‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 47 sur 71 · O LB MAROC · texte numérisé non relu

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lant » coïïime on disait au grand siècle. Une des dames de la cour lui ayant demandé pour quelle raison les Mabométans prenaient plusieurs femmes, « c'est afin de trouver, répondit Tambassadeur, réunies dans plusieurs, les qualités que cbaque Française possède à elle seule. ï>

Ce n'était point trop mal répondu pour un soidisant barbare.

Après un assez long séjour à Pari^j d'où il partit encore sans avoir rien conclu , car cette fois on ne le trouvait point muni de pouvoirs suffisants pour signer le traité relatif aux esclaves, Ben-Aîssa retourna au Maroc, et c'est à son arrivée dans son pays qu'il ût à son maître un tel portrait de la princesse de Conti (M^^*^ de Blois), fille de Louis XIV et de M^^*^ de La Val Hère , que' Mouley se décida à la demander en mariage,

La requête adressée à M. de Pontchar train fut faite « au nom du Chériff descendant du propbète, par Abdalab-Ben-Aissa le serviteur et le ministre de la monarchie des Acbémites et de la royauté couronnée, et capitaine de la mer, ^

On sait comment Louis XTV y répondit. On ne tira point parti d'une circonstance grâce à laquelle la France eût pu prendre au Maroc une situation prépondérante, sinon pai^ une alliance elTective tout au moins en faisant traîner la cbose en longueur. On répondit à Mouley que la différence des religions était un obstacle insur-

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montable au mariage, et la course contenta de s'amuser (1) d'un fait extraordinaire à la vérité^ mais dont on ne sentit point la portée,

Mouley-Ismael comprit ou fit semblant de cornprendre les raisons qui empêchaient Louis XIV d'accéder à la demande qu'il lui avait adressée, et son a(Tection pour la France ne semble point s'être amoindrie de la réponse dilatoire qu'il reçut dePontchartrain. Malgré certaines vexations qu'il ne faut point juger d'après leur gravité apparente^ nos compatriotes jouissaient alors au Maroc d'une liberté d'action relativement très grande, et le souverain musulman, en dehors de la question

(1) La démarche de Mouley était bien de nature ;\ stimuler la verve d*iine nation qui a les jeux d'esprit faciles* Les poèl«s s*en donnèrent au roenrjoie.

Senecé écrivit des stances qui commençaient ainsi :

Que me demandez- vous superbe Tln^it^ine

Osez- vous y penser La nUe de Louis jusqu'au rang de Sultane

Peut-eUe s*abais&er?

Et J.-B. Rousseau:

Votre beauté grande princesse Poiie d£*s liaits dont eUe blesse Jusques âUï plus sauvages Ueus, L'Afrique avet" vous CE^pltule Et la conquête de vus yeux "Va plus lûiii que celle d'Hercule.

Yûjez aussi un livre Imprimé à Cologne *m 1700^ chez Pien^e Marteau et qui est peut-être de Cuurtils de Sandras, publié sous le titre : Relation historiqne de Tamour de T empereur de Maroc pour laprince&se douairière de Contî, par le comte D. ..

des esclaves, sur laquelle il se montrait intraitable, demeurait animé vis-à-vis de nous d'intentions spécialement bienveillantes.

C4'est ainsi qu'en 1709, c'est-à-dire à un moment où le prestige français était amoindri en Europe par des défaites successives, Mouley écrivait encore à Louis XIV pour lui demander d'être traité par notre pays de la même façon que la Porte ottomane, ajoutant que si « la France avait besoin d'un secours de troupes pour se défendre contre la Maison autrichienne, il était prêt à l'envoyer tant en cavalerie qu'en infanterie. »

Louis XIV avait parfaitement compris comme on l'a vu, quel intérêt avait la France à conclure avec Mouley des capitulations semblables à celles consenties par la Porte, en 1709, mais il était arrivé à une période d'abattement amenée, en dehors de l'âge et des infirmités, par des revers de toute sorte. A cette époque le mysticisme dans lequel il s'enfonçait de plus en plus l'empêchait de juger désormais la question du Maroc avec sa lucidité ordinaire. Il se contenta donc de répondre au sultan pour décliner son offre relativement aux subsides en troupes.

Ce qu'il importe de retenir des négociations de la France avec Mouley-Ismaël au xvii^ siècle, c'est qu'à cette époque nous étions la première puissance européenne à posséder au Maroc

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une réelle influence, la seule avec laquelle l'empereur musulman eut consenti à traiter sur le pied d'égalité. On a vu la façon dont il appréciait les autres souverains de notre continent ; la demande de la main de la princesse de Conti est non seulement un fait unique dans nos annales diplomatiques, mais dans toutes celles des puissances qui ont eu af Taire avec le pouvoir musulman. De tels rapports créentj entre deux puissances, malgré la iluctuation des événements et des influences, une communauté d'intérêts et de sympathies souvent impérissables. C'est certai* nement grâce au prestige de Louis XIV que^ malgré tout^ nous sommes encore au Maroc la nation prépondérante, la race européenne la plus sympathique aux Ghérifïs.

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