CHRONOLOGIE MAROCAINE
Gomme les Marocains calculent volontiers d’après la durée des dynasties ou les règnes des souverains récents, il a été jugé nécessaire, pour l'intelligence des époques mentionnées dans ce volume, de donner les dates principales de la chronologie marocaine :
Chorfa Edrissites
Zenata
Almoravides
Almohades
Mérinides
Chorfa Saadiens.
Chorfa Alaodites
Moulait er-Rechid
Moulay Ismaïl
Moülay Abdallah
Sidi Mohammed Ben Abdallah
Modlay Sliman
Moulay Abderrahman
Sidi Mohammed ben Abderrahman
Moulay el-Hassan
Moulay Abdf.laziz
VOCABULAIRE ARABE1
’Abd : plur. ’abid : esclave. D’où le nom propre ’ Abdallah serviteur de Dieu, et tous ceux qui sont formés par l’adjonction de l’une des 99 épithètes d’Allah; ’Abdelaziz, ’ Abderrahman, etc.. .
’ Achourâ: le 10 du mois de Moharrem ; ancien jour de jeûne, institué par Mahomet, en imitation du jeûne juif du Yom Kippour, le 10 du mois de Tichri ; le jeûne de l’Achourâ fut ensuite remplacé par celui du Ramadan. C’est, pour les Chiites, le jour anniversaire de la mort des fils d’Ali. Au Maghreb, l’Achourà est devenue une fête, où réapparaissent d’anciennes réjouissances locales ; c’est le carnaval du Maroc.
’ Adoua: rive ; adouat el-Andalous et el-Qarawiyin sont les deux quartiers de Fez el-Bali, séparés par l’oued Fez. Ce mot s’appliquait jadis aux deux rivages du détroit de Gibraltar.
Afrag : « Séparation », toile de 2 mètres de haut, qui, en voyage et en campagne, entoure les tentes du sultan.
Aguedal* ; gedàl, plur. gedâldt : pré réservé.
’ Aïdel-Kébir : «la grande fête » ; ou aid el-qourbân : « lafête des sacrifices », célébrée dans tout l’Islam le 10 du mois de dhou el-hidja, au moment où a lieu à Mina, près de la Mecque, le grand sacrifice qui termine le pèlerinage.
’ Aïd ec-ceghir « la petite fête » : ou ’aid el-fithr, « la fête de la rupture du jeûne », célébrée le 1er du mois de choual, qui suit le mois de ramadhan.
’ Alem, plur. ’ ouléma-, savant, équivaut kfeqih, jurisconsulte.
Amin, pl. oûmêna : « l’homme de confiance ». Au Maroc, le corps des oumana est formé par les intendants chargés des services financiers.
’ Askri, pl. 'askar : fantassins recrutés dans les tribus marocaines ; orig. asker, armée ; d’où fr. lascar.
1 Je suis très obligé à M. Gaudefroy-Demombynes, secrétaire de l’Ecole des Langues orientales, qui a bien voulu établir le vocabulaire des mots arabes revenant le plus souvent dans le présent volume.
* Quand un même mot est écrit avec diverses orthographes, la première est l’orthographe qui répond à la prononciation courante et est utilisée par les colonies européennes du Maroc. C'est cette orthographe, souvent erronée mais entrée dan6 l’usage, qui est toujours employée dans ce livre.
VOCABULAIRE ARABE
’Azib : enclos, ferme concessions de terre ; ’azaibiya, gens de l’azib, travailleurs agricoles.
Baraka : traduit d’ordinaire par « bénédiction » ; c'est le don qu’ont les saints, les marabouts et les Chorfa, de transmettre à leurs fidèles les vertus et les pouvoirs qu’ils possèdent, et qui, suivant l’orthodoxie musulmane, leur seront accordés par Dieu. Ils peuvent transmettre la baraka de leur vivant ou après leur mort. On l’obtient surtout par attouchement, direct ou indirect.
Bou Mouareth. «L’homme aux héritages » : fonctionnaire chargé de la surveillance des héritages.
Bsâth : à Fez, édicules de papier découpé, montés sur de légers châssis de bois et éclairés à l’intérieur, que l’on exhibe aux fêtes de l’Achoura; le sens esL à la fois « tapis » et « réjouissance, divertissement ».
Caïd, qdïcl, plur. qidd: « conducteur», gouverneur des villes ou des tribus, chef militaire.
Chéchiya, châchyia : coiffure, calotte de drap rouge portée par les hommes raha.
Cheikh, plur. chiou/ch, « vieillard »: chef de village, de fraction de tribu, de confrérie religieuse. Poète, maître chanteur, fém. cheikha, plur. cheikhât. — Cheikh en-nedh ar : « cheikhs de l’inspection », experts en matière commerciale.
Chérif, plur. chorfa', fém. chérifa, pl. cliérifât: « noble ». personnage qui descend ou prétend descendre du Prophète par sa fille Fatima, femme d’Ali.
Chouari, plur. chouarât : sac ou panier double, en sparterie ou en feuilles de palmier, dont les deux parties, ’adila, « égale » pendent sur chaque côté de la bête et sont réunies entre elles par une pièce dite qanthara « pont ».
Couscous, en arabe tha’am: « nourriture » : mets confectionné avec de la semoule — semid — cuite à l’étuvée et roulée dans les mains par les femmes ; on l’assaisonne à la graisse, au beurre ou au sucre.
Debiha, dzebiha: « victime», animal que l’on sacrifie le jour de l’aïd el-Kébir, ou bien, à d’autres époques, pour un motif quelconque, s’il s’agit d’obtenir le mzaoug , de se concilier la faveur d'un grand personnage, ou de demander l’appui d’une tribu; ce sacrifice s’effectue également sur les tombeaux des saints pour solliciter leur protection.
Dexnma, dzemma . situation du dzimmi, c’est-à-dire, en terre d’Islam, de tout sujet non musulman, qui paie la taxe de capitation.
Deqqaq : « heurteur », personnage qui, au Maroc, dans les nuits de Ramadan, va heurter le marteau des portes, à
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deux heures du matin, pour avertir qu’il est temps de prendre le dernier repas licite.
Diffa, dhifa : repas offert à l’hôte.
Djellaba: vêtement habituel des Marocains, sorte de sac fait d’une étoffe quelconque et dans lequel des fentes permettent de passer la tète et les bras, petites manches courtes et capuchon.
Djèich, guich : corps d’armée, troupe.
Djéziya : taxe de capitation.
Fahs, fahç : campagne autour d’une ville; banlieue. Faqir, plur, foqra: « pauvre», nom que portent les affiliés d’une confrérie religieuse.
Fatiha : premier chapitre du Coran, qui est récité dans toutes les circonstances solennelles de la vie : elle accompagne certains gestes, de prière et de bénédiction.
Fetoua : consultation juridique ou théologique, rendue par un personnage important, cadi, imam ou savant, ou par une réunion de ces personnages.
Fondaq, plur. fenâdeq : caravansérail pour les hommes et les bêtes, marché ; fondaq ech-chemmdin, marché des marchands de bougie.
Fraja, fradja: spectacle réjouissant; divertissement. Ghassoul : terre savonneuse, terre à foulon, dont on se sert aux bains.
Gheyyâth : individu qui, durant les nuits de Ramadan, annonce certaines heures du haut des minarets, en jouant de la ghâitlia , sorte de musette à anche à sept trous.
Gnaouagnawa : corporations de nègres guérisseurs de maux nerveux, tireurs de sorts, etc...; ce nom viendrait d’une forme altérée de Djenné, ville du Niger supérieur.
Hadhariya : vie raffinée du liadkari ou hadhri, habitant d’une grande ville. hadhra\ paropposition à la a'rowôiya, vie des Arabes, et à la badiya, vie des Bédouins. En général, droubiya s’applique aux cultivateurs sédentaires et badiya aux nomades.
Hadhra: réunion d’affiliés d’une confrérie religieuse, dans laquelle ils se livrent à des pratiques mystiques, récitation du dziitr, etc...
Haïthi : « mural », pièce d’étoffe pour décorer les murs.
Hézeb, hizb : courte formule de prière, souvent répétée, qui fait partie du dzikr d’une confrérie. Le Coran est divisé en soixante parties égales, ou hizb, qui servent d’unité derécitation dans les cérémonies. Chaque hazzab en récite un ou plusieurs.
Horm : « interdiction », qui empêche les infidèles de pénétrer dans certains lieux; liaram, interdit; d’où harem, l’appartement interdit, réservé aux femmes.
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Jamor, dj amour :« étincelant», boule en métal qui surmonte les tentes des principaux personnages d’un camp marocain.
Khaima, khima : tente basse et allongée des nomades; elle est faite de bandes, que les femmes tissent de laine, de poils de chèvre ou de fibre de palmier.
Khathib : imam spécialement chargé de prononcer, les vendredis et jours de grandes fêtes, un sermon nommé Kholba, dans les mosquées cathédrales, djamaâ, plur. djou-amâ.
Marabout : en arabe mrâbeth, régul. mourâbith. « l’homme du Ribdlh », forteresse-couvent, qui servait de retraite aux pieux combattants de la guerre sainte, soit contre les infidèles, soit contre les schismatiques : les almoravides (, al-mourabithin ) tirent leur nom du ribâth où Yasin les forma. — Personnage considéré comme jouissant de la baraka, soit par sa naissance (chérif), soit par sa science et ses vertus, soit par ses miracles ou ses excentricités. Ce saint personnage est enterré dans une qoubba (Koubba).
Mchergui : « oriental », l’un des modes de la chanson légère, griha.
Meqsoura, maqçoura : « partie séparée », partie de la mosquée isolée par une cloison de bois ouvragé et destinée au sultan, parfois aux femmes. Se dit aussi d’une pièce attenant au mirhab de la mosquée.
Meksour-el-djenah : « qui a les ailes coupées », l’un des modes de la griha affecté aux élégies. Cette expression, qui doit être empruntée à une chanson, s’emploie dans la langue courante pour dire « accablé de douleur ».
Mesriya, maçriya : au Maghreb, petite chambre du premier étage, donnant sur la rue et ayant accès par un escalier partant de la rue ou du vestibule d’une maison.
Mezloug: « glissé », l’un des trois modes de la poésie légère, griha.
Mézouar: «surveillant», prévôt des divers groupes de chorfa.
Mezrâg : « lance », ensemble d’obligations de protection et de respect à l’égard des personnes et des propriétés, qui sont la conséquence de certains rapports sociaux : jadis résultant de la remise d’une lance en garantie d’union.
Mkebb : couvercle en forme de chapeau, fait d’osier ou de fibres de palmiers, placé sur les plats pour les protéger.
Mlâqiya : « réception », offrandes faites au sultan en sa qualité de chérif couronné.
Mohendicin : « qui ont étudié la hendasa », — géométrie, — géomètres, architectes, ingénieurs.
Moristan, persan bimaristan : endroit où sont les malades, bimar, et notamment les fous.
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Mouaqqetin: fonctionnaires qui dressent le calendrier de fa çonà calculer exactement les heures (temps, ouaqt ) de la prière.
Moudjahidin : « combattants pour la guerre sainte », djehad ; au Maroc, volontaires pour la guerre contre les chrétiens : déjà aux xive etxv6 siècles, nom des volontaires marocains qui vont faire en Espagne des guerres saintes, où les intrigues mêlent d’ailleurs étrangement les chrétiens avec leurs irréconciliables ennemis.
Moul, moulet et moualin : personnel masculin et féminin au service du sultan : m. el-coucliina, esp. cocina ; m. eth-thas, bol, cuvette en cuivre, où on se lave les mains : m. eç-çaboun, du savon; m. ez-zif, de l’essuie-main; m. el-medhall « maître du parasol » ; medhall, qui signifie « qui fait ombre » désigne le grand chapeau de paille des bédouins.
Mouloud : « naissance », anniversaire de la naissance du Prophète, le 12 du mois de Rébi I«.
Mouna : provisions journalières fournies aux hôtes.
Moussem : fête d’un saint, célébrée à époque fixe. Le mot semble venir de Wasm, marque de propriété des animaux. Le maousim aurait été, dans l’Arabie anti-islamique, la fête annuelle du marquage des jeunes bêtes, chamelons et agneaux ; puis les foires tenues à cette occasion ; puis la fête du pèlerinage ; enlin toutes les fêtes revenant à époque fixe- — Un sens secondaire est « saison », « vent de saison », d’où, par le portugais, le français mousson.
Msalla, moçalla : espace libre, en dehors des villes, où la prière a lieu, devant un grand concours de populations, lors des trois grandes fêtes; la qibla peut y être indiquée par un mur blanc — Fez — par une pierre, etc.
Mzâoug : « apparié, accouplé », cérémonie destinée à faire rentrer en grâce une tribu auprès du makhzen par une debiha.
Neffâr : individu qui, durant les nuits de Ramadan, sonne de la trompette, nefir, du haut du minaret des principales mosquées. Le mot nefir, qui désigne originairement le « départ pour la guerre sainte », puis l’appel à la guerre sainte, a fini par se restreindre à l’instrument qui sonne cet appel, à la trompette.
Neggâfa, nedjdjâfà : négresse présidant aux cérémonies du mariage. Ce mot vient peut-être de nedjaf « seuil », et le nedjdjàfa serait celle qui veille au seuil de la chambre nuptiale. En Algérie, on dit djallâsa, celle qui « s’assied ».
Nouba : « tour de rôle », fanfare ou musique jouant à heures fixes, air joué par la musique.
Oud : « bois », mandoline à quatre cordes doubles. Avec 1 article el'oud, a donné l’espagnol ludo, le français luth.
Ouli, o : heure de midi. — Il semble que ce mot vienne de aouli ( awwéli ), « celui du premier », nom que l’on donne, au
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Maghreb, au premier appel (adhâri) de la prière de clohor ; awwel, s’emploie, en Tunisie, au sens de midi, sans doute pour la même raison.
Qâà-ez-zit : « le carreau de l’huile » à Fez, comme on dit le carreau des halles.
Qacida : forme de poésie arabe, qui date de la période anté-islamique : le poète y décrivait le campement abandonné, sa maîtresse, ses chameaux, etc... Il terminait par l’éloge du personnage auquel il adressait son poème et dont il attendait une récompense. Dans la poésie citadine, ce n’est plus qu’un jeu de l’esprit.
Rahbat ez-zebib à Fez : « halle au raisin sec ».
Rezza : longues bandes de mousseline blanche, entourant la chéchiya pour former le turban.
Sahhâr : au Maroc, personnage qui, durant les nuits de Ramadan, parcourt les rues à deux heures du matin et, en frappant sur un tambourin, avertit les fidèles qu’ils peuvent faire le dernier repas de la nuit, le repas de l’« aurore », sahar. En Orient, ce repas s’appelle sahour, et le sahhâr est dit mousahher.
Salat el Istisqa, çalat... « prière de l’arrosement », cérémonie destinée à obtenir la pluie.
Siouan, ciwân : « protection », tente en toile, élevée en bordure de l’afrag du sultan.
Tajin, tadjin : nom générique des mets non rôtis : viande de mouton ou de poule, cuite lentement et confite dans un jus épais, avec addition de sauce, merga. Tadjin est exactement le vase en terre où cuit le ragoût, ou celui dans lequel on le sert au sortir du chaudron, gedra. Il y a un grand nombre de tadjin qui portent des noms différents.
Tekhridja : « éducation », « sortie » de l’ignorance, fait qu’un écolier a achevé d’apprendre le Coran par cœur, exactement Khetma, « achèvement » : fête donnée à cette occasion.
Tertib : « règlement », réforme fiscale; même racine que rateb, solde fixée par un règlement.
Zerîba : «enclos en branchages ».
Zribet el-Khecheb : l’« Enclos au bois de construction ». à Fez.