I-Ë MAROC
On préféra, à Madrid , ne point envisag'er
d'aussi brûlantes hypothèses et satisfait d'avoir, à tout priXj éludé lu préteution d'immixtion britannique, le fjouvernement de la reine Isabelle donna ses derniers ordres pour la campagne u entamer.
L'armée espagnole chargée d'exiger du sultan
Sidi Mohammed la réparation légitimement due au pavillon national fut placée sous le commandement du maréchal O'Donnell et divisée en quatre corps respectivement aux ordres des généraux Echague, don Juan deZabala^ Ros de Olano et don Juan Prim^ comte de Reus. Elle comprenait 48 bataillons d'infanterie^ 42 escadrons de cavalerie et 13 batterieSj plus 15 compagnies du génie, avec les services administratifs et auxiliaires coi> respondant, donnant un total d'environ 30,000 hommes, 3,000 chevaux et 78 pièces de canon.
L'ensemble de ces troupes^ réuni au camp d'Algésiras, fut passée en revue j par le général en chef, le 14 novembre 1859, et dés le surlendemain, l'embarquement commençai L
L'expédition débuta sous d'assez fâcheux auspices.
En outre du temps qui était défavorable, un mal terrible qui déjà avait appara dans le port d^embarquement — le choléra — s'abattit sur les troupes dès le lendemain du jour oîi elles eurent
l'espagi^e au MABOC,
touché le sol rV Afrique, avec un acharnement qui fit en quelques heures de nombreuses victimes. Ce fut dans ces conditions qu'il fallut repousser les premières attaques des Marocains. Ceux-ci n'avaient pas attendu que l'ensemble des troupes qu'ils allaient avoir a combattre eût pris pied sur leur continent, et, dès le 22, ils avaient commencé les hostilités.
Itepoussés avec des pertes sensibles j ils revinrent à la charge, sans plus de succès, le 25 et le 30, et livrèrent, le 9 décembre, une action plus sérieuse encore avec des troupes dont on put évaluer Teffectif à environ 0,000 hommes.
L'objectif choisi par le généralissime espagnol était Tétouan, à environ 00 kilomètres de Ceuta^ et comme on pourrait s'étonner de voir te maréchal 0*Donnell prendre comme terme de ses eflbrts un point aussi divergent, nous ferons remarquer qu*avee le but hautement avoué par la reine de ne pas pousser la guerre à fond, de ne la faire qti'assez pour châtier des rebelles, Feutrée à ïétouan suflisaitpour la réparation voulue. En outre, dans un pays inconnu, sans cliemins, sans communications, il était important de ne pas s'enfoncer trop dans rintérieur, de ne pas trop abandonner la cote, et le choix du point à atteindre se ressentit forcément de ces considérations*
Le 15, le ^5 et le 29 décembre^ eurent lieu de nouveaux combats dans lesquels, pas plus que
dans les premiers, les Marocains n'eurent Tavantapre. Au milieu de fatigues excessives, maigre la maladie qui ruinait larmée^ le soldat espagnol montrait là, au grand soleil d'Afrique, ses vertus natives, ces qualités qui font de lui un des types les mieux trempés pour la guerre. Maniant tour à tour la pioche et le fusil, tantôt soldat d'avantgarde et tanlot pionnier^ il lui fallait combattre pour tracer la route à l'art il lerie et aux voitures, combattre pour la conserver, combattre pour avancer-
On arriva ainsi au mois de janvier 1800. L'ennemi reculait, mais son moral ne semblait pas affecté. Les contingents paraissaient se renouveler sans peine et cette brillante cavalerie arabe, malgré sesécljecs, avait toujours le même entrain pour charger et se précipiter sur les baïonnettes espagnoles.
Cependant le 3 janvier eut lieu dans la vallée (le los Castillejos, un engagement plus sérieux que toutes les rencontres précédentes. Les Marcn cai^s, commandés par Mouley-Abbas,un frère de l'empereur, s'étaient retranchés dans une position bien choisie; ils eurent longtemps l'avantage, et n'eût été Tinlrépidité du général Prim, qui montra en cette circonstance la brillante bravoure qui était son apanage^ c*en était fait peut-être de Tarmée espagnole» Enûn, après une mêlée sanglante, les Musulmans furent contraints à la re-
Googk^
traite, et larrivée soiKlaine du général Zabala sur le champ de bataille, â la tête des bataillons SimancaSj Léon, Arapiles et Saboya, décida complètement de la journée.
Les Espagnols eurent environ 100 tués et 500 blessés.
L'aiTtùrc de los Castillejos, qui eut eu Espagne un immense retentissement j est la première qui parut faire quelque impression sur Tesprit insouciant du Sultan. L'armée marocaine avait ]*attu en retraite jusque sous les murs de ïétouan elj elle se réorganisait rapidement, résolue à attendre la j Fenvaliisseur. Celui-ci, qui n'avait fait encore que cinq lieues depuis Ceuta, obligé qu'il était de s'avancer peu à peu et de faire de nombreux séjours, sembla, au contraire, vouloir activer sa marche et profiter de son succès pour serrer à son tour ses ennemis. Mais après une reconnaissance poussée par le général Garcia jusqu'au Djelïel Kahla à 20 kilomètres de Tétouan, le maréchal O'Donneli reconnut rimpossibilitc d'atteiudi'e le camp marocain avant la fm du mois; il profita de ce retard forcé pour réorganiser des colonnes dans lesquelles la maladie et le feu de l'ennemi avaient fait des vides nombreux. La flotte rendit dans ces circonstances d'importants services. Côtoyant à petite distance le littoral, elle put, à toute heure, approvisionner Tarmée en vivres, en munitions, en matériel, évacuer les
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blessés, débarquer les troupes de remplacement, assurer enfin les communications non seulement avec la base d'opérations éventuelle qui était Ceuta^ mais aussi avec la base véritable c'est-à* dire avec Algésiras etla péninsule.
Le 5 janvier, on était arrivé au campement de la Condesa : le 7, apfèH avoir fratichi un défilé dangereux, on avait atteint le Djebel Kahla et dix jours plus tard, après un engagement inattendu sur rOued Ras, le marécbal établissait son canip sur les bords de TOued-el-Khelu (I), où il voulut se fortifier, dans le cas qu'il dut entreprendre le siège de Tétouan.
Quinze jonrs se passèrent sur le bord de rOued-el-Klielu, à remuer de la terre, à manier le pic et la pioche plutôt que le fusil. Sauf une lois, le !23 janvier, où les Marocains essayèrent d'entravet' le débarquement du parc de siège, Tennemi ne parut pas. Cependant les reconïiaissances avaient informe le capitaine-général, que l'ennemi se fortifiait de plus en plus dans la position qu'il avait choisie pour défendre la ville en avant : un autre frère de T empereur, Mouley-Ahmcd, avait rejoint Furmée avec une parlie de la garde noire {bokharis)^ enfin il
(1) Les Espiignols dhmi Giiail-el-Jelii. Cvsi ainsi que de l'Ouftd-el-Krbir le grand ileiive, ils ont fiiit le Guad al-Qtiivir, qu ils disent le GuEïdelete, le Guadiana, cit., pour TOued eK Lelite, rOued-Jaua.
f6i LE MAIUJC.
s*occiipait ti 'armer i\e batteries plus oti moins puissatiLos, diverses redoutes établies sur le front de son camp.
Le maréchal O'Donnell comprenait bien Timportanee du temps et seiUait que chaque jour de retard donnait un avuntaj;e à son ennemi. Il se décida donc à ne pas ai te mire davaiita^e, Inen que quelques jonrs eussent été indispensables pour terminer ses aménagements et il lixa Tottaqup des positions marocaines au 4 février.
Il faisait co jour là un temps humide et brumeuxj un froid vif, A distance, on apercevait vaguement la neige qui blanchissait les pentes de l'Atlas pendant qu'au delà de lu rivière que bordait le iront dn camp espagnol, la position ennemie dressait son prolil indécis sur le versant: mamelonné d'une colline élevée.
A huit heures et demie Tarmée assaillante, eu position, n'attendait plus que Tordre de se pcn^ter en avant.
A droite, venait le corps du i^^énéral Prhn, ayant ses deux premièrGS brigades en échelons de bataillons et les deux autres en colonnes serrées. Ejitre la troisième et la quatrième brigacle, étaient placées deux batteries du t2^ régiment monté et deux batteries de moutfigne.
A gauche le troisième coq)s (Ros de Olano) dans une formation identique, avec rarlillerie à cheval entre ses brigades.
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Le centre était formé de rartillerie de réserve soutenu par la cavalerie sur deux ligues, tandis que la réserve générale (général Rios) était placée à la droite, pour prévenir un mouvement tournant que le général en chef redoutait de ce côté.
Nous n'entreprendrons pas — et ce n'est pas ici le lieu — de décrire cette bataille de Tétouan qui estj avec raison, une des plus glorieuses dont s'enorgueillisse Tannée espagnole. Et réellement tout y fut à louer : les dispositions prises par le général en chef, Texécution des ordres ^ et surtout, TentraLu, l'élan des ti^oupes qui, quarante minutes après que le commandement de : en avant ! avait été prononcé, plantaient le drapeau national sur Ten ceinte du camp marocain,
2 drapeaux, 8 canons, de nombreux approvisionnements, 800 tentes, des armes, des munitions, des animaux de bat, des chameaux, des chevaux tombèrententre les mains des vainqueurs qui perdirent â la vérité OG tués et 1 ,097 blessés.
Le lendemain Tétouan, après quelques pourparlers, ouvrait les portes aux vainqueurs, et un mois aprèSj après un dernier combatprès de l'oued Ras, rempereur du Maroc consentait enfin à signer la paix-
En cet instant, il est incontestable que VEspagne était maîtresse de faire ce qu'elle croyait opportun pour rhonneur présent de ses ar-