COMITÉ DU MAROC
Siéga : 21, boulevard Montxnartra Paria
Président d'honneur : M. Eug. Etienne, Ministre de Tintérieur.
Président : M. Guillain, Vice-Président de la Chambre des Députés, ancien Ministre des Colonies.
Vice-Présidents : MM. J. Charles-Roux, ancien Député, et le Général Derrécagaix.
Membres :
MM. E. de Vogué, Membre de l'Académie française, Vice-Président du Comité de l'Afrique Française;
Augustin Bernard, Professeur de Géographie de l'Afrique du Nord à la Sorbonne:
Le Prince Roland ]3on aparté;
Paul Bourde, ancien Directeur des Contrôles en Tunisie;
S. de Brazza, (Gouverneur honoraire des Colonies;
Comte Henry de Castries;
J. Chailley, Secrétaire général de l'Union Coloniale;
S. Dervillk, Président du Conseil d'administration de la Compagnie Paris- Lyon- Méditerranée :
0. HouDAS, Professeur à l'Ecole des Langut»s Orientales vivantes ;
Lucien Hubert, Député;
René Millet, Ambassadeur de France, ancien Résident
général à Tunis; Georges Prestat; Le Général Varigault; G. Salmon.
Trésorier : M. René Fouret. — Secrétaire général : M. Auguste Terrier. — Secrétaires : MM. Robert de Caix et Roger Trousselle.
Délégué à Tanger : Vaffier-Pollet.
Mission scientifique du Maroc
La mission scientifique du Maroc a été créée par un arrêté de M. Jonnart Gouverneur général de TAlgérie, en dajte du 20 octobre 1903, rendu sur la proposition de M. Alfred Le Châtelier professeur au collège de France.
Les modestes débuts de cette œuvre, appelée à jouer un rôle de premier plan dans la pénétration française au Maroc, sont intéressants à rappeler.
M. Georges Salmon, administrateur-adjoint de communes mixtes, ancien membre de l'Institut français au Caire, fut détaché à la fin de novembre 1903 à Tanger auprès de la Légation de France pour organiser la mission. En même temps, M. Etienne, alors vice-président de la Chambre des députés, 'il appel en France à tous ceux qu'intéressent les questions marocaines et réunissait une somme de plus de 7.000 francs, dont 3.000 fr. donnés par M. Le Châtelier.
Tout d'abord la mission fut installée dans une petite maison de la route de Fez. Ses premiers travaux portèrent principalement sur la sociologie des races du Maroc, et elle publia en mars 1904 sous le titre d'« Archives marocaines » un fascicule comprenant 160 pages consacrées à l'administration de Tanger aux impôts marocains, et aux coutumes Berbères.
Depuis cette époque, les Archives marocaines ont paru tous les deux mois.
C'est en ces termes que, dans son numéro du i '' trimestre 1 905, la Revue Africaine parle de la Mission scientifique ;
<( Placée sous la direction de M. Le Châtelier, professeur de Sociologie musulmane au Collège de France, cette mission a déjà donné des résultats si encourageants que M. Etienne a saisi la Chambre des Députés d'un projet de loi portant création d'un institut marocain, organisé sur le modèle de ceux du Caire et d'Hanoï, et qui constituerait en même temps, un centre de travaux et de recherches pour le développement des études d'Archéologie, d'Histoire, de Linguistiqutî et de Sociologie marocaines, une école d'application pour les jetmes gens sortant de l'Ecole des langues orientales ou des écoles similaires, pour les candidats aux fonctions administratives du Maroc, consulats et drogmanats.
Toujours est-il que l'activité de la mission scientifique du Maroc tl été telle qu'elle a pu, en un laps de temps relativement très court, publier sous le titre d^ Archives marocaines, quatre fascicules remplis de renseignements et de documents extrêmement intéressants tant au point de vue politique et administratif, qu'aux points de vue économique, sociologique ou juridique.
C'est ainsi que M. Salmon, dans son remarquable Essai sur V histoire politique du Nord-Marocain, a réussi à dégager, dans ce chaos apparent qu'est l'histoire politique du Maroc, les caractères et l'orientation du mouvement propre du Nord-Marocain, et à préciser les facteurs de ce mouvement. 11 y étudie les différentes phases de l'antagonisme de l'aristocratie chérifienne, d'origine traditionnelle et religieuse, — rt d'une aristocratie administrative d'origine militaire, et il conclut que si l'étude historique du chérifisme local et celle de la famille des Oulad Abd ac-Cadoq ne résument pas toute l'histoire politique du Nord- Marocain, elles montrent, du moins ce qu'est cette histoire. Et nDUs arrivons, ainsi, par l'examen du passé, à la connaissance et à l'intelligence du présent.
M. Salmon ne s'est point, d'ailleurs, borné à mettre en relief <( quelques aspects caractéristiques », à préciser « quelques directions de grandes lignes » dans l'histoire politique du Nord-Marocain. Il nous initie aux détails de l'administration marocaine et nous montre le fonctionnement. Par son étude sur l'administration marocaine à Tanger, il nous instruit de ce qu'est cette administration dans les ports de l'empire marocain, où les influences étrangères ont obligé les employés du Makhzen à la régularité dans l'exercice de leurs fonctions. Il nous renseigne également sur ce qu'est le commerce indigène à Tanger, et par la publication du travail de M. Michaux-Bellaire sur les Impôts marocains, il nous fait connaître les ressources financières du Makhzen. La belle monographie consacrée à la tribu des Fahya, cobs-
tituant un bon modèle de tribu composite, et représentant dès lors, un type de tribu marocaine, montre la tribu enserrée par les efforts persévérants des sultans de la dynastie actuelle, dans des limites stables, placée sous Tautorité d'un fonctionnaire du Makhzen, et devenant ime subdivision administrative.
Ceux, enfin, qu'intéresse plus spécialement le droit privé, et qui voudraient être renseignés sur les coutumes marocaines liront avec profit les études de M. Salmon sur les a Mariages Musulmans à Tanger », sur « Quelques particularités à^ la propriété foncière dans le Rarb », sur <t Un cas de habous » qui, entre autres mérites, ont celui de faire apparaître les déformations qu'a subies, avec le temps et sous l'influence des mœurs et des besoins locaux, la loi musulmane malékite. Ils consulteront également la traduction qu'a donnée M. Salmon d'extraits d'un manuscrit rapporté de Fez, en 1903, par M. Benghabrit, attaché à la Légation de France, traduction qui constitue une importante contribution à l'étude des Institutions berbères au Maroc, sur lesquelles les travaux de De Foucault, de Le Chatelier, de Quedenfeldt, de Vassel, de Doutté, ont déjà projeté une vive lumière. Ils constateront alors combien peu diffèrent ces institutions de celles des Berbères de la Kabylie. Us verront, notamment, les Berbères marocains, comme des Kabyles, donner au Kanoun coutumier le pas sur la loi religieuse, ils retrouveront, sous le nom de Message VAnaïa des Berbères d'Algérie, et dans le Leff marocain, l'analogue du coff kabyle; ils sauront enfin, comment les Chorfa jouent, chez les Berbères du Maroc, le rôle d'arbitres et de conciliateurs, qui est celui des Marabouts de Kabylie. »
L'activité de la Mission Scientifique ne s'est pas ralentie En janvier 1905 a paru sur El-Oçar-el-Kébir, un volume entier, qui constitue le modèle des monographies. Deux fascicules ont suivi; ils contiennent des renseignements intéressants sur les chéri f s et leurs prérogatives. L'ensemble des travaux publiés depuis un an par la Mission ne comprend pas moins de l.ooo pages, d'une probité scientifique irréprochable et d'un très haut intérêt.
En mars 1905, la Mission a été augmentée de deux membres nouveaux, MM. Joly et Xicluna, venus d'Algérie, et elle a transféré sa bibliothèque au Marchan, dans un local vaste et confortable (propriétés Braunschwig), où elle étale actuellement 2.100 volumes, qui sont communiqués sur place à toute personne qui en fait la demande.
rRlXCIPAUIv GROUPEMENTS 34I
La Chambre des Députés, admettant le principe de l'Institut marocain, a voté en Novembre 1904 une subvention de 40.000 fr. (chapitre additionnel à l'Instruction publique) à la Mission Scientifique du Maroc. Le Sénat vient de ratifier ce vote, mais en portant ces 40.000 francs au chapitre des € Œuvres de pénétration française du Maroc •» (Affaires étrangères).
La Mission Scientifique est dirigée par le bureeau de -son Conseil de perfectionnement, qui comprend : M. Etienne, président; MM. Bayet et Louiss vice-présidents; M. Bourde, trésorier; M. Le Châtelier, secrétaire, délégué-général. Le délégué à Tanger est M. G. Salmon.
Le Comité du Maroc vient de resserrer les liens qui l'unissaient à la Mission Scientifique, en admettant M. Salmon au nombre de ses* membres, et en ayant un délégué dans le bureau de la Mission.
Syndicat pour l'extension des intérêts français au Maroc
Ce Syndicat, dont le siège est à Tanger, est constitué conformément aux prescriptions de la loi française du i**" juillet 1901, suivant statuts déposés à la Chancellerie de la Légation de France à Tanger, le 12 avril 1904.
Il a pour but de préparer et favoriser rétablissement matériel et moral de la France au Maroc par tous les moyens pratiques dont l'Etat ne peut assumer ni la charge, ni le souci. La politique est sévèrement bannie de ses délibérations. Tous les Français habitant le Maroc peuvent faire partie de ce Syndicat.
Le bureau est ainsi composé : M. le Ministre de France, Président d'Honneur; MM. Lionel et Blanchet, Vice-Présidents; M. Daniel Saurin, Secrétaire Général; M. Vezian, Secrétairegénéral-adjoint; M. Dominique, Trésorier; M. Bouchard, Trésorier-Adjoint; MM. Claude Barroz., Bonnardel, Breuil, .
Abraham H. Ophen, Daireaux, Dieulefet, D' Fumey, Théo Furth, Pradal, J. Robic, Sacase, Membres élus; M. le Consul de France, Allier (Crédit Foncier et Agricole d^Algérie); Braunschvig, conseiller du commerce extérieur ; D' Cabanes (Société de Secours); Dupré (Compagnie Algérienne); Gauran (Comptoir d'Escompte); Luret (Contrôle des Douanes); Salmon (Mission Scientifique); Vaffier-Pollet (Comité du Maroc); Vilarem, Directeur des Postes, Membres Consultatifs. MM. Bigarré à Rabat; Borelle à Mogador; J. Brudo, à Mazagan; Ferrieu à Casablanca; Morin et Saffi, sont délégués sur la côte.
Société de Géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord
(Sectio7i Marocaine)
La Section marocaine de la Société de Géographie d'Alger a été fondée au mois d*août 1904, à Tanger, par les soins de M. L. Pelleport, délégué du bureau central d'Alger. Elle a pour but rétude, au Maroc même, des questions relatives à la Géographie physique, pratique et économique de ce pays. Les comptes rendus de ses séances et les communications de ses membres sont insérés dans le Bulletin de la Société de Géographie d'Alger.
La section, qui compte actuellement quarante membres, accepte les cotisations et dons qui lui sont envoyés; elle a été subventionnée par le Comité du Maroc.
Son bureau est composé comme suit : Président : M. Regnault, Consul général; Vice-Présidents : MM. G. Salmon et E. Lagier; Secrétaires: MM. Morand et Sacase; Trésoriers: MM. Gautsch et Dupré.
Comité Oranais du Maroc
Siège : Palais Consulaire, Oran
Ce Comité a pour but de faciliter les relations entre l'Algérie et le Maroc; il envoie dans œ pays des commerçants pour étudier la possibilité des rapports commerciaux; son bulletin mensuel, rédigé par MM. Déchaud et Pages contient notamment de très intéressantes études sur la frontière orano-marocaine.
Présidents d* honneur: MM. Jonnart, gouverneur général de r Algérie; De Malherbe, préfet du département d'Oran ; le général Herson, commandant la division d'Oran.
Président : M. le docteur Gasser; Vice- Président : M. Enverat; Trésorier : M. VonsdivA] Secrétaire général : M. E. Déchaud; Secrétaire : M. Pages.
Membres du bureau : J. Castanié, armateur à Oran; Grivel, propriétaire au Sig; Urscheller, professeur au lycée; J. Djian, négociant; Elghozi, négociant; Blanchet, entrepreneur de travaux de peinture; Pastor, représentant de commerce; J. Deros, agent maritime.
Marokkanische Gesellschaft
Siège : Berlin, Chariottenburg, •4, Krummeratraase
Cette association a été fondée en 1903. à Berlin, sous les auspices de la Société pangermanique (Alldeutsche Verband) dans le but de déterminer en Allemagne un mouvement d'opinion vers le Maroc. Ses inspirateurs ont été les professeurs Fischer et Mohr.
Son bulletin appelé d'abord « Kordafrika b a maintenant pour titre t Deutsche Monatsschrift fiir Kolonialpolilik und Kolonisation ».
TITRE DIX-NEUVlftME
Centro de Arabistas
siège : Madrid
Cette association qui a été formée par les élèves du professeur Codera, a reçu par décret royal du 6 septembre 1904 J'investiture officielle.
Elle a pour but de créer dans le Nord-Ouest de l'Afrique des écoles espagnoles pour les Arabes et pour les Israélites. Ces écoles n'auront ni classes, ni examens, ni diplômes. Les travaux des élèves consisteront à faire, avec les professeurs, des traductions, des enquêtes et des voyages. Le « Centro de Arabistas 1 publiera un bulletin, il créera une bibliothèque, un musée, etc., etc.
Aucun de ces projets n'a encore été mis à exécution.
Un groupe commercial Hispano-Marocain s'est récemment formé à Madrid pour développer les relations commerciales entre l'Espagne et le Maroc,
Cliché de Vllluilralh'
des
Agadir ou Aghadir {ancienne Santa-Cniz)
En berbôre : Agadir {Le Mur défcnsif.)
Le port le plus méridional du Maroc, sur la côte de TAtlantîque, à un kilom. 1/2 au nord de Tembouchure du Sous.
ta ville fut bâtie près du cap Ghir par un Portugais qui lui donna le nom de Santa-Cruz. Elle fut achetée par le roi de Portugal, puis enlevée d'assaut en 1536 par les Marocains. En 1776 elle se révolta contre le Sultan Sidi-Mohammed, et ses habitants furent internés à Mogador.
Les murs d'Agadir sont bien conservés, les chemins (jui y aboutissent sont difficiles et tortueux. Du côté de la mer, on trouve une lunette qui renferme quelques mauvais canons.
La place d'Agadir étant le meilleur mouillage de l'Océan depuis le cap Spartel jusqu'au cap Juby, la ville semblait devoir s'étendre beaucoup, mais il n'en fut rien. Apres la fondation de Mogador, elle fut fermée au commerce européen, et ses relations avec l'Europe cessèrent à peu près com])lètement.
Après l'expédition du Sultan en 1882, on autorisa le commerce des céréales afin de parer à la famine dont le Sous est sans cesse menacé: mais les négociants qui apportèrent des marchandise'^ furent mal reçus et obligés de camper sur la plage. Les habitants sont tellement fanatiques, (ju'à la même époque ils refusèrent de vendre des moutons rfi l'équipage des navires qui leur apportaient des farines ; il fallut ^l'intervention directe du Sultan pour faire cesser cet état de choses.
Près de la place, on voit un misérable village de pêcheurs appelé Fonti. (Erkmann. Le Maroc Moderne.)
Alkasar ou Ksar-el-Kébir
En arabe : El K'çar-el-Kébir {Le Grand Château)
Ville du Maroc, à 90 kilomètres au S. de Tanger, à 1.500 mètres du Loukkos (Oued Kous), au croisement des routes de Tanger, de Larache, de Mequinez, et de Tétouan, non loin de l'emplacement où eut lieu, au xvr siècle, la célèbre bataille d*El- Ksar, dite des Trois Rois.
« Etalée au milieu d'une vaste plaine, que ferment, à l'Est seulement, des collines abruptes: le Djebel Drisa, couvert de douars et d'oliviers et, plus loin vers l'Orient, le piton du Djebel Karçar, El Qçar El Kebir se présente au voyageur venant de Tanger comme une oasis de verdure, au sortir du territoire dénudé où vit la tribu des Ehlot. Une ceinture de jardins clos de murs en briques rouges, de vergers d'oliviers, d'orangers et de grenadiers donne au premier abord, à la petite ville, un air de gaieté et de prospérité. Mais l'imoression favorable cesse dès qu'on pénètre à travers le réseau des rues étroites, tortueuses et malpropres. La réalité du présent ne justifie plus le nom de Grand Château « El Qçar El-Kebir » souvenir d'un p^lorieux passé. {Archives marocaines. Volume IL MM. E. Michaux- Bell aire et G. Salmon.)
Le nom primitif, dit M. Moulièras dans le t Maroc inconnu •, était K'çar-Ktam, ancienne tribu berbère antérieure à l'imasion mahométane.
El K*çar-el-Kebir ne fut pas fondée comme on l'affirme par le sultan El-Mansour, mais bien par un saint musulman espagnol qui vint s'y fixer vers 11 72.
Elle a été bâtie en grande partie avec des matériaux antiques provenant de r Oppidum noviitn statum de l'itinéraire d'Antonin. En effet, disent MM. Michaux-Bel laire et G. Salmon, à l'angle Sud-Est de la base extérieure du minaret de la Grande Mosquée, à la hauteur d'un second étage, une pierre porte une inscription grecque. Cette pierre provient d'un tombeau qui semblerait remonter au Iir siècle de notre ère, ce qui prouverait l'existence, en ce point, d'une colonie grecque. Une autre pierre portant une inscription latine est encastrée au-dessus de la porte de la grande mosquée, et la mosquée elle-même dans certaines de ses parties rappellerait le style byzantin. Or d'après
la légende, il y aurait eu à cette place une chapelle chrétiennne vers le i*"' siècle de notre ère.
Ksar-El-Kebir semble lavoir eu une grande importance, mais aujourd'hui la ville n*est ni grande ni fortifiée. Ses maisons sont mal construites et non blanchies, les immondices qui séjournent dans les rues, et les marécages ei\vironnants font de cet endroit un des points les plus insalubres du Nord de l'Afrique. Les fièvres y sont en permanence. Mais près de la ville se trouvent de grands vergers et de grandes plantations d'orangers.
La population est d'environ 5 à 6.000 habitants dont un millier d'Israélites.
Le commerce d'El-Ksar consiste surtout dans celui des grains.
Postes : française, allemande.
Puissances représentées par des agences consulaires à Alkasar; France, Angleterre.
Arzila ou Azila
A 60 kilom. au sud de Tanger, on rencontre sur l'Océan la petite ville d'Arzila, ancienne Z il lia ou Zillis qui fut le siège d'un coiaptoir carthaginois, puis celui d'une colonie Romaine (Julia Confiant ta Zilis),
La ville actuelle située à l'embouchure d'une petite rivière, fut construite et fortifiée par les Portugais. Elle avait autrefois une certaine importance, mais, située à moitié chemin entre Tanger et Larache, elle a été complètement abandonnée au profit des deux ports.
C'est à Arzihi que débarqua l'armée portugaise pour aller à la bataille d'Alcazar. La ville d'Arzila est, pour ainsi dire, en ruines, ainsi que ses anciens remparts.
Le commerce n'y existe plus, tous les produits allant sur Larache.
Population. — i.ooo habitants environ dont 500 israélitcs. Pas d'Européen.
Ecole indigène française.
Poste : Française.
Azemmour
L*ancienne Azama des Romains, à Tembouchure de l'Oum-er- Rebia, ville exclusivement indigène et complètement déchue.
La barre ferme complètement le fleuve au commerce européen. De plus le fanatisme de ses habitants éloigne ceux-ci de tout contact avec les infidèles.
Population. — De lO à 12.000 habitants, dont i.ooo israélites.
Commerce. — Un marché arabe de grains et de poissons.
Badès ou Badis
A l'embouchure de TOued-bou-Ferrah sur la Méditerranée, presque vis-à-vis de la petite île du Penôn de Vêlez qui appartient aux Espagnols, se trouve la ville de Badès. Cette ville très ancienne, autrefois très commerçante, est maintenant le grand port de la contrebande des armes. Tous les fusils à répétition dont sont armés les Rifîains, sont introduits par Badès.
Population 1.500 à 2.000 habitants.
Bou-el-Djad
Bou-El-Djad, située au pied des montagnes du Zemmour, sur rOued Scrribou, affluent de gauche de TOum-er-Rebia.
Cette ville est surtout un centre de pèlerinage; c'est le lieu de repos de Si Mohammed Ech-Chergui et de ses descendants.
Cette famille remonte au Kalife Omar-iicrs-El-Khattab. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le fanatisme n'est pas exagéré dans ce pays saint, beaucoup de pèlerins de retour de la Mecque ayant rapporté des idées plus justes à Tégard des européens.
La ville a 2.000 habitants dont environ 200 Israélites.
CASABLANCA
{Ancienne Atîfa.) En arabe : Dar-el-Bïedâ {La Maison Blanche).
Casablanca est le port le plus important de la côte Atlantique. Il a remplacé Rabat-Salé depuis leur ensablement.
C'est une ville plate et laide, sans caractère, et sans monuments-
Elle fut fondée par les Portugais au XVI' siècle.
Entourée de murs flanqués de tours carrées, elle est défendue par de vieux canons rouilles.
Casablanca est appelée au plus grand avenir, en raison de
sa situation au centre d'une des régions les plus peuplées et les plus fertiles du Maroc, celle de la Chaouïa, contrée de plaines dont le sol est de tiours (terres noires d'alluvions).
Population. — La population est estimée à 30.000 habitants dont 5.000 israélites, et 600 Européens.
Navigation. — La rade de Casablanca est la seule à peu près sûre de la côte Ouest. Elle est protégée de la houle au large par un espèce de brise-lames formé par les récifs du cap Dar-Beida. Les fonds d'ancrage de 8 à 20 mètres ne sont qu'à un demi-mille de terre.
MOUVEMENT DU PORT
.Vo>,'lais
Français
Espagnols
Allemands
Total GtntuAi
DÉBARQUEMENT. — Le débarquement des passagers et des bagages se fait par des canots : le prix est de 2.50 environ par passager et 0.25 par colis. Le débarquement et l'embarquement des marchandises par barcasses, au nombre de neuf, appartenant au Makhzen (monopole).
Commerce. — C'est à son hinterland d'une exceptionnelle richesse que Casablanca doit la presque totalité de son activité
commerciale. Son port naturel qui est nécessaire pour l'exportation des produits fournis par les fertiles provinces de Tadla et des Chaouia, ne pourrait comme une simple ville de transit, dépendre des circonstances capricieuses et fortuites qui valent à Larache, à Mazagan ou à Mogador des hausses et des chutes successives.
Importation hxportatioo
Totaux . .
Le décompte du commerce, par nationalité, donne la première place à l'Angleterre — de 40 à 45 % du commerce total ; la France suit d'assez près sans que l'Allemagne ait encore pu conquérir à Casablanca, la situation déjà très enviable que lui assure son activité, dans la plupart des autres ports. Notons d'ailleurs que si les tentatives de l'Autriche-Hongrie (sucres, papiers) ne réussissent guère qu'à nos dépens, c'est plus particulièrement contre les produits allemands et anglais que la Belgique s'exerce avec quelques succès.
Les chiffres suivants indiquent le développement du commerce, par nationalité, au cours des cinq dernières années-
IMPORTATIONS
Angleterre
France . .
Allemagne
Belgique
Espagne
Autriche-Hongrie
EXPORTATIONS
Angleterre.
France. . . .
Allemagne Hspagne.. .
Italie
Etats-Unis
L'Angleterre et la France sont les deux seules nations qui soient en continiiel progrès. L'Autriche-Hongrie, totalement ignorée en 1900, n*a dû son importance éphémère qu'à la ligne de navigation un instant établie entre Trieste et les ports de la côte-ouest. La ligne supprimée, les importations ont décru.
A rimportation, les mouvements sont brusques. De 1899 à igoo la France gagne un million, parce que les laines ont, en 1900, donné i. 996.614 pesetas au lieu de 800.614 Tannée précédente. De même, l'Espagne profite en 1900 d'une récolte exceptionnellement belle. Il faut noter la progression très accusée de l'Allemagne en 1903, du chef de la graine de lin et d^e la cire. Les Etats-Unis exportent directement des peaux de chèvre.
Si nous examinons ces mêmes chiffres selon les articles auxquels ils se réfèrent, nous trouvons :
A L'IMPORTATION
En moyenne, d'après les chifires extrêmes.
Tissus. — De 2.175,200 p. en 1899 à 3.334.500 en 1901, les 19/20 pour l'Angleterre.
Sucres. — De 1.427.633 en 1898, à 3.007.603, en 1903, les 4/5 français.
Draps. — De 155.275 en 1899, à 323.623 en 1901, les 9/10 allemands.
Soieries. — De 131.643 en 1899,; à 307.611 en 1904, les 9/10 pour la France jusqu'en 1901, l'Italie pour 1/5 depuis cette date.
Thé. — De 565.500 en 1900, à 831.61 1 en 1901. L'Angleterre pour les 9/10.
Bougies. — 125.000 en 1900 et 301.614 en 1903. La bougie de paraffine anglaise n'étant plus préférée. La Belgique hasarde la lutte avec 47.611 frs en 1904.
Fers et quincaillerie. — Moyenne de 500.000 pesetas depuis 1902, au lieu de 263.700 en 1899, l'Allemagne pour les 4/5.
A L'EXPORTATION
Graines de lin. — Produit tout nouveau, 3.100 p. en i8g8. puis 487.910 en 1901, et 2.350.CXX) en 1903, malgré les considérables baisses de prix. A destination de l'Angleterre et de TAllemagne.
Orge, Fèves, Pois CHICHES. — Produits très variables 4.687.GOoen igoo, 2.000.000 en 1901 pour remonter à 3.687.132 en 1902, et retomber à 1.800.000 p. en 1903. Pour l'Espagne, la France et l'Allemagne.
Laines. — 1.996. 614 en 1900 et 247.614 en 1902, pwrès ''in million en 1903, et 1. 127. 411 en 1904. Surtout pour la France.
Œufs. — 257.611 en 1899, et 723.411 en 1903. Expédiés en caisses à Hambourg, en Angleterre et à Gibraltar.
Cires. — 110.250 p. en 1900 et 327.429 en 1903. Surtout pour l'Allemagne.
Peaux de chèvres. — 858.475 en 1899, et 282.605 en 1900, puis 914.613 en 1903, principalement pour la France et les Etats-Unis.
Les prévisions pour 1905 ne sont pas très favorables. La sécheresse persistante fait craindre pour la récolte. Les exportations s'en ressentiront et les importations en seront indirectement atteintes. Quelques inaisons ,'françaises nouvelles se sont établies en 1905 à Casablanca. ,
Postes .- Française, Allemande, Espagnole.
Les opérations du bureau de poste français ont été en 1904 de 4.272 p. pour les ventes de timbres-poste, de 137.588 pour les mandats émis, et de 136.603 pour les mandats payés. Le bureau de poste allemand a émis et payé des mandats pour une somme à peu près égale. Les deux bureaux sont en progrès très sensibles sur rannée précédente, malgré les difficultés très croissantes du change Hassani.
Puissances représentées par des consulats ou par des agences consulaires à Casablanca : France, Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Espagne, Italie.
Ceuta (possession espagnole)
L'ancienne Eptadelphos des Grecs, la Septem Frates des Romains, appelée Sebta pour les Arabes.
Elle fut la capitale de la Mauritanie Tingitane, et ensuite, sous les Maures, le grand centre d'armement et le point de départ des flottes pour envahir TEspagne.
bituée en face de Gibraltar, commandant l'entrée du détroit, Ceuta est bâtie sur une presqu'île rocheuse terminée sur la pointe Almina. Sa situation est splendide au point de vue stratégique. Les Espagnols y ont fait de gros travaux de défense. .
Cette ville, qui, par sa situation unique, aurait dû se développer à tous les points de vue, a au contraire perdu toute importance.
Elle n'est plus actuellement qu'un bagne, gardé par quelques troupes espagnoles; elle est presque sans commerce, et même sans relations avec les pays voisins de la côte.
Le seul commerce de Ceuta consiste en la contrebande des armes et munitions que les Riffains viennent y chercher. La population est de 20.000 habitants, qui ne sont, pour la plupart, (enviroa 2/3) que des fonctionnaires, des militaires et des forçats.
Chechouan
Située au sud de Tétouan, à environ deux étapes, et à peu près à égale distance de Ouazzan qui se trouve vers l'Ouest, en pleine montagne du Riff.
Ville de chérifs inhospitaliers, supportant à peine quelques israélites qui vivent péniblement dans un mellah.
De 3 à 4.000 habitants.
Culture de fruits et principalement de raisins.
Les environs de Chechouan sont merveilleux. 4D 'après Foucauld, ils rappelleraient la Suisse.
Debdou
Cette ville, située sur une rive de l'Oued Debdou, affluent de la Moulouïa, sur le versant nord des monts Debdou, est à l'entrée de la plaine de Tafzata.
Très commerçante, en relations continuelles avec Tlemcen (Algérie).
Population de 2.000 habitants, dont i.ooo israélites.
Denmat
Ville de 3.000 habitants dont i.ooo israélites; située à 2 jours de marche à l'Est de Marrakech, sur un affluent de l'Oued Tessaout, au pied des contreforts du Grand Atlas.
l.a ville, assez bien bâtie, est fortî&ée, et bien entretenue.
Les habitants sont très doux, et de relations faciles; ce sont surtout des agriculteurs.
Denmat est un marché où se ravitaillent en produits européens les habitants de l'Atlas et du Nord du Drâa.
{F as ou Faz)
Lorsque Idris II (Moulay Idris el-Anouar : le très brillant) eut succédé à son père, il trouva trop petite la ville de Ouali (ancienne Volubilis) capitale du royaume. Les succès de ses armes ayant augmenté son ambition, il voulut fonder une ville digne d'être la Métropole de l'Islam. Il choisit sur un affluent du Sebou, à deux jours de marche de l'ancienne résidence de son père, l'emplacement de îa nouvelle cité, et en 808 après J.-C. il fit les premières fondations.
L'on prétend qu'une dizaine de siècles avant, se trouvait en cet endroit une ville immense, mais la preuve n'en a jamais été faite.
Le nom de F as donné à la ville viendrait, dit-on, de fas (pioche), mot qui fut prononcé souvent par les travailleurs en édifiant la nouvelle cité, qui, très rapidement, devint grande et glorieuse.
Les Mahométans Espagnols chassés de Cordoue à la suite de la révolte contre le calite Omeyaae, tondèrent le quartier appelé encore aujourd'hui H' ouma-t-el-Endalous (le qa?xtier des Andalous). Ceux-ci au nombre de 8 à lo.coo, apportèrent à Fez ce qui manquait à de simples guerriers : les arts, les sciences et les lettres. Beaucoup d'entre eux, de vrais savants, fondèrent l'Université qui resta si longtemps la lumière de l'Islam. Une seconde émigration amena de Kairouan, un certain nombre de familles, chassées par les persécutions, et qui fondèrent l'immense mosquée apjDelée El-Kerouiyin^ (mosquée des Kairouanais). Enfin une quantité énorme de Juifs vint s'y établir avec l'autorisation de Moulay Idris.
A la mort de celui-ci, la ville immense commandait à tout le Maghreb. Sa splendeur était vantée par tous les poètes; son influence politique et littéraire, son goût des arts et des sciences, en faisaient la protectrice de la Couronne. Aussi le tombeau de Moulay Idris est-il le palladium sacré de la cité sainte. Aucun infidèle ne peut souiller par sa présence le quartier où repose depuis ^r.ille ans, le fondateur et le protecteur de la ville.
La ville de Fez est bâtie dans la vallée de l'Oued Sebou, sur rOued Fez. au pied des monts Cherarda.
L*Oued-Fez prend sa source à peu de distance de la ville, au Ras-cl-Mâ; il se sépare en deux branches à l'entrée de la cité. Une des branches longe l'enceinte extérieure de )t'ez' f^did (i) l'autre traverse la ville, séparant Fez-Jedid de Fcz-el-Bali (2). Ces deux branches se rejoignent hors des murs, et forment un cours d'eau qui baigne le bas de Fez-el-Bali, et arrose les jardins de la ville, avant de rejoindre le Sebou.
Grâce à l'Oued-Fez qui est divisé en un nombre infini de canaux conduisant l'eau dans toutes les maisons, (3) la ville est relativement propre. De temps à autre, on ouvre les réservoirs du haut, et les rues sont transformées en cataractes, qui lavent tout, et entraînent les immondices à l'Oued Sebou.
Anciennement les deux quartiers étaient isolés et entouré? chacun d'une muraille, mais le sultan Youssef ben Tachfin les réixnit d'une même enceinte, haute de 6 mètres et percée de 9 portes défendues par des tours.
Fez qui renferme de nombreuses mosquées, est resté le centre intellectuel du Maroc. La mosquée où se trouve le tombeau de Moulay-Idris, et celle des Kerouiyin sont considérées comme les plus savantes universités de l'Islam. La seconde contient, parail-il, une bibliothèque remarquable.
Population. — La population est évaluée à 100.000 habitants dont 7.000 israélites vivant dans le mellah; elle ne comprend que quelques rares européens.
Industrie. Commerce. — Fabrique de bonnets de feutre renommés auxquels la ville a donné son nom, de tissus de laine et de lin, de couvertures, de tapis, de haïcks, poteries, tanneries, fabrique de maroquin rouge, d'armes blanches et d'armes à feu, etc.
Exportation. — Plumes d'autruche, laines, peaux de chèvre, cire, fruits secs, cuirs tannés, babouches et bonnets.
(i) l'ez-Jedid (Fez le neuf).
{2) Fez-el-Bali ('Fez le vieux).
• (3) Ce système est complété par un aqueduc alimenté par des roues hydrauliques pour la partie haute de la ville.
vil LES ET CENTRES 359
Importation. — Tissus de coton et de laine, sucre, soufre, métaux, quincaillerie.
Les environs de Fez sont très pittoresques, on y trouve de nombreux monuments en ruines.
Postes : Française, Allemande.
Puissances représentées par des consulats ou des agences consulaires à Fez : France, Allemagne, Angleterre, Espagne.
Figuigr
Af. Maurice Zimmermann, diplômé de langue arabe, chargé en 1900 et en 1903 de missions commerciales dans les régions frontières oranomarocaines, nous a donné l'étude suivante sur Figuig,
Depuis le commencement de 1903, le chemin de fer qui, partarit d'Oran, arrive à Beni-Ounif après un parcours de 640 kilomètres, met Figuig à 22 heures de notre grand port méditerranéen, à 4 jours de Paris.
On f)eut dire que du jour où la locomotive s'est arrêtée à Beni- Ounif, à 4 kilomètres de « l'Oasis mystérieuse », celle-ci, si longtemps inviolable, a perdu cette réputation terrifiante qui la représentait depuis trois siècles, comme irrémédiablement fermée à toute entreprise de pénétration pacifique.
En effet, de ce redoutable foyer d'intrigues contre nos intérêts où, depuis notre arrivée en Algérie, s'organisèrent contre nos postes isolés et nos convois de ravitaillement rezzous (i) et harkas (2) restés pour la plupart impunis, nous avons fait une cité ouverte et paisible dont les 15.000 habitants, consommateurs et producteurs tout à la fois, ont créé le marché chaque jour plus important de Beni-Ounif.
Les turbulentes tribus des Bcni-M'Guil, Doui-Menia, Oulad- Djerir et Berabers pour lesquelles Figuig était en même temps le grand marché d'échanges et un excellent milieu de conspiration, se sont même amendées, comprenant que les Ksou^
(1) Rezzov. — Attaque soudaine effectuée par un grtuipe de cavaliers.
(2) Harka. — (Toup de main sur un convoi, contre un poste isolé.
riens, dès Tarrivée du chemin de fer jusqu'à leurs portes, entendaient désormais commercer avec nous dans des conditions plus avantageuses que celles des longues et onéreuses caravanes de Mélilla, de Mogador et du Gourara.
Figuig, comme la plupart des agglomérations sahariennes, se compose de huit ksours isolés les uns des autres, ceinturant en quelque sorte la merveilleuse oasis de 280.000 palmiers, la plus importante de Laghouat au Tafilelt.
La ville et sa palmeraie (900 m. d'altitude) occupent le centre d'une vaste dépression dont les bords, brusquement relevés, sont constitués par de puissants massifs ne laissant d'accès aux ksours que par des cols très étroits. Cette formidable ligne de défense naturelle a, de tout temps, mieux valu pour Figuig que l'enceinte continiie, flanquée de tours branlantes, dont quelques obus à mélinite eurent si facilement raison en 1902, à Zenaga.
Les huit ksours sont, par rang d'importance :
Zenaga;
El-Oudaghir;
El-Hamman-Foukani (supérieur);
El-Hamman-Tahtani (inférieur);
Ouled-SIiman;
El-Maïz-Foukani ;
Èl-Maïz-Tahtani;
EI-Abid.
La population globale des ksours est évaluée à 15.000 habitants dont 5.000 israélites.
L'oasis est sillonnée par une quantité innombrable de sentiers mettant les ksours en communication.
Le centre de la dépression de Figuig n'accuse qu'un relief remarquable : c'est un brusque ressaut rocheux (Sidi-Ben- Aissa) s'élevant de 50 mètres et dominant la plus grande partie de l'oasis. Ce relief sépare les jardins de Zenaga de ceux d'Oudaghir.
Deux rivières traversent la palmeraie :
r L'Oued Cheggaret-El-Abid qui reçoit l'Oued Takroumet;
2** L'Oued El-Ardja, la plus importante qui prend successi-
vement les noms des petites palmeraies qu'elle arrose hors de l'oasis.
Toutes deux pénètrent dans le cirque de Fig^ig et en sortent par des gorges très étroites.
Chaque ksour possède sa source à proximité ou sur l'emplacement de laquelle s'élève une mosquée, dont la plus importante est celle d'El-Maïz.
Seul Zenaga s'alimente des eaux, très abondantes, de l'Ain- Zaddert qui émerge entre les ksours d'El-Abid et d'Oudagfiir.
L'importance de la nappe aquifère de l'oasis permet d'irriguer celle-ci dans tous les sens au moyen d'innombrables canaux tantôt souterrains (feguaguir) tantôt à découvert (seguia).
Chaque point d'émergence des sources est révélé par un immense bassin-réser\'oir dont l'eau peut être distribuée à volonté, à l'époque de l'année où les sources ne donnent qu'un faible débit : juillet, août et septembre.
Sous la palmeraie les Ksouriens entretiennent des jardins complantés des arbres fruitiers et des légumes communs à toutes les oasis sahariennes : abricotiers, amandiers, figuiers, grenadiers, jujubiers, citronniers, pistachiers, orangers, etc., et oignons, piments, tomates, aubergines, courgettes, melons d'eau, navets, etc.
Sur la lisière de l'oasis, notamment dans l'espace découvert qui s'étend au sud et à l'est de Zenaga et dénommé « plaine de Baghdad », les Ksouriens cultivent un peu d'orge et de blé; les labours se font à la pioche.
Les jardins sont généralement clôturés de murs en pisé, percés d'une porte très basse; en un point du mur se trouve l'orifice nécessaire pour la circulation de l'eau d'irrigation.
Dans les ksours on circule difficilement au travers d'un enchevêtrement extraordinaire de ruelles extrêmement étroites, tantôt à ciel ouvert, tantôt en couloirs dans lesquels l'obscurité est presque complète.
Boutiques et magasins sont des échoppes sordides où l'air et la lumière pénètrent incomplètement et dans lesquelles on ne perçoit qu'imparfaitement l'activité nécessaire à la confec-
tion des milliers de burnous et de kaïks, de cuirs brodés de soies diversement nuancés et de tapis qui en sortent annuellement '
La seule manifestation un peu bruyante du travail dans cette cité sur laquelle semble peser l'immuable léthargie des solitudes sahariennes, c'est le martel lement incessant des artisans juifs fabriquant des bijoux d'argent et certains objets en fer.
La seule production naturelle donnant lieu à un mouvement d'exportation important, ce sont les dattes dont on compte cinq variétés.
Les meilleures qualités sont exportées par les caravanes ou vendues sur le marché de Beni-Ounif ; les qualités inférieures sont consommées sur place, soit pour l'alimentation des Ksouriens soit par la distillation d'un alcool détestable dont les juifs font une grande consommation.
L'industrie locale est représentée par la fabrication des burnous et des kaïks, par la broderie de soie sur cuirs ûlali (i), par la confection des tellis, amaras, mesoueds et chekara, servant à contenir les denrées transportées à dos de chameau, de cheval, d'âne ou de mulet; enân i>ar la transformation de pièces de monnaie et de lingots d'argent en bijoux arabes.
Toutes ces industries, plutôt rudimentaires, sont généralement aux mains de la très importante colonie juive dont le mellah (2) est à peu près circonscrit dans le ksar d'Oudaghir.
Les ÏLguiguiens importent des céréales et leurs dérivés : farines et semoules; des laines et des peaux brutes et des cuirs filali.
Au point de vue religieux, les ksouriens sont affiliés partie aux marabouts de Kerzaz et partie à ceux de Kenadsa devant lesquels ils portent leurs différends. Chaque ksar est administré par une djemâa (assemblée de notables) nommée à l'élection et qui élit elle-même son président, caïd du village.
Le Sultan du Maroc, qui exerce à Figuig une autorité plutôt nominale, est représenté par un Pacha chef d'un détache-
(i) Cuir filali. — Peau brute provenant du Tafilelt et teinté au takaout rpîi lui donne une belle couleur rouj^e et une grande souplesse. (2) Mellah. — Quartier juif.
ment d'environ 150 soldats qui sont censés faire la police des ksours dans lesquels, à l'exception de celui d'Oudaghir, ils se gcirâent bien de s'aventurer. Le représentant du Makhzen a surtout pour mission principale de collecter les impots suivants :
0,10 par palmier.
0,25 par mouton.
0,25* par burnous vendu.
Il est en outre chargé de prélever, sur chaque ksar, un cotitmgent annuel de 15 jeunes gens pour l'armée du Sultan.
Mais l'autorité du Makhzen est à ce point précaire à Figuig, que le Pacha et ses 150 soldats ne se risquent guère au delà de la Kasba d'Oudaghir et du quartier juif. On conçoit que, dans ces conditions, la perception des impôts n'arrive jamais à produire de quoi assurer le traitement du Pacha et la solde de ses askris, chez lesquels les désertions deviennent souvent Tunique moyen de ne pas mourir de faim ou d'autre façon.
La seule influence restée réellement prépondérante à Figuig, est celle de la puissante fraction des Zenaguis.
Kasbah Béni Mellal
Petite ville de 3.000 habitants, située au pied du Djebel Béni Mellal (Moyen Atlas), sur un affluent de gauche de l'Oum-er-Rebia (le Béni Mellal).
Cette petite ville est à 4 étaf)es de Marrakech. Les habitants s'occuf)ent surtout des cultures maraîchères et d'arbres fruitiers. Leurs jardins sont admirablement arrosés par une quantité de canaux qui prennent les eaux aux sources mêmes de la montagne.
Kasbah Tadia
Cette forteresse fut construite par le Sultan Moulay-Ismaïl pour défendre le pont de 10 arches, jeté sur l'Oum-Er-Rebia.
Elle a l'aspect d'un château fort du moyen âge assez bien conservé.
Ses 2.00O habitants se livrent à l'exploitation des riches nines de sel des environs.
Ksar-es-Serir ou le Petit Château
(Par opposition au Ksar-el-Kébir)
N'est plus qu'un amas de ruines que les sables disputent aux broussailles. C'était au moyen âge un des points les plus importants de la côte méridionale du détroit de Gibraltar, EL- Bekri le désignait du nom de Ksar-Masmouda et Aboulféd? Ksar-el-Medjaz. C'était alors le chantier où se construisaient la plupart des navires qui faisaient le commerce du détroit, et l'arsenal où se .préparaient les expéditions dirigées contre l'Espagne par les princes musulmans.
Ksar-Es-Serir est situé à l'embouchure ou pour mieux dire dans l'embouchure d'une petite rivière ensablée l'Oued El- Yemni, à 24 kilom., dans fEst de Tanger. (H.-M.-P. de la Martinière, No/ice sur le Maroc)
LARACHE
En arabe : El-Araïech {Les Treilles)
Larache est bâtie sur la rive gauche du Loukkos ou Oued Kous, l'antique Lixis, près duquel les Anciens plaçaient le palais d'Antée, et le jardin des- Hespérides. Ville très ancienne qui est citée dès le début du IX' siècle.
Bâtie sur les dunes de sable, on la dirait séparée du continent semblable à une île. Sous ce rapport elle a beaucoup de ressemblance avec Mogador. Elle est entourée d'une muraille Kaute et bien construite. Sur la rive droite du fleuve, une belle et large plage qui se prêterait facilement, semble-t-il, aux opérations d'un débarquement, se développe le long de la côte sur plusieurs kilomètres. Sur la rive gauche, Larache s'élève en gradins sur les bords du fleuve jusqu'au plateau qui le domine.
La kasbah qui en occupe la pointe Nord-Ouest, s'élève à pic au-dessus des eaux du Loukkos. Ses hautes murailles et ses tourelles contribuent à donner à Larache ce caractère pittoresque qui rend la ville si curieuse, lorsqu'on la voit de la mer.
L'intérieur de la ville a conservé en grande partie sa physionomie espagnole, et les défenses de la place sont encore celles qui existaient en 1689, au moment oii le Sultan Ismaïl s'en empara. Trois batteries basses situées, deux sur le front de la mer, et la 3* à l'embouchure du fleuve, au pied de la kasbah, complètent la défense. De nombreux canons garnissent les embrasures, mais ce ne sont que de vieux canons portugais ou espagnols se chargeant par la bouche, rongés par la rouille, et souvent sans affûts. Aussi ne pourraient-ils être utilisés.
Larache n'a plus de garnison de réguliers marocains. Celle qu'elle avait autrefois a été appelée par le Sultan depuis la guerre contre le Rogui. La ville possède une poudrière qui renferme quelques caisses de munitions et quelques barils de poudre.
Les remparts sont percés de quatre portes :
I® Bad El-Marsa (porte du port à l'Est, donnant sur le fleuve) ;
2** Bad El-Beh*ar (porte de la mer, s*ouvrant sur l'Océan);
3° Bad El-Khemis (porte du Jeudi, orientée du côté de la campagne de Lekhout) ;
4® Bad El Kasba (porte de la citadelle, très petite, donnant accès dans le fort actuel qui est l'ancien château de Notre Dame d'Europe bâti par les Espagnols).
De Bad El-Marsa à Bad El-Khemis, une longue rue droite bordée de boutiques, déclive d'abord, puis devient horizontale sur le surplus de son étendue.
A l'extrémité de la ville se trouve la caserne du Makhzen, du côté de la tribu d'Es-Sahel.
Les magasins des européens, situés en dehors des murs, du côté du fleuve, font beaucoup d'affaires avec les caravanes arabes (Mouliéras, Maroc Inconnu).
La ville est commandée par un pacha dont la juridiction administrative varie, mais s'étend à une partie de la province marocaine gharb.
Il existe de très beaux jardins aux environs de la ville, le long de la rive gauche du fleuve, en remontant les méandres du Loukkos : on y récolte des oranges renommées et célèbres dans tout le Maroc pour leur saveur et leur taille. C'est là du reste que la tradition place le jardin des Hespérides.
Le climat de Larache est un des plus humides qui existent au monde. La ville est en effet soumise constamment soit aux vents du large, soit aux vents d'Est qui passent sur les grands marécages que forme le fleuve et que recouvre à chaque marée le flux, soit aux vents du Sud qui longent la côte marocaine. Il y règne des fièvres intermittentes et paludéennes, dont la fréquence aussi bien que la gravité ont un peu diminué depuis que Ton y a planté des eiicalyptus. L'eau y est de mauvaise qualité et la ville est fort sale. (De la Martinière. Notice sur le Maroc.)
Population. — La population se compose d'environ 15.000 habitants dont 2.000 israélites et 60 européens. Les israélites n'habitent pas le mellah. Il leur est permis de s'installer au milieu des habitations arabes, sauf à proximité de la Kasba, et dans le quartier dit El-Koubibat (la petite Coupole.) (Mouliéras, Maroc Inconnu),
Port. — Larache fait concurrence à Tanger, comme port de la région de Fez dont il est le plus rapproché. L'ensablement de l'embouchure du fleuve, les difficultés de franchir la
barre, surtout durant la période hivernale et une partie du printemps, nuisent au mouvement du sport de Larache. Le mouillage peut être considéré comme assez bon, sauf par les vents d*Ouest. Les navires doivent mouiller en rade, et ne peuvent communiquer avec la terre qu'au moyen des barcasses. Celles-ci solides, mais lourdes et massives, peuvent porter jusqu'à 70 à 80 tonnes; mais lorsque la barre est un peu forte, il ne faut pas moins de 1 8 à 20 rameurs pour les manœuvrer.
Il advient parfois que les navires restent en rade pendant plusieurs jours sans pouvoir communiquer avec la terre, ou même s'éloignent de Larache sans y faire leurs opérations. La montée est de 2 m. 80 à 3 m. 50, ce qui met en moyenne de 4 à 6 mètres d'eau sur la barre à marée haute.
Par beau temps les petits navires peuvent franchir la barre, et venir mouiller dans la rivière au point où elle a plus de 6 mètres de profondeur et où elle fait un coude pour remonter brusquement vers le Nord.
On a proposé l'établissement d'un chenal de 750 mètres environ permettant d'atteindre le vaste bassin intérieur du Loukkos, situé derrière la ville avec une superficie de 15 à 16 hectares sur 8 à 10 mètres de fond. L'opinion de M. Fischer est également qu'un port serait facilement aménagé avec quelques dragages.
Depuis 1899 le port est doté d'un remorqueur.
Ln 1904 le mouvement de la navigation à Larache a été le suivant :
Anglais
Français
Allemands . . . .
Espagnols
Autres nations.
Totaux .
Droits de ports
Hors la barre : 20 pesetas.
En rivière :
1° Pilotage à l'entrée : i once par tonne.
2° — à la sortie : i once —
3° Ancrage : 0.75 par tonne.
4° Officiers de port : de i à 20 tonnes
— — loi à 200 —
— — 201 à 300 — A raison de 140 onces le douro.
20 onces.
Droits sanitaires
De I à 25 tonnes, pesetas : 0.60
81 à icx) — — 5.75
ICI à 120 — — 6.25
500 et au-dessus — 16. » .
Plus 5 pesetas pour droit de canot — 5 — — de patente .
Le transport des marchandises, du bateau au quai, et au magasin de la douane, et vice versa, se traite aux prix suivants par 100 kilogs: