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RELIGION

terie quelques pièces d'artillerie de campagne. A neuf heures, les sonneries de clairons et les accords de la musique annoncent la sortie du sultan de son palais. Quelques minutes après, le cortège commence à défiler devant nous. Le sultan s'avance sur un superbe cheval blanc aux harnachements de soie de couleur mauve et d'or. Moulai Abd el Aziz a belle prestance à cheval. Il est enveloppé d'un laree burnous de drap d'une blancheur éclatante, encadrant son visage bronzé aux yeux noirs et ardents. Le parasol rouge que porte derrière lui un des officiers de son palais est plié. 11 ne sera ouvert qu'au retour de la mosquée, car l'attitude d'humilité qui sied au chef des croyants au moment où il va accomplir un acte de pénitence religieuse, doit exclure cet insigne hautain de la royauté. Arrivé à la mosquée, le sultan met le premier pied à terre et s'agenouille sur des nattes pour faire la prière rituelle. Tous les dignitaires de la cour suivent son exemple. Puis l'imam prononce un sermon relatif au sens du sacrifice du mouton et aux leçons morales qui doivent se dégager de cette cérémonie. Après la prédication, le mouton est égorgé ; le canon tonne, annonçant ainsi à tous les habitants de la partie haute de la ville que le sultan a déjà fait le sacrifice et qu'ils peuvent l'accomplir à leur tour. Tous les chefs de famille se tiennent prêts en effet, dès huit heures du matin pour faire le sacrifice rituel. Un usage non prescrit par la religion mais qui est déjà très ancien, veut qu'au moment même où on égorge le mouton du sultan des muletiers du makhzen s'emparent de l'animal pantelant et l'emportent au grand galop vers le palais chérifien, poursuivis par une bande de vagabonds. Si le mouton arrive encore vivant aux portés du palais, c'est un signe de prospérité pour le sultan, pour sa famille et pour la ville. Presque toujours, d'ailleurs, les muletiers arrivent au but de leur course échevelée avant que l'animal ait achevé d'expirer.

Aussitôt après les rites du sacrifice qui durèrent près de quarante minutes, le sultan remonta sur un autre cheval couleur fauve, aux harnachements bleu pâle. Derrière lui prit place — en le dépliant, cette fois — le porteur du parasol en velours écarlate surmonté d'une boule dorée ; des esclaves à pied agitaient devant le sultan des foulards en soie pour chasser des mouches ou des moustiques imaginaires, afin de préserver de toute souillure les traits augustes du souverain ; des porteurs de lances à cheval entouraient aussi le sultan en tête du cortège dans lequel on distinguait, en dehors du « caïd-el-mechouar », Driss ben Ihech, qui fait fonctions de maître des cérémonies, le ministre de la guerre El Guebbaz, les dignitaires de la cour et. à leurs postes respectifs, les membres de notre mission militaire : commandant Fariau, lieutenant Schneider, commandant l'artillerie du sultan ; lieutenant Anis, des tirailleurs ; le médecin-major Jaffary et les sousofficiers de la mission.

C'est le moment maintenant de la présentation solennelle au sultan, pour qu'il les bénisse, des députations de la ville et des tribus venues avec leurs caïds à Fez rendre hommage au souverain. Tout ce monde est à cheval et chaque délégation a son étendard qu'elle incline devant le sultan au moment de la présentation. En vertu d'un droit consacré par l'usage, la délégation de la ville de Fez se présente la première. Elle s'avance vers le sultan qui, de son côté, fait faire trois pas en avant à son cheval chaque fois qu'on lui présente une nouvelle députation, laissant entre elle et lui une distance d'environ trois mètres. Chaque délégation est annoncée par le « caïd-el-mechouar » d'une voix qui retentit dans toute la plaine. Il fait lui-même les questions

et les réponses dans la forme suivante: n Ce sont, mon seigneur, ditil, en s"adresi-ant au sultan, les gens de Fez. » Moulai Abd el Azii, grave et solennel sur son cheval, faisait à chaque présentation un geste à peine perceptible d'acquiescement que le u caïd-el-meehouar », se tournant vers la députation présentée, interprète ainsi, d'une voir tonnante: " Que Dieu vous bénisse et vous guide dans la voie de la vertu, vous dit mon seigneur. — Alia ibareck cl Ilmar Sidi! (Que Dieu bénisse la vie de notre seigneur! •• rcpondeni ensemble, avec un religieux enthousiasme et en s'inclinant jusqu'à terre, les délégués. Puis ils s'éloignent à cheval, faisant place à la députation suivante et visiblement heureux d'avoir été bénis par le chef des croyants, dont la seule présence et l'intention qu'il est censé y mettre suffisent à répandre les eftiuves de sa puissance sur tous les spectateurs. Toutes les députations sont présentées avec le même cérémonial. Les fonctions du li caïd-el-mechouar " ne sont pas, ce jour-là, une sinécure, et tout le monde se sent porté à le plaindre lorsqu'au bout d'une heure il a répété plus de cent fois, de la même voix tonnante, les mêmes formules.

Le sultan, après ces présentations, rentre au palais, passant au milieu des fantassins rangés en deux haies, sabre au poing, pendant que la musique militaire joue la marche impériale. Pendant les quatre premiers jours de la fêle a lieu ensuite ia formalité de la kédiya. Les mêmes délégués des villes et des tribus qui se sont présentés le premier jour au sultan lui offrent des cadeaux en signe de vassalité. Le cérémonial est beaucoup plus simple (jue pour la fête religieuse. Le sultan seul est à cheval, entouré de ses ministres, et les députations présentent leurs cadeaux en poussant une forte

L'ensemble de la célébration officielle de la fête de l'Aïd-el-Kébir révèle dans tous les cas un réel talent de mise en scène qui produit une impression saisissante. On ne saurait rien imaginer en effet de plus propre à impressionner les foules et k leur donner le sentiment de la toute-puissance du sultan. On comprend, en assistant à ces sortes de cérémonies, qu'un souverain qui communique avec son peuple — "— irc de tous les attributs d'une majesté presque divine, conserve

usion d'un pouvoir sans bornes. On a aussi l'impression que malses faibli-sses et ses défauts, le makhzcn reste une force qu'on

t faire évoluer, mais qui ne saurait être remplacée par aucune

e in-tituiinn nu Maroc.

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