COMMISSION D'HYGIÈNE
Cette institution est spéciale à la ville de Tanger. A plusî iurs reprises, notamment en 1833 et en 1856, les membres des différentes colonies s'étaient réunis pour assurer la propriété, et la salubrité de la ville. En 1860 des souscriptions volontaires permirent le pavage de la rue centrale, et quelques autres améliorations de voirie.
En 1870, l'initiative de quelques résidents aboutit à un com mencement d'institution permanente sous le seul prétexte de nettoiement. Le corps diplomatique s'intéressa à cette tentative, et en 1892 il obtint de Moulcy Hassan un firman chargeant le Conseil sanitaire de veiller ce à la voirie, aux égouts, à l'adduction des eaux et à l'hygiène de Tanger », et l'autorisation même de percevoir certaines taxes à cet effet. Le Conseil sanitaire délégua immédiatement ses pouvoirs à une commission qui, s'intitula « Commission d'hygiène ». Cette commission est composée d'un représentant désigné par chacune des dix légations ayant leur siège à Tanger. En outre, les souscripteurs volontaires, inscrits avant le 3 1 décembre pour une cotisation annuelle d'au moins 10 pesetas, élisent tous les ans, au mois de février, 12 membres qui doivent être souscripteurs et résider à Tanger depuis au moins 2 ans.
Cette commission élit son bureau, et administre la ville au triple point de vue de l'hygiène, du nettoiement, et de la voirie.
A vrai dire, ses attributions ont été quelque peu élargies au moins en fait, par l'initiative croissante de ses membres. C'est ainsi que l'éclairage à la lumière électrique a été considéré comme une opération de voirie, el que la police des abattoirs a été confiée au titre de l'hygiène à un vétérinaire français. Il en est résulté une véritable administration, et le commencement d'une ère municipale qu'il serait assez facile de développer en invoquant les trois rubriques fondamentales. Pour l'instant
déjà, le pavage des rues, le tracé et la défense des chemins contre les propriétaires envahisseurs, l'inspection de certaines denrées alimentaires sont des résultats très appréciables et de nature à doter Tanger d'au moins le confortable et la sécurité indispensables à toute ville de cette importance. Des projets relatifs à l'adduction des eaux — l'une des premières nécessités urbaines de Tanger — sont à l'étude. Il appartiendra à la commission de les faire aboutir.
Le règlement constitutif de la commission interdit l'élection de plus de quatre membres appartenant à la même nationalité.
Les ressources consistent en :
i** les souscriptions individuelles; (en 1904, 9809 pesetas fournies par 260 souscripteurs de toutes nations),
2** la taxe des abattoirs; (23.771, 50 en 1904),
3*' une subvention du Makhzen de 15.000 pesetas par an! (au 31 décembre 1904 le Makhzen était en retard pour sept mensualités),
4^ 20 % du produit du Warf .
5" des souscriptions spéciales pour l'éclairage de tel ou tel chemin
En 1904 les recettes totales se sont élevées à 57415 pesetas.
Pour augmenter ses ressources, la commission d'hygiène a propose l'établissement d'un impôt de 0,15 par colis embarqué à Tartger ou débarqué. Elle évalue à 10.000 pesetas, le produit de cet impôt dont le principe, approuvé par le Conseil sanitaire, est soumis au Sultan,
Le nettoyage a été adjugé pour 3 ans, moyennant 85 fr. par jour; l'éclairage coûte 6.759,35; '^ reste est employé en construction d'égouts ou en chemins qui font toujours l'objet d'une adjudication préalable.
Ajoutons que, par extension de ses attributions initiales, la commission d'hygicne a établi des cliniques 011 les enfants sont gratuitement vaccinés (700 en 1904). — Des tubes de sérum anti-diphtériques sont tenus par clic à la disposition des indigents.
Il est à noter pour terminer, que quoiqu'il s soient admis à titre de souscripteurs, les indigènes semblent se désintéresser de
cette tentative. Menebhi seul est inscrit sur les listes électorales.
Une pareille institution qui accoutumerait peu à peu les villes marocaines à l'exercice d'une sorte de droit municipal, serait très bienfaisante. 11 est, pour l'instant, question de l'organiser à Larache. Le conseil sanitaire aurait peut-être tout pouvoir pour le faire, puisque ses droits s'étendent sur tout le littoral de l'empire; mais il estime avoir besoin de l'autorisation chérifienne, et îl l'attend.
La langue espagnole étant celle du plus grand nombre des membres de la Commission d'hygiène, est adoptée pour sa correspondance et ses archives. — Les réunions ont lieu à la Légation de France.
La haie des troupes devant la porte de l'Aguedal, i Mûrrakech.