‹ Le Maroc moderneChapitre 3 sur 8 · I •>'^'; AN · texte numérisé non relu

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d'enceinte à un endroit où il n'a guère que 2 mètres de hauteur, ce qui permet aux voleurs de Tescalader; du côté de la mer on trouve une lunette qui renferme quelques mauvais canons.

Près de la place on voit un misérable village de pêcheurs appelé Fonti.

La place d'Agadir étant le meilleur mouillage de rOcéan depuis le cap Spartel jusqu'au cap Juby, la ville semblait devoir s'étendre beaucoup, niais il n'en fut rien : après la fondation de Mogador elle fut fermée au commerce européen et ses relations avec l'Europe cessèrent à peu près complètement.

Depuis l'expédition du sultan en 1882, on autorisa le commerce des céréales afin de parer à la famine dont le Sous est sans cesse menacé ; mais les négociants qui apportèrent des marchandises furent mal reçus et obligés de camper sur la plage^en sorte qu'ils ne songent probablement plus à revenir (i).

(i) Les habitants sont tellement fanatiques qu'à la même épo-» que ils refusèrent de vendre des moutons à l'équipage des na« rires qui leur apportaient des farineift. Il fallut Tintervention directe du sultan pour faire cesser cet état de choses.

Tarudant.

La ville de Tarudant est située à deux journées d'Agadir et à une demi-journée de TAtlas; les murailles ont 6 kilomètres de tour et sont en mauvais état.

Cette ville, qui est une des plus anciennes du Maroc, fut la première capitale des Chérifs et le centre de la propagande religieuse dans les tribus berbères; actuellement elle est presque sans commerce et sans industrie par suite de la décadence du port d'Agadir.

Tarudant renferme un grand nombre de jardins d'oliviers, orangers, palmiers, etc., quelques rues bordées de rares boutiques, un fondouk où on vend des marchandises de Maroc, un petit quartier des juifs dont presque toutes les maisons sont défoncées, et une casbah contenant un palais en ruines.

Des Chleuh armés jusqu'aux dents y circulent à grands pas en regardant les étrangers d'un air farouche.

Les voyageurs 'qui seraient tentés d'y aller

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seraient obligés de se contenter de mets grossiers et notamment de pain noir fabriqué dans des plats; ils n'y seraient pas en sûreté avec l'habillement européen.

Le sultan y est représenté par un caïd, mais la police est si mal faite qu'on y assassine les gens en pleine rue. Bref, le séjour de Tarudant est encore plus pénible que celui des autres villes du Maroc.

Le terrain des environs est sensiblement plat, raviné et occupé par des jardins d'oliviers. Au nord se trouve un torrent appelé oued Ouarr, au sud un vieux palais appelé Dar-Beïda.

Au sud-est et au sud-ouest on voit des collines situées à 3 ou 4 kilomètres de l'enceinte. La tribu la plus importante des environs est celle des Ouled-el-hallouf (enfants du sanglier) ainsi nommés à cause de' leur sauvagerie.

L'oued Sous, qui coule près de Tarudant, est dérivé par de nombreuses séguia, en sorte que son lit est presque toujours à sec en été et qu'on peut y passer sans s'en douter.

Taradant est à une altitude de 210 mètres environ : la surface de la partie habitée est de un kilomètre carré et demi; la population peut être évaluée à 6 ou 7,000 habitants au plus.

Route d* Agadir & Taradant.

La route d'Agadir à Tarudant se fait facilement en deux jours; on traverse successivement les tribus de Mesegguen, de Xima^ de Haouara et des Ouled-el-hallouf; on doit prendre les plus grandes précautions pour faire ces voyages, parce que les habitants ne sont pas habitués à voir des étrangers. On traverse un terrain plat, légèrement mamelonné par places, et coupé de haies, ruisseaux et seguia.

On trouve sur sa roUte un grand nombre de villages entourés de figuiers de Barbarie. Cette route est très difficile en hiver par suite des débordements de Poued Sous et des nombreux torrents qui sortent de TAtlas. lien résulte que pendant cette époque de Tannée la ville de Tarudant est à peu près bloquée.

Ports du Soufiu

En partant de l'embouchure de Toued Sous, on trouve les mouillages suivants :

. Sbâa Bouir, latitude 3o° i5'.

Oued Massa; on peut débarquer au sud de son embouchure près du marabout de Sidi Ouasi.

Sidi ben Nouar, Sidi ben Fdol, oued Garizin, au sud de Massa; ces mouillages sont très peu connus.

Massa.

Massa est la réunion de neuf villages dont le principal se nomme Arbalo : ils appartenaient autrefois aux Portugais. Les cultures de Massa sont arrosées par Toued Oulrass, mais malheureusement elles sont envahies par les sables que le vent de la mer ne cesse d'y accumuler; pour parer en partie à cet inconvénient les habitants protègent leurs champs au moyen de haies épaisses et de murs en pierre sèche.

Le pays d'Aglou renferme un grand nombre de villages riches et peuplés, arrosés par des sources et protégés contre le vent de la mer.

Le mouillage d'Aglou est très mauvais.

Tiznit.

Tizait est une ville de 1,000 habitants environ^ autrefois fortifiée. Le sultan y fait construire une casbah.

A peu de distance se trouvent la koubba de Sidi Ahmed ou Moussa et une localité appelée llir, habitée par le marabout Sidi Hachem ^ dont Tautorité a disparu en grande partie,

Sidi Ahmed ou Moussa est le centre^ d'un marché important où on vend des produits du Soudan qui viennent par Assaka, Tata et Tendouf.

Pour se rendre de Tarudant à Tiznit ou à Si Ahmed ou Moussa, on passe par Dar- Dlimij grand village dont le caïd Ould-Dlimi

était autrefois le plus grand bandit de la contrée. A Dar-Dlimi nous avons trouvé des traces dii docteur Lentz; ce voyageur passa par le col de Bibaouan et Tarudant où il eut de grandes difficultés, il se rendit ensuite à Dar- Dlimi et à Si Ahmed ou Moussa sous la protection du caïd Ould Dlimi : de là il partit pour Tombouctou.

Pays au sud de Tiznit.

Le pays qui se trouve au sud de Tiznit peut être comparé aux hauts plateaux de TAlgérie; Teau et les céréales y sont rares et on commence à voir apparaître les nomades qui vivent du produit de leurs troupeaux et trafiquent avec le Soudan.

D'après les renseignements qui nous ont été donnés sur cette côte^ on y trouverait successivement les mouillages suivants :

Latitude.

Mirelleft 29*^ 3o'

Si Mohammed ben Abdallah 29° 28'

Ifni 29° 20'

El Kchich 29^ 10'

Sok Nsara, près de El Kchich

Latitude.

Assaka , embouchure de oued Noun ... 28* 59'

Oued Drâa 28^ 43'

OuedChbika 28*19'

Porto-Cansado 28* 06'

Cap Juby 27* 58'

L'embouchure de Foued Kchich a été utilisée par M. Curtis (du Nord African trading Company), pour faire du commerce avec les habitants. Le sultan s'émut de cette affaire, força M. Curtis à s'en aller et envoya le bataillon des Bokhari pour surveiller la contrée.

A Tembouchure de Toued Assaka se trouve un mouillage qui ne vaut pas El-Kchich; le sultan doit faire construire un port à Tun de ces deux endroits.

Oued-Noun est le nom d'une vallée dans laquelle se trouve la rivière de ce nom; elle est souvent desséchée et on y creuse des puits pour arroser les récoltes.

La principale ville de cette région est Auguelmim ou Glemim, ville ouverte, commandée par le cheikh Beïruck.

11 y a quelques années un Anglais nommé

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Butler fit du commerce avec Habib Beïruck, père du précédent, fut séquestré pendant plusieurs années dans le pays et y eut de nombreuses aventures.

A 27° 55' de latitude, dans le voisinage du cap Juby, se trouve une localité appelée Terfaïa, où est établi un Anglais nommé Mackenzie.

Mackenzie fait du commerce avec les Tekna, Ouled Dlim, etc.; mais comme il n'a en eux qu'une confiance limitée, il s'est installé dans une île défendue par des canons.

C'est une véritable prise de possession, par la force, d'un territoire qui appartient nominativement au sultan.

Au sud du cap Juby se trouve une rivière appelée seguia el Hamra, que les habitants considèrent comme la limite entre le Sahara et le Maroc.

La route de Anguelmin à Terfaïa est très pénible à parcourir; on n'y trouve pas toujours de l'eau et les chevaux du pays ne boivent que tous les deux jours même lorsqu'ils ont de l'eau à profusion.

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C'est dans cette région que le sultan doit céder un port aux Espagnols; le pays est tellement nu et désolé que TEspagne ne gagnerait pas beaucoup à s'y établir,

Gommanications entré Maroc et Fez.

Pour se rendre de Maroc à Fez, on passe habituellement par Rabat; on va d'abord à Mazagan ou à Azemmour, puis de là on suit le chemin qui court le long de la côte.

Cette route est la plus commode de toutes parce qu'elle n'est pas dangereuse et qu'on y trouve des ressources.

Si l'on veut gagner du temps on peut prendre les routes qui passent à l'est du Jebilet et aboutissent soit à Kelâa, soit à Dar-Ould^ Zîdoh; on marche ensuite vers le nord et on traverse la province de Chaouïa.

De Maroc à Kelâa, on traverse l'oued Tensift qui a 5oo mètres de large en été et qui est rarement guéable en hiver; on longe la riche zaouïa ben Sassi entourée de jardins, on traverse la province de Rhamena

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qui est soumise et cultivée et on campe à la zaouïa de Tameielt où réside le caïd. Le pays est arrosé par des seguia dérivées de Toued Técaout. De Tameielt on traverse la province pierreuse de Zemran et on campe à Kelâa.

Kelàa est une petite ville qui peut renfermer de [,ooo à i,5oo habitants; elle est entourée de jardins bien arrosés.

On se dirige ensuite vers Rabat en traversant des plaines soumises et en campant chez les caïds.

L'oum Rbéa est guéable en été.

Cette route est praticable aux voitures avec quelques difficultés.

De Maroc à Dar-Ould-Zidoh on peut suivre trois voies : par Kelâa et Dechera, par Tameielt et El Gnater, par Bzou et Entifa.

La première passe dans un terrain plat et traverse successivement Toued Tecaout, qui a habituellement i,ooo mètres de large, puis Toued el-Abid qui est très encaissé et n'a que 5oo piètres de large au maximum.

' Ces rivières (surtout Toued el-Abid) ne sont

pas toujours guéables, on n'y trouve pas de bateaux et il faut bien prendre ses informations avant de partir, sans quoi on pourrait être bloqué par des crues subites. Ces crues ont lieu principalement en temps de pluie, puis au mois de mai, au moment de la fonte des neiges de F Atlas.

Par la troisième route on traverse un terrain plat jusqu'à Toued Lakder, qui est moins difficile que Toued Tecaout; ensuite on pénètre dans le pays de Entifa par un défilé très étroit et on s'arrête à Bzou , village renommé par la finesse des haïk qu'on y fabrique.

La vallée de Bzou est cultivée; on y trouve des céréales en quantité. A partir de Bzou on traverse un second défilé dont les parois sont à pic ^t dont le fond est tellement accidenté que deux personnes à peine peuvent y passer à la fois.

On descend avec la plus grande difficulté la berge de Toued el-Abid et on passe cette rivière sur un pont de 5o mètres de long*

La région dans laquelle on pénètre est ha-

bitée par diverses tribus insoumises, entre autres celles de Ait Attab qui habitent dans des bordj (forteresses) carrés de 40 mètres de côté environ, munis quelquefois de tours en pierre.

Le pays produit des céréales et des amandes en abondance.

Pour sortir des Aït Attab on passe par la tribu, des Beni-Aïat, en suivante travers les rocs un chemin entièrement dangereux, puis on arrive à Dar-Ould-Zidôh, dans la plaine.

On pourrait suivre cet itinéraire sous la protection du caïd ben Muedden, dé Entifa, qui a une grande influence dans le pays.

De Dar-Ould-Zidoh on traverse la province soumise et cultivée des Beni-Miskin , puis celle de Chaouïa où les herbes atteignent plus de 2 mètres de haut. On campe chez les caïds du pays et on trouve de Forge et des provisions en abondance. A une petite distance de Casablanca , on suit le bord de la mer.

Région de Tedla.

Entre Toued el-Abid et Toum Rbéa se trouve la région de Tedla.

Ces montagnes ont plus de 400 mètres de haut et vont rejoindre la grande chaîne de TAtlas. Elles sont habitées par un grand nombre de tribus insoumises et très riches ; on y trouve des arbres fruitiers de toute sorte et sur les pentes inférieures on cultive une grande quantité de céréales.

On y voit plusieurs casbah, entre autres celle des Beni-Melell et celle des Aït-Rbâa.

La casbah des Beni-Mellel renferme plus de 1,000 habitants; en face se trouve un défilé défendu par trois petits bordj appartenant aux Aït Seri.

Les Aït Atta ont une fraction dans ces parages et viennent y faire des razzia nombreuses.

La casbah des Ait Rbâa renferme, environ i,5oo habitants, parmi lesquels une centaine de juifs.

On y trouve les ruines d'un vieux palais datant de Mulay-Mdehebi ; un caïd nommé par le sultan y réside mais n'a guère sur les tribus qu'une autorité nominale.

L'oum Rbéa roule à côté de la casbah, dans un lit de roches aiguës. On le traverse sur un pont qui a i5o mètres de long et 2 mètres de large. Au nord se trouve la ville sainte de Béjad, habitée parle marabout Ben-Daoud, dont rinfluence est considérable .

La tribu des Zayane se trouve dans la montagne près des sources de Toued Oum- Rbéa.

Au sud des Zayane un marabout nommé Mhaouch, complètement indépendant, domine les Berbères de la montagne.

Le sultan Mulay-Ismaël pouvait aller à Mekinez par une route, qui partait de Béjad et suivait à peu près une ligne droite ; aucun sultan n'a plus pris cette route depuis.

Pays des Zaër.

Le pays des Zaër, qui fut parcouru en 188 1 et i883 par Tarmée marocaine, est une des

contrées les plus sauvages et les plus dangereuses du Maroc.

On y remarque le passage de el Biban (les portes) où se rencontrent quatre sentiers, une longue arête de rochers appelée SoAArj Djaja (rocher de la poule) et une localité nommée Bakora, où on trouve de l'eau et quelques ressources.

Sur le territoire des Beni-Hiran existe une trouée qui permet d'aller des Zaër à la plaine de Chaouïa.

Les Zaër sont la terreur des environs, ils vont jusqu'à intercepter la route de Casablanca à Rabat et transportent leur butin dans les montagnes, où nul ne peut aller les chercher; à la moindre alerte ils plient leurs tentes et s'enfuient.

Au nord des Zaër se trouve un long et inextricable ravin nommé Kouriflay à partir duquel le terrain devient moins accidenté.

On va de Kourifla à Rabat en un jour en passant par la casbah de Temara, où habite un caïd du sultan.

Le pays des Zaër ne peut être parcouru par

aucun voyageur, même escorté; pour punir

les méfaits de ces pillards le gouvernement

n'a qu'une ressource : c'est de les saisir sur

le marché de Rabat lorsqu'ils viennent y ^

vendre leurs produits. i

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