‹ Le MarocChapitre 28 sur 57 · SCHAUDT · texte numérisé non relu

SCHAUDT

appelés mader. De Foucauld a décrit avec son habituel bonheur d'expression une scène de labourage dans les maders : « Le lit de l'Oued Dra, d'habitude désert, présente l'aspect le plus gai et le plus animé. Au lever du jour, une multitude de feux s'allume le long des deux rives, perçant le brouillard du matin; c'est le premier repas qui s'apprête en silence. Puis chacun quitte son bivac et se met au travail : les vapeurs s'élèvent peu à peu au-dessus des pentes du flanc gauche encore d'un violet sombre, le soleil illumine le fleuve dont les sables se colorent d'un rose doux; la vie renaît, le lit se couvre de monde, les laboureurs le parcourent en tous sens; on n'entend que les hennissements, les mugissements des animaux et les cris des conducteurs qui les excitent. » On cultive dans tous les maders de l'orge, un peu de blé et du maïs. Ce dernier atteint une taille prodigieuse; les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu'un cavalier monté; les épis ont près d'une coudée de long. Malheureusement, on ne peut pas cultiver les maders tous les ans ; on n'ensemence que quand les nuages apparus en automne donnent l'espoir d'un hiver pluvieux : non qu'on ait besoin de pluie dans les maders mêmes, mais il faut qu'il en tombe dans les montagnes pour remplir les rivières qui les arrosent.

Indépendamment même de l'irrégularité des récoltes, les maders occupent une superficie trop minime pour avoir une importance économique réelle. Il en est tout autrement des plaines du Maroc occidental, qui sont les vraies terres à céréales de la contrée. « La partie du Maroc que l'on doit considérer comme la plus importante, la plus riche et la plus peuplée ! est la moitié occidentale du pays situé au Nord de l'Atlas, célèbre de toute antiquité comme grenier à grains. C'est une plaine étendue, peu élevée au-dessus de la mer, couverte d'un

i. O. Lenz.

168 LA SOCIETE INDIGENE

humus fertile, assez bien pourvue d'eau et où, de tout temps, on a activement cultivé le froment; l'élève du bétail et en particulier celui du cheval y est pratiqué également et les nombreuses tribus qui l'habitent fournissent au sultan la meilleure part de ses revenus. »

Les indigènes divisent leurs cultures annuelles en cultures bekri (précoces) et cultures mazouzi (tardives). La culture bekri, qui se fait à l'automne, comprend l'orge, le blé, les fèves, le tabac. La culture mazouzi, qui se fait à la fin de l'hiver, comprend les pois chiches, les lentilles, le maïs, les haricots, le chanvre et le lin.

Ce sont les provinces des Chiadma, des Abda, des Doukkala et des Chaouïa qui produisent les plus beaux blés du Maroc : ce sont des blés durs rendant depuis 25 jusqu'à 60 pour un. Les tirs ou terres noires marocaines,, dont il a été question plus haut1, paraissent appelés à devenir, comme le tchernoziom de Russie, une des régions de culture de céréales les plus riches de la terre. Ces terres sont assez soigneusement sarclées et désherbées. Sans être ni irriguées, ni fumées, ni laissées en friche, elles produisent cependant en abondance; dans certaines terres, on fait succéder au blé le maïs ou une légumineuse; pour les terres plus pauvres, l'assolement admet une jachère sur deux années. La moisson de l'orge a lieu au début de mai, celle du blé dans la seconde quinzaine de môme mois, celle du maïs au commencement de juin, celle des légumineuses un peu plus tard. Les indigènes ne coupent pas les moissons au ras de terre; ils ne prennent que les épis, et laissent sur place des chaumes de 25 à 30 centimètres de longueur qui servent d'engrais au sol et de nourriture aux troupeaux. Cette zone de riches cultures ne s'étend pas loin vers l'intérieur; elle est de largeur variable, mais ne dépasse guère en général 50 à 70 kilomètres. Elle est

d'ailleurs sujette à d'assez fréquentes sécheresses, tout au moins dans sa partie méridionale. Vers l'intérieur, elle fait bientôt place à la steppe, pays d'élevage plutôt que de culture. C'est seulement au Nord du Sebou que le manque d'eau n'est plus guère à craindre; là, la terre, argileuse et forte, redoute plutôt la surabondance d'humidité, au moins dans certaines parties marécageuses de la vallée du Sebou et entre la vallée du Sebou et Tanger.

Pour avoir la liste des principales cultures annuelles du Maroc, il faut joindre au blé et au maïs, à l'orge et au doura, les fèves, les pois, les lentilles, Talpiste ou phalaris des Canaries, qui se sème avec le blé, le riz, le lin, le chanvre indien, le safran, le henné. Mais les céréales sont l'essentiel. Leur culture est d'ailleurs générale et n'est pas restreinte à la côte occidentale. En effet, le propre de l'agriculture comme de l'industrie marocaine est avant tout de ravitailler le producteur lui-même; l'état social et la difficulté des communications en font une nécessité; aussi y a-t-il souvent abondance dans une province et disette dans une autre.

Ce qui surprend, c'est la surface extrêmement restreinte qu'occupent les espaces cultivés, qui varient en étendue et changent de place chaque année, par suite de la facilité avec laquelle le laboureur peut toujours choisir un champ nouveau et vierge. Dans les Chaouïa, la surface cultivée, qui s'est beaucoup accrue depuis l'occupation française, atteint 37p. 400(367 000 hectares sur 1 031 000) , le reste étant formé de steppes ou de forêts et maquis, mais c'est une proportion bien rarement atteinte. La campagne, à l'époque des moissons, a l'aspect d'un vaste manteau tacheté de loin en loin de quelques places jaunâtres. « Rien ne frappe plus l'étranger1 que l'absence de cultures sur de grands espaces fertiles. On peut

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