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UN PALAIS A FEZ

A grâce, la fantaisie, le hasard semblent avoir été les seuls architectes de ce lieu. C'est un dédale, une suite tout à fait désordonnée de cours de marbres et de jardins, autour desquels s'ouvrent des chambres d'un luxe céleste, angélique, avec de hautes portes qui montent jusqu'au toit, toutes peintes de fleurs, d'étoiles, d'arabesques; des mosaïques dont les couleurs semblent briller sous de l'eau qui ruisselle; des bandeaux de plâtre sculptés par une imagination qui semble ne s'épuiser jamais, des plafonds tantôt arrondis en dôme, tantôt en forme de carène, tantôt creusés de grottes d'où descendent des stalactites d or, d'azur, de vermillon, tantôt plats, traversés de cent poutrelles menues, toujours jonchés de mille fleurs, merveilleux parterres aériens, qui ne connaissent pas de saison, et

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placés là-haut tout exprès pour distraire une rêverie sans pensée étendue sur un coussin...

QjLi'il est donc malaisé de peindre avec justesse le charme de rOrient! A inventorier ces beautés si familièrement charmantes, si peu étonnées d'être là, si peu surprises de faire ensemble leur concert silencieux, plein de notes divines, si maniéré et si modeste à la fois, on a l'air d'un pédagogue qui cherche à découvrir, sous la lampe, ce qui fait le sortilège de quatre vers aériens d'un poète de la Perse. On dit : les choses sont ainsi; il y a là une allée, des orangers et des cyprès; il y a là un jet d'eau, une vasque de marbre, une étoile de zelliges. Mais quand on a dit tout cela et situé exactement chaque objet, l'oranger n'a plus de parfum, le cyprès ne s'incline plus avec sa grâce adolescente, les oiseaux se sont tus, les mille étoiles du jasmin ont disparu dans le feuillage, les grandes portes paradisiaques ont refermé avec effroi leurs vantaux d'or et de carmin sur les chambres de silence et d'ombre, qui font penser à des auberges où ne descendraient que des rêves...

Et comment les mots de chez nous ne s'égareraient-ils pas en parlant des choses d'ici! Ici, toute pompe est familière, toute grandeur coquette, toute beauté un peu mièvre. Avec cela, le naturel a toujours de la dignité, l'abandon n'est jamais vulgaire. Ce qui chez nous jure d'être ensemble, se trouve ici tout naturellement accordé. La grande cour, dallée de marbres blancs et verts, s'entoure d une galerie de bois d'un bleu déteint, passé, d'une rusticité presque pauvre. De hautes et frêles graminées poussent sur les toits de tuiles vertes qui cou-

La mosquée Chérabliine.

vrent les pièces enchantées. L'eau s'échappe des vasques, ruisselle et baigne le marbre majestueux. D'innombrables pigeons vont et viennent sur les dalles chauffées au soleil, et leur promenade lustrée, noble, familière et roucoulante est encore ce qui donne le mieux à mon esprit la mesure de la majesté du lieu.

Medersa Attarine.

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