‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 67 sur 71 · LE TRAITÉ DE · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE

Maroc s'engageait de nouveau de la façon la plus formelle et la plus absolue à ne donner, ni permettre qu'il fut donné dans ses États, ni assistance ni secours en armes, munitions ou objets quelconques de guerre à un sujet rebelle ou à un ennemi de la France.

L'article 5, relatif au tracé de la frontière, stipulait en outre de ce que nous avons dit, qu'une commission spéciale serait chargée de négocier et de déterminer sur les lieux mêmes la délimitation des deux empires.

Dès la cessation des hostilités, le maréchal Bugeaud désigna effectivement le général de La Rue comme plénipotentiaire de la France en cette occasion et ce fut par cet officier général et par le Sid Ahmida Ben Ali-El-Sadjéai que fut tracée la frontière actuelle franco-marocaine.

Malheureusement pour nous dans la convention de 4845 — annexe au traité — la connaissance insuffisante que nos officiers avaient du pays qu'on avait à délimiter (1), le manque de cartes, la mauvaise foi des plénipotentiaires marocains, aboutirent à faire accepter par le général

(1) Dans le Tell, a écrit dans ses Mémoires, ïe commandant de Martimprey, adjoint au général de La Rue, notre travail était facile ; mais dans le Sahara c'était beaucoup moins clair et je fus conduit à une erreur grave, en m'en rapportant au témoignage du Kmd de Tlemcen et de l'Agha de la montagne de POuest. Ils nous certifièrent que les Ouled-Sidi-Cheik-Gharaba et Figuig étaient Marocains.

de La Rue, comme point d'attache, comme tête de frontière sur le littoral méditerranéen Tembouchure de Toued Adjeroud, et, partant, comme frontière sur une certaine quantité de kilomètres, le cours de cet insignifiant ruisseau.

Et sous ce rapport, il est incroyable, combien Terreur commise par la convention de 1845, a été préjudiciable au développement de notre province d'Oran.

Il était évident que la limite entre le Maghreb et TAlgérie française devait être prise à l'embouchure de la Moulouya, et se continuer par ce fleuve et son opposé par le sommet, Toued Ghir. C'était là l'ancienne limite de la Tingitane et il ne semblait pas qu'il put s'élever le moindre doute à ce sujet. Depuis Salluste jusqu'au. Reclus tout le monde a su et dit qu'il ne pouvait exister d'autre frontière commune aux deux pays, et, dans ses Éléments pour servir à Vhistoire de V empire du Maroc ^^.. Canovas del Castillo,I'éminent homme d'État et historien espagnol, a commencé son livre sur le Maroc par cette déclaration sans ambages : « Les eaux de la Mouloucha ou Moulouya, limite naturelle de V Algérie et de V empire du MaroCj marquèrent jadis, suivant Salluste, les confins du royaume numide de Jugurtha et le commencement de la Maurétanie » (1).

(1) Voici le texte espagnol : La§ aguas de Mulucha ô Mu-

SSS^^:.'.

La grande mosquée à Ouezzan.

On n'est pas plus explicite.

« Or, la convention de 4845, dit M. A. Filias(4), qui fixa la limite de nos possessions d'Afrique, a été conclu au lendemain presque de la bataille d'Isly, c'est-à-dire à une époque où le gouvernement français n'avait encore que des notions très incomplètes sur la configuration du territoire. Le plénipotentiaire marocain put donc affirmer, sans être contredit, que l'Adjeroud formait, au nord-ouest, notre frontière naturelle, et que le pays situé au sud des K'sour (villages) étant inhabitable, la délimitation en serait superflue. On a fini par s'apercevoir que notre frontière aurait dû être fixée, non pas comme elle l'a été en 1845, et telle qu'elle l'est encore aujourd'hui, mais bien par le cours de la Moulouya et par celui de l'oued Ghir. Ces deux grandes rivières descendent du plateau le plus élevé de la chaîne qui traverse, de l'est à l'ouest, l'empire du Maroc et servent, en quelque sorte, de barrière naturelle entre les deux pays. »

Dans ces conditions, il devait arriver ce à quoi l'on devait s'attendre. Avec des voisins comme les habitants de Figuig, de Tafilet, des mon-

luya, limite natural de la Algeria y del imperio de Marruecos, senalaron ya, segun refiere Salustio, el fin de los dominios del numido Yugurta, y principio de la Mauritania. » Canovas del Castillo, ApunteSf p. 1.

(1) Géographie physique et politique de V Algérie, appendice, note A.

l'adjeroud et la moulouya. 269

tagnes de TAhmour et de TAtlas, les incursions sur notre territoire sont constantes, et notre frontière factice est franchie à chaque instant par des gens qui, souvent, ne se doutent pas qu'ils pénètrent en territoire français.

Il est donc indispensable qu'on nous donne le plus tôt possible la frontière naturelle à laquelle nous avons un droit certain, incontestable, reconnu partout.

La rectification dont nous parlons est si peu de chose, qu'avec tout autre gouvernement que celui du Maroc, elle serait depuis longtemps effectuée. Malheureusement, avec des gens qui ignorent la géographie de leur propre pays, il est difficile de s'entendre, et toutes les fois que nous avons demandé au sultan -actuel de régler un litige pendant depuis cinquante ans. Sa Majesté Chérifienne aussi peu fixée que ne l'était son grand-père, Abd-er-Rhaman, sur le cours de l'Adjeroud et de la Moulouya, s'est obstinément refusée à tout arrangement.

Et cependant il devient de plus en plus urgent de régler une question dont la non-solution e'st une cause de troubles incessants dans notre province d'Oran.

Les populations arabes qui vivent de ce côté, sous notre protectorat, sont généralement labo* rieuses, douces, industrieuses. Elles ne demandent qu'à vivre en paix, à faire paître leurs mou-

tons et à cultiver tranquillement leurs champs. Malheureusement les incursions annuelles des tribus marocaines voisines, les pilleries, les razzias fréquentes qu'elles ont à subir, sont pour elles une cause d'effroi continuel, et notre prestige souffre d'un état de choses auquel nous ne pouvons, dans la situation actuelle, porter remède.

Il faut qu'on le sache : tant qu'une limite naturelle ne séparera pas nettement l'Algérie du Maroc, cet état de souffrances subsistera.

Or la limite naturelle existe : c'est uniquement par un malentendu — on vient de le voir — que le traité de 4845 ne nous l'a pas accordée; il est donc juste que nous la réclamions, que nous l'exigions, et la justice de cette exigence est trop palpable, trop reconnue de tout le monde, pour qu'elle fasse l'objet du moindre débat.

La vérité est qu'on ne paraît pas devoir arriver à une entente avec le sultan actuel. Mais du jour, voisin peut-être, où il disparaîtra, les choses changeraient immédiatement de face.

Le candidat le plus sérieux à l'empire est actuellement le chériff d'Ouezzan « plus saint que le sultan lui-même y>, descendant plus rapproché que lui du prophète et auquel sa richesse aussi bien que son origine a créé une influence supérieure à celle de l'empereur actuel.

Mouley-Taïeb, le chériff d'Ouezzan, est un

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LE CHÉRIFF d'oUEZZAN. '271

homme intelligent, comprenant notre civilisation, et qui ne manquera pas d'être le régénérateur de son pays.

Pour arriver à ce but, il a compris que l'appui de la France lui était nécessaire et les liens d'amitié qui l'unissent à notre pays constituent pour nous une précieuse garantie pour l'avenir* Sans doute, au jour du règlement des comptes, nous trouverons devant nous TAnj^lcterre cette maîtresse gêneuse, dont, comme nous Tuvons dit, la maxime politique favorite est ; « personne là où ne pouvons être nous-mêmes )> mais nous avons déjà montré à la perfide Albion que nous savions agir malgré elle. Nous pourrions le lui démontrer une fois encore.

D'ailleurs, il s'en faut qu'en Angleterre même, tout le monde soit de l'avis du gouvernement pour admettre que la Grande-Bretagne ait un rôle actif à remplir au Maroc. Plus d'un homme politique estime qu'au contraire notre situation en Algérie nous donne d'imprescriptibles droits sur le pays de Maghreb et pour ne citer qu'une do ces appréciations, nous rappellerons ici ce qu'écrivaient récemment MM. Hooker et Bail dans un livre d'une haute portée géograpluque et politique intitulé Journal of a tour in Marrocco and the great Atlas.

« En bien considérant l'état pitoyable dans lequel se trouve aujourd'hui le Maghreb, écrivent

à ce sujet, les deux voyageurs anglais, on constate qu'il n'y a pour ce pays de progrès possible que par rinter\'ention d'un peuple éclairé ayant en vue la prospérité du naturel marocain, et assez forte pour l'atteindre en brisant la résistance de la classe dirigeante actuelle.

« Et si nous cherchons quel peut être ce peuple nous voyons immédiatement qu'il ne peut être que la France,

« Cette dernière nation, a déjà mené à bien une tâche aussi difficile à l'est de l'Afrique septentrionale, et comme son intérêt l'appelle à agir de même façon à l'orient, c'est-à-dire dans un pays offrant de bien plus grandes richesses naturelles, il est probable qu'elle l'eût déjà effectuée sans la jalousie de certaines puissances européennes. »

En somme nous l'avons dit plus haut, la puissance militaire du Maroc apparaît au premier abord sous un assez piteux aspect. 25,000 hommes, mal armés, mal commandés (1), sans instruction militaire, sans tactique, constituent aujourd'hui un bien faible appoint pour la victoire. Quant à songer que devant une invasion chré-

(1) Il n'y a pas au Maroc, de généraux : le grade le plus élevé est celui de chef de bataillon. En évitant de créer des situations prépondérantes dans Tarmée, les sultans ont eu un 3ut politique. L'empereur confie quelquefois le commandement d'une expédition à un grand personnage, mais la campagne terminée, le général d'hier est rendu à sa situation de la veillé.

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