AGRICULTURE
l. Sol. — II. Main-d'œuvre. — III. Cultures principales.
IV". Le Sahara marocain.
Peu de pays offrent à l'agriculture d'aussi engageantes perspectives que le Maroc avec son sol exceptionnellement fécond, son climat qui est tempéré dans la plus grande partie de son étendue, et sa main-d'a'uvre dont les colons d'Algérie ont depuis longtemps apprécié les qualités.
Malheureusement les conditions politiques de l'empire ont fait échec au développement normal des activités humaines appliquées à la terre. L'individu a manqué trop souvent du plus efficace des stimulants: la propriété que des fictions religieuses, aggravées par le despotisme féodal, ont à peu près soustraite à la libre disposition des particuliers.
L'agriculture exige le concours de trois éléments : le sol, le climat, la main-d'œuvre. Du climat nous n'avons rien à dire ici, ayant consigné ailleurs les quelques conclusions générales que
les observations permettent de tirer à ce sujet. Examinons successivement ce que Ton peut savoir du sol. et ce que Ton a expérimenté de l'ouvrier.
Sol
Nous excepterons d*une étude d'ensemble, les régions encore si peu connues du Riff (i) où, toutefois, quelques explorateurs — M. de Foucauld, M. Mouliéras et M. de Segonzac — ont constaté de véritables merveilles, notamment dans la plaine de Béni Ouriaghe, en face des Alhucémas, et sur les contreforts qui dominent Tétouan.
Les grandes plaines subatlantiques sont mieux connues; tout récemment encore, M. Paul Lcmoinc en publiait l'étude géologique dans le Bullelin du Comité de l^ Afrique Française.
On s'accorde généralement à diviser cette immense région en trois zones qui présentent, au point de vue agricole et forestier, des caractères bien différents.
i"" La fnemière zone est celle du plateau littoral qui s'étend depuis Arzila jusqu'au sud de Mogador, sur une largeur qui atteint parfois 65 à 75 kilomètres, et qui n'v^-st jamais inférieure à 10 kilomètres.
C'est la région des plaines magnifiques, presque sans interruption, à peine séparées par de légères couines qui s'appellent successivement, du N. au S., le Gharb, le Chaouïa, le Doukhala, TAbdaet le Sous. Peu d'arbres, sauf dans la petite plaine d'Akermout, entre Marrakech et Saffi, et dans les quelques
( I ) Résumé de cr. que^ dans îc « Maroc Inconnu w, M. Mouliéras dit sur la culture de la vigne dans le Rijf. — La vi^nc est cultivée dans tout le RifF. Kn certains endroits on la traite ctiinnie en Europe; elle est taillée, labourée, pioclu'e, c'est la culture en ce*' (Zeir.if).
Dans d'autres enflioits on la culti\e en treilles (el-ârich : la treille) en la faisant monter après les arbres.
La treille produit le çatnct (j^ebe de raisin), le vinaigre et même le vin.
I^es ceps fnurnissenl^ les raisins secs dont les Marocains font une énorme consommation.
Il y a deb tailleurs de vi«,Mie de profession.
forêts, très rares et parfaitement définies, dont nous parlerons ailleurs.
Cette zone est principalement caractérisée par la fameuse terre notre qui, commençant près de Casablanca recouvre environ 30.000 kilomètres carrés, avec une épaisseur de i à 5 mètres. Aussi cette région est-elle qualifiée de « l'une des plus riches du monde » par l'allemand Fischer qui l'a bien étudiée.
Quoique Teau courante y soit assez rare, l'irrigation artificielle n'y paraît pas nécessaire. Les pluies y sont abondantes et régulières» et la rosée s'y forme avec une telle régularité, que l'agriculteur peut compter sur elle. Le maïs, plante exigeant cependant beaucoup d'eau, se cultive sans le moindre canal.
Sur toute l'étendue de ce plateau dont l'altitude ne s'élève guère au-delà de 250 mètres, la culture dominante est celle des céréales. L'orge se récolte en mai, et le blé en juin, au plus tard. L'auteur du Roudh et Karbas raconte qu'il vit en 1291, le blé qui avait été semé le 15 avril •être moissonné 45 jours après. Les pâturages dominent au-dessus de Larache, et, dans le Doukhala, les coteaux à l'Ouest de Mazagan sopt plantés en vignes qui réussissent fort bien. Les tentatives qui ont été faites pour le lin dans le Chaouia ont réussi; elles contribuent à la fortune de Casablanca.
Toutes les villes marocaines sont entourées de vergers superbes. De Foucauld cite les jardins de Chechaouan, de Taza, de Debaou, de Sefrou, comme étant des merv-eilles. « Les jardins de Sefrou, dit-il, s'allongent à nos pieds en masse sombre; une p>enie douce y conduit; la ville est au milieu; mais cachée dans la profondeur des grands arbres, nous ne l'apercevrons qu'arrivés à ses portes. J'entre dans les jardins, immenses et merveilleux, comme je n'en ai vu qu'au Maroc. »
2® La deuxième zone qui comprend le plateau allant vers le Centre, débute à l'altitude de 300 mètres et s'élève insensiblement jusqu'à 600 mètres. Ce plateau pénétré par le Sebbou jusqu'à Fez, et, par la vallée de l'Oumerrebia s'étale pour former la g^rande plaine de Marrakech. On y trouve de nombreux îlots d'argile propices à la culture intensive, mais les vents très
violents rendent arides le surplus. Le sol étant généralement pauvre et siliceux, les céréales y poussent misérablement, mais rélevage s'y développe, et il est la ressource principale de ces régions.
Toute culture semble subordonnée à l'irrigation artificielle, condition très facilement réalisable, car, pendant la fonte des neiges, d'énormes quantités d'eau dévalent du Grand Atlas, et se perdent dans d'innombrables petits ruisseaux qui vont affluer au Sebou, au Tensift et à l'Oumerrebia. Tout un système de canaux souterrains rappelant le merveilleux ensemble d'irrigation qui fit de l'Andalousie, au temps des Maures, un étemel verger, vient apporter son action fécondante, et remédier à l'insuffisance ag^ronomique du sol. Ces canaux dont quelques-uns remontent à la plus haute antiquité, sont quelquefois souterrains, très profonds, et très longs. C'est surtout dans la plaine de Marrakech qu'ils mériteraient d'être étudiés, et qu'ils constituent une véritable curiosité inattendue en pareil pays.
3** La troisième zone qui comprend les flancs déjà quelque peu abrupts du Moyen Atlas, est forestière ou désertique. La géologie y a découvert quelques calcaires carbonifères, et d'abondants phosphates y sont soupçonnés. De loin en loin, quelques parties alluvionnaires permettraient la culture des céréales, et celle des oliviers. Ce seraient de véritables oasis au milieu d'une plaine aride comme celle de M' Tonga.
Main-d'œuvre
D'une manière générale, les cultures sont relativement très soignées au Maroc, surtout dans les régions d'ailleurs les plus nombreuses où prédomine l'élément berbère. Les Algériens, habitués à la négligence des indigènes d'Oran ou d'Alger, seraient très surpris de rencontrer dans le Houz, vers le Sud, des champs immenses où aucune mauvaise herbe n'a été lais-
La valeur économique du Riffain, du Soussi et du paysan du Gharb est très appréciée par les colons algériens. Sans le
régime des Latifundia, ou immenses domaines, encore pratiqué en Andalousie, le trop-plein de la population agricole du Maroc aurait transformé l'Espagne comme il transforme l'Algérie. Le malheur est qu'il ne puisse modifier le Maroc faute de sécurité d'abord, puis de méthodes d'agriculture rationnelles. Les Marocains ont, dans leurs cultures, des méthodes déplorables que M. Dehors le distingué médecin vétérinaire chargé d'une mission permanente par le Conseil sanitaire de Tanger, a très intelligemment critiquées.
Le Marocain a bien quelques notions de l'assolement, il sait notamment qu'il ne doit pas semer plusieurs années de suite du blé sur le même terrain, mais il n'utilisera pas celui-ci d'une façon absolument constante; il préfère chercher d'autre» champs, et semer tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.
A Tanger, l'on ne pratique que la rotation suivante de culture : i"* année, blé ou orge; 2" année, sorgho, 3" année; blé ou orge, 4*^ année, sorgho, etc.
Les labours sont généralement très superficiels. Dans le Sud pourtant l'araire toujours primitif est plus volumineux que dans le Nord, et permet dans les terrains meubles de descendre à 20 ou 25 centimètres de profondeur. Mais les labours de printemps et d'été sont complètement inconnus. Le Maure ne prépare son terrain que lorsqu'il veut ensemencer.
Les engrais, parfois très abondants, ne sont utilisés que rarement dans la culture maraîchère. Les Marocains préfèrent les amonceler autour des villes, comme à El-Ksar El Kebir, Oudjda et même à Fez, où ils forment un rempart. Dans chaque kabyla tous les résidus sont constamment jetés au centre du village sur une place laissée disponible à cet effet. C'est là que chaque soir les notables accroupis sur ce tas d'immondices qui parfois domine les gourbis, discutent et règlent souvent à l'amiable les différends de la journée.
Le sol est épuisé au Maroc, comme il l'était dans tout le Nord de l'Afrique par le fellah indigène. Il faudra donc des labours profonds, presque des défoncements pour lui donner une nouvelle virginité.
Si les engrais ne sont pas utilisés, à plus forte raison les
amendements sont-ils totalement ignorés. Le Marocain, riche ou pauvre, ne s'est jamais préoccupé de la composition de son terrain; au reste il ignore la chimie. Dans beaucoup d'endroits, le calcaire manque, et dans d'autres il en est de même de l'acide phosphorique.
L'ensemencement se fait à la volée; et toujours trop épais. Cette dernière condition est presque nécessaire à cause de la mauvaise préparation du sol. La herse, le rouleau et tous instruments agricoles autres que l'araire primitif, sont ignorés au Maroc
L'Arabe gratte un peu le sol, jette son grain en terre, et, à la grâce de Dieu, c qu'Allah nous protège ! »
Point de sarclage ni de binage. Depuis l'époque où le grain est semé jusqu'au moment de la moisson, personne ne s'en occupe.
Le Berbère sédentaire ne s'embarrasse pas plus que l'Arabe nomade d'instruments agricoles. La récolte des céréales se fait à la faucille Les blés sont coupés à 10 ou 20 centimètres audessous de l'épi. L'Arabe prétend qu'il laisse ainsi un meilleur pâturage pour ses bêtes. Mais c'est vraisemblablement la paresse qui est sa conseillère dans l'espèce.
Les épis, liés en petites gerbes, sont transportés à dos d'âne sur une aiie. Même dans les endroits les mieux disposés, les charrettes sont inconnues. Sauf à Tanger où deux Français ont « osé » les introduire, il n'est pas une seule charrette dans tout le Maroc. Rien cependant — sauf la routine — ne s'oppose à ce qu'il en soit fait usage.
Le dépiquage des graines est pratiqué par les animaux (chevaux, mules, ânes), que l'on fait courir sur les épis mis à terre L'on ne connaît au Maroc ni le fléau, ni le rouleau, ni les batteuses.
Cultures principales
Les espèces régulièrement cultivées se réduisent à un petit nombre au Maroc.
Dans la région du Sud, principalement dans les Chaouïa
et les Doukhala, c'est le blé qui domine, puis l'orge, le maïs, les fèves ou plutôt féverolles, et l'alpiste. On a fait en culture du lin, d'importants essais qui ont donné de bons résultats au point de vue agronomique, mais qui n'ont peut-être pas procuré toutes les satisfactions économiques attendues. Aussi les Maures n'en sèment-ils presque plus. Cette culture a cependant un grand avenir ici, car la graine de lin au Maroc est de qualité vraiment supérieure. Si des insuccès se sont produits, ils sont dus à l'absence de connaissance des besoins de la plante. Les Arabes considèrent celle-ci avec juste raison, comme étant très épuisante; aussi se sont-ils vite découragés.
Dans les environs de Tanger, c'est l'orge qui domine, ainsi qu'un sorgho spécial, analogue à celui à balai de la Kabylie algérienne.
A côté de ces plantes qui forment la base de l'exploitation agricole, il en est d'autres peu nombreuses comme le cumin, le chanvre, le pois chiche, etc., dont la culture est toujours pratiquée sur une petite étendue, et est tout à fait régionale.
Les betteraves, les pommes de terre, les pois, les haricots, les divers fourrages annuels ne sont pas connus, ou tout au moins ils ne sont pas utilisés dans les rotations de culture. Cependant tout vient admirablement dans ce bienheureux pays.
Les cultures arbustives ont ici un très grand avenir, mais il faut pour cela de la tranquillité, et le profond respect de la propriété par les hommes et par la loi. L'olivier, l'amandier, la vigne, le figuier, tous les arbres fruitiers d'Europe, donneront de magnifiques résultats au Maroc. Leur culture sera de beaucoup moins aléatoire que celle de toute autre plante.
Particulièrement pour les betteraves, leur culture, dans certains endroits, sera fort rémunératrice. La composition du sol se prête admirablement à la production de la betterave sucrière, et ce produit ne manquerait ni de main-d'œuvre, ni de débouchés.
II faut compter que l'on pourra aller très vite ici, d'abord parce que le Marocain est intelligent et travailleur, ensuite parce que la betterave sucrière étant en même temps celle qui convient le mieux au point de vue agricole, l'on n'aura aucune
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modification ultérieure à apporter dans sa production. Au reste, le goût du sucre étant fort développé chez le Marocain, celui-ci verra toujours d*un œil favorable, s'implanter au Maroc, l'industrie qui le produit.
Il y a quelques années un Espagnol obtint de Moulay-Hassan la concession de vastes territoires destinés à la culture de la betterave : il fut question à cette époque d'une société de raffineries impériales du Makhzen, mais l'affaire n'eut pas de suite.
Il faut beaucoup plus attendre des betteraves pour la production du sucre que de la canne à sucre, car le Maroc, pas plus que l'Algérie et la Tunisie, ne paraît apte aux cultures tropicales, ou même semi-tropicales.
Il est possible que dans l'Extrême-Sud, certaines régions très limitées puissent se prêter à ces deux dernières cultures, mais encore faudra-t-il être prudent dans les essais.
Dans la deuxième zone, et dans le Nord de la première, il semble que les prairies, naturelles ou artificielles, provisoires ou permanentes, soient la base de toute exploitation agricole rationnelle. Pas de prairies, pas d'animaux, pas de fumier, et, 99 fois sur 100, pas de force motrice; donc pas d'agriculture rémunératrice possible.
Avant de penser à semer le moindre grain de mil, il faudra peupler son champ du maximum d'animaux que la végétation spontanée du sol peut nourrir, afin d'avoir le plus tôt possible du fumier et de la force motrice. Quel que soit le prix de la production des fourrages, c'est par ceux-ci qu'il faut commencer. C'est une nécessité inéluctable. En France même, quiconque a augmenté ses prairies, a accru la capacité productive du sol.
Dans son ensemble, le Maroc se trouve admirablement partagé, beaucoup mieux que la Tunisie et l'Algérie, pour avoir des prairies. Nombreux sont les voyageurs qui ont comparé certaines régions à notre Normandie ou à la Lombardie.
Sans être aussi optimiste qu'eux, et en faisant la part des bonnes et des mauvaises années, Ton peut dire sans exagération que certaines régions privilégiées peuvent fournir du fourrage
vert toute Tannée, beaucoup d'autres propres à la culture de la luzerne sans arrosage, peuvent donner plusieurs coupes par an; enfin, de ce qui reste, pas mal d'endroits peuvent fournir des fourrages spontanés f auchables, ou permettre la production de fourrages annuels abondants.
Le Sahara marocain
Gérard Rholfs et René Caillé ont célébré les splendeurs de la flore qui fait la richesse des immenses territoires au sud de rOued Draa sur le même parallèle que dévorent, en Algérie les sables brûlants du Sahara. Tout récemment encore, M. Tinterprêté militaire Albert a détaillé quelques-unes de ces richesses et a affirmé, notamment, que dans telles régions du Sud marocain, à partir de Temata, les arbres fruitiers sont si nombreux que a les habitants négligent absolxmient les dattes pour manger les fruits frais ».
Dans les vallées occidentales qui conduisent à TOued Saoura, entre Figuig et l'Océan, les cultures maraîchères sont pour ainsi dire, beaucoup mieux développées qu'aux environs de Tanger; les carottes, navets, oignons, courges, tomates, aubergines, etc., abondent, et sont d'excellente qualité. Des cotonniers au Maroc se rencontrent sur la rive gauche de TOued Draa.
Dans cette région, Ton cultive d'excellentes pommes de terre qui sont embarquées à Mogador pour Londres où elles trouvent comme primeurs, des prix supérieurs à ceux des pommes de terre des Canaries. Le premier envoi date de 1903.
Extrait du rapport de M, Augnstiti Bernard à M. le Gouverneur général
d^ Algérie (1904).
Des ingénieurs agronomes connaissant l'Algérie ou la Tunisie, des naturalistes du service botanique du gouvernement général feront certainement œuvre très utile au Maroc; les études qu'ils seront en état d'entreprendre sur la flore spontanée et sur les cultures, sur la valeur agricole des diverses régions, pourront profiter au Maroc et à l'Algérie elle-même. Dans ce même ordre d'idées, on a fait venii
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récemment à Tanger un vétérinaire, M. Dehors, qui a exercé en Tunisie et dans l'Argentine: c'est une très heureuse inspiration ; il ne se bornera sans doute pas à s'occuper de police sanitaire et réunira d'utiles documents sur les questions d'élevage.
C'est à M. Dehors que nous devons la plupart des renseignements contenus dans le présent chapitre.
Falaises ilc Tangi
ELEVAGE
I. Le cheval. — II. Anes et mulets. — III. Le bœuf. — IV. Le mouton. — V. La chèvre. — VI. Le porc. — VII. Dromadaire. — VII. Oiseaux de basse-
oour. — IX. Quelques généralités.
L'élevage, une des ressources les plus fécondes du Maroc, est jusqu'à présent, exclusivement exploité par les indigènes. Les Européens, en attendant plus de sécurité et des affaires plus normales, n'interviennent guère, et encore ne le font-ils qu'à titre d'associés ou de commanditaires. Une étude complète des conditions actuelles et de l'avenir de l'élevage nçus obligerait à trop de détails. Contentons-nous d'une étude particulière pour chacun des animaux qui font l'objet principal de cette opération où les procédés méthodiques n'ont pas encore été introduits. C'est encore à M. Dehors, vétérinaire du conseil sanitaire du Maroc que nous devons les renseignements qui vont suivre, et qu'il était seul en état de recueillir avec discernement La longue pratique qu'il a eue de l'élevage dans l'Argentine est un garant sûr de sa compétence professionnelle.
Le Cheval
Le type dominant est le Barbey tel qu'on le connaît en Algérie. A côté ou plutôt presque à peu près tel, se dessinent plus vaguement quelques autres races au type plus ou moins défini, c'est-à-dire plus ou moins connu, et étudié, sans parler des races incontestablement importées, et ce très récemment.
Le barbe, dont on a fait une race à part sans en connaître exactement les origines, possède les mêmes caractères ethniques que celui d'Algérie. Il en a les qualités, les défauts sur-
2(î6 TITRE QUATORZIÈME
tout, mais les méthodes rationnelles et la sélection qui affinent peu à peu les produits algériens sont absolument ignorées au Maroc. C'est dans la montagne et chez les tribus berbères que le barbe a conservé sa pureté relative. Est-il autochtone ou d'importation très éloignée? Est-ce même une race ou le produit de fusion, de croisement de plusieurs races? Autant de questions encore à résoudre. Sélectionné naturellement depuis 'des siècles d'une acclimatation bien établie il est, pour l'avenir, un facteur très important de l'élevage au Maroc.
On a dit souvent que le barbe en descendant dans la plaine, avait subi des modifications dans sa masse, sans perdre pour cela ses caractères spécifiques. La formule est excessive; nous trouverons dans la plaine, des chevaux considérablement plus étoffés que les barbes montagnards, comme nous rencontrons dans certains coins de montagnes (le Riff et l'Anjera notamment) de véritables poneys.
Peut-être, d'ailleurs, y a-t-il là des types différents. Sans doute, chez quelques-uns et chez de nombreux sujets mêmes, l'on retrouve du caractère du barbe. Mais n'est-ce pas le résultat d'un mélange, d'un croisement? Chez d'autres, en revanche, on rencontre des lignes générales, et une conformation de la tête qui n'appartiennent en rien au barbe, ni à aucune des races décrites jusqu'à ce jour. Il y a là toute une étude à faire. Les prétendus grands chevaux barbes que les Sahariens aiment tant, parce que ce sont des a buveurs d'air » ne sont, selon nous, qu'une race à part dont les chevaux des Abda non croisés sont le prototype. Après les barbes, ce sont les chevaux qui dominent le plus, et c'est ce qui a fait dire à tous ceux qui se sont superficiellement occupés des chevaux du Maroc, que les barbes marocains sont plus grands que les barbes algériens.
Ces deux races sont très anciennes dans le pays, elles se sont fortement mélangées, et il n'est pas toujours facile de distinguer les tyjDes purs.
Avant la guerre civile, on rencontrait assez fréquemment les deux types à Tanger. A l'heure actuelle, le barbe domine dans
cette ville, les chevaux du Sud ne pouvant y venir ni par terre, ni par mer.
Donc au Maroc, deux grandes races de chevaux au moins, le Barbe plus spécialement localisé à l'état pur dans la montagne, puis la race qu'on p)eut appeler « marocaine », ou plutôt race à'Abda qui existe dans les plaines.
Les Marocains distinguent, à leur façon, ces deux races. Ils disent qu'il y a au Maroc deux races de chevaux: celle de la montagne, et celle de la plaine.
L'étude du poney marocain serait intéressante à tenter; les éléments n'en sont pas encore réunis.
A côté des races relativement autochtones, il en est d'autres d'importation.
C'est ainsi qu'on trouve des croisements de barbes et de percherons, descendants peut-être des percherons envoyés par Louis-PJ.ilippe au Sultan de l'époque. Egalement des barbesnormands, de nombreux anglo-barbes et des arabes-barbes.
Tous ces mélanges présentent une infinie variété, et il n'est pas toujours facile, à la présentation d'un sujet, de spécifier ses ascendants.
On trouve aussi du fait du mélange entre races si disparates, beaucoup de chevaux « ficelle )>.
Une tentative intéressante a été faite par un Anglais de Mazagan: le croisement du pur sang avec le chev-al d'Abda. Il y a là certes une vue très juste, les deux conformations s'alliant très bien.
L'élevage du cheval est en général peu lucratif. Comme en Algérie et en Tunisie, il restera dans son ensemble longtemps entre les mains des indigènes. Cependant dans certaines régions lorsque la pénétration y sera facile, une production de pur sang établie sur des bases analogues à celle qui fut tentée et réussie au Chili, donnerait, si elle était conduite, de beaux et sûrs bénéfices.
Notons d'ailleurs que l'abondance et la qualité des fourrages permettraient d'oser au Maroc beaucoup plus qu'en Algérie.
Les chevaux ne sont pas châtrés au Maroc, et c'est fâcheux, •m point de vue de la zootechnie, et surtout à celui de l'utilisa-
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tion des animaux, car l'animal châtré ne i^erd ni son énergie, ni sa résistance, bien au contraire. Du moins, il en est ainsi généralement dans les pampas argentines.
Il sera en outre bien difficile d'améliorer les races, même de mettre un peu d'ordre dans tout le chaos, tant que le Maure, l'Arabe indolent aura sous la main un étalon tout prêt jet ^quelconque.
Depuis deux ans, le prix des chevaux est en progression croissante dans tout le Maroc, et tel animal qui valait 250 pesetas, est bien près d'en valoir 500 actuellement.
L'offre est en décroissance, la guerre consommant beaucoup de chevaux, et ne donnant guère ni les loisirs ni la tranquillité pour en produire.
Anes et Mulets
L'âne à bosse frontale de Sanson, l'âne d Afrique (Equus asinus Africanus) existe au Maroc. C'est lui qui domine. Mais il y a de nombreuses variétés, et i>eut-6trc des races distinctes.
Contentons-nous de dire que tous ou presque tous les marocains riches ou pauvres, ont leur âne. C'est ici, plus qu'ailleurs, un aninial indispensable. Il fait comme la vache en Bretagne, presque partie de la famille.
Il rend des services considérables, car il porte tous les fardeaux dans les villes, et beaucoup à la campagne. L'absence complète de routes au Maroc fait de l'âne un auxiliaire précieux. Dans les ports, c'est lui qui transporte, de la douane à domicile, tout ce qu'apportent les bateaux. Il n'est pas rare de voir des ânes de taille moyenne porter sur le dos des charges dépassant deux cents kilos. Lorsque le poids est trop considérable, on les accouple.
Leur élevage est tout ce qu'il y a de plus primitif. Les ânes se reproduisent comme ils veulent, ou comme ils peuvent. Rien, non plus, n'a jamais été fait pour leur amélioration.
Ce serait cependant un négoce lucratif, les prix ayant aug-
inenté au point que les entreprises de transport sont obligées d'aller s'approvisionner en Espagne.
]w*industrie mulassière, pratiquée sur une assez grande échelle au Maroc, donne, sans soin, d'excellents produits.
Si les Marocains préfèrent le cheval pour la fantaisie, ils recherchent bien davantage les mules pour voyager à l'intérieur. Leur pied plus sûr, leur résistance iet leur sobriété plus grandes, les font choisir pour de longues routes. Les mules constituent en outre un luxe très apprécié des nches indigènes.
Elles servent également au service du bât, et le transport des marchandises à l'intérieur est fait par des mules et des chameaux.
Leur prix est élevé comparativement aux autres animaux. Il varie de 500 à 2.0C0 pesetas.
L'élevage bien lait serait très lucratif, plus lucratif que celui du cheval, la nourriture étant plus facile et plus abondante.
Sa taille varie beaucoup, mais les Maures obtiennent parfois des animaux à taille assez élevée. Leur confonnation répond plutôt à celle de la mule de selle qu'à celle de la mule de trait, les membres restant im peu grêles, et la musculature quelque peu insuffisante. Mais il serait facile de remédier à ces défauts. C'est là un élevage de grand avenir-
Le Bœuf
Comme pour le cheval, il existe au moins deux races, celle du Nord qui s'arrcle un i>eu avant Rabat, et celle du Sud.
La première n'est que la race d'Algérie, dont celle de Guelma est le prototype. Basse, petite, bien ramassée, à lignes rappelant celles du Durham, et les égalant même quand une sélection judicieuse a été opérée.
La seconde, dont le plus grand centre de production comprend le Chaouia et Doukhala et s'étend jusqu'à l'hinterland de Rabat au Nord, possède une conformation bien différente de la première.'
Laissant de côté les indices céphaliqucs, et les autres caractéristiques d'ordre purement scientifique, constatons simplement que cette race est à squelette plus développé que les races du nord de PAfrique.
Si sa conformation actuelle laisse encore beaucoup à désirer, il faut Tattribuer à l'incurie des Arabes, au manque de soins qu'ils appor{ent à leur élevage, aux alternatives d'abondance, et de disette qui existent toujours chez les gens qui ne font aucune réserve.
Néanmoins, comme au Maroc, la sécheresse n'est jamais aussi longue, ni aussi forte qu'en Algérie, on n'y voit pas, non plus, d'animaux aussi maigres.
11 doit d'ailleurs exister des terrains phosphatés dans les Chaouia et les Doukhala. Le squelette des animaux l'indique; la soudure des os (diaphyses et épiphyses) se lait très rapidement.
Cette précocité ne doit pas être inhérente à la race, mais doit dépendre de la nature du sol.
Ce sera certainement dans ces régions que, par des soins éclairés, on obtiendra les meilleurs types.
i-n peu hauts sur jambes, et à musculature postérieure insuffisante, ces animaux s'engraissent néanmoins facilement, et donnent d'assez bons rendements. Quelques-uns arrivent à 5cx^ kilos, poids vif; beaucoup restent à 400 kilos.
Chez les animaux gras, le rendement en viande nette varie de 50 à (X.) pour cent du poids vif, suivant l'état d'embonpoint.
C'est une t)onne race bien adaptée à son milieu, susceptible d'rtre fort améliorée par sélection d'abord, et par croisement ensuite.
La pro.ximité de rEuroi>c, la qualité du soi, les conditions ciimatériques particulièrement favorables permettront d'obtenir de très Ijeau.x résultats.
Heaucouj.) de Ixrufs ne sont pas éinasculés. Il n'y a guère que dans les Chaouia et les Doukhala que l'opération se pratique. Aux environs de Tanger on ne trouve guère que des t:iurcaux.
Le MoutorY
Un des élevages qui, certes, pourra donner les plus beaux bénéfices, sera celui du mouton.
En voyanFce qu'ont obtenu les Maures eux-mêmes, en constatant la qualité des laines, et la taille des sujets, on devine ce qu'une direction intelligente, patiente et soutenue, serait capable de donner.
i-a race mérine qui, à une certaine époque, a fait de l'Espagne le fournisseur en laines fines du monde entier, venait sûrement d'Afrique. Peut-être même mérinos est-il dérivé de « Maure ». En tous cas, le fait certain est que ce mouton vient admirablement bien au Maroc.
U type prédominant paraît être un mérinos dégénéré, semblable à celui que l'on retrouve à l'état inculte dans les pampas de la République de la Plata.
A côté, il y a quelques types de race asiatique, de cette race aussi que Sanson appelle « Barbarin à cornes divisées ».
Ces moutons diffèrent essentiel! Icment de ceux à ^grosse queue, si fréquents en Tunisie; il y a là des races bici> différentes, et qui ne sauraient être confondues.
Les moutons des environs de Tanger, des Djebala sont différents de ceux de Rabat et de Casablanca. M. Dehors a vu des exemplaires des environs de Saffi qui n'appartiennent à aucun des types communément dénommés, l.es moutons de Saffi, comme beaucoup d'autres du Maroc, se retrouvent en Espagne où l'élevage n'est pas beaucoup plus avancé qu'ici.
Les laines que fournit généralement le mouton marocain sont classées en trois sortes principales qui sont, par ordre de valeur marchande: i" la laine ahoudia; 2" la laine ourdïgria; 3" la laine beldiu,
La première est de la laine mérine de moyenne qualité, mais qu'il serait très facile d'améliorer. Les autres appartiennent, soit à des animaux de même race, mais plus dégénérés, soit à des races différentes. Les prix moyens sont très variables. Sur
la côte ils sont influencés par les conditions du marché universel, et, à rintérieur, ils dépendent des sécheresses, des guerres civiles, des imp4ts ou d'autres accidents aussi fâcheux-
La Chèvre
La chèvre joue un grand rôle dans Téconomie domestique marocaine, un rôle tout aussi important que ^elui de Fane. Elle est aussi partie intégrante de la famille. Elle alimente de son lait souvent la tribu entière; sa viande est très estimée des Marocains; son poil qui est assez long, sert à faire des tissus; sa peau, très estimée Jes corroyeurs, est l'objet d'un grand commerce. Tout en elle est utile! Les immenses espaces incultes en broussaille sont admirablement aptes à son élevage.
Des anciens affirment, et certaines observations permettent de les croire, que, depuis Tanger jusqu'au Bou Regrag, il n*y avait autrefois sur toute cette vaste côte atlantique qu'une immense forêt de chênes-lièges dont les vestiges, bien réduits, subsistent néanmoins encore do-ci de-là, vers Larache et Mehdia.
Les chèvres se sont multipliées en raison directe de Tabondance de nourriture qu'elles trouvaient, mais, ici, comme toujours, sans soin, sans direction. Puis les effets sont devenus causes à leur tour, et aujourd'hui les chèvres contribuent de toute la force de leurs mâchoires au triste déboisement.
Avec la chèvre, point n'est l)esoiii de faire de culture. Le Maure indolent n'a qu'à se coucher au eoleil, pour voir augmenter son troupeau; il en use et en abuse.
1. ne amélioration bien r()iii})risc, le régime des pâturages bien réglé, et quelques autres mesures simples donneraient, ici, des résultats économiques de prcniier ordre.
Le Porc
ITc Musulman et l'Israélite ne mangent pas de porc; tout le monde le sait. La population chrétienne étant excessivement
réduite au Maroc, il n'> a eu jusqu'ici que de timides essais d'élevage de cet animal. Le pays s'y prête cependant admirablement, et d'ailleurs le sanglier n'y abonde-t-il pas ?
Le jour où la sécurité sera rétablie, ce sera la source de beaux bénéfices.
Il y a des lieux éminemment propices à cet élevage, notamment la région d'Al Kzar, et les environs de Rabat
Dromadaire
Le chameau du Maroc qui, en réalité, est le dromadaire, est beaucoup plus grand, plus gros, plus robuste que son congénère d'Algérie et de Tunisie. Il y a aussi là, sinon une race, du moins une variété spéciale à type bien défini.
Les conditions de son élevage ne nous sont pas suffisamment connues pour nous y apf)esantir.
Considérons néanmoins qu'il y a là un }X)int très intéressant à étudier, à connaître. Un tel animal rendra d'immenses services, tant que les voies de communications resteront ce qu'elles sont au Maroc.
Oiseaux de basse-cour
Les poulets poussent en abondance, en tout temps au Maroc. A Tanger particuHèrement, le climat très doux en hiver, sans siroco en clé, et ne dépassant jamais 33 degrés centigrades permet, durant toute l'année, une production non interrompue. La vente des produits est constamment assurée non seulement sur place, mais largement, et à prix rémunérateur, pour rexportalion. Le Maroc n'a presque ni dindons, ni oies et fort peu de canards. Tout y viendrait cependant fort bien.
Quelques généralités
Le bétail marocain est radicalement indemne de tuberculose; les epizooties au Maroc sont peu nombreuses, et presque toutes ont leur remède aujourd'hui connu. Ce sont Jà des bienfaits, le premier surtout que l'on n'appréciera jamais assez, et qui devrait provoquer des mesures pré\'entives. pour empêcher toute contamination.
D'après O. Lenz, le Maroc contiendrait 40 millions de moutons. 1 1 millions de cHèvres, 5 à 6 millions de bœufs, 4 millions de mulets et ânes, six cent mille chevaux, et presqn'autant de dromadaires. Ces chiffres ne peuvent être que très approximatifs; ils n'en témoignent pas moins de la valeur considérable d'un capital que le moindre élevage méthodique permettrait de multiplier avant peu. pour le profit commun du Maroc et de ses clients.
Clicbi de ÏVJialratit».