‹ Le MarocChapitre 19 sur 94 · BLAD-EL-MAKH2EN — BLAD-ES-SIBA · texte numérisé non relu

BLAD-EL-MAKH2EN — BLAD-ES-SIBA

Toute cette hiérarchie administrative ne s'exerce avec permanence et autorité que sur une partie relativement réduite de l'Empire. Le Maroc, a-t-on souvent dit, est une expression géographique beaucoup plus qu'une réalité politique. Le Blad el-Makhzen, ou pays effectivement soumis au Gouvernement du Sultan, ne comprend guère en superficie qu'un tiers de rétendue totale des territoires que la diplomatie européenne: confond cependant sous une dénomination commune. Le reste de l'Empire est appelé Blad-es-Siba ou pays des rebelles, et le Sultan n'y pénètre jamais que les armes à la main, solidement encadré de contingents fidèles qui, aussi longtemps que dure la menace de l'occupation, lui assurent quelque respect.

On conçoit qu'une limite soit difficile à préciser entre deux parties essentiellement changeantes, et que l'étendue du Bladel-Makhzen dépende, en quelque sorte, de la puissance actuelle de tel ou tel Sultan. Tel pays Siba deviendra Makhzen à la suite d'un coup de force, mais il est bien rare qu'une telle annexion ait un caractère définitif, et Moulay-Hassan, en 1891,

(i) Siba ou Seiba. Tiré d'un verbe signifiant aband.inner.

n avait pas plutôt terminé le pillage et le massacre des Rifains Bou Kouyas, que le Riff tout entier redevenant ce qu*il est encore, le plus Siba de tous les Blad. Il arrive cependant que le Makhzen maintienne des garnisons dans les pays ainsi conquis; ce sont plutôt des postes de surveillance qui ne surveillent d'ailleurs que l'occasion de s*enfuir au premier symptôme d'une agitation inquiétante.

D'une manière générale il est plus facile de définir le Blad solidement Makhzen, et sur lequel le Sultan, ou plus exactement la dynastie, a de permanentes raisons de compter. D'après le capitaine trisch {le Maroc) qui s'est essayé à une nomenclature de ce genre, le Blad-el-Makhzen comprendrait définitivement: les environs de Fez, le Foum el Gharb jusqu'à Tanger, l'Allouchala, l'Aida, le Chiadma, le Haha, c'est-à-dire le premier plateau du versant atlantique, sauf le Zaès et Zemmour, le Haua et les environs de Marrakech, enfin le Tafilelt berceau de la dynastie régnante, placé sous l'autorité immédiate du Khalifa de la famille impériale. Au point de vue ethnographique, le Blad Makhzen est surtout peuplé par les Arabes relativement nomades, et ne se compose guère que de plaines.

D'après M. Edmond Doutté, qui l'a très minutieusement étudié, le Bled Siba comprend : l'Andjera (environs de Tanger), le Riff jusqu'aux murailles même de la Casba de Valdia; sur la frontière algérienne, la région d'Oudjda sauf la ville; tout l'est marocain y compris les Doui Menia et la région de Figuig; les Béni N'ter près de Fez; les Riata et les Béni Ouarain sur la route de l'Algérie; les Zaes et les Zemmours sur la côte Atlantique, et le massif du Grand Atlas.

Dans ces tribus aucune autorité spéciale ne veille à la sécurité commune et surtout ne se mêle des querelles personnelles. Les Marabouts jouissent cependant d'une certaine vénération, et c'est à son titre religieux de Chéri f que le Sultan devrait le cas échéant, le concours de tous les « rebelles » contre Tinfidèle. L'origine de ces populations étant surtout berbère, les Djemaa, sorte d'assemblée municipale, y maintiennent quelque peu d'ordre. Cette antique constitution, relativement

démocratique, a complètement disparu du Blad el MakhzCD, ses attributions sont aussi bien administratives que judiciaires; tous les membres de la tribu mariés, ou d'àgc adulte, appai tiennent de droit à la Djemaa, à la condition de résider effectivement sur le territoire.

II arrive que ces tribus indépendantes se groupent en confédérations, et M. Ed. Doutté observe très justement que toute cette anarchie n'est souvent qu'apparente, le jeu des institutions sociales quoique encore à l'état rudimentaire, aboutissant à un certain équilibre. Le Blad-es-Siba est beaucoup trop multiple en ses aspects, pour qu'on en puisse essayer une description politique d'ensemble. On peut toutefois remarquer que dans certaines régions, telles que les Zenayas, et le Tazennalt qui sont en plein pays berbère, l'aisance et la sécurité sont plus grandes qu'au Blad el-Makhzen. ■ Le Bda et te Blâl ont des chefs héréditaires; chez les Brabcrs, les Cheihks sonf nommés pour une année avec tous pouvoirs. Par contre les Riata restent indociles à toute tentative d'organisation, et leurs tribus, malheureusement, occupent la plus grande partie de la route entre Fez et l'Algérie ■ (Sabatier. Essai sur l'origine et V évolution des Berbères. Revue Antkr. 1882).

La justice du cheikh au Djebel Hadid.

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