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A) Casernement. — La caserne (k'echchala) n'existe que dans quelques grandes villes makhzen (comme Fez et Meknès) et encore ne peut-elle abriter qu'une faible partie des effectifs. Le plus souvent, c'est une dépendance du Dar el Makhzen, bâtiment délabré et mal entretenu où s'abritent tant bien que mal les mekhaznia (cavaliers réguliers). En général, les soldats d'infanterie campent sous la tente
hors la ville (comme à Fez), ou bien logent en ville, dans les cafés maures, où ils peuvent (comme à Tanger). Ils n'ont avec eux aucun fourniment et vivent dans la misère (ni vêtements de rechange, ni même un havresac pour placer leurs guenilles). Leur seul bagage est leur fusil qu'ils trimbalent partout avec eux.
B) Terrain ^exercice, — Les jours d'exercice (4 fois par semaine en moyenne), l'armée régulière doit se rendre sur le terrain de manœuvre à l'heure indiquée. (Il en est ainsi au moins à Fez et à Tanger.) Tous les hommes doivent être présents, mais le manque de discipline fait qull y a toujours beaucoup de manquants. Les petits corps de cavalerie sont assez exacts au rendez-vous. Quant aux fantassins, ils quittent en rechignant le petit métier qu'ils exercent pour vivre et arrivent, sans se presser, en retard, les uns après les autres, à l'exercice. A Fez, la manoeuvre se fait sur un terrain désigné hors de la ville ; à Tanger, l'instruction des recrues se fait par petits paquets sur les glacis des forteresses.
C) Tenue des armes et effets. — Les officiers ne font jamais de revue d'armes ou d'habillement. La cavalerie, régulièrement payée par le makhzen, s'entretient assez convenablement. Les mekhazi)^ ont leurs petits profits quand ils accompagnent des caravanes^ des convois d'argent, quand ils font un service d'estafette. Détenant une parcelle des pouvoirs policiers, ils en profitent pour ne jamais négliger les occasions de faire ce qu'en Algérie on appelle encore du chaouchage.
Quant à Tinfanterie, elle est dans un piteux état. Les hommes ont des uniformes en guenilles et, le plus souvent, ils sont obligés de les remplacer par de simples djellabas de civils. Ils ne nettoient point leurs armes à répétition, qui sont toutes plus ou moins détraquées; leurs fusils sont rouilles et leurs baïonnettes souvent tordues.
D) Discipline. — Règlements intérieurs. — La promiscuité des officiers, sous-officiers et soldats au camp, l'insouciance des chefs, le manque de sanction et de code militaire font qu'il n'y a à peu près aucune discipline. Les réguliers considèrent leur service sous les armes comme un métier. S'ils sont payés régulièrement, ils obéissent à peu près ; s'ils sont mal payés ou mécontents de leurs chefs, ils désertent avec une grande facilité, emportant fusil et uniforme qu'ils vendent pour se procurer quelques ressources. Les officiers, qui se réservent la solde des manquants, engagent tacitement leurs hommes à déserter. Ni la désertion, ni la vente d'armes et d'effets militaires ne sont punis. On voit souvent des soldats d'Oujda qui ont la nostalgie de leur pays d'origine, qui désertent et qui viennent rengager à Fez ou à Tanger. Il n'y a de répression que pour des faits de police publique: vol nocturne dans la ville, par exemple; le cou-
pable est alors jeté en prison comme un civil quelconque: il est mesjoun (prisonnier). Si, au camp, il commet un vol à main armée ou un acte de brigandage au détriment d'une tribu alliée, il est mis aux fers, c'est-à-dire attaché à la chaîne des prisonniers de guerre. Les simples soldats ont peu d'égards pour leurs chefs et ne leur obéissent que très mollement. Il n'existe d'ailleurs pas de règlement intérieur. Comme on engage n'importe qui, surtout depuis les derniers soulèvements de Bou Hamara, l'infanterie régulière est peuplée de bandits et de chenapans ; aussi, la moralité de ces éléments est-elle en général détestable à tous les points de vue.
Les permissions s'accordent assez facilement et les soldats peuvent, quand il leur plaît, quitter leur garnison pour aller voir leurs familles. Si, en expédition, on leur refuse l'autorisation de s'éloigner, ils désertent avec armes et bagages et solutionnent ainsi la difficulté.
Les malades manquent l'exercice sans prévenir. C'est à eux de se soigner comme ils l'entendent. Au camp, il y a toujours un barbier et un rebouteux dont ils peuvent requérir les services.
E) Police armée dans les villes, — Chaque ville a une garnison constituée par un tabor entier ou par un détachement de tabor qui dépend directement du makhzen. Cependant, le pacha de la ville peut réquisitionner ces troupes pour la police de la localité et des environs.
Le jour, ce sont des âsker qui montent la garde aux portes, aux points importants de la ville, devant les édifices publics. La nuit, on adjoint aux âsker des gardes de nuit civils.
Un corps de garde (a'ssa) comprend une cinquantaine d'hommes qui viennent se relayer par petits paquets aux différents moments de la journée. La garde descendante se répand dans les cafés maures ou va se livrer à un travail quelconque qui lui rapportera de quoi augmenter sa maigre solde. Chaque poste envoie ou est censé envoyer quelques gardiens (a'ssas) qui doivent circuler sur les lieux d'agglomérations, tels que les marchés. La sentinelle est assise ou couchée, tient négligemment son fusil, cause avec les passants, boit des tasses de thé et ne sinquiète nullement de ses devoirs qu'on ne lui a jamais définis. Toutes les consignes sombrent devant la tentation d'une piécette à gagner. Les touristes européens visitent sans difficultés les batteries de forteresse, où, cependant, le public ne doit pas entrer, grâce au peu de scrupules des sentinelles. Les corps de garde sont inspectés par des caïds el mia qui viennent s'enquérir des événements de la journée.
La garde de nuit ou patrouilles (douara) est conduite par le k'aïd ed dour, officier de police subalterne qui prend le nom de zabet' au camp. Elle se recrute parmi les âsker et des gardes civils porteurs de lanternes et de bâtons, lamentables chevaliers du guet. Chaque
patrouille (a'ssa) est composée de quatre hommes et circule dans les rues étroites et noires. Elle ramasse les ivrognes qu'elle mène à la kasbah de la ville et les filles publiques qu'elle enferme à la prison des femmes. Quand une des patrouilles a maille à partir avec des vagabonds, elle appelle à son aide le corps de garde le plus proche. Cette garde de nuit circule à l'intérieur de la ville et les bouabin (portiers) lui ouvrent les portes de sections des quartiers.
Hors la ville, il y a des factionnaires militaires, postés par groupes sous des tentes, et des gardiens civils qui s'installent sur les principales pistes qui aboutissent à la ville.