant que possible la barrière qui fermait le Maroc à la pénétration européenne, en jouant très habilement des rivalités des puissances. Il dut cependant leur consentir quelques concessions par la convention internationale de Madrid (3 juillet 1880) : concessions plus apparentes que réelles, d'ailleurs, car quelques-unes des clauses de la convention, notamment celles qui reconnaissent aux Européens le droit d'acquérir des propriétés au Maroc, ne fonctionnèrent jamais dans la pratique : l'acquisition de propriétés était subordonné par l'acte de Madrid au consentement préalable du gouvernement marocain et ce consentement n'était jamais accordé.

L'avènement d'Abd-el-Aziz en 1894 ne modifia pas sensiblement la situation créée par Moulay-el-Hassan. Pendant six ans (1894-1900), la régence demeura aux mains du vieux Ba-Ahmed, vizir qui sut continuer la politique de son maître défunt et maintenir l'équilibre entre les tribus à l'intérieur, entre les infidèles à l'extérieur. Le Maroc, se survivant en quelque sorte à luimême grâce aux rivalités des puissances européennes, réussit, jusqu'à la fin du xixe siècle, à éviter autant que possible l'intrusion des mécréants sur la terre de l'islam.

Lorsque Moulay-Abd-el-Aziz succéda à son père Moulay-el-Hassan en 1894, il n'avait que treize ans. Jusqu'en 1900, il fut maintenu sous une dure tutelle par le grand vizir Si-Ahmed-ben-Moussa (Ba-Ahmed) et c'est seulement à la mort de ce dernier que commence véritablement son règne. Les éléments ne manquent pas pour tracer un portrait de Moulay-el-Àziz, et les Européens qui ont vécu dans sa familiarité ont souvent parlé de lui. ils ont fait en général son éloge, et plusieurs ont

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déclaré1 que c'est le Maure le plus intelligent qu'ils aient jamais rencontré. Mais ses qualités réelles n'étaient peut-être pas celles qui eussent le mieux convenu dans les circonstances où il se trouvait placé. Elevé par des femmes, peu préparé à régner, il est le fils d'une Circassienne, Lalla-Hequia, qu'on appelait la Roumiya (la chrétienne); assez ignorant des choses de l'islam, il a toujours montré peu de goût et peu d'aptitude pour la guerre, ce qui est grave au Maroc; le Chérif doit être un prêtre et un soldat : Moulay-el-Àziz ne fut ni l'un, ni l'autre.

Autour du sultan s'agitèrent une foule d'intrigues, tant musulmanes qu'européennes. Le principal conseiller d'Abd-el-Aziz fut au début Si-el-Mehdi-el-Menebih, soldat de fortune, créature de Ba-Ahmed, sans instruction, mais intelligent et souple. A partir de 1901, El- Menebih eut pour rival au Makhzen Si-Feddoul-Gharnit, ancien conseiller de Moulay-Hassan, apparenté aux principales familles de Fez, très représentatif du Maroc conservateur. Enfin, Si-Abd-el-Kerim-ben-Sliman, moins réactionnaire que Si-Feddoul-Gharnit, moins novateur et moins anglophile qu'El-Menebih, a cherché à s'appuyer sur la France pour consolider le pouvoir de son maître et sa propre influence.

Mais c'est surtout l'Anglais Mac-Lean, ancien sousofficier de la garnison de Gibraltar, que le ministre d'Angleterre, sir John Drummond Hay, avait fait placer en 1877 comme instructeur d'infanterie auprès de Moulay-el-Hassan, qui prit rapidement, après la mort de Ba-Ahmed, une grande influence sur l'esprit du sultan. C'est un de ces agents comme l'Angleterre en emploie assez souvent, quitte à les désavouer s'ils vont trop loin ou si les circonstances viennent à changer : « Vêtu en Turc d'opéra-comique, raconte un auteur

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