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CHAPITRE II

LA VIE ÉCONOMIQUE (suite). — LE GENRE DE VIE

Les quatre cinquièmes au moins des indigènes du Maroc sont des campagnards, sédentaires ou nomades, et vivent de la terre soit sous la forme de l'agriculture, soit sous la forme de l'élevage, soit le plus souvent sous les deux formes combinées.

Le genre de culture que pratiquent de préférence les sédentaires de l'Afrique du Nord, surtout les montagnards, est la culture des arbres à fruits. Cette culture convient très bien au climat, l'arbre, par ses racines, allant chercher l'humidité dans le sol plus loin que les plantes! annuelles et souffrant moins des sécheresses. Mais les( cultures arborescentes exigent la sécurité; aussi les plantations d'arbres entourent-elles les villages de la montagne, parce que leurs propriétaires les ont en quelque sorte sous la main. On ne peut couper les arbres qu'en s'emparant des villages eux-mêmes.

i. Outre les articles de E. Doutté cités aux chapitres précédents, voir Augustin Bernard, Les 'productions naturelles, l'agriculture, l'industrie et le commerce au Maroc {Revue générale des Sciences, t. XIV, p. 73-87 et 132-147, 30 janvier et 15 février 1903). — On trouvera des descriptions des villes marocaines dans Budgett Meakin, The Land of the Moors, in-8°, Londres, 1001. — Voir aussi Henri Gaillard, Fez, in-18, Paris,

Comme tous les Méditerranéens, les sédentaires du Maroc apportent une rare ingéniosité et un soin méticuleux à l'entretien de leurs vergers et de leurs jardins. Même dans le Nord, l'irrigation est employée, toutes les fois qu'elle est possible, par dérivation des eaux des torrents et des sources. Dans le Sud, les cultures irriguées sont seules praticables; les procédés d'irrigation sont à peu près les mômes qu'en Espagne, en Sicile et dans le Levant. Dans la plaine de Merrakech, dans le Sous et dans d'autres régions encore, aux canaux de dérivation superficielle s'ajoutent des canaux souterrains, jalonnés de place en place par des regards qui ont servi à sortir les matériaux et qui sont utilisés pour le curage : ce sont les khottara.

Les arbres fruitiers cultivés par les indigènes du Tell sont principalement l'olivier, le figuier, la vigne, l'oranger, le citronnier, le grenadier, l'amandier, le pêcher, l'abricotier. Divers légumes accompagnent ces arbres, notamment les pois et les fèves. Les vergers marocains, quelquefois fort beaux, paraissent d'autant plus magnifiques que, pour y parvenir, il faut d'ordinaire traverser d'immenses étendues désertes et incultes. Toutes les villes du Maroc, saufMogador qu'avoisine une dune de sable, et la plupart des villages, sont entourés de vergers de ce genre. Les jardins, séparés par des haies d'agaves ou de figuiers de Barbarie, ou bien entourés de murs en pierres sèches, ressemblent aux huertas d'Andalousie. Certaines localités berbères de l'Algérie qui ont conservé leur caractère, comme Mazouna, Nedroma, Tlemcen, donnent une idée assez exacte des cultures fruitières du Maroc. Tels sont les jardins de Taza, « épaisses forêts d'arbres fruitiers couvrant la plaine tout autour de la ville et élevant leur haute ramure au-dessus du faîte des maisons ' ». Tels

i. De Foucauld.

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sont ceux de Debdou : « Des ruisseaux, se précipitant du haut de la montagne, bondissent en hautes cascades le long de ces parois abruptes et en revêtent la surface de leurs mailles d'argent. Rien ne peut exprimer la fraîcheur de ce tableau : -vignes, oliviers, figuiers, grenadiers, pêchers forment auprès de la ville de profonds bosquets et, au delà, s'étendent en ligne sombre sur les bords de l'oued '. » Tels sont encore les jardins de Sefrou, dont les fruits se consomment à Fez : « Les jardins de Sefrou 2 s'allongent à nos pieds en masse sombre; une pente douce y conduit, la ville est au milieu; mais, cachée dans la profondeur des grands arbres, nous ne l'apercevons qu'arrivés à ses portes. J'entre dans ses jardins, jardins immenses et merveilleux comme je n'en ai jamais vu au Maroc; grands bois touffus dont le feuillage épais répand sur la terre une ombre impénétrable et une fraîcheur délicieuse, dont toutes les branches sont chargées de fruits, dont le sol ruisselle et murmure de sources innombrables. Chechaouan, Taza, Sefrou, Beni- Mellal, Demnat, autant de noms qui rappellent ces lieux charmants; tous sont également beaux, mais le plus célèbre est Sefrou. »

Dans les régions montagneuses, Rif et Atlas, les cultures arborescentes paraissent assez étendues, autant qu'on en peut juger d'après les connaissances encore incomplètes que nous possédons. Les Rifains cultivent la vigne, savent la piocher et la tailler; mauvais musulmans, beaucoup boivent du .vin. La région des Djebala est plus riche que le Rif proprement dit; on y cultive l'olivier, le figuier, la vigne, le grenadier; le territoire des Beni-Arous, notamment, est un immense verger. Il en est de même du Djebel Beni-Hassan et de toute la région qui s'étend entre Tétouan et Ech-Chaoun (Chechaouan) : «Au milieu des blés brillent une multitude de

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