PORTE DE QUARTIER À MAROC
THE NEW VOKK PUDLiC LI5RARY
LE MAROC MODERNE, iSy
des mokaddem-el-homâ; une heure et demie après Vacha , ils se réunissent sur une place publique et font une décharge générale de leurs armes ; à ce signal, les portes qui séparent les quartiers sont fermées et tout étranger pris dans les rues est conduit en prison jusqu'au lendemain matin. Ce système facilite beaucoup les recherches et ne gêne guère les habitants.
Si, par impossible, on avait à traverser la ville pendant la nuit, il faudrait mettre un homme de garde à chaqtie porté pour être sûr de ne pas coucher dans la rue.
Il n'est pas de vexations que les mokaddemel-homâ ne fassent subir à certaines familles pour en obtenir de Targent; en particulier, ils pourchassent les femmes seules et, sous le moindre prétexte, les conduisent en prison.
Vols. Crimes.
Les vols sont nombreux; les malfaiteurs s'introduisent dans les maisons en escaladant les terrasses ou en perçant les murs. Les cri-
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mes sont fréquents, surtout à Fez, où il y a certaines maisons mal famées qui renferment des oubliettes, et où la rivière permet de faire disparaître les cadavres avec d'autant plus de facilité que, pour éviter les désagréments, riverains les rejettent lorsqu'ils viennent les échouer chez eux.
Le plus souvent ces crimes causent peu d'émotion : on enlève les corps, on fait un semblant d'enquête, on ne trouve rien et tout est dit (en sorte que les étrangers n'en ont presque jamais connaissance).
A Tarudant, on ne se donne même pas la peine de faire l'enquête.
Les viols, infanticides^ avortements sont considérés comme des peccadilles.
Pénalités.
Quoique en principe, tous les musulmans soient justiciables du cadi, il arrive que les crimes sont jugés par le pacha et ses agents, qui les considèrent comme affaires de simple police et ne cherchent qu'à extorquer de Tar-
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gent aux prévenus, sans même donner à leurs arrêts un semblant de justice.
La bastonnade (assa) est très employée , elle se donne au moyen d'une corde en cuir tressé, appelée asfel; on a vu des gens supporter plus de mille coups de cet instrument, sans que leur santé parût en souffrir notablement.
L'assa est aussi très employé pour trouver les auteurs d'un vol : on prend tous les individus soupçonnés et on les fait battre en cadence, jusqu'à ce que le coupable soit découvert.
Habituellement, pour tous les crimes et délits, on met les coupables en prison, et on les y laisse jusqu'à ce qu'ils aient donné une certaine somme; on ne fixe pas le nombre de jours de détention, en sorte qu'un individu emprisonné pour tapage dans la rue, peut être oublié plusieurs années s'il n'a pas d'amis qui s'occupent de le faire sortir.
Prisons*
Les prisons ont généralement un rez-dechaussée et une cave. Le rez-de-chaussée ressemble à Tintérieur d'une maison ordinaire , les détenus y vont et viennent sans sembler se préoccuper beaucoup de leur sort; quelques-uns ont les kebel (fers) aux pieds.
Ceux qui ont de Targent peuvent avoir une chambre à part, et vivre à peu près comme chez eux.
Les prisonniers sont nourris par leur famille ou leurs amis ; quand ils sont étrangers, on leur donne juste assez de pain pour qu'ils ne meurent pas de faim ; quelquefois ils fabriquent des nattes ou objets analogues et les font vendre en ville.
L'étage inférieur est un caveau humide, envahi par les rats et la vermine : les prisonniers y sont attachés par des chaînes en fer. A moins qu'ils ne soient détenus pour assassinat, ou vol à main armée sur les routes, il leur suffit de donner l'argent au pacha pour
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être relâchés; quelquefois on leur administre matin et soir un certain nombre de coups d'asfel, pour les engager à se décider.
A la casbah, il existe une prison d'État où les prévenus sont traités avec un raffinement de cruauté. Le premier objet que Ton aperçoit à la porte de cet établissement est une vieille civière usée; à Tintérieur, on trouve des gens attachés par le cou avec un carcan de fer qui les force à rester debout et tellement desséchés qu'on ne sait pas au juste s'ils sont morts ou vivants.
Tous les matins on passe la revue des cadavres et on les tire dehors avec des cordes.
Les prisonniers d'État sont généralement envoyés dans une ville où ils ne sont pas connus, afin que personne ne puisse intercéder pour eux, ni séduire leurs gardiens; pour les conduire à destination, op les enchaîne sur une mule (i).
Depuis longtemps, on n'a pas vu d'exécutions capitales au Maroc ; la peine de mort
(i) A la prison de la casbah, les juifs sont détenus dans une chambre qui sert de cabinets d'aisances aux autres prisonniers.
est remplacée de fait par la prison perpétuelle , et les criminels meurent de faim et de misère; néanmoins, on voit souvent des têtes clouées au-dessus des portes des villes : ces têtes ont été coupées dans les combats et envoyées dans diverses localités pour prouver aux Arabes, toujours fort incrédules, que le maghzen est bien réellement resté maître du terrain.
Quelquefois, on fait subir aux voleurs une opération qui leur ferme les mains pour toujours : on leur pratique des incisions à la paume des mains, on recouvre les blessures avec du sel, on ferme les poings et on enveloppe chacun d'eux avec une peau fraîche qu'on serre fortement.
Au bout de quelque temps, on enlève la peau, et les mains ne peuvent plus s'ouvrir : en outre , par suite d'un phénomène particulier, les ongles tendent à entrer constamment dans les chairs et causent des douleurs atroces. Les individus soumis à ce supplice finissent presque toujours par se casser la tête contre les murs.
Prison des femmes.
Les femmes sont enfermées dans une prison à part, qui est en même temps Phôpital des fous (merstan), placée sous la direction du caïd des moulinn-dôr aidé par des femmes appelées arifa.
On y enferme quelquefois des femmes adultères sur la demande du mari; on leur met les kebel aux pieds et on leur donne Yassa jusqu'à ce que le mari consente à les reprendre. Les femmes publiques ou autres qui ont été prises par les moulinn-dôr, y sont également conduites enchaînées et battues jusqu^à ce qu'elles aient donné une certaine somme d'argent.
Cette surveillance des femmes occupe les moulinn-dôr beaucoup plus que celle des voleurs, parce qu'elle rapporte beaucoup d'argent.
Un pacha de Maroc avait imaginé le système suivant pour se procurer de l'argent et des femmes ; il faisait suivre les femmes, hon-
nêtes ou non, par des individus qui leur versaient sur leurs vêtements de l'eau-de-vie du pays (mahia). Les moulinn-dôr survenaient comme par hasard, paraissaient indignés en sentant Todeur du mahia, arrêtaient les malheureuses et les conduisaient au merstan; on faisait passer les plus jeunes chez le pacha, et le lendemain on prévenait les maris d'avoir à réclamer leurs épouses, qui a avaient été trouvées empestant Teau-de-vie et sortant d'un mauvais lieu ». Pour reprendre leurs femmes et éviter le scandale, les maris payaient de grosses sommes; il est juste d^ajouter que le pacha qui se livrait à ces opérations fut destitué par ordre du sultan.
Cimetiëres.
Les cimetières sont situés aux environs des portes des villes.
Les corps, enveloppés d'un drap, sont déposés dans un fossé et entourés ensuite d'un cadre en pierres sèches.
Ces cimetières , qui ne sont pas enclos de
murs, ne ressemblent en aucune façon à nos champs de repos; on y circule comme dans des lieux ordinaires. Aucune pierre tumulaire, aucune inscription ne vient rappeler aux passants que quelqu'un s'est intéressé aux morts : de loin, ils ont Tair d'un entrepôt de matériaux de démolition.
Cadi.
Le Coran étant la loi civile des Arabes, les hommes qui savent le mieux en appliquer les principes sont naturellement appelés à juger leurs compatriotes; la justice et la religion se trouvent donc intimement liées.
Parmi les quatre rites qui existent dans l'islamisme, le seul qui soit pratiqué au Maroc est le rite maleki.
Le cadi qui est chargé de rendre la justice d'après ce rite est en même temps un des principaux chefs de la religion; il est aidé par des adoul (notaires), par des tolba et par des moujiin (experts). Tous ces personnages sont payés sur les biens des m osquées (hâbas),
en sorte qu'à proprement parler ils ne sont pas des agents du maghzen; néanmoins il y y a bien peu de cadis indépendants.
Ghérâa.
La cherâa est la justice rendue d'après le Coran et les livres qui en dérivent : le plus usité de ces livres pour les affaires judiciaires est Sidi Khelil.
Les plaideurs se rendent chez le cadi et exposent leur affaire : le cadi les renvoie généralement chez les adoul, afin de faire rédiger ce qu'ils ont à dire; en même temps ils présentent la liste de leurs témoins : pour les affaires civiles, on doit présenter douze témoins ordinaires, ou bien un ou deux notables selon le cas. Les témoins vont ensuite chez les adoul, prêtent serment, font leur déposition et la signent.
Munis des diverses pièces qui ont été établies chez les adoul, les intéressés reviennent chez le cadi, qui prononce la sentence.
Le plaideur peut se faire assister par un
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oukil (avocat) qui porte la parole à sa place; ces oukil sont généralement des tolba de bas étage, qui rôdent aux environs du tribunal, attendant Toccasion de gagner leur dîner.
Le cadi peut ordonner que les plaideurs fournissent des cautions, soit pour leur présence, soit pour le paiement d'une somme qu'on leur réclame, soit pour le paiement des sommes qu'ils pourraient être condamnés à payer; faute de cautionnement ils vont en prison.
Lorsque les témoins ont été entendus, il peut se faire que la cause soit plus embrouillée que jamais; le demandeur peut demander que le défendeur aille prêter serment dans une zaouïa; si ce dernier refuse le hak allah (serment) il perd son procès. Les musulmans admettent difficilement la possibilité d'un faux serment, et étouffent l'affaire lorsqu'elle se produit, car, s'il était prouvé qu'un individu a pu faire un faux serment sans être immédiatement puni par Dieu, il n'y aurait plus possibilité de rendre la justice.
Quand une affaire présente certaines difficultés, on a recours à des muphti.
Ces personnages sont des savants qui sont attachés à un tribunal comme chez nous les avocats inscrits à une cour; ils étudient la question à fond et donnent au plaideur une décision que ce dernier remet au cadi.
Malheureusement toutes ces opérations se font non pas en séance , mais séparément et à des jours différents, en sorte que tout peut s'arranger avec de Fargent.
Mariages.
Les mariages se font et se défont avec la plus grande facilité.
Les musulmans peuvent épouser quatre femmes et divorcer sous une foule de prétextes ; le mari achète sa femme sans Tavoir yue; préalablement, il la fait examiner par les femmes de sa famille.
Quand la future est pauvre, le mariage se fait très rapidement : on donne un habillement â la mère; on passe chez les adoul, qui
font le contrat et le donnent au mari; il n'est pas nécessaire de faire une cérémonie quelconque.
Si on a Tintention de divorcer, on rend à la femme son papier, on donne quelque argent au cadi et le divorce est prononcé; pour moins de 5o francs, on peut se marier, divorcer et se remarier en moins de quinze jours.
Dans les familles aisées , les mariages sont plus sérieux, parce que les époux ont de la fortune et que chacun évite de faire prononcer le divorce à son désavantage.
Les noces durent généralement sept jours :
les hommes et les femmes se divertissent séparément; pendant ce temps les amis du marié ne le quittent pas d'une semelle, on devine pourquoi.
Les parents surveillent les mariés jusqu'à ce que le mariage ait été consommé; pour constater la virginité de la mariée et fermer la porte aux réclamations ultérieures , on expose son pantalon.
II existe dans certaines localités du Sous un usage fort curieux; le mari tire un coup de
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fu^ au-dessus de la tête de sa femme aussitôt qu^il a constaté sa vir^bité; pendant la vie des époux^ la balle reste dans le mur.
Dans les tribus^ quand on reconnaît que la nouvelle mariée n'est pas vierge, on la tue d'un coup de fusil, dans les villes on se contente de rendre la dot; dans le Sous, on fait mieux, on se met à la recherche du séducteur et on lui fait payer la dot.
Les Marocains se marient rarement avec quatre femmes, parce qu'ils craignent à un moment donné d'avoir quatre familles sur les bras; ils préfèrent acheter des négresses.
Esclaves.
Les nègres et négresses qu'on trouve au Maroc viennent du Soudan. On les achète généralement pour une certaine quantité de sel gemme. Cette denrée, en grandes plaques épaisses d'une vingtaine de centimètres, est apportée par des caravanes qui généralement se forment à Si-hamed-ou-Moussa, dans le Sous.
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Au sud de Tombouctou, la valeur du sel augmente sans cesse par suite des droits énormes que les caravanes payent à chaque nouvelle tribu; pour acheter un esclave dans ces localités, on le fait monter sur une plaque de sel, on y découpe la trace de ses pieds et on donne en paiement la partie recouverte :
d'où l'expression gemî-el-melha (équivalent au sel) dont on se sert comme terme de mépris, parlant à un esclave ou à un hartani (affranchi).
Dans les villes du Maroc, on les achète à la criée, dans un marché qui a lieu à la tombée de la nuit; on fait valoir leurs qualités comme s'il s'agissait d'animaux; on les garantit des vices rédhibitoires , et on les fait examiner à fond par une espèce de vétérinaire ou par de vieilles mégères.
Une jeune négresse peut valoir jusqu'à 5oo francs; une vieille n'atteint pas le prix de 20 francs.
Chez les marchands d'esclaves, les nègres et les négresses vivent presque de l'air du temps; si à leur entrée dans une bonne mai-
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son, on ne les surveille pas, ils se gorgent de nourriture et meurent d'indigestion ; au surplus, ils ne sont pas plus malheureux que les autres domestiques : s'ils sont maltraités, ils peuvent demander à être vendus à un autre.
L'enfant d'une négresse avec son maître est libre, mais l'enfant provenant d'un étranger est esclave et peut être vendu.
Quelquefois des jeunes .filles des tribus, chassées par la misère, se réfugient dans les villes chez des individus qui n'ont rien de plus pressé que de les vendre comme esclaves; le prix de ces esclaves blanches est fort élevé.
Rues, habitations.
Les rues sont étroites et tortueuses, remplies à certaines heures d'une fouie grouillante et déguenillée au milieu de laquelle il serait très pénible de circuler à pied.
Quoiqu'un proverbe dise que les gens qui montent à cheval ne vieillissent jamais, les
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Marocains montent presque toujours à mule.
Cette monture permet de circuler rapidement dans les rues encombrées sans causer d'accidents ; les plus hauts personnages civils et militaires l'emploient constamment et ne montent à cheval que très rarement.
Les rues sont nettoyées tant bien que mal par les mokaddem-el-homâ, qui organisent à cet effet des touïza (corvées) ; les immondices sont accumulées dans les terrains vagues, et les animaux morts ertleyés par les juifs : les Arabes croiraient se déshonorer en y touchant.
On rencontre des mendiants à demi-nus qui couchent en plein air et dont la misère dépasse tout ce qu'on peut imaginer; la charité privée leur vient en aide, car le Coran recommande aux Arabes de faire l'aumône; malgré cela, il n'est pas d'hiver ou on ne trouve tous les matins des cadavres de gens morts de faim et de froid dans la rue. D'ailleurs les habitants des villes sont fort peu sensibles :. à Paris, les cris d'un chien qui a une patte cassée par une voiture émeuvent
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plus les passants que le râle d'un homme mourant de faim en plein jour n'émeut les Maures.
Le merstan (hôpital des fous et prison des femmes) est aussi Tendroit où on doit transporter les cadavres des gens morts sans famille, pour les y laver et procéder aux préparatifs de rinhumation.
• Les maisons ne sont pas ornées à Textérieur et ressemblent à des prisons ; le corridor d'entrée est coudé afin que personne ne puisse voir ce qui s'y passe.
L'intérieur est quelquefois très luxueux et pavé avec des carreaux de faïence, venant de Fez ou de Marseille; les chambres sont généralement longues et étroites, parce que le bois de construction en usage dans le pays ne résiste pas à la flexion.
Ces chambres donnent sur une cour intérieure et ne prennent jour que par la porte, en sorte que les habitants vivent presque en plein air. Les murs sont en pisé, fort épais, et occupent beaucoup plus de place que dans les maisons européennes.
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Les jardins sont très nombreux et renferment des pavillons garnis de fenêtres.
Ameublement.
L'ameublement est très simple ; il se compose d'un certain nombre de tapis, matelas et coussins, de quelques coffres, d'un inséparable service à thé et d'un élégant fourneau en métal porté sur un trépied; quand on est en voyage, on emporte facilement ce matériel et on s'installe sous la tente comme chez soi.
Quelques personnages possèdent des chaises et des fauteuils dont ils ne se servent jamais et qu'ils ne sortent que quand ils ont à recevoir des étrangers ; mais, ne sachant pas ranger ces objets avec symétrie, ils les disposent les uns derrière les autres, en sorte que Ton croirait entrçr dans la boutique d'un marchand de meubles ; quelquefois ils exposent en même temps plusieurs rangées de pendules ou de vases à fleurs.
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Habillement.
Sauf les cheurfa, qui portent souvent des burnous de couleurs voyantes (i), les Maures sont presque tous vêtus de la même manière en sorte qu'on est souvent exposé à prendre de simples tolba pour des gens d'importance.
L'habillement des citadins se compose d'un pantalon serré à la taille au moyen d'un cordon, d'une ou plusieurs chemises (chamyr, farragia) portées par- dessus le pantalon, d'une robe en drap à larges manches (caftan) et d'une couverture en laine (haïk) plus ou moins fine dans laquelle ils se drapent. Ils sont coiffés d'une calotte rouge entourée d'un turban en calicot, et chaussés de babouches jaunes sans ornement; souvent ils ont aussi une choukara (gibecière) en cuir et un poignard recourbé (koumia ou kandjar).
Les gens qui travaillent de leurs mains
(i) Les cheurfa du Maroc portent des turbans blancs; dans les autres pays musulmans ils ont le turban vert.
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remplacent le plus souvent le caftan, qui est très embarrassant, par une veste à manches étroites et un gilet; en négligé ils portent une robe à manches fort commode a^peléejellaba.
Les Maures couchent avec leurs vêtements, qui. sont fort amples, et disent que rien n'est plus malsain que de se déshabiller souvent, parce qu'on peut être frappé par le froid; ils condamnent Tusage des bas comme empêchant la circulation de Pair.
Ils se rasent la tête, coupent leurs moustaches à hauteur de la lèvre supérieure, se taillent soigneusement la barbe et s'épilent les autres parties du corps. Pour se donner un air rébarbatif, les cavaliers laissent quelquefois pousser une grosse touffe de cheveux sur chacune de leurs tempes.
Les femmes sont habillées à peu près comme les hommes et peuvent mettre les effets masculins. Elles portent des caftans, de larges ceintures, de lourds bijoux, des babouches rouges, et sont coiffées d'un mouchoir de soie; en somme, leur habillement est très peu élégant.
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Dans les rues, elles se couvrent le bas de la figure d'un voile blanc et s'enveloppent d'un espèce de haïk analogue à une couverture de lit.
Les femmes se tatouent légèrement et font usage du koheul, du souak et du henna. Le koheul est une poudre noire composée de sulfure d'antimoine, de sulfate de cuivre et divers autres ingrédients; on s'en sert pour noircir le bord des paupières, et les hommes en font quelquefois usage pour prévenir les maladies d'yeux.
Le souak est de l'écorce de noyer; les femmes mâchent cette substance pour se rougir les lèvres et se raffermir les gencives.
Le henna est la feuille d'un arbre très commun dans certaines parties du Maroc, et qu'on expédie jusqu'en Algérie. On la broie avec du jus de citron et on obtient ain^i une pâte brune dont on fait une série d'applications sur les mains et sur les pieds ; quelquefois on fait dés dessins variés à l'aide de patrons en papier.
Les dames européennes, qui passent plu-
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sieurs heures par jour à leur toilette, sont fort distancées par les femmes arabes/ car la préparation complète du henna dure deux ou trois jours, pendant lesquels elles ne peuvent ni marcher, ni toucher quoi que ce soit avec les mains; les amies leur donnent à manger.
Le henna commence à jaunir au bout de quelques jours et à partir par plaques.
Monnaies.
Le système des monnaies est compliqué et donne lieu à des calculs désagréables.
Les pièces de cuivre sont très grossièrement fondues. Elles portent d'un côté l'anneau de Salomon (i) et de Tautre l'indication de la ville où elle a été fondue et la date.
Il y a :
Une pièce de 1 6 flouss ; — — 4 flouss ;
(La pièce de i flouss n'existe pas) ;
(i) L*anneau de Salomon se compose de deux triangles croisés.
/jl^T--
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La réunion de 6 pièces de i6 flouss forme l'oi/-
*quia (once) ; Uouquia pèse en effet environ une once; Le mouzouna est le quart de l'ouquia; Une demi-once porte le nom deoujain; Deux onces — temeni jeu;
Deux onces et demie — ach'r jeu ;
Trois onces — setta-ouàq ;
Quatre onces — arbâa-ouaq ;
Dix onces — mettquall.
Le mettquall est la monnaie de compte la plus employée.
Le kintar vaut i oo mettquall.
Les monnaies d'argent sont :
La pièce de 5 francs française, appelée réal;
La pièce de 5 francs espagnole ancienne appelée
réal bou medfa (réal aux canons), parce que l'on
prend les colonnes qui y sont figurées pour des
canons; La piécette espagnole; Une pièce d'argent ayant la forme d'un carré à côtés
courbes, appelée sebaia.
Ledemi-sebaia.
Le rapport entre la monnaie d'argent et la monnaie de cuivre est variable :
En 1882, le réal valait 10 mettquall, et .par conséquent Touquia 5 centimes.
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Comme monnaie d'or, on emploie surtout les pièces françaises et espagnoles, et notamment le doublon, qui vaut de i6 à 17 réaux.
Dans tout Tempire, et surtout dans le Sous, qui renferme des mines de cuivre, on fabrique constamment des flouss faux, d'où il résulte qu'en beaucoup d'endroits on accepte indifféremment la bonne et la mauvaise monnaie ; suivant que cette monnaie est plus ou moins abondante, le maghzen spécule dessus en augmentant ou diminuant son rapport avec le réal; en sorte que sa valeur change d'un lieu à un autre.
On fabrique couramment des sebàia faux renfermant un tiers de cuivre.
Il est impossible d'avoir un système monétaire plus mal organisé ; toutefois, pour y remédier, le sultan commence à faire faire à Paris de la monnaie d'argent.
Poids.
Pour les poids on emploie :
Le rotol kebir (85o grammes); Le rotol attarin (5oo grammes); Le kintar (100 rotols).
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Pour les grains :
Le haroba, qui vaut environ 210 litres à Maroc ; Le muedd, qui est le 1/8 du haroba.
Longaenrs.
Pour les longueurs on emploie :
La cala (coudée) ;
Le cheber (palme) ;
Le sâa (heure du chemin).
Il n'y a aucune unité de volume ni unité de surface.
Marchés*
Presque tout le commerce se fait sur les marchés.
Les marchés (sok) sont nombreux; les uns ont lieu à ciel ouvert à certains jours de la semaine; les autres se tiennent dans des galeries garnies de boutiques sans issue par derrière; on y circule même à cheval.
Dans les grandes villes, on trouve les marchés suivants : esclaves, bœufs, moutons, ânes, mulets, chevaux, chameaux, vieux
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effets, effets neufs, babouches, haïk, attarin (épicerie, quincaillerie), sellerie, cuir, dattes, noix, etc., cordes, bois, charbon.
Les objets se vendent généralement à la criée par Tintermédiaire d'un déliai (crieur); deux agents du naghzen (oumana ou moulinn nkass) assistés d'un taleb sont chargés de percevoir les droits du maghzen à chaque marché , à savoir : un mouzouna par mettquall (2 1/2 0/0) pour le vendeur et autant pour Tacheteur.
En outre, le maghzen perçoit aux portes de la ville :
5 onces par mulet chargé ; 8 onces par chameau.
Le droit de percevoir à la porte du quartier des juifs et celui de vendre du tabac dans la médina sont affermés à des négociants du pays.
Le marché des chevaux, mulets, ânes, chameaux, se tient le jeudi (El khmiss). Le déliai monte les animaux et les fait valoir; les chevaux les plus estimés sont ceux qui
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Sont dits siâr, c'est-à-dire qui font, au pas, plus de 7 kilomètres à l'heure.
Les chevaux difficiles ou qui ruent ne trouvent pas d'acheteurs : personne ne se soucie de casser la jambe à quelqu'un dans la foule.
Les prix varient du simple au triple d'après la valeur des grains; les bons chevaux vont peu aux marchés et on en trouve rarement dont le prix dépasse 5 00 francs.
La vente d'un cheval n'est pas une petite affaire, car les enchères durent plusieurs heures avec des reprises; les vendeurs, acheteurs, le déliai, les compères tiennent des conciliabules particuliers et se parlent à l'oreille avec des airs de conspirateurs; lorsque l'enchère est finie , le dernier enchérisseur peut s'en aller; si le marché est conclu, il faut faire examiner l'animal par le bitar (vétérinaire) qui, moyennant une bonne gratification, peut déclarer qu'il a un défaut quelconque et fait rabattre quelques douros sur le prix. Enfin, au moment de se séparer de ses douros, l'acheteur parle de bab-Al-
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lah (porte de Dieu), c'est-à-dire qu'il conjure le vendeur, au nom de Dieu, de lui rabattre quelque chose; au besoin, il prend les passants à témoin de la noirceur du croyant qui ne veut pas remettre à un autre croyant la porte de Dieu. De son côté, le vendeur feint de regretter de s'être défait de son cheval, prend un air attendri , raconte qu'il Ta vu naître, qu'il lui a donné l'orge de ses propres mains, etc., etc.
Comme tout a une fin en ce monde, l'animal et les douros finissent par changer de maître, mais l'opération a été rude.
Les selles marocaines sont plus confortables que les selles algériennes, parce que le troussequin est nioins élevé et incliné en arrière. La matelassure est remplacée par des couvertures de laine très longues, qui emboîtent le cheval et maintiennent la selle, quand même la sangle casserait.
Avec cette disposition, chaque animal doit avoir sa selle; il doit également avoir sa bride, car les montants sont sans boucles et s'ajustent une fois pour toutes.
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Les marchés sont très bruyants, les rixes fréquentes; le mettasseb y dirige la police, fait nettoyer les emplacements et surveiller les prix. Ce fonctionnaire est également chargé de la vente du blé, de Torge, ou de denrées avariées quelconques appartenant au gouvernement : à cet effet, on interdit de temps en temps la vente des autres marchandises de même nature.
Les denrées ne sont pas examinées au point de vue sanitaire, et il faudrait que les Maures fissent un grand effort d'imagination, pour comprendre qu'il est du devoir d'un gouvernement de s'occuper de la santé de ses administrés.
Le metasseb est souvent chargé par certaines personnes de leur retenir ce qu'il y a de mieux dans le marché; de nombreuses disputes ont lieu à ce propos.
Les prix éprouvent des variations subites pour divers motifs : à Fez, lorsque le temps est mauvais, les chemins des environs deviennent impraticables; les gens du dehors n'apportent plus rien et tout le monde s'ap-
Si;:^^-?>-s.e*, ;.,.,. v;.
provisionne comme pour un siège; il peut arriver aussi que les Arabes ayant des contributions en retard/ craignent d'être arrêtés en ville et fassent une longue route pour aller vendre dans un endroit où ils ne sont pas connus.
Boutiques.
Outre les marchés, il existe des boutiques, où on vend à Tamiable; chaque corps de métier est dirigé par un aminé qui fixe le prix dans le cas de contestation; ceux qui sont chargés des objets d'or et d'argent y appliquent un large poinçon.
Impôts.
Indépendamment des droits des portes et dés marchés, il existe un droit d'abattoir de deux onces par mouton et de huit onces par bœuf.
Les habitants donnent aussi des hedia au sultan; ces cadeaux sont récoltés trois fois par an comme dans les tribus.
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Courriers.
Les courriers (rekass) font leurs courses à pied. Misérablement vêtus, et n'ayant pour tout bagage qu'une mauvaise gibecière et une toile cirée dont ils enveloppent leurs dépêches, qu'ils portent ainsi sur la peau, ils passent partout sans encombre et font des courses étonnantes.
Pour 20 francs, un courrier fait 25o kilomètres en trois jours, s'arrête un jour et revient à destination ; sa nourriture pendant le voyage aller et retour ne lui coûte pas trente onces.
Les courriers forment une corporation à part sous les ordres d'un aminé rekass : ils sont très fidèles et ne remettent leurs dépêches qu'en mains propres.
Il existe entre les villes de la côte un service de poste espagnole qui n'inspire aucune confiance au commerce, parce que les employés ouvrent les lettres sans la moindre vergogne.
^ ^!!î: m .JlAb. - ,-^ ^ . > ^«j: jùJI^Fi.
Des habitants.
Il serait difficile de parler des qualités des habitants, car ils n'en possèdent presque aucune; leur fanatisme et leur duplicité ne sont même pas rachetés par le courage individuel que possèdent les Arabes nomades; Tintérêt est leur seul guide, la crainte de l'autorité leur seul frein.
Ils sont d'un égoïsme dont on se fait difficilement une idée, et ne savent pas ce que c'est que la reconnaissance.
Ils ignorent le proverbe Aide-toi^ Dieu faidera, et profitant de ce qu'ils habitent un pays où l'on peut rester presque pendant toute l'année en plein air et avec peu de vêtements, ils ne font aucun effort sérieux pour améliorer leur position.
Comme tous les musulmans, ils parlent peu à moins d'avoir une discussion pour affaire d'intérêts. Quand on leur demande un renseignement sur quoi que ce soit, on a beaucoup de chance pour ne rien en tirer : la difficulté est de savoir s'ils disent juste le
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contraire de ce qui est, ou s'ils ne mentent qu'à moitié.
Il ne se publie aucun journal ariabe au Maroc, en sorte que les bruits les plus étranges ne cessent de circuler.
Cachant avec soin ce qu'ils possèdent, ils font tout ce qu'ils peuvent pour que leur fortune n'attire l'attention de personne : un des plus grands désagréments qu^on peut leur causer, c'est de répandre le bruit qu'ils sont riches.
Ils n'entrent pas dans leur maison, ils s'y glissent; ils n'ont pas d'appartement de réception et font attendre les visiteurs dans la rue jusqu'à ce que les femmes aient été cachées.
Comme dans tous les pays musulmans, la sodomie régné chez eux en toute sécurité; c'est même un vice bien porté.
Repf|.s.
Lorsqu'ils n'ont pas d'emploi qui les occupe à des heures fixes, les Maures mangent à peu près à tout instant du jour :
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Le matin, ik prennent une sorte de potage appelé harira; dans la journée ils mangent des mets faciles à préparer, tels que des brochettes de viande, qu'ils se font apporter de temps à autre dans l'endroit où ils se trouvent. Vers deux heures, ils font un repas sérieux appelé redâ.
Ils ont un goût prononcé pour le thé très sucré; ils y mêlent certaines drogues auxquelles ils attribuent des propriétés aphrodisiaques, et notamment de Tambre gris.
Cette préoccupation de n'absorber que des boissons ou aliments excitants se trahit souvent dans leur conversation : pour eux, il n'y a que deux sortes d'aliments; ceux qui échauffent et ceux qui refroidissent; ils mettent les légumes dans cette seconde catégorie, aussi en mangent- ils fort peu.
Dans la crainte du poison, ils ne boivent pas le thé préparé à l'avance; ils font faire ce thé devant eux, laver la théière et jeter la première eau : le maître de la maison boit le premier.
Us prennent peu de café, ne fument pas,
mais prisent fréquemment. Les gens de bas étage s'enivrent avec du kif, espèce de chanvre indien.
Le repas le plus régulier se fait à Theure de Tacha.
Les mets sont généralement de deux sortes : les tagines et le couscoussou.
Les tagines sont des plats en terre vernissée qui renferment des viandes cuites avec beaucoup de beurre ou d'huile, du poivre et du safran, ou bien des quartiers de mouton rôtis au four.
Le couscoussou s'obtient en roulant une farine quelconque dans un grand plat mouillé jusqu'à ce qu'elle se forme en grains : ces grains, qui peuvent avoir été préparés à l'avance, sont mis dans un vase en fer-blanc, percé de trous, appelé keskass et exposés à la vapeur d'une marmite. Quand le couscoussou est cuit on le dispose en pyramide dans un plat, on y ajoute du beurre, de l'huile, du lait ou bien la viande et les légumes qui ont été cuits dans la marmite. Ce mets se mange sans pain.
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Les convives s'assoient autour du plat, sel lavent la main droite et mangent avec les trois premiers doigts de cette main après avoir dit : Bistnillah! {a\x nom de Dieu!) (ce mot de Bistnillah s'emploie toutes les fois qu'on se prépare à procéder à un acte quelconque); ils déchirent la viande sans trop se salir et se passent les morceaux les uns aux autres par politesse.
On puise le couscoussou avec trois doigts de la main et on le fait sauter jusqu'à ce qu'il forme une boule parfaite qu'on avale d'un seul coup; chacun creuse le plat devant lui.
Après le repas, on se lèche les doigts avec soin et on boit de l'eau dans un grand vase qu'onfaitpasser à la ronde, en disant d'un ton convaincu : Hamdoullah! (louange à Dieu!); après quoi on se lave les mains.
Le sultan lui-même prend ses repas de cette manière.
Dans les maisons ordinaires, le plat, après avoir été entamé par les hommes, passe entre les mains des femmes, puis des domestiques.
Habitudes.
Les Maures se saluent avec une telle affection apparente qu'on pourrait croire que tous ceux qui se connaissent sont amis intimes.
Ils se prennent les mains, se souhaitent toutes sortes de prospérités, se demandent des nouvelles de leur santé, de leur maison (pour éviter de parler de leurs femmes); le mot qui revient le plus souvent est la bass (il n'y a pas de mal). Lorsque chacun des deux interlocuteurs a accablé Tautre de questions, il arrive souvent qu'ils reviennent successivement à la charge en redemandant si vraiment tout va bien, à quoi ils répondent qu'il n^y a pas de mal, grâce à Dieu, etc.
Donner la main gauche est un signe de mépris, on ne donne que la main droite aux gens que l'on estime. Cet usage a des inconvénients quand deux personnes à cheval veulent se saluer dans les règles.
Quelquefois on se salue de la main,, des
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yeux, ou en portant la main sur son cœur.
L'expression la bass semble destinée à conjurer le malheur.
Si on entre dans la chambre d'un malade, il faut dire à chaque instant la bass et le malade répond la bass tant qu'il a la force de parler; si un individu se casse une jambe dans la rue, on dit la bass et on passe son chemin.
Il ne faut jamais prédire à quelqu'un un malheur quelconque, sans quoi on serait accusé d'avoir par des paroles imprudentes amené ce malheur. Par exemple, un médecin ne pourra pas dire un tel sera mort demain sans que tout le monde s'écrie en toute hâte ou il guérira s'il plaît à Dieu.
11 ne faut pas, en essayant si une arme est bien en main, faire le geste d'en frapper quelqu'un : si on commet cette imprudence qui, aux yeux des Maures, peut avoir de graves conséquences, il faut pour en conjurer l'effet frapper réellement un objet quelconque.
On ne doit pas, pour les besoins de la conversation, mettre son interlocuteur en scène dans une situation critique. En disant
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à un Maure : A telle distance je f enverrais une balle dans la tête avec mon fusil, on le froisserait vivement et on s'attirerait cette réponse : Pourquoi donc veux-tu m' envoyer une balle?
Tandis que nous vivons trop souvent pour les autres, les Maures ne vivent que pour eux-mêmes; ils ne font pas voir à leurs amis rintérieur de leurs maisons, ils ne leur confient pas non plus leurs pensées intimes, et sont ainsi doublement impénétrables.
Nous nous donnons beaucoup de mal pour satisfaire des besoins factices; les Maures, tout en se reposant presque toute leur vie, arrivent à suffire sans peine à leurs modestes besoins matériels; la lecture du Coran, et autres livres sacrés, alimente d'ailleurs amplement leur faible activité intellectuelle. Somme toute , ils se disent plus heureux que nous, et on se tromperait étrangement si on se figurait qu'ils admirent beaucoup notre civilisation.
Les rares Marocains qui ont visité Paris sont presque toujours revenus chez eux avec
une profonde satisfaction, sans tirer aucun profit de leur voyage.
Leur opinion peut se résumer ainsi :
« Paris est une grande ville où il y a beaucoup de monde, beaucoup de chevaux et de voitures; on ne doit pas y mourir de faim, car on y trouve un grand bâtiment en fer rempli de victuailles; on y voit aussi des grandes boutiques formées de plusieurs maisons bâties les unes au-dessus des autres, et dans lesquelles on trouve des quantités d'étoflFes de toute sorte (ils veulent parler de nos grands magasins de nouveautés, qui les frappent plus que tout le reste). Les hommes sont propres et aimables, mais ils ont la faiblesse de se laisser commander par leurs femmes; ces malheureux ne doivent pas tenir beaucoup aux plaisirs de Tamour, car ils n'ont qu'un femme et, fût-elle vieille et laide, ils sont obligés de s'en contenter. Ils se tracassent beaucoup pour gagner leur vie, et ont tant d'occupations qu'ils ne trouvent pas le temps de prier Dieu. Ils ont l'infamie de traiter les juifs comme les autres hommes, con-
trairement aux prescriptions du Coran. Depuis leur guerre avec les Prussiens, ils ont même été obligés d'enrôler les juifs d'Algérie dans leur armée. »
Le télégraphe et les chemins de fer leur semblent absolument inutiles. « A quoi bon ce fil y pour porter des nouvelles à des gens qui, confiants dans la volonté de Dieu, ne sont jamais pressés? à quoi bon les routes?
depuis des siècles, les routes du Maroc ont suffi à transporter Torge et le blé que Dieu fait pousser à profusion pour la nourriture des croyants; ces routes ne serviraient qu'à amener dans les villes du Rorb un déluge de chrétiens... Ces gens seraient bien vite éblouis par la richesse de notre sol béni et chercheraient à nous l'enlever. »
Ceux qui, plus intelligents et plus observateurs que les autres, seraient tentés dé nous louer, se garderaient bien de dire en haut lieu leur façon de penser : on les accuserait de se christianiser.
En revanche, ils relèvent les vices de notre société avec d'autant plus de vigueur
qu'ils sont certains de l'approbation de leurs compatriotes.
Les habitudes des Maures nous semblent étranges; dans la plupart des cas, elles sont l'opposé des nôtres; par exemple : nous mangeons le dessert à la fin du repas : ils le mangent au commencement.
Nous parlons rarement de Dieu; ils prodiguent le nom d'Allah, à tout propos.
Si nous attendons quelqu'un dans la rue, nous nous promenons en long et en large :
dans le même cas, ils s'accroupissent.
Pour appeler quelqu'un du geste, nous remuons l'index de bas en haut : les Maures remuent les doigts de haut en bas.
Chez nous, le mensonge est une exception; chez eux, c'est la règle. Ils ne disent la vérité que quand ils ont intérêt à la dire.
Chez nous, tout le monde se promène à pied lorsque l'occasion se présente : chez eux, on monte à cheval ou à mule pour faire 5oo mètres ; tout individu qui marche à pied est considéré comme trop pauvre pour avoir une monture^
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Dans l'entourage du sultan , le suprême du genre consiste à marcher mal et lentement, lorsqu'on est forcé de faire quelques pas en public.
Chez nous, les cavaliers trottent et galopent par plaisir : chez eux on va presque toujours au pas; si on voit quelqu'un à une allure vive, on se demande s'il n'est pas arrivé un malheur chez lui.
Les Maures mènent la même vie tous les jours, ne se promènent pas, ne chassent pas, ne font pas un pas sans nécessité; leur seule distraction sérieuse et d'aller passer une journée dans un jardin avec des femmes; c'est ainsi qu'ils se figurent le paradis de Mahomet.
Comme le Coran défend de prêter l'argent à intérêts, ils ne le font pas fructifier et l'enterrent le plus souvent; le total des sommes ainsi amoncelées est considérable.
Donnez une pièce d'argent à un Maure : il tendra les deux mains; présentez-lui une pile de douros , il s'abattra dessus avec un geste de bête fauve.
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Des femmes.
Dans cette étrange société, les femmes font bande à part; dès qu'elles ne sont plus très jeunes, elles sont abandonnées par leurs maris, qui leur préfèrent déjeunes négresses achetées au marché. Elles ne sortent guère que pour voir leurs parents, aller au hant" marriy quand il n'y en a pas dans la maison, et visiter les tombeaux le vendredi.
Elles prient rarement; on ne leur apprend rien, parce qu'on trouve qu'elles ne valent pas la peine d'être instruites de quoi que ce soit.
Lorsqu'elles n'ont pas de servante, elles passent une partie de la journée à moudre le blé et à faire le pain.
Elles prennent l'air sur les terrasses, où d'un commun accord les hommes s'interdisent de monter, et se livrent quelquefois à une gymnastique fort dangereuse pour aller se rendre visite les unes aux autres. Comme l'ameublement et le service de table sont peu compliqués, une femme arabe peut facilement
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recevoir et garder chez elle pendant plusieurs jours ses amies et ses parentes.
Elles ont beaucoup d'affection les unes pour les autres , considérant T homme comme Tennemi commun, le trompent quand l'occasion se présente et ne se dénoncent jamais entre elles.
Les enfants.
Les enfants sont fort précoces et tiennent d'étranges conversations; il ne saurait en être autrement avec la promiscuité qui règne dans les maisons, où plusieurs ménages couchent souvent dans la même chambre.
On se hâte de marier les jeunes filles le plus tôt possible de peur d'accident.
Les étrangers.
Lorsqu'un chrétien arrive dans une ville de l'intérieur du Maroc , il a toutes les peines du monde à trouver un logement; s'il n'est pas recommandé au pacha de la ville par sa légation, il est obligé d'aller mendier une
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mauvaise chambre dans le quartier des juifs, ou d'habiter un ignoble fondouk.
S'il est recommandé d'une manière spéciale, on lui cherche un logement dans la médina; seulement comme les Maures ont toujours peur qu'on ne courtise leurs femmes, ils font tout ce qu^ils peuvent pour que le chrétien ne soit pas logé au milieu d'eux. On lui choisit une maison isolée, on cloue la porte de la terrasse, le mokaddem-el-homâ est chargé de surveiller la maison et de faire des rapports sur ce qui se passe.
Dans les rues, les chrétiens n'ont pas de difficultés, parce que le homâ dans lequel l'affaire aurait eu lieu serait obligé de payer une forte amende. Tout au plus, quand l'étranger a le dos tourné, se borne-t-onà cracher contre le mur en murmurant quelques épithètes mal sonnantes : Que Dieu maudisse ton père y etc.
Quelquefois des Européens ont reçu des pierres en passant sur les places publiques, où la foule est tellement grande que l'on ne sait pas au juste qui rendre responsable du
méfait; dans un pareil cas, le pacha saisit Toccasion de faire entrer de l'argent dans ses coffres; il fait arrêter une vingtaine d'individus au hasard et impose aux propriétaires des boutiques qui donnent sur les places une forte amende dont il garde les trois quarts pour lui. Si TafFaire avait une gravité particulière, le pacha pourrait être puni par le gouvernement, qui le mettrait à l'amende de plusieurs milliers de douros.
Les voyageurs ne peuvent faire leurs achats qu'avec difficulté, parce que généralement les marchands ne tiennent pas à vendre à des chrétiens les denrées qu'ils réservent pour leurs clients habituels. Nous pourrions en citer un qui, à Fez, ne pouvait pas se procurer de viande sans être obligé d'aller chaque fois chez le pacha demander un cavalier qui l'accompagnât à la boucherie.
En un mot, les chrétiens ont à supporter dans les villes du Maroc des désagréments et des vexations contre lesquels on ne réclame guère : on ne peut pas forcer les gens à être aimables. Si l'on ajoute à cela que les voyages
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sont coûteux et désagréables, on ne sera pas étonné d'apprendre que, dans les plus grandes villes du Maroc , on ne voit pas plus d'une quinzaine d'Européens par an (1).
Des ambassades.
Lorsqu'une ambassade venant de Tanger est attendue , la ville n'a pas son aspect habituel.
Plusieurs jours à l'avance, les rues par lesquelles elle doit passer ont été nettoyées, une grande maison, munie d'un jardin, a été choisie et meublée par les soins du pacha, qui, à cet effet, a recueilli un peu partout des matelas, chaises, etc.. Le mettasseb a été prévenu d'avoir à retenir sur les marchés les denrées de choix, les moulinn d'or ont reçu des instructions spéciales : en somme, on a fait tout ce qu'on a pu pour avoir l'air un peu moins barbare que d'habitude. Le jour de l'arrivée de l'ambassade, on fait sortir les troupes dis-
(i) Il est rare qu'un voyageur puisse rester plus de huit jours à Fez ou à Maroc sans avoir une folle envie de s'en aller.
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ponibles , le luich , une centaine d'habitants par homâ, et tous les chevaux qu'on peut trouver.
L'ambassadeur est reçu à une certaine distance de la ville par le maître des cérémonies et les deux pachas, escortés par un grand nombre de cavaliers auxquels on a donné autant que possible des effets neufs et des selles passables (qu'on retire après la cérémonie).
Les plus grandes maisons, qu'on choisit pour les ambassadeurs, renferment généraledes chambres vastes mais peu nombreuses , en sorte qu'une partie du personnel de la mission est obligée de loger sous la tente.
Des fêtes.
Les fêtes musulmanes sont :
Vachour, qui a lieu le lo du mois de Moharrem.
Le Mouloudy qui a lieu le lo du mois de Rebi-Loub.
U'Aïd'Serir (petite fête), qui a lieu à la fin du mois deRhamadan.
VAïd-el'Kebir, qui a lieu le 12 du dernier mois de Tannée lunaire.
En outre, les Arabes jeûnent pendant le mois de Rhamadan.
VAchour a lieu en Thonneur des prophètes Adam, Noé, Abraham, etc., et représente à peu près le carnaval et le premier de Tan ; on fait de grands feux sur les terrasses en Thonneur de la flamme que Moïse aperçut sur le mont Sinaï; on donne des cadeaux aux enfants, on organise des cavalcades, des mascarades. On construit une grande lanterne artistement travaillée, et on la promène partout où elle peut passer ; ce divertissement se nomme far raja .
Pendant le mois, certaines familles s'abstiennent de laver le linge et de faire le henna en commémoration de la mort de Hussein, petit-fils de Mahomet.
Le Mouloud a lieu en Thonneur de la naissance de Mahomet; c'est la fête des Aïssaoua.
Le Rhamadan a lieu cinq mois et demi environ après le Mouloud. Durant le mois de
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Rhamadan, il est défendu de boire, de manger, de fumer (ou de respirer la fumée de tabac), depuis le Fedjer jusqu'au Moghreb.
Pendant la semaine qui précède le Rhamadan, on s'entraîne à manger de moins en moins ; le sultan fait des grandes lectures de piété avec les plus savants feky de son entourage.
Lorsqu'on suppose que la fin du mois est arrivée, on épie avec soin le lever de la nouvelle lune, le croissant étant très délié on ne l'aperçoit pas toujours; dans ce cas, on attend au lendemain. Si le croissant reste encore invisible, on commence le jeûne sans attendre davantage.
Un coup de canon annonce le coucher du soleil : à ce signal, on rompt le jeûne en buvant de l'eau à petits coups et murmurant une prière : ensuite on prend du harira , puis des mets légers, et on fait successivement tous les repas dans l'ordre habituel.
Au Tadera, des individus payés à cet effet viennent frapper aux portes des maisons pour réveiller les habitants , afin qu'ils puissent se
lester avant l'aurore. Une des dernières nuits du Rhamadan s'appelle Alkader, c'est pendant cette nuit que le Coran aurait été révélé en entier à Mahomet. D'après le Coran, « pendant cette nuit, les anges et les démons descendent avec la permission de Dieu, portant des ordres sur toutes choses » . On n'est pas bien d'accord sur la date exacte de la nuit d'Alkader; au Maroc, on le célèbre du 27 au 28 Rhamadan. On circule dans les mosquées pendant toute cette nuit, qui a la plus grande analogie avec notre nuit de Noël.
Par rapport à notre calendrier, l'époque du Rhamadan recule de 1 1 jours par an environ; il en résulte que le jeûne peut tomber en été et être très pénible à supporter; comme généralement les Arabes vivent plusieurs dans la même maison, ils ne peuvent éluder l'obligation déjeuner sans être dénoncés et payer une amende.
Les enfants, les vieillards et les malades ne jeûnent pas; dans certains pays, les nouveaux mariés payent un vieillard pour jeûner consciencieusement à leur place.
En voyage on peut boire et manger à condition de regagner plus tard les jours qu'on a manques : on choisit généralement une époque où les nuits sont longues, et on n'a pas besoin de jeûner plusieurs jours de suite.
UAïd'Serir (petite fête) a lieu à l'issue du Rhamadan; elle dure une semaine.
VAïd-el'Kebir. Cette fête rappelle le sacrifice d'Abraham; dans chaque maison, on sacrifice un mouton. Le sultan fait le sacrifice en dehors de la ville.
Au Mouloud, à l'Aïd-el-Kébir et à l'Aïd- Serir, le sultan reçoit des hedia des tribus et des villes.
Des JuifiEi.
Les juifs habitent un quartier spécial , appelé Mellah ; à Fez et à Maroc, le Mellah est à côté du palais.
Le Mellah est remarquable par la saleté de ses rues et par la densité de sa population. Au Mellah de Maroc, le sol des rues s'est élevé de plus de i mètre au-dessus du seuil des
portes, par suite de raccumulation des immondices.
Dans certaines maisons, le bas des murs est garni d'auges pleines d'eau, destinée à noyer la vermine qui descend des murs; l'odeur du Mellah est indéfinissable et le choléra a toujours commencé par ce quartier.
Il y règne une promiscuité extraordinaire ; au lieu de vivre chacun chez soi, il semble que les juifs cherchent à vivre constamment les uns sur les autres; car il y a beaucoup de familles aisées qui ne possèdent que deux chambres.
Les juifs portent des vêtements de couleur sombre, quelquefois brodés d'or, et un burnous noir dont l'ouverture est dirigée à droite. Ils sont généralement coiffés d'un affreux mouchoir en cotonnade bleue et chaussés de babouches noires.
Lorsqu'ils sortent du Mellah, ils sont forcés de marcher pieds nus par tous les temps; l'usage du cheval leur est interdit , mais ils peuvent voyager à mule hors des villes.
Le Mellah est considéré comme un quartier
infamant; les musulmans n'y vont presque jamais. A la porte se trouve une garde chargée de maintenir Tordre et d'empêcher Tintroduction en ville du mahia (eau-de-vie du pays).
Le Mellah est commandé par un Israélite ayant le titre de cheik : ce personnage distribue tassa et les amendes avec autant de profusion que le pacha lui-même et dispose d'une prison provisoire; il est placé sous l'autorité directe du pacha de la casbah.
Les affaires civiles et religieuses sont jugées par des hazzan (rabbins), qui sont en outre chargés de tuer, avec un couteau spécial et en prononçant certaines prières, tous les animaux destinés à la nourriture des Israélites .
Les hazzan entretiennent avec soin le fanatisme de leurs coreligionnaires.
Les juifs paient un impôt appelé c:j[ïa; ils sont fort tranquilles dans leur quartier, pratiquent l'usure à raison de 6 0/0 par mois et ne se plaignent pas trop des humiliations qu'on leur fait subir.
Le sultan leur prête quelquefois de Par-
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gent et les traite moins durement que les Arabes, parce qu'il les sait très prompts à se plaindre en Europe de persécutions réelles ou non.
A cet égard les journaux sont rarement bien informés parce qu'il est fort difficile de contrôler la réalité des histoires qui émanent des villes deTintérieur. Nous citerons comme exemple la légende du juif brûlé vif à Fez :
en janvier 1880 un juif avait été tué dans une rixe ordinaire : le corps n'avait pas pu être enlevé immédiatement et les gamins du voisinage avaient imaginé de le flamber avec du pétrole et de la paille. Ce fait était parfaitement connu de toute la ville, néanmoins on lisait quelque temps après dans un journal sérieux : « De graves désordres ont éclaté à Fez, plusieurs juifs ont été brûlés vifs. »