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TIMBALIER DE LA GARDE CHÉRIFIENNE

Les terrasses au soleil couchant.

miel. Et ces cellules habitées, cette multitude de cubes posés les uns près des autres, qui forment à perte de vue jusqu'à la ceinture des jardins une géométrie indéchiffrable de tours carrées et de teiTasses, c'est cela la grande ville du Sud, où le Berbère, habitué à la tente et au gourbi, a fait l'essai de la ville citadine, sans arriver vraiment, depuis huit siècles qu'il a construit ces murailles, depuis huit siècles que des millions et des millions d'hommes y ont vécu, à bâtir autre chose qu'un immense camp de boue séchée, où la famille habite encore, avec une simplicité antique, dans la société de l'âne, de la poule et du mulet.

LA KOUTOUBIA

E ne sais pourquoi les indigènes appellent cette ville Marrakech la Rouge, car cette nappe de murailles, cuites et recuites par le soleil, a plutôt la couleur d'une feuille longtemps roulée par l'automne, et, dans ses plus grands excès, ne dépasse jamais le rose tendre ou le vermeU. Pas une fumée, pas un bruit. Rien que le cri des émouchets qui planent et tournoient, et tout à coup, montant de ce silence, le long braiment désespéré d'un âne qu'on aurait abandonné dans des ruines...

De ce vaste monceau de terre mille fois remué par les hommes, mille fois redevenu poussière et inlassablement redressé en murailles et en maisons, surgit une haute tour de

pierre, carrée, brûlée par le soleil, prodigieusement isolée dans s. 6

sa solitude aérienne, avec ses quatre boules d'or enfilées à son sommet, la haute Koutoubia, qui domine de plus de soixantedix mètres cette ville à ras du sol, et vers laquelle s'acheminent depuis huit siècles les ambitions, les désirs et toutes les pistes du Sud... Plus loin, de hauts murs crénelés entourent d'immenses cours désertes, laissant apercevoir des pointes de cyprès et les toits verts du palais des sultans, que prolonge à perte de vue un jardin d'oliviers et d'orangers, presque aussi grand a lui seul que le reste de la ville, et d'où l'on voit surgir d'autres toits verts, d'autres cyprès et ces palmiers échevelés qui semblent éventer les neiges...

Le soir vient, de tous les points de l'horizon accourent de grands vols d'ibis blancs qui vont se rassembler pour la nuit dans les jardins du Sultan, au bord d'un vaste miroir d'eau, où le reflet des cimes neigeuses de l'Adas se mêle au reflet des oliviers. Ils passent au-dessus de ma tête, pareils à des pensées heureuses, et le battement de leurs ailes donne presque l'illusion d'un souffle d'éventail sur la joue. Pour cette fête du crépuscule, les petites collines charmantes se revêtent chacune d'une robe de soie différente, rose, mauve, bleue, violette, amarante. La grande plaine au pied de l'Atlas est déjà envahie de teintes bleuâtres et glacées, mais les cimes reçoivent encore l'étincelant adieu du jour. La ville entière prend la couleur de ces gâteaux de miel dont elle off^re déjà l'image avec ses milliers d'alvéoles. La haute Koutoubia rougeoie, comme éclairée par une flamme intérieure. Du côté du couchant, sur le fond doré du ciel, les palmiers semblent jaillir d'un désert de sable aérien.

La Kouloiibia.

Dans ce vaste espace de lumière, borné d'un côté par des neiges et de l'autre par du feu, tout se transforme de seconde en seconde, s'avive, se dépasse en éclat, multiplie les couleurs et les feux d'artifice, puis s'apaise, s'éteint : la montagne devient morte et sombre ; les charmantes collines ne semblent plus que de pedts tas de cendres laissés par l'incendie du soir

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