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I. — CHEFS DE L*ARMÉE

Le ministre de la guerre (ouzir el h'erb) porte plus communément le nom de allef, payeur, qui exprime ses fonctions essentielles; c'est l'administrateur de l'armée. Mais il peut prendre la tête d'une colonne expéditionnaire, comme le fit El Menebhi lors de la première révolte de Bou-Hamara.

Le général en chef est le k'aïd el meh'ella; il a le haut commandement sur la colonne (meh'ella) en marche ; on l'appelle aussi parfois el h'akem : le commandant par excellence.

Cependant, en temps ordinaire, celui qui porte le nom de k'aïd el inch'ella est un officier qui a le grade de k'aïd cl reh'a, sorte d'adjudant-major charge de la police du camp, des patrouilles, du souk (marché du camp), de l'établissement du tarif des denrées, de la police des femmes galantes qui suivent la colonne et qui doivent payer contribution, etc. Au-dessous de lui, il y a le zabet, véritable officier de paix, qui est chargé de rétablir Tordre entre les soldats et les courtisanes. En ville, cet officier prend le nom de k'aïd ed dour.

§ II. - INFANTERIE (Asker el mcha)-

A) Recrutement. — Nous avons vu que l'infanterie régulière se recrute parmi les tribus soumises qui, chacune, doivent fournir un tabor. Le tabor contient un nombre indéterminé d'hommes. Suivant son importance numérique, il peut être comparé à un régiment ou à un bataillon. Il est commandé par un k'aïd cr reh'a (assimilé à un colonel). En principe, il contient 500 hommes. Chaque tabor ou reha se divise en 5 mia (100 h.\, commandées chacune par un k'aïd el mia (assimilé à un capitaine), et chaque mia.se décompose en 8 escouades (de 12 h.), commandées par des mok'addem (sous-officiers). Mais il ne faut pas oublier que les recensements de l'armée sont fictifs et les déserteurs nombreux. (Il y avait auparavant des escouades de 25 hommes commandées par un k'aïd khamsa ou achrin qui n'existent plus).

Les âsker se recrutent aussi parmi les engagés volontaires. On est soldat à partir de 15 ans. S'engage qui veut. On est toujours incorporé s'il y a de la place ; or, les désertions laissent de nombreux vides.

QO TITRE QUATPIÈME

A chaque retour d'expédition, le makhzen essaie d'augmenter l'effectif de ses âsker avec les prisonniers de guerre qui ne peuvent pas se racheter. Il va sans dire que ce contingent déserte avec une grande facilité.

C'est la région comprise entre Merrakech, Mazagan et Mogador où se recrutent Te plus de soldats. Chaque vîUe doit fournir au moins un tabor. Il y. a des tabors de 200 hommes; d'autres qui en ont mille. La moyenne est de 400 hommes. Le tabor de Meknès est exclusivement composé de nègres, depuis le Caïd er Reha jusqu'au plus humble soldat; on l'appelle le tabor a'sker a'bid.

Chaque tabor forme une unité distincte qui relève de son chef; ce dernier dépend du ministre de la guerre et du pacha de la ville où il est en garnison. Le tabor ne reçoit pas de numéro indicateur. Il est désigné par le nom de la ville où il réside : tabor Tendja par exemple.

Les registres de recrutement comptent 20.000 hommes d'infanterie, soit 40 tabors de 500 soldats chacun. Effectivement, c'est le quart de ce chiffre qui est actuellement en activité.

Quant aux fantassins irréguliers, nouaïb, on en évalue le nombre à 25.000 environ. Ce sont les nouaïb à pied qui ont le mieux résisté aux Espagnols lors de la campagne de Tétouan (1859-1860).

B) Officiers. — Caïd er reha (colonel) : commande à 500 hommes et au delà. Chef du tabor, quel que soit son effectif. Est assisté d'un khalifa (lieutenant-colonel).

Caïd el mia (capitaine) : commande à 100 hommes et même à moins.

Mokaddem (sous-officier) : commande à 12 hommes ou à 25. suivant les tabor.

Le k'aïd el a'sker était auparavant un 'ïrhef d'armée j on l'appelait aussi khilinar (esp. général). C'est maintenant une sorte d'intendant (amin) sous les ordres du kebir el ma'h'ella (Voir plus haut).

L'avancement des officiers est arbitraire.

C) Soldats. — El a'skri: le fantassin régulier ou bien a'skrî iel mecha ; el a'ssas: la sentinelle (monte la garde accroupi ou couché, son fusil à côté de lui) ; et't'erad : le porte-fanion.

Pour acquérir un grade supérieur, en commençant par celui de mok'addem, il faut, soit payer cette charge au makhzen ou au titulaire qui se retire, soit avoir de hautes protections, soit être chérif (noblesse religieuse).

D) Habillement. — 1° Uniforme du fantassin régulier: uniforme complet (en drap ou en grosse toile), k'at ou kesoua ; veste (bleu foncé, rouge ou verte), kebbout' ; pantalon (bleu foncé) seroual ; gilet (bleu ou rouge), beda'ïa; grande poche en cuir rouge, en bandoulière, la

cbekara classique du marocain, chkara el jeld ; babouches en cuir jaune, boulr'a; chéchia rouge et pointue, t'erbouch.

2® Vêtements du fantassin sans uniforme (ce qui arrive souvent, soit qu'il ait vendu ses effets militaires, soit qu'ils tombent en loçfues au point d'être inutilisables) :

Chemise, K|emidja; djellaba (sorte de sac en laine percé de trois trous) djellaba; caleçon étroit, seroual serré à la taille par la tekka (cordon) ; corde en poil de chameau autour de la tête rasée, rezza.

3® Vêtement de l'officier à cheval (les mêmes que ceux du mekhazni) :

Chemise à manches larges: tchamir; longue tunique en drap : k'eftan; longue tunique transparente (par dessus), feradjia; chéchia rouge : t'erbouch ; turban en mousseline : rezza ; haïk ; ceinture ordinaire : korzia (étoffe) ; ceinture en cuir brodé : medemma ; burnous léger: selham; babouches en cuir jaune: boulr'a ou bien bottes molles en cuir jaune : temak' ; cartouchière (ceinture à cartouches) : hezama, semt'a.

E) Armement, — Les armes: es slah'; les munitions: ik'amat el h^erb ; cartouche : k'ert'as ; balle : khefifa ; fusil : mokah'la, skobita (esp. escopcta) ; attaches en argent du fusil : rebaït.

Les fusils à pierre et à piston sont de moins en moins en usage ; ils sont remplacés par des fusils à répétition : Chassepot mod. 74, Martiny-Henry, Winchester, Maiîser.

Les plus répandus sont les Chassepot et les Martini-Henry. Ces derniers sortent de la fabrique d'armes italiennes de Fez qui pourrait livrer cinq fusils par jour si elle n'était absorbée par des travaux de palais absolument étrangers à l'armement.

F) Instruction et exercice. — Jusqu'ici, certains tabors étaient instruits à la française (à Fez, à Rabat), d'autres à l'anglaise rar des instructeurs formés à Gibraltar (Tanger), d'autres enfin ne faisaient jamais l'exercice (Tafilelt, Tiznit). Dans ces contrées éloignées, les troupes continuent à ne recevoir aucune instruction.

Les tabors exercés obéissaient à un jargon barbare composé d'ordres en arabe, en français et anglais, et cela se passe encore ainsi, sauf à Tanger et à Fez. La talim el h'erb (instruction des troupes) ainsi donnée est d'.ail leurs assez rudimentaire. Le savoir des soldats consiste à :

— Défiler, un à un en monôme, pour paraître plus nombreux. Avec leur tenue débraillée, leurs fusils sur l'épaule gauche, sur l'épaule droite ou à la main, ils produisent, en défilant ainsi à la queue leu leu, le plus piteux effet;

— Présenter les armes, rendre les honneurs: es-slam (sans ordre et gauchement) ;

Faire des exercices de tir, aussi peu répétés que possible, pour ne pas user les munitions qui coûtent cher.

A Tanger et à Fe2, Texercice de l'infanterie se fait maintenant à la française. Il a été simplifié suivant la nouvelle manœuvre de l'infanterie française. Les commandements se font en Arabe.

§ III. — CAVALERIE (kh-ala).

La cavalerie régulière forme le guich ou réunion des contingents makhzen à cheval. Les tribus makhzen sont censées fournir lo.ooo cavaliers. En réalité, chaque tribu est seulement représentée par un reh'a qui varie de 200 à 600 hommes (escadron) que commande un caïd er reha. Chaque reha de cavaliers se subdivise en meh'ella de 100 hommes, que commande un caïd el mia. En temps de guerre, ces effectifs armés, formeraient la cavalerie régulière qui renforcerait l'infanterie. En temps de paix, tous ces mekhazni sont répartis dans les différentes places du Blad makhzen et sont gardes à cheval, estafettes, gendarmes, voire même ordonnances. (Voir plus loin: services auxiliaires.) C'est seulement depuis Mouley Abd el Aziz qu'il est distrait de ce nombre environ 800 cavaliers régulièrement (exercés par deux majors anglais attachés à la cour du sultan. Les autres ne manœuvrent jamais. Ils savent, comme tous les khiala de l'Afrique du Nord, organiser une belle fantasia ou courir sus à l'ennemi qu'ils intimident par leur charge soudaine, leur tir à bout portant et leur volte-face rapide: tout mekhazni est très habile au (( jeu de la poudre » (la'b el baroud}.

Le commandant en chef de l'armée est le caïd El Mechaoura, attaché à la personne du sultan. Dans les villes makhzen, le pacha qui prend la tête de la cavalerie, prend le nom de Bâcha guich ou de k'aïd el guich, ou encore de k'aïd el k'ebila.

L'habillement du mekhazni est le même que celui de l'officier d'infanterie: la finesse des vêtements varie suivant la fortune et le grade de celui qui les porte.

§ IV. ARTILLERIE (T'objia).

ARTILLERIE DE FORTHRKSSE

Dans les places maritimes, l'artillerie de forteresse se compose de pièces de calibres et de modèles très variés. Il y a des canons qui datent de trois siècles. Les pièces sont serrées les unes contre les autres, pour intimider l'ennemi probablement. Tout ce matériel est vermoulu, oxydé ! La plupart des affûts sont brisés. On ne fait aucune dépense d'entretien. Cette artillerie serait inutilisable pour la défense des ports. Elle est tout au plus bonne pour tirer à poudre, soit lors-

qu'il s'agit de saluer un navire de guerre (la salve réglementaire : es-selam), soit à l'occasion des grandes fêtes musulmanes (tous les soirs à l'époque du Ramadhan), soit pour signaler la lecture publique d'un avis officiel du Sultan.

Tanger a trois batteries à réduits ; dans chacune de ces batteries, il y a deux canons Armstrong de 20 tonnes. Les travaux de défense ont été exécutés sous la surveillance d'officiers de Gibraltar.

On compte 8 à 900 artilleurs de forteresse recrutés dans les tabors locaux et qui sont répartis entre Tanger, Tétouan, Larache, Rabat, Casablanca, Mazagan, Safi, Mogador. Dans chaque port, ces artilleurs forment un petit tabor spécial dirigé par un caïd, le kaïd et't'objia.

Il y a aussi quelques artilleurs de forteresse dans les kasbas des villes de l'intérieur (Fez, Meknès, Merrakech, Oujda).

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