‹ Le MarocChapitre 2 sur 20 · HAOMAR BEN ABD ER RHAMAN · texte numérisé non relu

HAOMAR BEN ABD ER RHAMAN

CAÏD MÏA DANS LA OARDE

CHÉRIFIENNE.

s'anime. Les murs retrouvent leur jeunesse et leur ancienne, perfection, la verdure son éclat, les nids leur poésie aérienne. Le mât du sémaphore, avec ses agrès compliqués, paraît quelque bateau fantôme jeté là-haut sur ces pierres par un coup de mer monstrueux. Les pauvres petites maisons blanches et le minaret qui les couronne ne forment qu'une vaste féerie d une complication folle, où s'enchevêtrent et se confondent les terrasses et les jardins suspendus.

Cette roche guerrière et ses remparts rougeâtres ne semblent plus servir qu'à soutenir la rêverie. La longue houle atlantique, qui se brise en bas sur les récifs, met une rumeur héroïque autour de ce palais de songe. De l'autre côté de l'estuaire, Salé la barbaresque n'est plus qu'un jeu de la lumière, une gracieuse fantaisie de la lune sur le sable, une dernière frange d'écume apportée là par le flot.

Au pied de ce haut promontoire, on a toujours fait de grands rêves. Dans quelle bibliothèque de Fez, de Marrakech ou d'Espagne, dans quelle poussière ou quel néant éternel reposent aujourd'hui les plans que dessina jadis un architecte maugrabin, pour faire de la charmante et modeste Rabat une nouvelle Alexandrie? C'était, je crois, un sultan almohade, contemporain de Saint Louis, qui en avait conçu l'idée. Aujourd'hui le rêve

est repris; les racines du figuier vivace repoussent sur l'antique muraille. Une ville française couvre le vaste espace entre les murs de la ville indigène qui continuera de mener (incha Allah! S'il plaît à Dieu) sa traditionnelle vie musulmane, et les remparts flambovants de la mystérieuse Chella. C'est l'Alexandrie nouvelle. Dans un temps prodigieusement rapide, ce vieux mot de Rabat aura dépouillé pour toujours son voile de brume adantique, et ces rauques syllabes, nous les prononcerons avec l'orgueil tranquille et cette familiarité, hélas! un peu banale, qu'on attache déjà aux noms prestigieux naguère d'Oran, de Constantine ou d'Alger.

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