‹ Le MarocChapitre 53 sur 57 · Jacques Bardoux · texte numérisé non relu

Jacques Bardoux

sente pas de danger politique. L'essentiel est que l'exploitation des travaux publics et notamment des chemins de fer reste sous le contrôle direct du gouvernement chérifien et du protectorat français. C'est ce que nous avons obtenu par l'accord de 1911. L'Elat marocain reste maître de cette exploitation, et cette maîtrise rend à l'Etat protégé et à l'État protecteur un des attributs essentiels de la souveraineté économique. L'administration aura donc le choix pour l'exploitation entre la concession et la régie avec ou sans affermage.

Il existe au Maroc 4 500 kilomètres de lignes télégraphiques, construites pour la plupart par le génie et cédées ensuite à l'administration des télégraphes chérifiens. Un assez grand nombre de postes de télégraphie sans fil ont été installés, dont quelques-uns à grande portée. Le service téléphonique a déjà pris une extension considérable. Jusqu'en 1913, le Maroc possédait des services postaux français, chérifiens, anglais, allemands et espagnols; l'établissement du protectorat a amené la fusion des deux services français et chérifien; la suppression des capitulations entraînera celle des postes étrangères.

L'œuvre accomplie pour le protectorat français, dans un délai très court, est des plus considérables et les résultats obtenus sont des plus encourageants. Le protectorat a été payé cher : abandon de nos droits en Egypte; domaine réservé à l'Espagne dans l'empire chérifien; sacrifices territoriaux au Congo. Au Maroc même, c'est une tâche difficile de concilier les stipulations passées avec le nouvel état de choses. Néanmoins, notre protectorat reconnu sur le Maroc est le couronnement de notre œuvre coloniale. Il nous impose des charges qui seront lourdes, surtout au début, mais il nous donne la sécurité qui nous manquait à l'Ouest de l'Algérie. Désormais, nous n'avons plus à craindre de voir se créer sur les confins de notre empire africain des établissements qui seraient une menace pour nos pos-

sessions. A l'étranger, on reconnaît que notre domination au Maroc définitivement établie, en dépit de tous les obstacles que nous avons eu à vaincre, c'est pour la France un accroissement de prestige et la promesse d'un avenir que bien des nations pourraient nous envier.

En même temps qu'il sauvegardait le Maroc, le général Lyautey s'est efforcé de l'armer par avance pour la grande lutte économique qui suivra la guerre. L'œuvre qu'il a ainsi accomplie depuis le début du conflit européen demeurera pour la France un titre impérissable de gloire au milieu de tous ceux dont cette période tragique a enrichi notre histoire.

Page 1