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C’est le nom donné au Maroc à certain insecte

foule. Puis, pendant sept jours, la fête se poursuit dans le campement, avec force musique et tasses de thé ; d’ordinaire, bon nombre de Fasis viennent installer leurs tentes dans la plaine voisine, afin d’y jouir de la gaieté des tolba et des premières senteurs du printemps.

La septième jour, le sultan a coutume d’envoyer la hédiya au taleb couronné. Pour la porter, il désigne plusieurs de ses fils ou de ses frères, qui vont en grand apparat, accompagnés des vizirs, remettre les dons traditionnels : 500 metkals 1 en argent, 30 moutons, 30 pains de sucre, des jarres de beurre, du thé, des bougies, des pains et des sacs de semoule pour le couscous. D’habitude, le campement des tolba reste plus d’une semaine sur les bords de l’oued Fez et la nzàha est prolongée de quelques jours.

Un peu avant la levée du camp, il est d’usage que le sultan réel fasse une courte promenade à cheval dans le Saïs. Au retour, il marque un mouvement vers le campement des étudiants, et les tolba, sultan en tête, se dirigent aussitôt à la rencontre de Sa Majesté. Alors s’engage un dialogue plaisant entre le souverain et le mchaouri du sultan des tolba, qui fait mine de le prendre de très haut avec l’intrus; mais la plaisanterie cesse promptement : le sultan des tolba se précipite à bas de son cheval, baise l’étrier du prince et lui remet une supplique où il énumère les faveurs sollicitées. Ces faveurs accordées terminent la fête annuelle des étudiants. Le lendemain de la rencontre des deux sultans, celui des tolba s’enfuit du camp, à la pointe du jour, et regagne

i. Un metkal vaut 0 fr. 40.

rapidement sa médersa. S’il venait à être surpris par ses camarades, ceux-ci s’empresseraient de lui jouer quelques mauvais tour, pour lui prouver la vanité de son pouvoir disparu.

La mascarade du sultan des tolba n’est pas la seule période de vacances accordée aux étudiants. Les leçons de Karaouiyîn sont suspendues dix jours avant, et sept jours après les trois grandes fêtes religieuses, l’Aïd es-Seghir, l’Aïd el-Kébir et le Mouloud qui sont chômées dans tout le pays. Elles vaquent également pour la fête de l’Achoura. Je crois bien qu’il n’y a pas d’autre contrée dans l’Islam, où l’Achoura revête autant de solennité qu’au Maghreb. C’est le dixième jour du mois de Moharrem, qui est le premier de l’année musulmane. A cette date, les propriétaires, après inventaire, doivent donner aux pauvres le quart du dixième de leurs revenus. La tradition veut aussi que l’eau sainte du puits Zem- Zem, de la Mecque, coule miraculeusement ce jour-là dans toutes les sources et le bain devient particulièrement salutaire, car le Prophète a dit : « Celui qui se lavera dans la matinée de l’Achoura ne tombera pas malade de toute l’année. » Beaucoup de gens ont l’habitude de sanctifier ce jour par le jeûne, et les chorfa commencent alors un deuil de vingt jours, en souvenir de la mort des fils d’Ali.

Mais, pour la masse du peuple, l’Achoura est une simple période de réjouissances. C’est le carnaval du Maroc. La veille au soir, des feux de joie sont allumés dans les rues et sur les terrasses ; les enfants reçoivent des jouets, les femmes des vêtements ; pendant plusieurs jours, on n’entend, par toute la ville, que tambourins et musettes. La fraja (spectacle) est

une spécialité des aslcar du Haouz. C’est une suite de scènes, une façon de revue, où figurent un certain nombre de types populaires au milieu d’un débordement d’obscénités : Juifs dégoûtants, derqaoua hurleurs, cadis de Fez, diseuses de bonne aventure, cheikha en vogue, petits garçons dressés à une danse lascive, médecins de la Mecque, gnaoua chargés de conjurer les maladies, fanfare du sultan, accoucheuses assistant à tour de rôle des femmes maure, berbère et juive, parfois même quelque bachadour étranger, qui préfère balbutier un déplorable arabe, afin d’échapper à la domination des drogmans. Cette année, tout le cortège, habillé d’oripeaux, avait envahi le jardin du gouverneur de Fez el-Bali, où nous fut donnée la représentation : il le remplissait de bruit et de lumières ; car les acteurs de la fraja ont coutume de joindre à leurs scènes comiques l’exhibition du bsat, qui se compose d’édicules en carton découpé, montés sur de légers châssis de bois et éclairés à l’intérieur; le bsat de cette année avait même un bateau à vapeur, tout illuminé, qui servait d’introduction naturelle à l’apparition de l’ambassadeur.

Les revenus des habous de la mosquée de Moulay Edriss sont uniquement employés à la réparation et à l’entretien du sanctuaire; les chorfa Edrissites, dont les générations successives s’enrichissent de la sainteté de leur ancêtre, se contentent des dons en argent et des offrandes multiples, apportés par la piété publique. Moulay Edriss et son fils Sidi Mohammed étaient primitivement enterrés dans une mosquée modeste ; mais, la dévotion à leurs tombeaux ayant grandi avec les siècles, Moulay Ismai'l se réso-

lut à faire construire, à côté de leur koubba, la mosquée actuelle. Moulay Edriss repose maintenant dans un pavillon carré, orné de tuiles vertes, que l’on aperçoit de tous les points de la ville, avec son minaret très élancé, où les reliefs de la brique se détachent sur un fond de céramique également verte. Une grande mosquée est attenante à la koubba du saint fondateur de Fez, précédée d’une cour avec fontaine centrale : tous les entours de Moulay Edriss, qui contiennent des maisons et des souks, sont considérés comme horm, c’est-à-dire sanctifiés par le voisinage du tombeau sacré ; une barre transversale en défend l’accès aux bêtes de charge, aux chrétiens et aux juifs.

Dans une koubba carrée, se trouve le tombeau, recouvert de draperies et d’étendards, autour duquel on entretient, la nuit, des lampes d’huile. Tout auprès, sont enterrés le fils de Moulay Edriss et de nombreux chorfa. Un tronc a été placé à la porte de la mosquée ; deux autres, les plus lucratifs de tous, aux deux extrémités du tombeau; enfin, les passants jettent de l’extérieur des pièces de monnaie dans la koubba par une fenêtre. Les pèlerins viennent aussi offrir des cierges, et les gens qui ont une faveur à demander à Moulay Edriss lui envoient, pour le sacrifice, des bœufs et des moutons.

Tous les lundis, le moqaddem de Moulay Edris9 doit recueillir l’argent des troncs, les cierges et le bétail offerts ; sous le contrôle des plus notables parmi les intéressés, il les distribue entre les cent vingt chorfa Edrissites, femmes et hommes, qui, habitant à Fez, ont participation héréditaire à cette prodigieuse aubaine. Il y a toutefois une quinzaine

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de jours pendant lesquels les chorfa Edrissites de Fez sont privés du produit des troncs. A l’époque du Mouloud, leurs cousins de la zaouïa de Moulay Abdesselam, qui habitent le Djébel entre Tétouan et el-Ksar, descendent dans la capitale, s’installent d’autorité dans la mosquée et s’en approprient les offrandes. Afin de compenser les pertes causées par cette invasion de Djébala pillards, auxquels il faut passer toutes les fantaisies, le makhzen a coutume d’attribuer aux usufruitiers légitimes une indemnité annuelle de cent douros.

Le moqaddem de Moulay Edriss est donc chargé d’une administration fort importante ; la tradition veut qu’il soit alternativement choisi dans les deux familles, d’origine andalouse, des Ouled-er-Rami et des Ouled-el-Goumi. Il est nommé par le makhzen, qui désigne le personnage le plus qualifié de l’une des deux familles. Mais, si l’une fournit le moqaddem officiel, l’autre y adjoint toujours un officieux ; tous deux doivent présider ensemble aux opérations de la communauté. Toutefois, ce sont les Ouled-el- Goumi qui possèdent la garde héréditaire des clefs, et il est d’usage que l’un d’eux habite une petite chambre, auprès de la koubba, afin d’ouvrir le sanctuaire, moyennant rétribution, aux gens qui désireraient y faire un pèlerinage nocturne.

Le sanctuaire de Moulay Edriss est, en réalité, le centre de la vie fasie. Quand le sultan entre dans sa capitale, sa première visite est pour le patron de la ville, et tous les nouveaux arrivants suivent cet exemple. Toutes les aspirations des Fasis, tous les embarras du makhzen se traduisent par des sacrifices au tombeau vénéré. Les familles sollicitent la

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bénédiction du saint pour un enfant qui naît ou pour un couple qui se marie ; c’est dans la mosquée que les circoncisions se pratiquent, et c’est au nom de Moulay Edriss que tous les mendiants de la ville implorent la charité des passants. De plus, la zaouïa est le lieu d’asile le plus illustre du Maroc : l’ombre redoutable de Moulay Edriss intervient, à ce titre, dans toute la vie publique de l’Empire. Quand un criminel a commis quelque attentat, quand un débiteur est insolvable, quand un fonctionnaire a dissipé les fonds du makhzen ou quand un caïd se sent à la veille d’une redoutable disgrâce, ils se précipitent vers ce refuge.

Jusqu’à ce jour, l’asile est demeuré inviolable, et cela par consentement unanime. Les grands d’aujourd’hui ne savent pas s’ils ne seront pas les persécutés de demain. A Fez, il y a nombre de saints, dont les tombeaux peuvent servir de refuge. Les plus fréquentés sont Sidi Ahmed ech-Chaoui, Sidi Abdelkader el-Fasi, Sidi Ahmed et-Tidjani et Sidi Ali bou Ghaleb ; mais les gens, qui ne sont point serrés de trop près, prennent leur temps pour aller de préférence jusqu à Moulay Edriss makhzen ou créanciers du réfugié sont alors contraints de négocier avec lui en vue d’une transaction. Cette procédure est si bien admise, que dans une maison dépendant de la mosquée, — le Dar el-Guitoun, la maison de la tente, ainsi nommée, parce qu’en ce lieu, Moulay Edriss aurait fait dresser sa tente, lors de son arrivée a b'sz, le rez-de-chaussée est assigné comme logement aux femmes réfugiées. Les hommes s’installent comme ils peuvent, dans la mosquée ou dans la koubba ; mais ils trouveront bientôt un logis con-

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venable, dans une maison que le makhzen leur fait en ce moment construire. Quand un cas de refuge se produit, le moqaddem est obligé d’en avertir aussitôt le makhzen ou les individus intéressés. Si 1 affaire en vaut la peine, on entre en négociations ; le réfugié a-t-il besoin de sortir pour la commodité de la discussion, il emporte avec lui, comme saufconduit, un vieux morceau de bois, où sont gravés des versets du Coran, et qui aurait, dit-on, servi aux études de Moulay Edriss.

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