‹ Le MarocChapitre 42 sur 57 · H. Gaillard · texte numérisé non relu

H. Gaillard

employé au Maroc même pour indiquer le pouvoir central : le sultan, ses vizirs et sa maison militaire. Comme son nom l'indique, le makhzen (magasin, réserve) est en même temps l'endroit où est concentré le pouvoir et où sont réunies les ressources qui servent à l'exercer. Ce qu'on appelle Dar-el-Makhzen, la maison du gouvernement, est matériellement l'ensemble des bâtiments qui contiennent le palais du sultan, c'est-à-dire son habitation propre et celles où habitent un grand nombre de membres de sa famille, ses écuries, son trésor particulier et surtout le Bit-el-mal-el-meslemin, le trésor de guerre des musulmans.

On sait que le Prophète mourut sans avoir déterminé les règles de la succession au kalifat. Aux premiers siècles de l'islam, le kalife devait être de la tribu de Koreïch, dont le Prophète était lui-même issu; il devait être capable de maintenir l'intégrité de la foi religieuse, de diriger et au besoin de défendre les musulmans et dépenser les revenus des impôts conformément à la loi. S'il manquait à ces devoirs, la rébellion était légitime. Tel est encore, ou peu s'en faut, la conception marocaine. Lorsqu'un souverain marocain meurt, les oulamas, c'est-à-dire les docteurs de a loi, jouent un rôle important xîans la désignation de son successeur, car il faut savoir si le prétendant remplit les conditions voulues. En théorie, tout descendant du Prophète peut se poser en concurrent et enfin toute révolte est légitime si le sultan ne remplit pas les devoirs qui lui incombent.

Dans la pratique, les sultans sont remplacés après leur mort par un chérif de la même famille, frère ou fils, quelquefois neveu du défunt; mais l'incertitude du système donne presque toujours lieu à une crise, car il est rare qu'il n'y ait pas deux et parfois plusieurs compétiteurs en présence. Aussi la nouvelle de la mort d'un sultan est-elle toujours le signal de révoltes qui devien-

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nent parfois fort graves. Les vizirs et les grands personnages on charge ont naturellement un rôle prépondérant dans l'élection des sultans, puisqu'ils possèden déjà l'administration, les finances et la direction d l'armée; mais ils doivent agir vite pour profiter de cet avantage, car pendant un interrègne il n'y a pour ainsi dire plus d'autorité. Aussi la mort du sultan est-elle souvent tenue secrète pendant quelques jours, afin que les populations n'apprennent la mort du souverain qu'en même temps que la nomination de sdn successeur. Le nouveau sultan est proposé aux caïds des différents corps de troupes, ainsi qu'aux autres membres du Maklizen, que l'on réunit dans ce but. Lorsqu'il a été acclamé, si le Makhzen se trouve dans l'une des capitales, on demande d'abord l'approbation des oulamas; si l'on est en colonne, on écrit aux autorités et aux oulamas de Fez et de Merrakech, qui envoient leur adhésion et celle de leurs concitoyens. L'appui des chérifs et de tous les personnages religieux influents est trèsj important par l'autorité qu'elle donne au nouveau sultan. Ces différentes adhésions sont appelées la beïa : c'est la prestation du serment de fidélité. Dès que son Makhzen est à peu près constitué, le sultan se met en campagne pour combattre le concurrent que lui opposent les tribus dissidentes, éteindre les révoltes qui se sont produites, en un mot affirmer et établir son autorité morale sur tout l'empire et son pouvoir effectif dans les régions où cela est possible. Avant tout chef religieux, le sultan doit gouverner pour les musulmans et par les musulmans; eux seuls peuvent être fonctionnaires et jouer un rôle dans l'Etat; les Juifs indigèn ne font pour ainsi dire pas partie intégrante de la nation; ils ne sont que tolérés par le souverain, qui leur accorde sa protection moyennant le respect des clauses du pacte de dimma. Lorsque le Chérif veut faire une communication à ses sujets, il les fait, du moins dans les villes.

convoquer à la grande mosquée et sa proclamation est lue au peuple par le khatib ou prédicateur habituel.

L'étendue du pouvoir du Makhzen est limitée en théorie par les règles du kalifat ou imamat, dont la première est le maintien du dogme, la sauvegarde de la religion et du territoire d'islam contre toute atteinte venant des hérétiques ou des infidèles. En fait, le pouvoir du sultan est absolu du moment qu'il ne cesse pas de défendre la vraie religion.

Le gouvernement et l'administration du Maroc se caractérisent par un manque de précision dans la délimitation des fonctions; cette imprécision se retrouve du reste généralement dans les Etats encore peu avancés en civilisation1. Les attributions des fonctionnaires gardent toujours des limites flottantes. La distinction du gouvernement et de l'administration n'est pas faite, pas plus autour du sultan que dans les provinces ; même au sein du ministère, si l'on peut employer ce mot en matière marocaine, il n'y a aucune division du travail; comme dans la France du Moyen-Age, le service personnel du souverain se confond plus ou moins avec celui de l'Etat.

Autour du sultan se groupent les services de Cour et les services d'Etat; leur siège est le Dar-el-Makhzen, qui sert de résidence au souverain. Celui de Fez est situé au milieu de Fez-Djedid; ses murs élevés forment une masse rectangulaire au centre de la ville makhzen. Conformément à la division des services qu'il abrite, il se partage en deux parties distinctes, réunies par une passerelle qui fait communiquer le palais du sultan avec

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