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LES TRIBUS ET LES VILLES

L'Arabe craint la faim et meurt de faim» le Berbère craint d'être assassiné et ne meurt que de mort violente; l'habitant des villes a peur d'être frappé par le froid et meurt de refroidissement.

{Proverbe arabe.)

Organisation des tribus.

On appelle kebila (tribu) la réunion d'un certain nombre de familles arabes ou berbères, réunies par des liens de parenté ou par la communauté des intérêts. La première autorité qu'on y rencontre est celle du père de famille.

Les notables peuvent se réunir, former une djemâa(sorte de conseil municipal) et élire un cheikh (vénérable).

Les tribus ont- généralement plusieurs

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cheikh; chacun d^eux est à la tête d'une farka (fraction) qui renferme plusieurs centaines de tentes et porte parfois le nom de fehed (cuisse) ou de ied (main) ; tous les cheikh d'une kebila peuvent se réunir et former une djemâa à leur tour.

Chaque fehed possède un local qui sert de mosquée et un autre où les enfants apprennent le Coran; un cadi (juge) rend la justice.

Les habitants d'un même fehed se considèrent comme frères; quand Tun d'eux parle de son frère sans autre explication, on ne sait pas au juste de qui il s'agit.

L'attachement des kebili (habitants des tribus) pour le sol natal est très considérable; quoique souvent ils ne trouvent chez eux que la misère, ils s'expatrient rarement sans esprit de retour.

Cette organisation, basée sur la famille, leur suffit, et ils ne sentent nullement la nécessité d'un pouvoir central.

Berbères,

La soumission des Berbères n^est jamais complète. Ils habitent dans des maisons isolées ou réunies en dchour (villages), qui constituent autant de petites républiques.

Leur caractère diffère beaucoup de celui des Arabes, ils sont plus francs, plus irascibles et moins fanatiques; chez eux la haine du chrétien se confond avec celle de l'étranger quel quUl soit.

Leurs mœurs sont plus pures que celles des Arabes.

Ils n'admettent pas toujours le Coran comme loi civile; ils ont un code à eux, nommé iserf, dont les dispositions sont appliquées par la djemâa (conseil municipal) de la tribu. Chez eux, lorsqu^on s'empare d'un voleur (pris en flagrant délit), on lui crève les yeux avec un fer rouge ou bien on lui coupe une main et un pied alternés, tandis que chez les Arabes, tout s'arrange avec de l'argent.

Si le voleur n'est pas pris sur le fait, on ne le punit pas.

Il6 LE MAROC MODERNE.

Les meurtriers sont obligés de quitter le pays; si la vente de leurs biens ne suffit pas pour payer le prix du sang (dia)que la djemâa a fixé, on met la main sur les biens de leurs parents.

Malheureusement, l'autorité du cheikh et des djemâa n'a jamais pu empêcher les vengeances particulières et les combats de village à village et même de maison à maison. Les Chleuh se retranchent chez eux, font des créneaux, des mâchicoulis; les cheikh, plus exposés que les autres puisqu'ils ne peuvent pas gouverner sans faire de mécontents, ont dans leur maison une tour isolée qui sert de réduit. Ils ont fort à faire pour maintenir cette population de batailleurs; il y en a peu qui n'aient reçu plusieurs balles dans le corps.

Dans le Soûs, les motifs de querelles sont presque toujours des discussions à propos de seguia (conduites d'eau), car la question de l'eau domine toutes les autres ; dans les pays à séguia, chaque famille a droit à l'eau, pendant un certain temps. On mesure ce temps au moyen d'une bassine percée d'un trou.

qu'on met dans un grand vase plein d'eau; le temps que la bassine met à s'enfoncer sert d'unité. Les mesureurs d'eau ' sont les personnages les plus importants de la tribu, ils tiennent quelquefois un registre d'état civil.

Les Berbères habitent généralement dans les montagnes, ils se distinguent en djebbala (montagnards) proprement dits et diara (gens du poitrail) qui habitent les pentes inférieures et dont les habitations forment à la montagne une sorte de ceinture ou de poitrail de selle {dir).

Bien souvent les diara paient un impôt aux djebbala pour que ces derniers ne leur détournent pas l'eau.

L'état de guerre dans lequel vivent les Berbères, les oblige à être constamment armés; aussi ne sortent-ils jamais de chez eux, sans avoir un poignard, un énorme fusil, dont la détonation égale presque celle d'une pièce de canon, et une poire à poudre artistement ciselée. Leurs sens sont très exercés en vue de la guerre. Quand ils voyagent sur une route, ils étudient toujours les traces qu'ils voient

Il8 LE MAROC MODERNE.

sur le sol, examinent les ravins, les plis de terrain; si Tun d'eux aperçoit des individus au loin, il est de règle qu'il en fasse l'observation à ses compagnons et qu'on se concerte immédiatement soit pour l'attaque, soit pour la défense, soit pour la fuite.

Lorsqu'une expédition est projetée, les combattants sont prévenus et se réunissent au signal de deux coups de feu, tirés par l'organisateur de l'affaire. Ce signal est d'un usage général.

Les individus qui ont fui pendant le combat sont affublés d'un bonnet de juif et promenés dans les villages; jusqu'à ce qu'ils soient réhabilités par une action d'éclat, on les abreuve d'humiliations. La plus ordinaire consiste à les obliger à manger après tous les autres dans le plat commun, car on ne doit être le premier au plat que si on a été le premier à la poudre (i).

Ils fabriquent leur poudre eux-mêmes avec du salpêtre trouvé dans le pays, du charbon

(i) Au combat.

de laurier-rose ou de plantes analogues et du soufre acheté à des colporteurs.

Ils se servent rarement de pistolets, car ils disent que cette arme ne porte pas assez loin et que de près le poignard leur suffit.

Fort adroits, ils savent donner un coup de poignard sans que leur ennemi ait vu sortir la lame du fourreau, ou envoyer un coup de fusil à leur interlocuteur en faisant partir la détente avec le pied.

Tribus soumises.

Les habitants des plaines ne peuvent pas se soustraire à l'autorité des sultans et sont obligés d'accepter les agents du magh^en (gouvernement).

A la tête de chaque tribu se trouve un caïd, appelé quelquefois âmel. Le caïd est un agent du maghzen, correspond avec lui et possède un cachet (tabâa) officiel, qu'il a presque toujours acheté fort cher.

Le sultan choisit le caïd parmi les cheikh les plus importants de la tribu, quelquefois il

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ne trouve personne à nommer et est obligé d'imposer un personnage quelconque.

Habituellement le caïd n'a aucune force armée à sa disposition, ses sahab (domestiques, clients) lui en tiennent lieu; les caïds imposés ont une situation difficile, et on est obligé quelquefois de leur donner des troupes de renfort.

La nomination du caïd se fait de la manière suivante :

Si la place est vacante par suite de décès ou de destitution, les notables de la tribu se rendent à la cour, soit pour briguer Temploi, soit pour donner leur avis sur le choix à faire. On nomme généralement celui qui a donné le plus d'argent aux autorités ; la nomination faite, le caïd rentre à la tribu avec les notables qui lui servent d'escorte.

Quelquefois le sultan envoie dans la tribu le nouveau caïd et charge un chérif de procéder à son installation et de lire aux notables la lettre chérifienne qui lui confère le cachet.

Le caïd est aidé dans ses fonctions par un khalifa (lieutenant) et par des gerrey, fonc-

tionnaires chargés de courir de tente en tente pour percevoir les impôts.

Le caïd nomme des cheikh sur la demande de la djemâa, quelquefois il les impose.

Le cheikh a sous sa juridiction un certain nombre détentes rangées en cercle (douar).

Quand on craint les attaques des Berbères, on forme des douars de plusieurs centaines de tentes; dans le cas contraire on se groupe par petites fractions.

Les grands douars sont parfois entourés d^un fossé et d'un remblai qui leur donne un faux air de fortification passagère; souvent le cheikh entoure ses tentes d'un rempart semblable. Ces précautions sont prises surtout pour empêcher les vols d'animaux. Un compartiment spécial est réservé aux hôtes.

Tous les efforts du sultan tendent à substituer dans les tribus berbères l'autorité du caïd à celle de, la djemâa, et dans les tribus arabes à remplacer les groupements naturels par des groupements artificiels, de manière à augmenter le rendement des impôts et à triompher plus aisément des résistances locales.

T'^J^^WfT

Dans ce but, il substitua aux i8 grands commandements qui existaient autrefois un nombre considérable de petits groupes (33o environ) à la tête de chacun desquels se trouve un caïd.

Les nouveaux caïds sont de minces personnages qui ne peuvent pas songer à résister aux ordres qu'ils reçoivent, la cohésion des tribus se détruit et les impôts rentrent plus facilement; mais malheureusement il arrive que le pays ainsi pressuré par une foule de caïds et par leurs acolytes, marche à une ruine certaine.

Tell marocain.

En Algérie, nous entendons par Tell la région cultivable voisine de la mer, et par Sahara, un pays de plaines arides. Les populations du Tell sont sédentaires, celles du Sahara sont nomades et vivent du produit de leurs troupeaux : de temps à autre, elles peuvent venir en toute sécurité échanger leurs produits contre ceux du Tell.

Laissant de côté le Tafilet, on peut dire qu'au Maroc il y a deux Tell, celui de la Méditerranée et celui de T Atlantique; ces deux Tell se réunissent et forment un vaste triangle qui est cultivable jusqu'au 3o* degré de latitude.

Dans cette région privilégiée, on n'entend presque jamais parler du Sahara ; les nomades n'apparaissent qu'au sud du Sous, car le chemin de Rorb leur est barré par les habitants du pays.

Guitares, propriétés.

Dans la plupart des tribus, les biens sont melk^ c'est-à-dire appartiennent en propre aux habitants qui les cultivent à l'aide de leur famille, ou de fermiers (khammès) auxquels ils donnent le cinquième de la récolte.

Quelquefois, il existe des terrains sans propriétaires connus et qui appartiennent à la djemâa des chefs détente; on les fait cultiver par touïia (corvée).

Les tribus se déplacent parfois, mais sans sortir d'un cercle assez restreint.

On laboure au moyen d'une charrue en bois, sans roues, munie d'un sabot en fer d'une dizaine de kilogrammes, qui s'use très rapidement; on y attelle tous les animaux possibles et même les femmes : il n'est pas rare de voir un chameau, un âne et une femme tirer la charrue côte à côte.

Le harnachement est des plus primitifs; il se compose le plus souvent d'un bâton placé sur le cou de l'animal, relié à un autre bâton placé sous le ventre, le tout attaché à la charrue au moyen de cordes.

Avec un pareil système, on ne peut labourer que les terres qui viennent d'être détrempées par les pluies, et on perd ainsi l'effet de la première pluie de l'année.

Le sillon n'étant pas beaucoup plus grand que celui d'une forte herse, on peut semer avant de labourer, afin de s'éviter la peine de herser ensuite. La moisson se fait avec des faucilles, sauf dans certaines régions où on arrache simplement les chaumes avec la main.

On ne tire pas parti de toutes les terres labourables : le plus souvent les Arabes ne cul-

tivent que ce qu'il leur faut pour vivre, car ils seraient à peu près certains que leur réserve leur serait enlevée par le caïd.

Tribus da maghzen.

On appelle tribus du maghzen , celles qui, en échange du privilège de ne pas payer d'impôts, fournissent au maghzen un certain nombre de combattants, généralement cavaliers.

Ces tribus ont soit des biens melk, soit des terres du sultan, soit les deux à la fois. Elles forment une sorte de colonie militaire : leurs chefs portent le nom des grades usités dans Tarmée.

La réunion des combattants tirés de ces tribus porte le nom de guich.

Les cavaliers de guich portent une chéchia conique, vulgairement on les appelle moghazni, ou cavaliers du maghzen.

En outre de la solde qu'ils touchent lorsqu'ils sont en service, ils reçoivent en tout temps une indemnité mensuelle, appelée râteb^ qui varie selon que la tribu a plus ou moins

de terres à cultiver : les tribus les moins riches touchent le.râteb le plus élevé, qui est de 40 onces par cavalier et 20 onces par fantassin (l'once valant cinq centimes).

Impôts réguliers.

Les impôts réguliers sont :

Uachour ou dixième de la récolte en grains, olives, etc., et la lekkat ou 2 °/o sur la valeur des bestiaux. Ces impôts sont prescrits par le Coran et ne sont pas exagérés; si on savait s'y borner, les Marocains seraient fort heureux, mais il n'en est pas ainsi .

A certaines époques, des oumana (intendants), assistés par des caïds de l'armée et par des ingénieurs, se rendent dans les tribus et estiment la valeur des récoltes sur pied ; ils font généralement des appréciations exagérées, afin que les Arabes leur donnent une certaine remise pour les ramener à une juste appréciation des choses.

A leur retour, ces individus ont droit à une sokhra (commission) qui leur est généralement

enlevée par les hauts personnages, parce qu'on n'ignore pas qu'ils ont fait des bénéfices irréguliers.

Pour le zekkat, le caïd prend généralement ce qu'il veut.

L'eau des rivières qu'on détourne au moyen de seguia construites par corvée, appartient au sultan. Les Arabes qui se servent de l'eau du sultan, paient le tiers de ce qui reste après le prélèvement de l'achour.

Quelques zaouïa sont exemptes d'impôts ; elles sont dites horra (libres). Toutefois cette dispense ne s^applique qu'aux terrains dits habaSy qui sont dans le voisinage immédiat de la zaouïa.

Impôts accidentels.

Les tribus sont obligées de fournir la mouna (hospitalité) aux personnages du maghzen qui voyagent sur leur territoire (lesquels sont souvent fort exigeants), et entretiennent quelquefois pendant plusieurs semaines des individus que le sultan y envoie en subsistance.

Les cheurfa abusent de ce moyen de vivre à bon marché; en revenant au maghzen ils racontent ce qu'ils ont vu et entendu, en sorte qu'un caïd commettrait une grande maladresse en les traitant mal, en ne gorgeant pas leurs domestiques de sucre et de thé, et en ne leur distribuant pas assez de bougies.

Les tribus remplacent les chevaux de Tarmée morts sur leur territoire.

Le principe de la responsabilité collective, sans lequel le Maroc ne serait qu'un vaste coupe-gorge, est souvent appliqué par le caïd, qui perçoit à ce propos des daêra (amendes) pour des méfaits réels ou non commis par la tribu.

Dans certaines provinces, les tribus sont partagées en groupes de 5 à 6 tentes; chacun d'eux est jugé capable de fournir au sultan un homme et un cheval pour sa cavalerie irrégulière et porte le nom de aoud (cheval) lors même quUl ne s'agit plus de fournir des chevaux ou des cavaliers. On apprécie la richesse de chaque fraction par le nombre de aoud qu'elle possède, et le caïd prend ses mesures

en conséquence pour la perception du ferd ou quote-part de chaque groupe.

Comme exemple des transformations des tribus, prenons celle d'Abda. Il y a environ un demi-siècle, cette province était sous le commandement d'un seul caïd, qui avait 14 fractions, appelées iddin (mains), renfermant en tout i,6oo aoud de 6 tentes en moyenne.

Actuellement elle a 3 caïds, et les i,6oo aoud primitifs ne fournissent plus que 400 cavaliers, ce qui donne environ un cheval pour 24 tentes.

Lorsque la part du maghzen a été prise, il faut encore que le caïd prélève la sienne, car il n'est pas payé : sous prétexte d'offrir trois fois par an au sultan le cadeau appelé hedia, il perçoit des ferd absolument fantastiques sans règle ni mesure, et réduit à la misère quiconque n'a pas su cacher son bien.

Nourriture.

Les Arabes sont habitués à la privation de

Rourriture et supportent la faim avec beau-

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coup de philosophie : quand ils ont de quoi manger, ils engraissent à vue d'œiL

Il y en a beaucoup qui ne mangent pas de pain et qui vivent longtemps avec un peu d'orge broyée et délayée dans de Teau; ils admettent qu'on peut rester sept jours à jeun.

Parfois, ils mangent des mauves, du couscoussou fait avec des figues de Barbarie desséchées ou une espèce de manioc (herny) qui devient un poison lorsqu'il est mal préparé.

Versement des hédia.

Les caïds ont aussi leurs tribulations : au moment des fêtes (3 fois par an), le sultan les appelle auprès de lui et les invite à donner rhédia : la plupart obéissent, d'autfes font la sourde oreille et emploient divers prétextes pour ne pas aller à la cour.

En partant, le caïd a eu soin de se munir d'une grosse somme d'argent, en se promettant bien de ne donner que juste assez pour ne pas être destitué. Il commence par faire des cadeaux au grand vizir, au maître des céré-

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monies, etc., puis il est reçu par le sultan. Pour entrer en matière , il dépose à ses pieds une certaine somme (généralement en or) qui peut aller de 5oo à 5,ooo francs (appelée melakia)^ puis il intrigue un peu partout pour savoir ce que ses collègues ont Tintention de donner au nom de leur tribu. Les individus qui convoitent sa place intriguent également; la valetaille, profite de la situation et touche des deux mains.

Le jour de la cérémonie arrivé, le caïd offre Thédia de sa tribu, à laquelle se joint le plus souvent le montant de Vachour en retard et celui des amendes que le sultan peut avoir imposées à ia tribu pour divers motifs, et notamment pour n'avoir pas assez amené de cavalerie auxiliaire dans telle ou telle circonstance; il reçoit toutes les bénédictions possibles et rentre chez lui avec Tespoir de s'être tiré d'affaire à bon marché.

Quelques jours après, il apprend que le gouvernement n'est pas content : il donne en gémissant une nouvelle somme, jurant ses grands dieux qu'il se ruine pour satisfaire son

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maître, qu'il a donné ce qui lui reste de sa fortune personnelle, etc. Nouvelles bénédictions, nouvel espoir de s'être tiré d'affaire, souvent aussi nouvelle déception; ce malheureux peut ainsi rester dans la plus grande perplexité pendant plusieurs semaines. Quand on juge que Téponge a été suffisamment pressée, il reçoit son congé, et rentre chez lui en songeant aux nouveaux impôts qu'il va imaginer; heureux s'il a reçu un cheval et une selle pour prouver à la tribu qu'il est bien en cour.

Il peut arriver aussi que le caïd soit enlevé par des cavaliers, qui lui mettant la corde au cou, le trament dans la rue comme un malfaiteur et le conduisent en prison; en même temps des agents du maghzen sont envoyés dans sa tribu, envahissent sa maison et font un inventaire exact de ce qui s'y trouve; les femmes, les esclaves, le mobilier, tout, jusqu'à la vaisselle cassée, est envoyé au sultan. On fait des fouilles et on pratique de larges entailles pour découvrir les cachettes (ce qui fait que les maisons des caïds destitués tombent généralement en ruines).

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Quelquefois les caïds sortent de prison à condition de dévoiler Tendroit où se trouve leur trésor; on les fait ensuite entrer comme simples cavaliers dans Tescorte du sultan.

Autrefois, quand un caïd avait absolument refusé ^e donner son argent, on l'introduisait dans une caisse en bois garnie de clous à Tintérieur, ayant la forme du vêtement à manches appelé jellaba, et on Vj laissait mourir.

On voit que la situation de ces fonctionnaires est loin d'être agréable; cependant on trouve des gens qui l'acceptent, parce que (pour employer une expression courante) ils aiment mieux manger les autres que d'hêtre mangés eux-mêmes.

Des villes.

Les villes du Maroc peuvent être partagées en deux catégories :

Celles de l'intérieur, où trois ou quatre Européens à peine ont réussi à se fixer et où ne se trouve aucune autorité consulaire, et celles de la côte, qui renferment une petite colonie euro-

, ^'vp.-^-. -L . : • -/'«'^•^ffiSjÇr

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péenne et des consulats; la légation de France possède à Fez un agent arabe qui s'occupe des intérêts de la colonie algérienne de cette ville.

Le corps diplomatique réside à Tanger.

Toutes les villes (médina) sont entourées de hautes murailles en pisé garnies de tours; on ne donne pas le nom de médina à la ville ouverte.

A la médina sont généralement réunis une forteresse (casbah) et un quartier des juifs (mellah); dans les villes de Tintérieur, ces trois quartiers sont nettement séparés par des murailles; dans celles de la côte, ils tendent à se confondre.

Toutes ces villes, sauf Fez et Maroc, sont commandées par un seul pacha , assisté d'un caïd du guich qui est chargé des opérations aux environs.

Gasbab.

Ce qui va suivre s'applique surtout à Fez et à Maroc :

La casbah renferme le palais du gouver-

Fuc.

T---»f «i 'o.'.' A' est.

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nement (dar maghzen), un magasin à poudre, une sorte d'arsenal, une prison d'État, des masures délabrées dans lesquelles habitent les familiers du palais et le guich de la ville, et enfin quelques misérables boutiques tenues par les soldats.

La casbah est commandée par un pacha qui a sous ses ordres toutes les troupes du maghzen, à l'aide desquelles il peut observer les environs.

En l'absence du sultan, ce.paçhg est chargé ispécialement de la surveillance ilù palais, des domaines, des esclaves; il est aidé dans sa tâche par des oumana (administrateurs).

Médina.

La médina est commandée par un pacha

Fonctionnaires de la médina.

Les principaux fonctionnaires sont :

Le Metasseby chargé des marchés; Le caïd des Moulinn-Dôr, chef de la police

centrale;

Moulinn-dôr^ agents de police; J/ot//m«-/iÂ:a5, chargés de percevoir les droits

du maghzen; Les nader, chargés des biens hâbas; Les mokaddem-el-hotnâ, chefs de quartier; Les cadiy juges ; Les adoul, notaires.

Quartiers. Police.

Chaque ville est partagée en un certain nombre de quartiers (homâ) ayant chacun ses fontaines, ses mosquées, ses biens publics, ses fondouk (auberges-écuries), ses bains, ses cafés maures, et enfin ses lieux d'aisances publics.

Chaque homâ est sous la surveillance d^un notable appelé mokaddem-el-homâ; cet agent se fait rendre compte de tout ce qui se passe, espionne ses administrés et joue à l'occasion le rôle de juge de paix.

Les moulinn-dôr parcourent les rues, surtout à la tombée de la nuit, et arrêtent les délinquants, le plus souvent sur la dénonciation

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