CHAPITRE II
DE MOGADOR A SAFFI
Organisation de la caravane. — La Harka. — Les routes du Maklizen. — Le massif du djebel Hadid. — L’arganier. — La province de Chiadma; la famille des Regraga. — En campement. — Le passage de l’oued Tensift. — Le régime agricole : Dars et Azibs. — L’azib d’Israël Lalouz chez les Ouled-Selman. — La ville et le port de Saffi. — Mouvement commercial. — Décadence du commerce français.
La colonie européenne et la communauté israélite.
Saffi, le 15 novembre 1902.
C’est à Mogador que nous avons formé notre caravane pour gagner Marrakech à travers le Maroc méridional. Le voyage est aisé, dans une région très sûre, et la seule difficulté consiste à réunir les animaux nécessaires. A cet effet, une lettre du délégué du Sultan à Tanger invitait le gouverneur de Mogador à nous prêter son secours.
Nous trouvons le gouverneur actuel de la ville, Si el-Ayyad el-Menehbi au Dar el-Caïd, dans un réduit obscur, s’ouvrant sur une cour étroite ; il est accroupi devant une table à peine élevée au-dessus du sol. Mais le malheur veut qu’il ne puisse en rien nous servir, car les temps sont difficiles et il n’y a plus de chevaux disponibles à Mogador, la
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liarka ayant réquisitionné toute la cavalerie de la province.
Nous tombons, en effet, dans un moment fâcheux, où le gouvernement marocain vient de pratiquer une de ses opérations essentielles. Quand les tribus se mettent à témoigner d’une inquiétante agitation, le sultan a coutume d’entreprendre contre elles une expédition militaire. Pour faire face à de semblables expéditions, qui remplissent à peu près complètement le règne des souverains du Maroc, l’arméerégulière est insuffisante et le makhzen doit lever des contingents supplémentaires. A cet effet, une harka est décrétée, la décision portée à la connaissance des caïds et ceux-ci doivent percevoir, sur leurs administrés, l’impôt extraordinaire qu’elle comporte. Cet impôt consiste à la fois en argent et en soldats ; les hommes qui ne partent point se rachètent, et chaque unité de recrutement (une ou plusieurs tribus ou fractions de tribus) doit fournir, en outre, 600 cavaliers, à raison d’un cavalier par cinquante feux. Le contingent part avec les caïds et rejoint le makhzen dans un endroit fixé d’avance. Il va sans dire que le départ s’effectue sans joie et que, tout le long de la route, de multiples désertions affaiblissent la colonne.
La levée actuelle est particulièrement importante, car les circonstances sont assez graves et l’agitation devient générale dans tout le nord du pays. A la fin d’août, les tribus berbères voisines de Fez (Ghérouan, Béni-M’tir, Zemmour) ont pillé le bazar de Mékinez. Il y a un mois, une autre tribu, celle des Riata, s’est payé le luxe de proclamer un nouveau sultan dans la ville de Taza; donc la présente harka
est double; on réclame à chaque unité 1.200 cavaliers et autant de chevaux. Le contingent local est parti, il y a plus d’une semaine, de Mogador, pour Rabat, point de réunion fixé ; et les premiers déserteurs viennent à peine de rentrer en ville.
Le 12 novembre, les arrangements sont terminés, et nous sommes en mesure de partir. Toute la matinée se passe à organiser le départ, et le groupement général se fait sur l’esplanade du méchouar. Nous sommes trois1 2 à nous mettre en route, accompagnés d’un domestique européen et d’un cavalier algérien, le caïd Ahmed. 34 colis contiennent nos bagages, des provisions pour un mois (conserves, vin, eaux minérales) et les objets de campement. 11 mules, dont 8 de charge, sont affectées au transport des hommes et des bagages, sous le contrôle de 5 muletiers. Un mokhazni nous a été adjoint par le gouverneur, afin d’assurer à notre petite troupe la protection gouvernementale.
Vers midi, notre convoi commençant à s’ébranler par groupes successifs, traverse la rue principale de Mogador et sort de la ville par la porte du Nord, qui donne sur la lagune entre des jardins maraîchers et les cimetières. La plage, bordée de dunes sablonneuses, s’étend toute droite et la vapeur d’eau, qui vient des vagues, noie les contours du paysage. Dix kilomètres plus loin, à la nezâla 2 de Chicht, toute
1. J’ai fait le voyage du Maroc méridional avec M. Joseph Ollé-Laprune, attaché à la Légation de France à Tanger et Si Allai Abdi, fonctionnaire algérien attaché au vice-consulat de France à Mogador.
2. Les nezâlas sont le plus souvent des carrés de terrain, entourés d’une haie, avec une hutte en branchages pour les
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la caravane se trouve réunie. Dans le lointain, Mogador forme une apparition très fantastique, s’élevant des sables et de la mer, avec ses grandes murailles crénelées, ses maisons blanches et les tours carrées de ses minarets.
De Mogador à Saffi, sur 110 kilomètres, le chemin direct suit la plage ; mais nous préférons abandonner la route makhzen et faire un détour par l’intérieur, en traversant le massif du djebel Hadid. Le djebel Hadid est un vaste plateau qui s’élève dès le rivage et que domine une crête allongée, dont l’altitude maxima dépasse à peine 600 mètres. La plus grande part en est recouverte d’un épais taillis, parfumé de lavandes, composé de genêts, de lentisques, de jujubiers, de thuyas et d’arganiers. Tous ces arbres forment une broussaille compacte, favorable aux sangliers, aux renards et aux chacals. Les arbres ont, en effet, trop d’ennemis pour pouvoir se développer librement, et c’est la raison générale de la rareté des forêts au Maroc. Les chèvres se chargent de dévorer les jeunes pousses, tandis que les indigènes ont la déplorable habitude de couper les tiges pour en faire du charbon et les branches épineuses pour enclore leurs champs. Le sol est rouge et pierreux ; l’eau rare et recueillie dans des citernes. Le blé, l’orge et le maïs sont les seules cultures ; comme arbres fruitiers, les figuiers, les nopals, les caroubiers, quelques dattiers, dont les
gardiens. Ce sont les lieux de campement établis sur les routes du makhzen, en vue d’assurer la sécurité des caravanes. En échange de leurs services, les gardiens sont autorisés à percevoir un droit de passage sur les animaux de bât et sur les juifs.
régimes ne sont point mangeables, enfin les arganiers.
L’arganier est indigène à la région et y constitue la caractéristique du paysage : il n’existe guère que dans les deux provinces de Chiadma et de Haha, cntr l’oued Tensift et l’Atlas; son tronc, qui atteint à peu près les mêmes dimensions que l’olivier, est noueux et se partage en branches multiples, sa verdure est sombre, ses feuilles poussent petites, allongées et drues; il produit un fruit en forme d’olive, dont le noyau contient une amande; ces amandes, une fois extraites, sont pressées par les femmes dans des moulins à main et donnent une huile susceptible d’être employée aux usages domestiques.
Tout le djebel Hadid paraît une contrée de médiocre richesse, mais boisée, verdoyante et fort belle à parcourir; au Nord, plusieurs oueds ont creusé dans le plateau des crevasses profondes; au Midi, des vallées bien arrosées, dont les noms mêmes indiquent la précieuse humidité — Oummel Oyoun, mère des sources; Aïn el-Hadjar source des pierres — développent des jardins d’oliviers et de grenadiers, ombrageant des cultures maraîchères. Aucun village sur le chemin; les habitants vivent dans des dars en pierre ou dans des nouwâlas l, recouvertes de chaume. Ces habitations sont le plus souvent dissimulées dans la verdure; et n’étaient les clôtures des champs, les troupeaux de vaches, de moutons et de chèvres, ainsi que de rares passants voyageant sur des ânes ou conduisant à la ville des chameaux
1. On appelle nouwâlas au Maroc les chaumières que l’on nomme gourbis en Algérie.
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chargés de céréales, on ne soupçonnerait guère au djebel Hadid l’existence de la vie humaine.
Le djebel Hadid appartient à la tribu des Ghiadma, qui sont Berbères arabisés. La tribu a quatre caïds; ceux-ci et les cheikhs des Kabyles habitent des maisons fortifiées, surmontées d’une haute tour crénelée. Caïds et cheikhs représentent dans Ghiadma 'autorité administrative. L’influence morale, et même politique, se trouve appartenir à la famille maraboutique des Regraga. D’après la légende, l’auteur de la famille fut un Berbère, qui, frappé d’une inspiration d’en haut, se rendit en Arabie auprès du Prophète. Il paraît que Mahomet lui adressa la parole en chleuh et lui confia le soin de convertir à l’islamisme son pays d’origine. Ses descendants exploitent aujourd’hui une tradition aussi flatteuse; bien qu’ils De possèdent point de zikr spécial, aucune confrérie religieuse n’a pu prendre pied dans le Ghiadma; tout le monde s’y reconnaît serviteur des Regraga et, à ce titre, leur apporte des aumônes. La plupart des marabouts, dont les tombes sont vénérées dans le pays, appartiennent à leur ascendance et c’est d’eux seuls que relèvent toutes les zaouïas.
La promenade de Mogador à Saffi nous a pris trois jours et demi. A cette époque de l’année, où la nuit vient vite, nos montures ne peuvent guère faire plus de sept à huit heures de route, soit un maximum de 30 à 40 kilomètres par jour. Un peu avant le coucher du soleil, la caravane s’arrête dans le voisinage d’habitations, susceptibles de fournir l’eau, les vivres et les gardiens pour la nuit. Les mules sont déchargées et entravées côte h côte, réunies par une longue corde ; on leur donne de l’orge et de la paille hachée.
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Nos tentes se dressent et chacun de nous s’installe dans un logis confortable, muni d’un mobilier sommaire. Le cuisinier creuse un trou dans le sol, le remplit de brindilles et de charbon de bois et prépare le repas du soir sur ce fourneau improvisé. Tout un groupe d’indigènes paraît surgir de terre et se forme autour de nous; on apporte du pain d’orge ou de semoule, du lait, des œufs, des poulets, parfois un mouton ou des légumes. Si nous avons la bonne fortune d’être campé près d’un dar aisé, nous voyons venir, en outre, un couscous, à titre de diffa ou d’hospitalité gracieuse. Au cas où les gens se montreraient récalcitrants à notre égard, nous sommes munis d’un document qui nous permet de réquisitionner la mouna, c’est-à-dire les vivres nécessaires. Pendant la nuit, on nous fournit des gardes — assâssa — pour assurer la sécurité du camp. Le lendemain, dès avant le jour, tout le monde est debout; les tentes sont abattues, les charges rassemblées et l’on se prépare pour le départ.
Après avoir traversé la ligne de faîte du djebel Hadid dans une gorge boisée, l’oued Tensift forme une large plaine d’alluvions, pour se jeter à quelque distance de là dans la mer entre deux hautes dunes rougeâtres. C’est, après l’Oumm-er-Rebia, le cours d’eau le plus important du Maroc méridional. 11 draîne toute l’extrémité occidentale du versant nord du grand Atlas, ainsi que la plaine de Marrakech. Les pluies dans les grandes montagnes l’exposent à des crues subites et l’on n’est sûr de pouvoir continuer sa route qu’une fois le fleuve franchi. Entre le djebel Hadid et la mer, le privilège des gués appartient aux deux zaouïas de Sidi-Aïssa et d’Ertenana,
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ainsi qu’à l’importante fraction des Ouled-el-Hadj qui bordent sur ce point le cours du Tensift. Quand l’eau est basse, les gués sont libres; si le fleuve devient plus gros, le transport des hommes, des bêtes et des charges appartient à ces passeurs patentés ( aouârhm , nageur), qui réclament, en échange du service rendu, un prix proportionné à la difficulté du travail. L’oued Tensift nous fut clément, nous le passâmes au pied même du djebel Hadid, un peu audessus de la zaouïa de Sidi Aïssa, dont la koubba et les murs étagés s’abritent dans un repli de collines. Sur ce point, la largeur du fleuve est d’une cinquantaine de mètres dans un lit encaissé; mais nos montures n’eurent d’eau que jusqu’au poitrail.
Du Tensift à Saffî nous avons cheminé, pendant une douzaine d’heures, au travers d’un interminable plateau mamelonné, coupé de vallées qui s’élargissent à mesure que Ton pénètre dans la province d’Abda. Une ligne de collines, prolongement du djebel Hadid, disparaît à l’horizon, en s’inclinant vers l’Est. C’est une contrée de transition, où s’achève la végétation de Targanier, où finissent, avec la région montagneuse, la tribu des Chiadma et les populations berbères arabisées. On entre désormais en pays purement arabe et en terres de grande culture. La limite incertaine des tribus, la nature du sol propre aux embuscades font passer notre route dans un endroit fort malfamé — le Cliâb et-Trâd, — où de fréquents amas de pierres rappellent le souvenir des combats et des meurtres, qui s’y sont produits.
Une fois franchie cette frontière maudite, les champs se multiplient et de petits groupes de nouwâlas apparaissent sur les points élevés. Puis peu à
Maroc d’àwoürd’hui.
peu les espaces cultivés s’élargissent, les arbres deviennent très rares ; il faut faire une longue route pour trouver quelques oliviers, un verger de figuiers, des plantations de vigne ou des haies de nopals. Le sentier se prolonge monotone à travers les genêts et les palmiers nains, sur un tapis d’herbe parsemé d’iris, de narcisses, avec des tiges de scil et des touffes d’asphodèle. Les taches blanches dans la campagne indiquent les fermes des grands propriétaires, qui se partagent la majeure partie du pays : ce sont des dars, si le propriétaire en a fait son installation permanente, des azibs si, habitant ailleurs, il y vient seulement, par intervalles, pour les travaux des champs. Dars ou azibs sont désignés par les noms de leurs propriétaires, en y joignant le nom de la fraction, sur le territoire de laquelle ils sont installés.
Trois heures et demie avant d’arriver àSaffi, nous faisons halte dans l’azib d’un israélite tunisien, Israël Lalouz, chez les Ouled-Selman : son père vint s’établir à Saffi, comme employé au service sanitaire. Resté dans le pays, il y fit souche et fortune. Israël Lalouz est le seul juif agriculteur du pays; il exploite dans la province une demi-douzaine d’azibs; son fils possède à Saffi une importante maison de commerce. C’est un vieillard aisé, fin de traits, vêtu comme un Arabe, qui semble mener son affaire au milieu des caïds et des gouverneurs marocains avec l’habileté de sa race. Trois de ses azibs sont groupés dans laKabyle des Ouled-Selman. Les terres en sont assez étendues pour que 42 citernes y recueillent l’eau des pluies ; une trentaine de silos, dont le plus grand contient la charge de 150 chameaux, emmagasinent ta récolte.
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Le domaine où nous sommes accueillis comporte une grande maison d’habitation blanchie à la chaux; elle s adosse à un double enclos pour les bœufs et les chevaux; le long des murs en pierre sèche, vivent six familles dans des nouwâlas recouvertes de branches de genêts. Ce sont les métayers — khammès auxquels le propriétaire fournit le logement, le cheptel, les semailles, du maïs pour leur nourriture quotidienne; il partage la récolte avec eux, et, dans la région, leur part habituelle est du huitième; un peu plus loin, derrière un buisson de figuiers de Barbarie se dissimule un autre groupe de chaumières, où habitent quelques familles de travailleurs, que notre hôte, en cas de besoin, engage à la journée.
La côte de Saffi est une falaise circulaire, que domine, au l\ord, le cap Saffi, avec les ruines d’une ancienne vigie portugaise; la ville, se presse sur un éperon qui descend rapidement vers la mer du plateau d’Abda. Au bord même du plateau s’élève la kasbah, c’est la seule partie de Saffi que l’on aperçoive, en arrivant de l’intérieur. Se trouve-t-on, dans la forteresse, on voit a ses pieds une étroite cascade de maisons planches à toits plats, dévalant jusqu’au port entre deux murailles parallèles ; des tours crénelées flanquent les murs, et, sur le îivage, un grand chateau fort complète ce système de fortifications, qui est d’origine portugaise. Au milieu de toute cette blancheur, surgit la masse carrée d’un seul minaret. Vers la droite, un ravin profond, contenant pêle-mêle de pauvres chaumières et quelques koubbas, au milieu de la verdure. A gauche, le faubourg de Rabat, qui renferme les (J Ij . J lj lt) [ çivtv u
entrepôts des négociants et une grande zaouïa, élevée sur le tombeau du marabout, patron de la ville.
A mon sens, Saffi est la plus jolie cité marocaine de la côte ; je laisse de côté Mogador, qui n’est qu’une fantaisie européenne sur un thème marocain . A part Rabat, ces villes ont peu d’histoire, et, partant, peu de monuments. La vie nationale s’est toujours concentrée dans l’intérieur du pays, et, depuis plusieurs siècles, les ports ont été considérés comme sacrifiés an contact avec le monde extérieur. Ils ne possèdent ni belles mosquées ni grands bazars; leurs rues sont sales et banales. Il n’est donc point d’endroit, dans tout l’Orient méditerranéen, qui ne paraisse plus intéressant à visiter que les ports du Maroc ; et pourtant, il est difficile de ne point se plaire un instant à ces villes si blanches, encore si peu pénétrées par l’Europe, dont les murs crénelés sont de si moyenâgeuse apparence, et qui se pressent vers la mer, en épousant d’un si joli mouvement les déclivités du sol.
Au point de vue commercial, Saffi n’est pas dans des conditions favorables pour prospérer et les plaintes y sont générales. C’est bien, il est vrai, le port le plus rapproché de Marrakech et il reçoit encore, de ce fait, une faible part de l’importation destinée à la capitale du Sud; mais le commerce le délaisse de plus en plus. Cela tient à la difficulté des opérations du port, où les barcasses doivent accoster dans une anse minuscule, commandée par un gros écueil ; le moindre mouvement de la mer fait déferler les vagues sur la barre, et, faute d’un wharf, les navires restent souvent plusieurs jours en rade, sans communication possible avec la terre. Presque tou-
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jours inutilisable pendant l’hiver, le port de Saffi se réduit à n’être qu’un simple port local pour les provinces limitrophes d’Abda, d’Ahmar et le Sud de Doukkala; il exporte des grains (maïs, fèves, pois chiches, graines de lin, alpistes), quelques peaux et même un peu de gomme arabique, quand l’été a été chaud dans les collines des Ahmar. Le tonnage du port ne dépasse pas annuellement 60.000 tonnes, tandis que celui de Mogador est de 250.000 h
Ainsi que l’indiquent les statistiques, le commerce anglais est prépondérant : les trois maisons anglaises de la place sont à peu près maîtresses de l’importation; pour l’exportation, elles sont vivement concurrencées par les Allemands, qui sont représentés par la succursale d’une maison de Mogador. Par malheur, notre commerce tend à disparaître de la place de Saffi : nous n’y avons aucun commerçant, la maison consulaire est vide et la poste française confiée à un Gibraltarien ; seule, la Compagnie Paquet fait quelques apparitions dans la rade.
Dans la colonie européenne, qui compte quelque 150 personnes, il n’y a qu’une famille française, dont le chef tente, en ce moment même, d’établir dans la
1, Commerce total du port de Saffi. — Importations : 1897, 2 millions 02; 1898, 1,79; 1899. 2,16; 1900, 2,07; 1901, 2,1(0. — Exportations: 1898, 2,93; 1899,1,90; 1900, 3,58; 1901, 2,37.
Commerce français. — Importations : 1898, 0,09; 1899,0,05; 1900, 0,10; 1901, 0,09. — Exportations : 1898, 0,04; 1899, 0,12; 1900, 0,14; 1901, 0,06.
Commerce anglais. — Importations : 1898, 0,82 ; 1890, 0,99,, 1900, 1,20; 1901, 0,99. — Exportations : 1898, 1,53; 1899, 0.8 3; 1900, 2,22; 1901, 1,41.
Commerce allemand. — Importations : 1898, 0,08 ; 189'9„ 0,12 ; 1900, 0,05; 1901, 0,33. — Exportations : 1898, 1,18; 189'9„ 8,57 ; 1900, 0,86 ; 1901, 0,63.
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ville un moulin à vapeur. Gomme ailleurs, la plupart des Européens établis à Saffi, sont des artisans Espagnols ou Gibraltariens. Les négociants sont Anglais ou Allemands, parfois juifs. Un médecin espagnol, la mission franciscaine espagnole, qui a ouvert une petite école, enfin une mission protestante anglaise complètent le personnel européen.
Sur les 10.000 habitants de Saffi, il y a environ 1.500 juifs; ceux-ci n’ont point l’obligation de vivre dans un Mellah et se répandent par toute la ville. Sauf quelques commerçants bien placés, la communauté est misérable; de tout petits marchands, quelques bateliers et portefaix. Le Conseil de la communauté dispose de ressources si restreintes qu’il ne peut fournir une subvention suffisante pour obtenir de l’Alliance Israélite l’ouverture d’une école. Actuellement une vingtaine d’enfants juifs fréquentent l’école franciscaine et y apprennent l’espagnol.