De Foucauld
164 LA SOCIETE INDIGENE
tations s'étagent au-dessus, disposées en gradins; de petits murs retiennent la terre. L'oasis môme de Merrakech fait partie de cette zone de jardins du pied de l'Atlas; les cultures irriguées s'étendent de Sidi-Rehal à Merrakech sur la rive gauche du Tensift et le long de ses affluents descendus de la montagne; l'oasis est longue d'environ 45 kilomètres et large de 5 à 8. Quoique les palmiers y soient nombreux et contribuent à sa physionomie, les dattes y mûrissent mal et y sont médiocres. Les oliviers demeurent la principale culture, accompagnés de grenadiers et d'orangers; plus haut apparaît le noyer.
Le Sous a une physionomie culturale assez spéciale, qui tient à la situation géographique particulière de la vallée, enfermée entre deux longues et hautes chaînes. Ce n'est plus le Tell, mais ce n'est pas encore le Sahara. Avec son atmosphère sèche et ses eaux abondantes, c'est, si l'on veut, une petite Egypte, mais c'est un bien pauvre Nil que l'Oued Sous. La plaine du Sous est loin d'être cultivée en entier. Pendant que champs, jardins et villages se pressent sans interruption sur les rives du fleuve, ils sont très inégalement répartis dans le reste de la vallée, bien que le sol soit partout tapissé d'une verdure abondante. En somme, le pays est fertile, boisé et peuplé; les environs de Taroudant sont d'une richesse extrême. Dans le haut de la vallée, on cultive surtout l'olivier et l'amandier; dans le cours moyen et vers l'embouchure, l'orge, le blé, le maïs, auxquels se joint l'élevage des troupeaux. Les bois d'arganiers sont nombreux. Lorsque la pluie tombe au bon moment, les récoltes sont excessivement belles; dans le cas contraire, les habitants arrosent péniblement leurs terres au moyen de puits.
Sur le versant saharien, c'est l'eau et non la terre qui a de la valeur ; tout dépend de son abondance plus ou moins grande. Le dattier constitue les jardins; les autres
arbres sont accessoires et poussent sous son ombre. Malgré la présence de nombreux palmiers dans la [daine subal lai) tique, on peut admettre que la limite nord de leur culture productive est la crête du Haut-Atlas à l'Est du Dra supérieur, celle de l'Anti-Atlas à l'Ouest de ce fleuve. Les principales espèces de dattes que produit le Sahara Marocain sont, par ordre de mérite : les bou-ittob, les bou-feggous, les bou-sekri, les djihel, les bou-souaïr; ces dernières servent surtout à la nourriture des bestiaux. Les diverses espèces sont mélangées dans les oasis, quoique, dans chacune, une sorte domine particulièrement.
Les oasis du Sahara marocain présentent un aspect enchanteur : « Cette végétation luxuriante, ces arbres superbes qui répandent une ombre épaisse sur une terre toute verte, ces mille canaux, ce ciel admirable, cette nature riche et riante au milieu de la contrée la plus désolée, font des oasis un lieu de délices; dans toutes, même fraîcheur, même calme, même abondance : endroits charmants, où il semble ne pouvoir exister que des heureux1. » Mais le Sahara est le pays des mirages; si on s'efforce de le voir en économiste et non en artiste, on se rend compte que, malgré la présence de grandes et importantes lignes d'eaux, il ne faut pas exagérer la richesse des oasis marocaines. Elles occupent une très faible superficie, peu susceptible de s'accroître ; ce ne sont que d'étroits rubans de verdure, non de vastes territoires. Les districts du Dra moyen, la partie la plus riche du Sahara marocain, sont des tronçons de la longue ligne verte qui accompagne le fleuve de Mezgita àEl-Mhamid; cette bande a 500 mètres de large, nulle part elle ne s'étend davantage. Il en est de même pour les autres oasis : le Todra, le Reris, les districts du Ziz; ces derniers, qui constituent le Tafîleltau sens large, s'étendent