TANGER
En arabe : Tandja: en latin : Tingis: en anglais : Tangier.
Le Maroc a trois capitales, mais Tanger n'est pas Tune d'elles. C'est cependant dans cette ville que se trouvent les ambassadeurs des puissances européennes. Tout y est bizarre, et c'est pour cela qu'elle attire tant la curiosité.
En général les personnes qui n'ont pas vu Tanger ont d'elle une fausse conception. Ainsi, les unes croient que l'on y trouve des Palace-Hôtels, et les autres qu'il n'y a que des auberges. Ces deux erreurs, très communes, n'ont pas d'excuse, car, les journaux illustrés du monde entier ont, depuis quelques années, prodigué les photogravures de vues marocaines.
Tanger n'est ni une ville arabe, ni une ville européenne, et cependant elle tient de l'une et de l'autre. Elle a trop de maîtres, ou plutôt d'aspirants maîtres, pour être administrée dans le sens communal de ce mot, de sorte que sous certains rapports elle est inférieure à la dernière bourgade européenne, et sous d'autres elle est supérieure à des villes plus grandes.
Tanger est située presque à l'entrée du détroit de Gibraltar, du côté de l'Océan Atlantique, à 22 kilomètres du Cap Spartel. Elle n'est qu'à 14 milles de la côte d'Espagne, que l'on voit très bien, sauf par temps de pluie ou de brouillard. Bâtie en amphithéâtre sur une colline, elle a, sous l'affluence de ses nouveaux habitants, débordé comme elle a pu. Elle comprend donc une ancienne petite cité entourée de remparts fâcheux, et des faubourgs, aussi grands que variés, qui constitueront la grande ville de demain.
La partie entourée de murailles est un mélange d'habitations arabes, de maisons européennes, de mosquées et de synagogues, le tout dominé par une grande Kasbah. Les rues, mal pavées, sont très étroites, et sans trottoirs. Il y circule autant de borricoSf pour la plupart non bridés, (mules, mulets, ânes, chevaux) que de gens.
Les faubourgs, si l'on peut dénommer ainsi les commencements de la nouvelle ville, ont un tout autre aspect. Les cons-
tructions y sont généralement européennes, et la Commission d'Hygiène qui fait quasi fonction de municipalité, s'efforce d'amener les personnes qui bâtissent à contribuer à l'établissement de voies larges. Le jour où Tanger aura enfin une véritable direction, il suffira de quelques expropriations jx)ur en faire une ville matériellement bien coordonnée.
Ces quartiers de ville future portent les noms suivants : Marshan, Hamona, Montagne, San Francisco, Boubana, Madhi, Borad'Cherach, Plage et Souani.
Population
Marocains : Arabes 24.000
— Israélites 11.000
Espagnols et protégés 7.600
Français : Citoyens nés en France ou en Algérie 528, nés à l'étranger 10, naturalisés Français 9, Algériens 35, Tunisiens 4, censaux 6, associés agricoles 18, protégés politiques 5. Total 615
Anglais et protégés 550
Américains : 3 sujets et 89 naturalisés 92
Portugais et protégés 80
Italiens et protégés 77
Allemands et protégés 50
Brésiliens 13
Belges 9
Autrichiens et protégés 8
Suisses 7
Russes 4
Suédois 4
Hollandais 3
Grecs 2
Danois i
Autorités Marocaines a Tanger. — Représentant du Sultan (dénommé à tort Ministre des Affaires Etrangères), ayant pour mission de recevoir les réclamations faites par les représentants
des puissances étrangères, et de leur communiquer les réponses du Sultan.
Pacha (Gouverneur) : chargé de la police et de la justice administrative. Grand maître de la police, il a le droit de faire arrêter quiconque (quelle que soit sa nationalité) occasionne du désordre dans la rue, mais, si le perturbateur est européen, il doit remettre celui-ci au consul de sa nationalité. Tout rassemblement tumultueux peut, sur son ordre, être dispersé « manu militari •. Ce droit lui a été reconnu par le corps diplomatique à la suite de manifestations faites au commencement de l'année 1902 par des ouvriers grévistes de la succursale de la fabrique Bastos d'Oran.
Kalifa : Vice-Gouverneur.
Caïd el Michouar : chef du palais des Gouverneurs et Vice- Gouverneur, et de la garde de ce palais.
Cadi : juge réglant les questions de propriété et d'état civil
Mohoufseb : Commissaire de police.
LÉGATIONS ET CONSULATS. (Voir : Titre septième chapitre !•'.)
Conseil Sanitaire. Commission d'HvGiÈNE. (Voir : titre
septième chapitre 3*.)
Cultes. (Voir : titre septième chapitre 6*.) Hôpitaux, (voir : titre septième chapitre 7*.)
Postes et Télégraphes, (voir : titre quinzième, chapitre 4*.)
TÉLÉPHONE. — Un réseau de téléphone existe à Tanger. Il a été organisé, en 1883, par un particulier, M. Emilio Rotondo y Nicolau, qui en est resté propriétaire, et qui l'exploite lui-même. Le tarif est de 10 pesetas par mois.
Lumière électrique. — La Compagnie Transatlantique espagnole a installé à Tanger, en 1894, une usine de lumière électrique.
Les principales rues, quelques habitations et les magasins sont éclairés à la lumière électrique.
Le prix est de 5 pesetas par mois et par lampe de 12 bougies.