FRACTION DES BENI-KHALED
Ar'bal (le défilé) (B), 100 feux, au sud du Souk' el-Ethnin J Là I (marché du lundi). Beaucoup d'arbres, beaucoup de sources.
Tar^ejjirth ^garou) (B) (en arabe j J ' yi ), 100 feux, vi ^-^sr^ LV
Aougni (la plaine) (B), 100 feux. >^ j'
EXPI/)RàTlON DU BIP 105
Zaouiyat MahH Ed-Din (1) (Séminaire de Mah'i ^ oJt ^ ^ ^ j ' J
Ed-DÏDy n. pr. arabe signifiant : Celui qui abroge les autres religions^ surnom donné au Prophète)^ 10 feux. Cette zaouiya s'appelait autrefois Zaouiyat Moulaye Abd-el-K'ader El-Djilali. Dans ces dernières années, elle avait un supérieur nommé Mah'i £d-Din, qui conférait Vouerd de la Ck)nfrérie du grand saint musulman. Ce personnage, s'étant fait remarquer par sa piété austère, devint tellement célèbre dans le pays, qu'on finit peu à peu par désigner le séminaire sous son nom. Mah'i £d*Din est mort en 1892, laissant plusieurs fils qui lui ont succédé dans la direction de la Zaouiya. Celle-ci, située au pied d'une montagne faisant face au nord, entourée de beaux vergers, se trouve à peu de distance de la source de TOuad Kis.
Zaouiyat EUHahri (Séminaire de Thomme au morceau ^^^^l ^^' J de viande) (Â), 10 feux, au sud du Djebel Beni-Znasen. On y confère Vouerd des Derk'aoua. Son fondateur, Sidi 1-H'adjdj Mouh'ammed El- Habri, était généreux à un tel point qu'il donnait toujours des morceaux de viande sans os aux misérables qui lui demandaient l'aumône ; de là, le surnom de la Zaouiya. Ses successeurs actuels sont très hospitaliers.
Il y a encore plus de cent hameaux disséminés dans la tribu.
Forces militaires : 11,200 hommes, moitié cavaliers, moitié fantassins. Population probable : 56,000 habitants. Pays montagneux. Instruction coranique très développée. Nombreuses mosquées et zaouiya. Fanatisme excessif.
Tribu de MER'RAOUA (2)
ij I jifj (la terre du bousillage) (A)
Laissant derrière lui les Beni-Znasen, Moh'ammed ben T'ayyéb, qui avait pour objectif l'Ouest de la province des Djebala, passa par le Sud du Rif à travers les Oulad-Séttout, Beni-Bou-Yah'yi, Lem'talça, Mer'raoua, Beni-Bechir. Avant de quitter, pour toujours peut-être, la mystérieuse petite province méditerranéenne, il tenait absolument à en connaître toutes les tribus. Et il allait toujours en avant, poussé par cette destinée merveilleuse qui devait faire de lui l'un des plus extraordinaires explorateurs de ce siècle. Il traversa, sans s'arrêter, les territoires rifains déjà connus, rencontrant parfois, sur son passage, d'anciennes connaissances qui le suppliaient en vain de prendre racine quelque paît. Lui, plus errant que jamais, se faisait héberger, mangeant bien, dormant mieux encore ; le lendemain, après avoir secoué la
(1) Prononcez Ed-Dine. Voyez souvenl les pages 42 ai 43 pour la prononciaUon des leUres arabes et berbères.
(?) Si vous ne pouvez pas prononcer le r*afne (r grasseyé), dites hfég'raoua).
198 LE MAROC tNCONmJ
poussière de ses habits, il se remettait en marche en disant simplement à ses h^tes d'un jour :
— L'immobilité c'est la prison ; et la prison, c'est le tombeau.
Enfin, il arriva à Mer'raoua, petite tribu formant la pointe la plus méridionale du Rif.
Encastrée dans les terres djebaliennes qui l'entourent de toutes parts, sauf au Nord où elle se rattache à Kzennaya, Mer'raoua est admirablement située pour résister aux assauts continuels de ses puissants voisins. Elle occupe les versants septentrionaux de la grande chaîne des montagnes méridionales du Rif. Sa petile étendue (lOkilom. dans tous les sens), lui permet de tenir tout entière dans le retranchement des derniers pics rifains, dont les pentes, exposées au Sud, regardent dans le lointain la grande ville de Pas.
Souvent VOuad Mer'raoua coule au fond des gorges profondes, se frayant avec peine un passage dans ce sol tourmenté. Partout la végétation est magnifique. Les énormes chênes verts abritent à leurs pieds de gracieux arbustes, parmi lesquels domine l'odorant lentisque. Tout le long de la rivière, les saules, les trembles forment une épaisse voûte de feuillage au-dessus du petit filet d'eau limpide, qui court à travers les roches dont le lit du ruisseau est embarrassé. Et les hameaux succèdent aux hameaux, les villages aux villages, les uns construits en pleine forêt, les autres, et c'est le plus grand nombre, éparpillant leurs maisons sur les bords de Touad.
Les habitants, montagnards peu sociables, restent chez eux, n'aiment guère leurs voisins, les Arabes des Djebala, dont ils redoutent la perfidie. Eux sont des Berbères de pur sang, parlant le vrai thamazir'th, ne comprenant pas un mot de la langue du Prophète. Ils portent la djellaba grise, qu'ils ne quittent, pour le h'aïk, qu'au cœur de l'été, car la température est froide sur leurs sommets. L'orge est la principale culture. Dans certaines parties, non défrichées, l'alfa pousse. On l'utilise, mais très peu.
L'absence presque totale des arbres fruitiers et des légumes, le froid et la mauvaise nourriture contribuèrent à hâter le départ du derviche. Il fit un très court séjour dans cette tribu minuscule qui compte deux fractions seulement: Ad'rar (montagne) (B), {j^ j 3 1 ) et /md/iaicen (les sournois) (B;, ( >*J La^ I) levant chacune 1,500 fusils, soit un total
de 3,000 fantassins et une population probable de 15,000 habitants pour toute la tribu.
Au Nord, le Souk! EUEthnin (le marché du lundi), réunit chaque lundi la foule des acheteurs et des marchands. Tout y est à très bon compte.
Tribu des BENI-BECHIR
K^, c^, (1^ enfieints du porteur de bonnes nouvelles) (A)
Située en totalité sur les monts Çanhadjiens du Rif, cette tribu n'a qu'une vingtaine de kilom. en long et en large. Elle est bornée au N. par Mthioua et Zerk'eth, à TE. et au S. par la province des Djebala, àro. par Tar'zouth, Beni-Bou-Necer, Beni-Khennous et Beni-Seddath.
Tout le pays n'est qu'une immense forêt, dans laquelle se pressent une soixantaine de hameaux, absolument enfouis dans la verdure. Les frênes, les chênes verts, les chênes-liège, mêlés aux arbres fruitiers, noyers, amandiers, abricotiers, etc., feraient des Beni-Bechir un des pays les plus prospères du Rif, si les indigènes savaient tirer parti de leurs richesses forestières. Rien n'est exploité. X)n se contente de mao* ger les fruits des arbres, sans se douter que le liège est bon à quelque chose, sans chercher à vendre un seul frêne ou un chêne vert aux armuriers de Tar'zouth par exemple. Incurie, gaspillage, sont les deux mots qui. devraient revenir sans cesse sous la plume, quand on parie de ce merveilleux pays qui s'appelle le Maroc.
Le voisinage des Djebala a introduit l'usage de la langue arabe parmi les hommes. Mais, dans les familles, les femmes et les en&nts ne parlent et ne comprennent que le thamazir'th. Les femmes sont vaillantes, elles font tous les vêtements : djellaba, h'aïk, ce qui ne lea çmpêche pas de moissonner, d'aller au bois, à l'eau^ et de garder les chèvres. Elles se; font remarquer par une conduite absolument irrépro* chable. Les hommes, moins vaillants que leurs compagnes» ne sont pas cependant inactifs. Ils labourent, piochent les endroits où la charrue ne peut passer, font du jardinage presque partout, car le pays est abondamment arrosé par de nombreuses sources, dont les eaux vivifiantes font jaillir la vie sous toutes ses formes.
Les deux ruisseiets, qui doivent leur existence à ces sources, sonl^ bordés de hameaux bâtis sur l'une et l'autre rive. Leur petit courant va du sud au nord. VOuad Beni-Bechir traverse, dans sa partie méridionale, une superbe forêt de frênes. L'Ouad Ez-Zaouiya (la rivière du séminaire) est appelé ainsi parce qu'il sort de terre tout près de la Zaouiya de Tassent (le frêne) (j>àIm» LV) hameau d'une centaine de feux.
Moh'ammed ben T'ayyeb ne resta pas longtemps chez les Beni- Bechir. L'hiver approchait. La perspective d'être bloqué par les neiges sur les cimes glacées de la tribu effrayait tellement l'impatient voyageur, qu'il s'en alla vers la fin de l'automne. Il s'enfonça dans les Djebala, non sans s'être assuré d'abord que les Beni-Bechir se composent de trois fractions : Taslent (le frêne) (B), oki-. Li* — Beni^Bekkar (Les
enfants de l'homme matineux) (A), j L^ ^ etAUh'Yah'ya ^sri ^jLot
idd LE MAROC INCONNU
(les enfants de Jean) (A. et B), levant chacune 1,500 hommes, soit 4,500 fantassins pour la tribu entière. Le long fusil marocain &briqué à Tar*zouth est la seule arme à feu connue. Population probable : S2,500 habitants. Instruction très peu répandue. Pays montagneux ; nombreuses pistes et sentiers muletiers.
Ne laissons pas le derviche s'éloigner du Rif sans jeter une dernière fois nos regards sur cette petite région, hier encore la dernière partie inconnue du rivage méditerranéen^ indépendante aujourd'hui comme elle Tétait il y a des centaines de siècles, toujours sauvage, toujours jalouse de sa liberté illimitée, se croyant à l'abri des indiscrétions et des invasions futures.
Qui sait ce que l'avenir lui réserve ?
Pour le momeot, les Rifoins semblent très heureux de vivre dans une ignorance et une anarchie complètes. Leur antique simplicité leur suffit.
Ceux d'entre eux qui ont eu l'occasion de voir chez nous nos inventions modernes : chemin de fer, télégraphe, etc., s'en soucient autant qu cm bancal d'un monocycle. Ce qu'il leur faut à eux, c'est la belle et large existence passée au sein de la royale nature, c'est le calme pro* fond des forêts, troublé seulement, les jours de grande tempête, par les souffles créateurs venus de l'infini.
Si l'insondable destinée condamne un jour ce pays de toutes les libertés à passer sous le joug étranger, souhaitons-lui d'être gouverné par la France, car notre Patrie, toujours douce envers ses sujets musulmans, les a constamment bien traités, mieux certainement qu'ils pe le sont dans les contrées où régnent d'autres Nations européennes.