‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 41 sur 71 · TRAITÉ DE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE

Comme le fait très justement remarquer un auteur qui a vécu longtemps uu Maroc, les villes espagnoles do la cote méditerranéo-marocaine peuvent être considérées comme vivant, de la part des habitants du Rifïj dans un état de blocus perpétuel.

Rien n'y fait, ni menaces, ni châtiments.

Comme ces pilleurs d'épaves du littoral de rOcéan qui vivent de la dépouille des navires échoués sur leurs côtes, les Riffains, race rude et sauvage, sont toujours prêts à la lutte, au pillage, au massacre, assurés de Timpunité grdce aux montagnes abruptes qui leur servent à la fois de repaire et de refuge. Plusieurs fois déjà, des navires de nationalités diverses ont eu affaire avec ces bandits intraitables sans que la répres-

l'espagne au makoc.

sion ait jamais abouti. <i En 1854, la corvette françaÎBe à vapeur le Newton^ commandée par M. Hugues de Chailléj longea toute la côte du Rilï a portée de canon, envoya des bombes sur les villages, détruisit bon nombre de barques, en un mot donna aux RifïaLns une leçon assez sé-

Vue du cap Spartel.

vère pour que plusieurs de leurs cbefs vinssent à bord demander la paix et olMr des otages. On amena sur le pont un taureau qui fut égorgé en présence du commandant, comme gage des promesses solennelles faites par les Riiîains, Cependant^ quelques mois après cet acte de soumission, deux navires étaient attaqués et pillés dans les mêmes parages où le Newton était venu

154 LE M.vnoc,

croiser en faisant feu de toutes ses pièces (1). *

Il est donc nature! que les voisins les plus rapprochés de populations aussi farouches^ soient constamment en butte à des agressions journalières.

A vrai dire, la question de nationalité, même de religion importe peu aux Rilîains. « De leur attitude haineuse vis-à-vis des Espagnols, il ne faudrait pas conclure que tous leurs vœux tendent à détruire les prcsidi os et à afiVanchir leur sol de tout établissement étranger. Us trouvent au contraire intérêt à leur maintien,.. Prendre Tardent des Espagnols et gagner le paradis en les tuantj quand cela est possible, telle est la pensée qui anime tous les Riflains (2). i>

De mémej avec le pouvoir précaire du sultan sur les tribus du littoral médifcerranéenj il est difficile de demander compte au soi-disant sou* vei^in d'exactions qu'il est matériellement dans Tira possibilité d'empêcher ou de châtier, mais devant cette impuissance du pouvoir officiellement responsable, qui voudrait prétendre que le droit de répression n'appartient pas directement à Toffensé?

Dans le courant de Tannée 1859, TEspagne eut roccasion de se décider, dans cette question déli-

{i) Le Maroc cùnlemporain, par M. Narcisse Cotte ^ am;ieii aUacljt^ français à la It^gatian au Maroc, (2) Le Maroc contemporain^ p. 254,

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l'Espagne; au siatïoc.

cate pour raflirmatîve on pour la négativej et résolument, il faut le dire, elle opta pour la première de ces deux solutions.

A cette époque, alors que le maréchal O'Donnell était au pouvoir, les habitants de Ceuta eurent à diverses reprises à soufTrir de leurs turbulents voisins, et les vexations de ces pillards audacieux allèrent jusqu'à abattre un poteau aux armes d'Espagne, qui traçait la limite entre la terre africaine et la zone espagnole.

L'insulte était directe; il n'était pas permis de la laisser passer sans protester, et aussitôt les faits constatés, le gouvernement de la reine Isabelle adressa au grand vizir chéritien Sidi-Mohammed-Khateel une demande de réparation immédiate.

Le vizir se garda de refuser. Avec cette souplesse particulière à la race sémitique ^ il déplora les événements accomplis^ promit les excuses exigées et protesta de son dévouement pour Sa Majesté Catholique, Mais quand il fallut passer des promesses à Texécution, on se heurta à une invincible inertie.

Il ne restait donc pIusàTEspagne qu'à agir par les armes ; elle s'y décida, comme nous Tavons dit. Ce fut alors que Ton vit s'insinuer dans le règlement de la question une puissance qui ne pouvait manquer de vouloir chercher à y prendre part : nous avons nommé TAngleterre.

If

I5G LE MAnoc.

Désolée d'un conflit qui allait donner à TEspajrne uiie occasion de mettre à nouveau le pied sur la terre africaine j jalouse de rinlluenee qui allait forcément en résulter pour cette puissance au Mai^ûc, lord Russell commença par déclarer que les récents différends survenus entre les gouvernements d'Espagne et du Maroc sur le littoral méditerranéen paraissaient dus aux actes de violence commis par les tribus mauresques des environs de Ceuta, mais qu'ils semblaient aussi avoir été provoqués par les défis et les excitaiio^is du (jQuvernetir de la place.

C'était bien osé déjà, et cependant ce ne fut pas tout.

Dans les mêmes dépêches ^ adressées par lord Kussell à M. Budianun Tambassarleur de la reine d'Angleterre à Madrid^ ce dernier ministre était chargé de demander au gouvernement de la reine Isabelle « une déclaration par écrit portant que si, dans le cours des hostilités^ les troupes espagnoles venaient à occuper Tanger, cetl:G occupation serait temporaire et ne se prolongerait point au delà de la ratification d'un traité de paix entre l'Espagne et le Maroc. ï>

M, Calderon-ColIantcSj alors ministre des affaires étrangères du cabinet O'Donnell, eut la faiblesse de s'incliner devant cette injonction, et il répondit à M. Buchanan suivant le désir de John Russell.

L ESPAGÎ^E AU MABOC.

Encouragé par œ premier succès, le cabinet anglais poussa alors plus loin ses exigences et émit la prétention d'empêcher TEspagne d'étendre la zone territoriale qui entoure Geuta, sous prétexte & que l'occupation permanente d'une pareille position par TEspagne lui permettrait d'empêcher le passage du détroit à des navires fréquentant la Méditerranée. ^

C'était là une exigence bien hardie de la part de gens qui détiennent sur la terre d'Espagne un lambeau de territoire dont roccupation est une insulte permanente pour cet Le dernière puissance.

Cependant, M. Calderon-Collantes eut encore la bonhomie de céder, et U répondit à M . Buchanan, le 31 octobre 1859, c<que le gouvernement de la reine Isabelle ne modiiierait pas ses intentions de n'occuper aucun point sur les détroits, dont la position serait de nature à donner à l'Espagne une sapériorité dangereuse pour la navigation d.

Que serai t-i! arrivé si M, Calderon-Collantes, au lieu de s'incliner comme il le fit devant les prétentions anglaises avait répondu à M. Bûchanan qu'il n'avait pas d'engagement à prendre envers l'Angleterre et que cette dernière n'avait pas à se montrer plus exigeante que la France, par exemple, ou T Italie^ puissances méditerranéennes bien autrement intéressées que l'Angleterre dans la question?

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