‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 40 sur 71 · II · texte numérisé non relu

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d'entrevoir même la perspective de reconquérir Ceuta, De 1778 à 1783, l'Angleterre engagée avec la France et TEspagne dans une guerre où elle eut tout donné pour avoir des alliés, ne se ût pas faute d'inviter Sidi Mohammed à effectuer sur les places espagnoles du littoral africain des tentatives qui eussent constitué de puissantes diversions. Mais, soit que le sultan ne se rendit pas compte du poids que son cimeterre eût jeté dans la balance, soit qu'il fût assez honnête pourpre* férer à ses intérêts l'honneur de sa parole, il résista à toutes les invitations britanniques et ne se laissa ni intimider ni enjôler.

Grâce à Tamitié de ce prince, écrivait Florida Blanca, dans sa fameuse Représentation à Charles IIIj l'Espagne put laisser ses presidios sans garnison importante, tirer même de Ceuta la plus grande partie de ses canons, de sa nombreuse artillerie, bloquer sans crainte Gibraltar, vivre enfin dans la sécurité d'esprit qui lui permît de triompher d'un puissant ennemi.

Comme Ta dit M. Canovas de Castillo, il n'était pas à penser que cette leçon fut perdue... et cependant, qui pourrait affirmer que la mémoire du sultan Mohammed jouisse encore eu Espagne du souvenir auquel elle aurait droit.

La faute n'en est pas tout à fait aux Espagnols.

A Theure où éclatait en France une révolu-

L ESPAGNE AU MAROC

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tion formidable^ dont le contre-coup allait ébranler toutes les nations européennes, au moment où l'invasion napoléonienne allait prendre la péninsule au dépourvu et Tobliger à une hitte pour laquelle elle eût besoin de toutes ses forces vives, de toute son énergie, on ne pouvait trouver étrange que les questions coloniales tombassent dans Tombre et que toute l'attention fut concentrée là où éclatait le principal danger.

Ce fut ainsi que les intérêts espagnols au Maroc périclitèrent a la fin du xvnp siècle et au commencement du xrxf^, sans que Ton put y porter remède ; ce fut dans ces circon tances que des colonies, bien autrement fécondes, bien autrement împoilantes, le Pérou, le Chili, les États du Centre-Amérique, se séparèrent pour toujours de la mère patrie

Que pouvait devenir la mémoire du sultan Mohammed et les souvenirs de la guerre d'Amérique, dans ce gigantesque effondrement d'une puissance coloniale qui avait été jusque-là sans rivale? Et d' ailleurs, les peuples ne sont-ils pas comme les individus? N'est-ce pas de leurs ennemis qu'ils se souviennent bien plu tôt que de ceux dont ils n'ont reçu que du bien ?

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