‹ Le Maroc moderneChapitre 4 sur 8 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

La religion , surtout dans TOrient, terre théocratique par excellence, est le mobile des peuples : leur nationalité est dans leur dogme, et leur destinée dans leur foi.

( Lamartine.)

Au Maroc , presque tout s'explique par le Coran, qui est la loi suprême des musulmans.

Chez eux, le Coran passe pour avoir été dicté par Dieu lui-même; ses versets sont des axiomes dont il est interdit de s'écarter.

En lisant les quelques versets que nous citons, d'après la traduction de Kazimirsky, on aura une idée approchée du contenu de ce livre.

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

Louange à Dieu, maître de l'univers.

Le Clément, le Miséricordieux.

Souverain au jour de la rétribution.

C'est toi que nous adorons. C'est toi dont nous implorons le secours.

Dirige-nous dans le sentier droit.

Dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits.

Non de ceux qui ont encouru ta colère (juifs) ni de ceux qui s'égarent (i) (chrétiens) ».

« Ce livre n'est point inventé par quelque autre que Dieu; il est donné pour confirmer ce qui était avant lui et pour expliquer les écritures qui viennent du Maître de Tuniv^rs; il n'y a point de doute à cet égard. »

« Disent-ils : C'est lui (Mohammed) qui l'a inventé, réponds-leur : Composez donc un seul chapitre semblable, appelez -y même tous ceux que vous pouvez, hormis Dieu, si vous êtes sincères... »

« Les juifs n'ont pas cru à Jésus; ils ont inventé contre Marie un mensonge atroce. »

« Ils disent : Nous avons mis à mort le Messie, Jésus, fils de Marie; non, ils ne l'ont pas tué, ils ne l'ont pas crucifié : un homme qui

( I ) Ces versets forment la prière appelée le Fatah (ouverture).

lui ressemblait fut mis à sa place, et ceux qui disputaient là-dessus ont été eux-mêmes dans le doute. »

a Ne dites point : Ily atrinité; cessez de le faire, ceci vous sera plus avantageux : car Dieu est unique. Loin de sa gloire, qu'il ait eu un fils. A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Son patronage suffit, il n'a pas besoin d'un agent. »

« O croyants, ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens , ils sont amis les uns des autres, celui qui les prendra pour amis finira par leur ressembler, et Dieu n'est pas le guide des pervers. »

« O croyants, soyez patients, luttez de patience les uns avec les autres, soyez fermes et craignez Dieu. »

« Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue assez de l'égarement. »

« Lorsque tu vois les incrédules entamer la conversation sur ces enseignements , éloignetoi d'eux jusqu'à ce qu'ils entament une autre matière. »

Ces passages expliquent la haine mêlée de

commisération que les musulmans ont contre les chrétiens^ les mauvais traitements qu'ils font subir aux juifs; la patience avec laquelle ils attendent le triomphe de leur cause ^ Fextrême difficulté qu'un chrétien éprouve à discuter de religion avec un musulman.

D'autres versets prouvent que la société arabe doit diflférer complètement de la nôtre, par suite de Tesclavage de la femme.

« Les femmes sont votre champ; allez à votre champ comme vous voudrez, mais auparavant faites quelque chose en faveur de votre âme. »

« Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci... Vous réprimanderez les femmes dont vous aurez à craindre Tinobéissance , vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battre:^, mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand. » « Si vous craignez d'être injustes envers les orphelins, n'épousez parmi les femmes qui vous plaisent que deux, trois ou quatre;

LE MAROC MODERNE. yB

si VOUS craignez encore d'être injustes, n'en épousez qu'une seule ou une esclave. »

L'habitude des Arabes de se saluer longuement vient du verset suivant :

« Si quelqu'un vous salue, rendez-lui le salut, plus honnête encore, ou au moins rendez le salut : Dieu compte tout. »

Le Coran cherche à éviter les combats et les meurtres entre musulmans.

« Pourquoi un croyant tuerait-il un autre croyant, si ce n'est involontairement? »

« Celui qui tuera volontairement un croyant aura l'enfer pour récompense. »

Dans beaucoup d'autres endroits, la guerre contre les infidèles est considérée comme une chose méritoire.

Le Coran punit l'adultère du fouet, édicté la peine du talion pour le meurtre et condamne les voleurs à avoir les mains coupées.

Le Coran règle la nourriture des Arabes, leur interdit de manger de la chair de porc ou d'animaux égorgés sans que le nom de Dieu eût été invoqué. Néanmoins, les femmes du Maroc mangent tout ce qui est réputé en-

graisser, embellir ou guérir certaines maladies.

Le Coran défend le vin , les jeux de hasard et les statues.

Par statues, il entend les statues d'idoles.

Au Maroc on s'appuie sur ce verset pour interdire la représentation de la figure humaine, d'où il résulte que les Marocains sont incapables de comprendre un dessin ou un tableau.

En beaucoup d'endroits du Coran , l'usure est énergiquement flétrie. Au Miaroc il s'ensuit qu'il est défendu de placer l'argent à intérêts, de sorte que les affaires financières sont interdites aux Marocains.

Enfin le Coran fait aux musulmans les promesses les plus propres à les impressionner.

Il leur promet des jardins délicieux abondamment arrosés , il ajoute qu'ils y trouveront des vierges aux yeux noirs, exemptes de toute souillure , tandis que les infidèles seront dans l'ombre d'une fumée noire, abreuvés d'eau bouillante et se rempliront le ventre du fruit d'un arbre maudit.

C'est surtout dans Tespoir de voir ces alléchantes promesses se réaliser qne les musulmans pratiquent leur religion.

Le Coran étant fort obscur a donné naissance à de longs commentaires dont le plus usité est celui de Beidaouï.

Des sectes.

Mahomet laissa quatre filles dont une seule, Fathma-Zahra, engendra.

Fathma épousa le premier homme converti à l'islamisme, Ali, fils de Bou-Taleb, oncle de Mahomet. Ali était renommé par sa foi robuste, son attachement au Prophète auquel il avait sauvé la vie; néanmoins il ne fut pas immédiatement nommé successeur de Mahomet et fut supplanté successivement par Abou-Beker, Omar et Osman , qui gouvernèrent rislam avec le titre de calife (khalifa, lieutenant de Mahomet), ou d'émir (commandeur des croyants), ou d'imam (pontife).

Le verset du Coran qui interdit aux musulmans *de se tuer entre eux fut singulièrement

yÔ LE MAROC MODERNE.

appliqué par les descendants de Mahomet :

Osman mourut assassiné et fut remplacé par Ali; son pontificat ne s'accomplit pas sans difficulté et il mourut assassiné à son tour après avoir eu de Fathma deux enfants, Hacen et Hussein , dont les descendants prirent le titre de chéri/ (noble) qu'on n'attribuait auparavant qu'aux membres de la famille qui gouvernait à la Mecque.

Ali eut d'autres femmes que Fathma et on donna le nom de Alaouï à tous ses descendants sans distinction, de sorte que les Alaouï ne sont pas tous cheurfa (pluriel de chérif).

Hacen succéda à Ali; mais, fatigué des difficultés de la situation, il céda la place à un autre calife et fut empoisonné quelque temps après. Hussein chercha à conquérir l'héritage de son père, mais il fut assassiné par les partisans de Yezid, calife régnant.

De la mort de Hussein date une scission profonde dans l'islamisme : les partisans d'Ali, auxquels on donne le nom injurieux de chiites (sectaires) continuèrent à révérer comme imam les descendants d'Ali, 'quoi-

qu'ils n'eussent pas le pouvoir effectif, et à considérer les trois premiers califes comme des usurpateurs.

Le douzième descendant d'Ali ayant mystérieusement disparu, les Chiites s'empressèrent de dire qu'il était caché quelque part et attendait le moment favorable pour apparaître au grand jour.

L'imam attendu n'arrivant pas, ils déclarèrent alors qu'un autre descendant d'Ali qu'ils appellent le medhiy ou l'imam dirigé, doit revenir un jour pour guérir les maux des fidèles ; diaprés une prophétie célèbre , le medhi doit surgir de la ville de Massa, dans le Sous. Il doit se réunir à Jésus-Christ et à Hélie et fonder une religion unique, après l'adoption de laquelle doit venir la fin du monde.

Les Persans ont adopté la doctrine chiite et entretiennent constammant un cheval sellé qui doit servir de monture au medhi. Tous les ans, les chiites les plus fanatiques se réunissent sur une place et se distribuent réciproquement des coups de sabre sur la tête en mémoire de la mort de Hussein. Cette céré-

7% IX MJIBOC 3fODEB3Œ.

monie se £ait encore à CoostantiDople sous le bakoQ de lambassadeor de Perse.

On appelle sanmtes les musulmans qui admettent que le calife peut être pris en dehors des descendants d* Ali et prennent comme règle de conduite la sonna tradition de Mahomet^.

Cette tradition a été conservée par plusieurs docteurs musulmans, entre mitres par Sidi- Bokhari, auteur du livre Recueil de vérités.

Au Maroc, le livre de Bokhari est révéré à régal du Coran. Tous les ans, le sultan, entouré des plus savants docteurs de la cour, en fait la lecture avec un cérémonial spécial.

On trouve dans Bokhari une foule d'histoires incompréhensibles et plusieurs prophéties, entre autres celle du Moul Sâa (maître de rheure) qui doit surgir un jour et faire adopter la religion de Mahomet sur toute la terre. Il doit s'appeler Mohammed-ben- Abdallah, c'est-à-dire avoir le même nom que le Prophète.

Dans les expéditions, la garde noire dont nous avons parlé se fait précéder par un

iâjti^

cheval portant le Bolj:hari; à Tétape, ce livre est respectueusement enlevé par des jeunes gens de grande famille , et transporté dans la tente du sultan.

Les sonnites sont partagés en quatre rites, qui diffèrent principalement par la manière de faire la prière : ce sont les rites malekiy hanafiy humbeli, chafaï.

Le rite maleki est usité au Maroc et en Algérie, le hanafi en Turquie.

GhenrfBt (1).

Au Maroc, les chérifs font précéder leur nom du mot : Moulay (mon maître). En Orient on leur refuse ce titre.

Les chérifs du Maroc se partagent en trois grandes familles, toutes trois prétendant descendre de Fathma. Ce sont :

Les cheurfa Drissi, les cheurfa Filali, les eheurfa d'Ouezzan.

L'islamisme fut propagé dans Tintérieur du Maroc par Mulay-Driss, fils de Abdallah-el-

(i) Pluriel du mot cher if.

8o LE MAROC MODERNE.

Kamel (le complet), fils de Hassan, fils de Hassan-el-Sebt (petit-fils de Mahomet par sa mère), fils de Ali, fils de Bou-Taleb.

Mulay-Driss étant venu d'Arabie au Maroc pour se soustraire aux persécutions du calife Abassid el-Mehdi, se fixa à Oulily (ancienne Volubilis) et fonda la dynastie idrissite qui régna deux cents ans.

Son fils fonda Fez. La dynastie des Zenata enleva le pouvoir aux cheurfa et fonda Ouchda. Elle fut renversée par celle des Almoravides (marabouts) qui commencèrent la conquête de TEspagne et fondèrent Maroc. Les Almohades (unitaires) leur succédèrent et portèrent la puissance des Arabes à son apogée.

La dynastie des Beni-Meryn succéda à celle des Almohades, mais ne put garder que la partie de leur empire correspondant à peu près au Maroc actuel. Les Portugais s'emparèrent des ports marocains de T Atlantique; les Espagnols mirent la main sur ceux de TOcéan et la puissance des musulmans dans Touest ne fit que décliner.

LE MAROC MODERNE. 8l

Les cheurfa Hassan! profitèrent habilement de la situation , prêchèrent la guerre sainte et renversèrent les Beni-Meryn. Ils enlevèrent successivement tous les ports du Maroc aux Portugais et les chassèrent définitivement après la bataille de El-Kassar-El-Kebir.

Après une série d'événements auxquels les Turcs prirent une part active, les cheurfa Hassani, dont la tyrannie était devenue intolérable, furent renversés par les cheurfa Filali, qui régnent actuellement.

Le fondateur de la dynastie est un nommé Hassan, né à lambo, en Arabie, qui vint au Tafilet et acquit rapidement une grande réputation de sainteté.

Peu de temps après l'arrivée des cheurfa , la récolte des dattes devint plus abondante que d'habitude : soit qu'ils eussent réellement perfectionné la culture du palmier, soit que le hasard fût venu à leur aide , ils passèrent pour avoir attiré la baraka (bénédiction) de Dieu sur le Tafilet, et l'un d'eux fut nommé roi de Tafilet sous le nom de Moulay-Ali- Chérif. Après lui vinrent successivement : Sidi

Mohammed, Mulay-Richid, qui conquit Maroc, et Mulay-Ismaël, qui reprit Tanger aux Anglais et ouvrit des relations diplomatiques avec Louis XIV. Doué d^une énergie sauvage , se souciant peu des femmes et de la bonne chère , n'ayant aucun respect pour la vie humaine, Mulay-Ismaël, au dire des Arabes, aurait guerroyé pendant treize années consécutives sans se déshabiller.

Ce sultan peut être considéré comme le fondateur du Maroc moderne.

Après sa mort, le trône chérifien fut occupé successivement par : Mulay-Ahmed Mdehebi, Mulay- Abdallah, Sidi - Mohammed, Mulay-Yazid, Mulay Hescham, Mulay -Sliman, Mulay -Abder-Rahman, Sidi- Mohammed qui, étant lieutenant de son père, fut battu à la bataille dlsly et fut ensuite vaincu par les Espagnols près de Tétouan.

Le traité qui fut signé à la suite de cette guerre renfermait, entre autres conditions, le paiement d'une indemnité de cent millions de francs, la cession d'un port à Santa-Cruz de

Mar Pequêna, en face des Canaries, et celle d'un territoire près de Ceuta.

Sidi Mohammed mourut en 1873.

Les descendants de Mulay-Driss, dispersés par tout Tempire, se multiplièrent beaucoup / et formèrent des tribus entières. Peu estimés à cause de leur nombre même, ils prétendent prouver leur illustre origine au moyen de longs parchemins qu'ils portent en sautoir dans leurs voyages, et à Faide desquels ils exploitent la crédulité publique.

Les cheurfa Filali, au contraire, sont moins nombreux que les cheurfa Drissi et se connaissent tous , en sorte qu'ils n'ont pas besoin de papiers pour prouver leur descendance.

Ils forment une bonne partie de la population de Tafilet, et vivent surtout des libéralités de Mulay-Hassan, qui dépense pour eux des sommes considérables.

Ils sont remuants et difficiles à conduire.

Chez eux, on trouve plusieurs prétendants au trône, exilés à la suite des nombreuses révolutions dont le Maroc a été le théâtre.

Parmi les cheurfa Drissi il est une famille

qui jouit d'une grande vénération chez les Arabes. Elle habite Ouezzan, petite localité située entre Fez et Tanger. Le chef de cette famille, El Hadj Abdeslam, très connu sous le nom de chérif d'Oue{{an, passe pour descendre de Fathma plus directement que Mulay-Hassan; en outre il est le chef de la puissante congrégation de Mulay-Taïeb; mais depuis quelques années son intempérance, son intimité avec les chrétiens et son mariage avec une Anglaise lui ont fait perdre une grande partie de son autorité auprès de ses coreligionnaires (i).

Des hadji.

Les musulmans doivent autant que possible aller visiter la Mecque une fois dans leur vie. En revenant de ce pèlerinage, ils prennent le titre de el hadj (le pèlerin).

(i) Le sultan et le cherif d'Ouezzan paraissent descendre tous deux de Abd-Allah-el-Kamel, dont il a été question plus haut; mais on prétend que l'arbre généalogique de Mulay-Hassan présente une lacune.

C'est le cas dire avec les Arabes : « Dieu sait mieux que personne la vérité. »

Autrefois, le voyage se faisait par voie de terre; une grande caravane partait du Maroc sous les ordres d'un officier du sultan, faisait boule de neige et arrivait à la Mecque en grande pompe ; le sultan du Maroc acquérait par là une grande influence.

Aujourd'hui le voyage se fait généralement par mer, les pèlerins partent presque inaperçus et reviennent de même avec le titre de el hadjy qui a perdu beaucoup de sa valeur, d'autant plus que dans le nombre il y a de faux pèlerins qui se sont arrêtés pour travailler en Algérie, et qui, après s'être fait expliquer par de vrais hadj les cérémonies qui se font à la Mecque, sont revenus tranquillement chez. eux. Les hadj racontent généralement à leurs concitoyens des histoires à dormir debout. De là l'expression : Bouakel'hadj (ton père était pèlerin), au moyen de laquelle on coupe la parole à un individu dont les hâbleries sont trop fortes^

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B6 le MAROC MODERNE.

Des ablutions*

Les musulmans doivent prier plusieurs fois par jour, et chaque prière doit être précédée d'une ablution.

Il y a deux sortes d'ablutions : la grande et la petite : la grande se fait au bain maure (hammam) dans des circonstances qui ont souillé l'homme et la femme; la petite consiste à se laver sommairement le visage, les mains et les pieds.

Lorsque Ton est dans l'impossibilité de faire ses ablutions, on simule l'opération en étendant ses mains sur une pierre polie.

Une ablution peut servir à plusieurs prières, à condition que dans l'intervalle, on n'ait satisfait à aucun besoin naturel.

Prières.

Au Maroc, on ne fait usage que des heures solaires, de sorte que les Maures qui possèdent des montres sont obhgés de les régler quotidiennement sur le soleil. Dans Tentou-

rage du sultan, on ne s'en tient pas là. Des gens appelés mouketin prennent plusieurs fois par jour la hauteur (ortifa) du soleil, calculent rheure et rectifient les montres en conséquence. Tous les jours, ils envoient au sultan une note indiquant les heures exactes des prières, qu'ils calculent en tout lieu au moyen de la latitude (ord) et de la déclinaison du soleil (mil).

Ils font ces calculs machinalement, avec des tables de logarithmes, sans se douter pour la plupart que ces tables servent à autre chose qu'à calculer les heures.

On doit prier cinq fois par jour :

Entre le moment appelé tadera (une heure et demie avant l'aurore) et l'aurore (fedjer);

Au milieu du jour {dôr), depuis midi un quart {louly) jusqu'à deux heures moins un quart; . A Vaseur (après midi);

Au coucher du soleil (moghreb);

A la fin du crépuscule (âcha).

L'aseur est la seule heure dont la détermination présente quelque difficulté. Ce moment

est arrivé quand Tombre d'une baguette verticale sur un plan horizontal atteint la longueur de la baguette plus celle de son ombre à midi.

On peut prier dans un endroit quelconque à condition de se tourner du côté du Kebla (direction de la Mecque). Jusqu'à ces dernières années les mouketin, ignorant l'usage de la boussole, calculaient cette direction au moyen de la position du soleil.

Les musulmans font leurs prières pieds nus, sur un tapis destiné à cet usage, après s'être débarrassés, au besoin, des objets précieux qu'Hs peuvent avoir sur eux.

Ils appuient fréquemment leur front contre le sol et disent certaines prières qu'ils entre mêlent de l'exclamation Allah kebar (Dieu est le plus grand!).

Pendant qu'ils prient, on ne doit point passer devant eux, de peur de les distraire.

On ne doit pas prier en dehors des heures fixées; pendant les périodes qui séparent les heures des prières on peut prononcer certaines paroles plusieurs milliers de fois, en égrenant

un chapelet. Bien souvent pour éviter de répondre à une question embarrassante, les Maures, prenant un air béat, feignent d'être absorbés par leur chapelet.

Ces heures ont été évidemment réglées d'après les occupations dés Arabes en route :

la prière du fedjer habitue à se lever de bonne heure pour seller les animaux et partir dès l'aurore, l'intervalle de midi à l'aseur est celui de la sieste; le moghreb est celui de l'arrivée à l'étape et l'âchâ est celui du souper.

Gomme la meilleure partie des étapes se fait de l'aurore à midi, on ne doit pas s'arrêter pour prier pendant cette période, afin de ne pas perdre un temps précieux; toutefois il est permis d'égrener des chapelets : c'est même un moyen d'apprécier les distances, car on entend souvent les Maures dire : Tel endroit est à tant de chapelets de tel autre...

Le cas où on ne verrait pas le soleil et où on serait dans l'impossibilité de connaître les heures est prévu : on doit prier lorsqu'on juge que le moment est arrivé. Lorsqu'on prie en expédition, il est recommandé de

go LE MAROC MODERNE.

prendre des précautions pour ne pas être surpris; dans les villes, on ferme les portes pendant la prière du vendredi (qui est le dimanche des musulmans^ afin que Tennemi ne puisse pas s'y introduire pendant que la population mâle est occupée dans les mosquées.

Mosquées.

Chaque mosquée est dirigée par un fel^ imam y assisté de un ou plusieurs muedden; un haiiaba fait la lecture du Coran, qui est partagé en soixante parties, dont on lit deux par jour, de façon à ce que chaque mois le livre soit lu en entier.

Le vendredi on fait un sermon appelé Khotbah (sorte de Domine salvum) en Thonneur du sultan, et on lit cérémonieusement les lettres qu'il envoie à l'occasion pour signifier ses volontés ou ses victoires. Dans ce dernier cas, on tire le canon pendant la lecture de la lettre.

L'audition du Khotbah remplace donc la lecture de notre Journal officiel.

Il n'y a pas à proprement parler de clergé musulman; tout individu assez instruit pour le faire peut remplir le rôle de prêtre.

Les habitants des villes et les grands personnages tiennent naturellement à avoir des imam aussi instruits que possible ; à cet effet ils choisissent de préférence ceux qui ont reçu le diplôme d'une école en renom, et spécialement celle qui est annexée à la mosquée Karaouïn, de Fez.

Les mosquées ont des biens nombreux (terres, boutiques, etc.) appelés habâs^ administrés par des nader^ qui en même temps s'occupent des travaux d'utilité publique.

Chaque mosquée a en outre son adel (notaire) chargé de tenir les comptes, lesquels sont vérifiés par le cadi (juge).

Aux heures des prières, le muedden monte au minaret, élève à une potence un drapeau blanc ou une lanterne, appelle les fidèles à la prière et fait la déclaration suivante :

Je rends témoignage qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et que N. S. Mahomet est son délégué.

Lorsque les mosquées n'ont pas de minaret, le muedden crie sur le pas de la porte ou dans la rue.

Écoles.

Une medarsa (école) renfermant parfois une bibliothèque est annexée à chaque mosquée ; souvent on profite de ce que ces édifices sont éclairés une partie de la nuit pour travailler àTintérieur. Les étudiants se groupent dans un coin ({aouïa).

Dans ces écoles, les enfants apprennent à réciter quelques versets du Coran, à écrire et à calculer. Quelques-uns poussent l'instruction plus loin, apprenant le Coran en entier par cœur, et étudient les commentaires et autres livres de religion.

Ils sortent alors des écoles en prenant le titre de taleb (au pluriel tolba); on les promène cérémonieusement dans les rues pour donner aux autres jeunes gens le goût de Tétude. Les tolba écrivent sur leurs genoux, et se servent d'un papier non glacé qu'ils

LE MAROC MODERNE. qS

mouillent quelquefois avec la langue pour que récriture prenne mieux.

Les plumes sont faites d'un roseau finement taillé ; l'écriture est très serrée sans aucun intervalle entre les mots, ni ponctuation, ce qui rend la lecture très pénible.

Au Maroc, on emploie les mêmes chiffres qu'en Europe.

La science de récriture est considérée comme un don sacré, la formule louange à Dieu (El hamdou lillah)! forme le commencement obligé de toutes les lettres.

Quand les tolba déchirent un écrit quelconque, ils ramassent avec soin les morceaux pour que le nom de Dieu, qui s'y trouve inscrit à profusion, ne puisse pas être foulé aux pieds. Pour le même motif, on ne doit pas faire figurer le nom de Dieu sur les rnonnaies.

Quand un taleb continue ses études et arrive à connaître très sérieusement les livres de la loi, à rédiger des actes, lettres d'affaires, etc., il prend le titre de feky. Il peut alors être secrétaire d'un haut personnage.

adel (notaire), cadi (juge), professeur dans une medarsa, ou occuper des emplois dans le gouvernement.

Les feky du Maroc passent pour fort instruits; ils ont à Fez des écoles importantes.

État de rinstruction.

Le mot feky peut être traduit par clerc dans Tancienne acception du mot. En dehors du Coran, des commentaires de Sidi Bokhari, de quelques notions de géométrie et d'astromie nécessaires au calcul des heures, les feky sont d'une ignorance profonde; le peu qu'ils savent actuellement vient des Européens, avec lesquels ils se sont trouvés en contact à diverses époques.

Quelques-uns étudient la géométrie dans une traduction de Legendre et récitent quelques théorèmes par cœur; ils prennent le titre de mohende{ (géomètres), mais ne cherchent pas à s'instruire davantage, parce qu^ils ne sont pas encouragés.

Pour eux le monde se partage en deux

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parties : le Berr nsara^ pays des chrétiens, où on parle le hajamia, et le Berr meslemin où on parle arabe ou turc.

Ils connaissent deux mers : la petite mer (Méditerranée) et la' grande mer (Océan Atlantique); quelques ports, Gibraltar, Marseille, Gênes, Venise (i), Alexandrie.

La Mecque est le centre de Bled meslemin , le Cherk est TOrient; le Mogrheb est Foccident. Le Moghreb-el-Aksa (occident le plus éloigné) représente à peu près le Maroc.

Cette expression n'est connue que par les savants; habituellement . le mot Rorb, que nous avons déjà employé dans deux sens différents, sert aussi à désigner le Maroc ; sa signification dépend de Tendroit où on se trouve au moment où Ton parle.

Le Sous se partage en deux parties : Sousel-Aksa (Sous le plus éloigné) et Sous-el- Adna (Sous le plus rapproché).

Sous-el-Aksa doit désigner le pays qui se

(i) Les Marocains désignent encore sous le nom de drap véni' nien le drap fin d'une provenance quelconque.

gÔ LE MAROC MODERNE.

trouve au sud de TAtlas, et Sous-el-Adna, celui qui se trouve au nord jusqu'à l'Oum- Rbéa. Il règne à. cet égard une grande confusion, parce que beaucoup de gens croient que la côte occidentale du Maroc s'étend de Test à l'ouest.

L'étude de la physique, de la chimie, etc* est presque une impiété; ils considèrent d'ailleurs ces sciences comme une réunion de recettes et sont loin de se douter de la précision des méthodes qu'on y emploie. Ils confondent la chimie avec l'alchimie et les désignent sous le nom de cimia; le mot kimia sert en même temps à indiquer quelque chose d'extraordinaire. Ainsi on dira : Ton cheval est de la kimia pour dire : ton cheval est excellent.

Dans ces dernières années, Mulay-Hassan a cependant fait quelques tentatives afin de changer cet état de choses, et a envoyé des jeunes gens en France, en Angleterre, Italie, Espagne et Allemagne pour étudier dans les écoles. Jusqu'ici ces études n'ont produit aucun résultat sérieux : il en serait autrement

si, au lieu d'envoyer en Europe des étudiants obscurs, le sultan y faisait instruire des jeunes gens appartenant aux grandes familles du pays.

Il n'y a ni médecins ni interprètes sérieux à la cour du sultan. La médecine est exercée par de vieilles négresses, par des barbiers qui savent faire une saignée et remettre les jambes cassées, ou enfin par des tolba qui ont passé quelques mois à peine en Europe et en ont rapporté des remèdes qu'ils appliquent à tort et à travers, sans connaître exactement les doses.

Les zaouîa.

Lorsqu'un individu connu par sa sainteté, ou comme disent les Arabes, attaché à Dieu (merbout) vient à mourir, ses disciples lui construisent un tombeau en forme de dôme (koubba), qui devient un lieu de pèlerinage.

Parfois aussi on élève les koubba en l'honneur de marabouts morts dans des pays éloignés.

Dans le voisinage de ces koubba, s'élèvent

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des établissements religieux appelés zaouïa, sortes de monastères renfermant un lieu pour faire la prière, un collège et un local pour les hâtes de Dieu.

Quelques zaouïa s'accroissent considérablement et forment des villages.

Les zaouïa importantes deviennent un lieu de refuge pour les individus poursuivis qui s'y rendent en s'y déclarant m^aoug (suppliants).

On peut être m^aougen saisissant les pieds du cheval de guerre d'un personnage important ou en se cramponnant à la roue d'un canon^ mais ces refuges ne sont que momentanéSj tandis que celui qui est mzaoug dans une zaouïa y est hébergé pendant trois jours et peut y rester autant qu'il le désire en vivant à sa guise.

A Fez, le nombre des gens qui se rendent mzaoug à la zaouïa de Mulay-Driss est considérable; aussi, quand on s'apprête à arrêter quelqu'un, s'empresse-t-on de lui couper la route de ce refuge.

Malgré cela, on trouve journellement

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à Mulay-Driss des soldats qui ont peur d'être punis, des caïds menacés d'être arrêtés, des Arabes qui ont des réclamations à faire et craignent d'être mis en prison avant que leur requête ne soit parvenue au sultan.

Congrégations reUgienses.

Les congrégations religieuses sont très nombreuses au Maroc ; la moitié au moins de la population des villes appartient à un ordre quelconque.

Chaque congrégation {taïfd) se rattache à des zaouîa qui existent soit au Maroc soit dans d'autres pays musulmans.

L'endroit de ces zaouîa qui est plus spécialement affecté aux exercices de ces congrégations prend le nom de rhat (lien), les affiliés se disent mer bout (attaché à tel ordre).

Elles ont pour chef une personne qui appartient généralement à la famille dusaint^ porte le nom de khalifa (lieutenant), et a sous

ses ordres des cheikh (vénérables) et des mokaddem (chefs subalternes).

Les ordres sont généralement partagés en plusieurs branches.

De Tourd.

L'affiliation se fait de la manière suivante : le postulant se rend dans un r'bat de Tordre, fait sa demande au cheikh et dépose une offrande à ses pieds. Celui-ci lui enseigne Vourd, c'est-à-dire les prières qu'il devra dire à certaines heures sur un chapelet et les exercices religieux auxquels il devra se livrer quotidiennement.

Ces exercices consistent généralement à se rendre dans le r'bat et à prononcer des prières en agitant la tête de haut en bas et battant du tambourin.

Les musulmans croient qu'en s'y livrant ils seront assistés par le saint au moment de leur mort et conduits sûrement au paradis.

Ceux ' qui veulent avoir la protection de plusieurs saints, peuvent avoir plusieurs

LE MAROC MODERNE. lOI

ourd. Ils passent alors une bonne partie de leur existence à réciter des prières sur leur chapelet.

Les ordres les plus répandus au Maroc sont les suivants :

Mulay Abdelkader Gilali (de Baghdad).

Cet ordre est répandu dans les quatre rites de rislamisme ; le sultan de Constantinople en fait partie.

Les adeptes prennent le nom de kaderi ou de gilala, suivant qu'ils ont reçu Tordre (l'ourd) dans le sud ou dans le nord.

Les kadéri diffèrent des gilala en ce qu'ils prient moins bruyamment.

A cette congrégation se rattache celle de :

Sidi Mokhtar-el'Kounti, né à Tombotfctou.

Ce saint a de nombreux adeptes dans le Sahara. Il descend, paraît- il, de Ben Oumia, descendant lui-même de Yazid, meurtrier de Hussein.

Mulay Ahmed Tedjtni, Cette congrégation est très répandue dans le Soudan où elle est en rivalité avec celle de Moktari.

L'ourd de Tedjini consiste à dire matin et soir une prière appelée ouadifUy en se tenant sûr un drap blanc éclairé par un flambeau.

L'ordre de Mulay-Taïeby dont les affiliés se nomment thouama (de Sidi Thami ou Thouami, frère de Mulay-Taïeb), a une influence considérable en Algérie, dans le nord du Maroc et dans le Sous; son ourd est très court.

Cet ordre fut fondé par Mulay-Driss; un de ses descendants, Mulay-Taïeb, en augmenta la puissance en fondant dans la ville de Tarudant (Sous) la médarsa de Dar-Doumana (maison de caution), ainsi nommée parce que les adeptes de Mulay-Taïeb passent pour avoir le pouvoir d'endosser les péchés des croyants.

L'ordre des derkaoua se partage en plusieurs branches; nous en citerons deux :

l'une qui a pour cheikh Mulay-Arbi-el- Derkaouï (enterré à Bou-Berreh, dans la montagne de Ben Zeroual), l'autre dont le chef était El Badaouï.

A sa mort, il fut remplacé par Sidi-Mohammed-ben-Larbi, chérif Alaouï, résidant à Maghrdra (Tafilet).

Les derkaoua-badaouïn portent un turban vert.

Cette congrégation est fort dangereuse :

en 1845, une bande de derkaoua essaya d'enlever le poste de Sidi-bel-Abbès, en Algérie.

Sidi'Mohammed-ben-A bdallah Sedguin , dont les disciples appelés sedguiin sont très nombreux au Tafilet et au Maroc.

Les skellnriy à Fez. Les deux dernières congrégations partagent avec celle de Mulay- Taïeb l'avantage d'avoir des chefs qui sont à la fois cheurfa et marabouts.

Sidi-Mohammed ben-Nacer. Cet ordre est très répandu sur Toued Drâa. Beaucoup de Hartani en font partie.

L'ordre de Mulay Mohammed-ben-Aïssa est en grande faveur à Mequinez. Ses disciples se nomment aïssaoua. Les premiers aïssaoua passaient pour guérir la morsure des serpents venimeux. Par la suite, certains

d'entre eux se mirent à battre monnaie en montrant des serpents venimeux appelés lefâa^ de la morsure desquels ils étaient soi-disant préservés par la vertu de Sidi-Aïssa.

Le lefâa est un serpent court et aplati, très connu dans le Sous. Il paraît qu'on Tétourdit avec la fumée, qu'on le saisit ensuite adroitement par la tête et qu'on le fait mordre dans des oignons pour épuiser le venin.

Quelquefois on lui attache sur le dos, en long, une fine aiguille qui reste invisible pour les badauds et l'empêche de se jeter sur eux.

Malgré la vertu de Sidi-Aïssa, les accidents sont fréquents. Il est arrivé souvent que des aïssaoua, mordus au moment où ils extrayaient de leur panier ces incommodes pensionnaires, tombèrent foudroyés en laissant échapper les autres lefâa, qui se répandirent dans les habitations en mettant les femmes en fuite par leur sifflement sinistre (cet animal, paraît-il, a peur deFhomme).

A l'époque du Mouloud^ les aïssaoua parcourent les villes en bande, ils éventrent des

moutons vivants, sans le secours d'aucun instrument, et les mangent sur place ; ils dévorent aussi les chiens, les chats, etc., qui passent dans la rue.

Mulay-AK-ben-Hanidouchy dont la zaouïa est située sur la montagne Zehrouan , près de Mequinez, a donné naissance à un ordre dont les affiliés sont appelés hamadcha.

Les hamadcha ont la réputation d'avoir le crâne extrêmement dur; ils lancent des boulets de canon en Tair et les reçoivent sur la tête, se donnent des coups de hache sur le crâne, etc.

Malgré la légèreté de la hache et la baraka de Sidi-Hamdouch, le sang coule en filets sur leur visage.

A la fête du Mouloud, les aïssaoua et les hamadcha opèrent séparément dans les villes; d'une bande d'aïssaoua souillés par les entrailles des animaux qu'ils ont dévorés on tombe sur une bande de hamadcha dont les vêtements blancs sont tachés de plaques rouges. Si les deux troupes se rencontraient, il s'ensuivrait des scènes indescriptibles.

lOG LE MAROC MODERNE.

Sidi-el'Rhaii a beaucoup d'adeptes sur Toued Drâa.

Sidi Ali Mbuono est très connu à Tafilet.

On lui attribue le miracle suivant : étant assis sur un mur, il apprit que deux tribus se battaient; il se transporta immédiatement sur le terrain de la lutte avec son mur, qui sépara les combattants.

Ses disciples se dépouillent de leurs vêtements, montent sur les palmiers et se frottent aux épines en invoquant Moulay-Mohammed ; ils prétendent que si une épine les piquait, Tarbre ne produirait pas de fruits.

Les congrégations suivantes sont moins répandues que celles que nous venons de citer :

Mulay-Ahmed-bou-Taleb, à Milianah (Algérie) : ses disciples jouent avec le feu;

Sidi-Ali-ben-Nacer (Saint des tireurs), à Maroc);

Sidi-Cheikh-ben-Ahmed, à El-Biod (Algérie);

Sidi-ben-Daoud, à Fichtala, près de Tétouan ;

fe

Sidi-Ouasmin-Rgregui, dans le pays de Chiadma;

Sidi Mohammed-Bouzian, au ksar de Kenadsa (Maroc);

Sidi-Ahmed-bel-Kébir, à la zaouïa de Kersaz, sur Poued Ghir.

Ces deux dernières congrégations sont beaucoup plus répandues en Algérie qu'au Maroc.

Sidi Ahmed-Snoussi, à Tripoli.

Cette congrégation, qui trouve les Orientaux trop civilisés, et fulmine contre les Turcs parce qu'ils ont adopté quelques-uns de nos usages, n'a que peu d'adhérents au Maroc; elle n'aurait d'ailleurs pas de réformes sérieuses à y introduire, car c'est dans ce pays que la loi de Mahomet est appliquée avec le plus de rigueur.

Nous citerons en dernier lieu la congrégation des Oiiïiiriiny à Fez. Elle forme une véritable société secrète, dont aucun étranger ne connaît les statuts , et les membres opèrent dans le secret le plus complet. Les Ouiziriin, paraît-il, ont des émissaires partout.

Saints sans congrégation.

La ville de Fez a pour patron Mulay-Driss, fondateur de la ville, et fils de l'introducteur de rislamisme au Maroc.

Maroc a sept patrons qu'on appelle les Sebâa Radjel (les sept hommes).

Ce sont : Sidi-beUAbbèSy — Moul Ksour,

— Si Sliman Zaïouli, — Sidi Abd-el-Aiii, — Sidi Sliman Meiouiliy — Sidi-Ahmed Soussi,

— Sidi YousefbenAli.

Sidi'beUAbbès était le plus important de

tous, c'est le patron du commerce. Les mendiants l'invoquent souvent en ces termes :

« O croyants ! celui qui veut vendre, celui qui veut acheter, qu'il me donne une aumône en l'honneur de Sidi-bel-Abbès , maître de la vente et de l'achat (commerce), maître de la terre et de la mer. »

Il habitait à Ceuta; ayant prévu que la ville allait être prise par les chrétiens, il la vendit à un juif pour la valeur d'un pain, afin de pouvoir dire qu'elle n'avait pas été enlevée aux musulmans. Il se rendit ensuite

à Maroc et s^installa sur une montagne appelée Gelliz. Il possède dans cette ville une zaouïa qui ne le cède en richesse qu'à celle de Mulay-Driss.

Sidi-bel-Abbès était toujours nu, parce qu'il donnait ses habits aux pauvres; on lui attribue une foule de prodiges.

Lorsqu'il arriva à Maroc, où il y avait déjà des marabouts vénérés, il fit un miracle qui lui donna immédiatement une grande réputation de sainteté : il renversa un bol de lait sans qu'une seule goutte tombât sur le sol.

Une autre fois les Maures envoyèrent au sultan une plainte par écrit contre Sidi-Bel- Abbès, qu'ils accusaient de séduire leurs filles. Le sultan fit appeler ce saint homme et lui remit la lettre encore fermée en lui disant de la lire lui-même. Sidi-bel-Abbès après ravoir parcourue répondit que les auteurs de la lettre avaient raison et la rendit au sultan : il avait changé les reproches en louanges et ses détracteurs se retirèrent confondus.

no LE MAROC MODERNE.

Les habitants de Maroc sont persuadés que la mort n'a diminué en rien la puissance de Sidi-bel-Abbès et racontent le plus gravement du monde Thistoire suivante. Il y a quelques années, un paquebot français chassé par la tempête allait se briser contrje un récif, lorsqu'un négociant du Maroc qui se trouvait à bord eut Tidée de jeter son poignard dans la mer en invoquant Sidi-Bel-Abbès : le saint exauça sa prière et calma immédiatement les flots. Quelque temps après, à Maroc, on ouvrit le tronc dans lequel on dépose les offrandes à Sidi-bel-Abbès et on y trouva le poignard du voyageur.

Moul Ksour délivrait des brevets de sainteté qu'il signait de son cachet. Pour ce fait on l'appelle Moul Tabâa (maître du cachet).

Moul Ksour se venge cruellement de celui qui fait un faux serment en invoquant son nom; généralement il lui fait perdre la vue.

Si Sliman Zes^ouli est l'auteur du Dellil, livre de prières.

Lé saint de Mequfinez est Sidi ben Aïssa.

Celui de Tarudant est Sidi-ou-Sidi.

Celui du Sous est Sidi Ahmed - ou- Moussa.

Celui de Tafilet est Mulay-Ali-Chérif.

En dehors de ces saints importants, il y en a une foule d'autres.

Nous citerons : Mulay Yacoub, qui possède près de Fez, une zaouïa construite auprès d'une source d'eau sulfureuse chaude d'une réelle efficacité. On y envoie d'office les soldats atteints de la grande maladie.

Il y a deux piscines ; l'eau, après être entrée dans celle des hommes, va dans celle des femmes.

Pour ne pas y être brûlé en y entrant, il faut prononcer constamment les mots berd ou Skoun (froid et chaud).

Citons encore Sidi Jaber, dans la zaouïa duquel il suffit de coucher pendant une nuit avec une guitare (gembry), pour savoir jouer de l'instrument le lendemain matin.

Les musulmans croient fermement à ces miracles, au mauvais œil (aïn) et aux esprits {djenounn).

C'est à la tombée de la nuit que les djenounn se mettent en mouvement. Il y a une foule de choses qu'on ne doit pas faire à ce moment de peur de les attirer.

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