CHAPITRE VI
De IVIel i lia à Tanger : Gibraltar et le détroit
De Melilla à Tanger, impossible cle songer à emprunter la route de terre ! Le massif du Rif, impénétrable, barre la route et jamais l’audacieuse entreprise ne tenta les plus téméraires voyageurs. Les tribus farouches ne sont pas le seul obstacle, un relief géographique très mouvementé, s’étendant en murailles de rochers jusqu’aux flots de la Méditerranée ne laisse courir aucune piste de sable sur les plages absentes. S’il existe une route, il faut aller la chercher dans l’intérieur du pays, et, depuis la remarquable exploration de de Foucauld, voici vingt ans passés, nul Européen n’est revenu de là dire ses impressions de voyage. De la façon la plus banale, j’ai donc renoncé pour cette fois au Rif et à ses forêts, pour admirer et comprendre l’un des plus pittoresques détroits du globe : Gibraltar.
Aussi bien, n’est-ce point quitter le Maroc que de saisir l’importance de la célèbre citadelle posée en travers de ce canal, large de quatre lieues à peine, pour le commander de ses canons : et cette brève excursion au
rocher britannique rendra plus saisissant par la suite le contraste de ces deux mondes, voisins à se toucher, qu’un bras de mer pouvait réunir et suffit en somme à dissocier profondément.
Une montagne bossuée de canons ; une ville entassant à flanc de coteau ses rues étroites, mais propres, où fourmillent des milliers de travailleurs, des nuées de soldats en khaki; un port avec ses jetées nouvelles venant s’ajouter aux quais anciens ; une rade merveilleuse, vaste à y laisser évoluer toutes les escadres du monde et d’autres encore ; et, par dessus tout cela, un ciel magique, drapant d’immensité cette caserne du léopard britannique, qui n’est qu’un rocher certes, mais le plus formidable des rochers.
On a dit qu’il ressemblait à un lion endormi. Peutêtre ; mais lorsque par toutes les fentes de la montagne, le canon tonne, le réveil du lion doit être terrible.
Un sphinx ! Gibraltar, a-t-on écrit. C’est possible et je ne tenterai point de déchiffrer l’énigme de ce colosse, barrant la route des mers latines aux flots de l’Atlantique, prolongeant sa veille au seuil de deux continents...
... Lorsque, hier soir, aux dernières lueurs du jour, j’ai quitté Algésiras pour me rendre ici, des nuées planaient sur le rocher, rendant ses cimes imprécises plus mystérieuses. Une sorte de gigantesque fer de lance à la pointe de pierre acérée terminait brusquement Gibraltar du côté de la Linea espagnole, tandis que, vu de la mer, il me donnait l’impression d’une tête de taureau
DE MELILLA A TANGER
gigantesque dont les autres rochers dessinaient la croupe rebondie. Au-dessus, comme pour marquer la bête au
Le rocher de Gibraltar, vu de la Linea espagnole.
front, du sceau des prédestinés, un astre, Jupiter, étincelait. Et je voulus voir dans cette masse sombre, surgissant du sein des flots dans le ciel calme,, dominée
seulement par l’astre du roi des Dieux aux temps des Colonnes d’Hercule, un symbole. Maintenant que j’ai visité, je pourrais dire pierre par pierre, le fameux rocher, je ne puis me refuser â trouver le symbole particulièrement significatif.
Gibraltar est la consécration indubitable de la toute puissance britannique; il est, à juste titre, l’orgueil de la nation, dont la devise est « Dieu et mon droit » ; le triomphant effort du peuple dont l’histoire et la politique est toute contenue dans cette formule : « La force prime le droit ».
Cette première sensation une fois racontée — sensation d’écrasement total, au moindre signe, sous ces voûtes, derrière ces bastions, au fond de ces casemates — il importe de préciser quelques détails.
J’ai entendu, en, France, des opinions bien divergentes sur la valeur de Gibraltar, comme forteresse et comme point cl’appui de la flotte anglaise. Pour les uns, la forteresse est munie de canons démodés, inutilisables; le port manque des mille et un engins nécessités par les flottes modernes de combat : somme foute, Gibraltar est le coup de bluff par excellence des Anglais. Pour les autres, Gibraltar est imprenable, hérissé de canons, approvisionné en tout, partout et pour longtemps.
Je dirai mon sentiment tout â l’heure ; mais je crois bien que les tenants de la première hypothèse ont parlé après avoir vu â Gibraltar ce qui est montré à tout le monde, sous la conduite d’un rifleman. Les Anglais sont très fiers de leur Castle’s Gallery, et s’empressent de faire visiter ces souterrains creusés dans la roche vive, s’éle^
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vant par gradins aux flancs nord et nord-est, s’ouvrant par intervalles pour darder vers la haute mer ou les Sierras espagnoles la gueule de leurs canons. Il y a un siècle que cette Castle’s Gallery fut ouverte ; il y a bien vingt-cinq années que l’on y a placé les canons qui s’y trouvent encore. J’y ai toutefois remarqué une pièce
Gibraltar : Moorish Castle.
toute neuve à tir rapide, de 120 millimètres ; dans une anfractuosité du long souterrain, j’ai pu distinguer aussi plusieurs pièces neuves tenues en réserve. Au surplus, commandant le territoire espagnol, ces moyens de défense sont sans grande utilité pratique aujourd’hui.
Ce qu’il est donné à un petit nombre seulement d’admirer; ce que j’ai vu, grâce à la très courtoise permission
du gouverneur, ce sont les fortifications modernes auxquelles on travaille encore avec fièvre. Et ces ouvrages sont énormes, formidables.
Du Nord au Sud se développent les batteries de Rockgun, Caslle Toak uper road , Bruce1 s farm ; puis, ce sont les forts Power s farm , Incé’s farm, Signal Station. A noter, un double câble relié au port par une puissante machine et sur lesquels roulent et grimpent jusqu’au sommet de l’ ultime fort les wagonnets portant, sans discontinuité, munitions, aliments, matériaux divers et jusqu’aux soldats eux-mêmes.
Et puis ce sont les bastions de Mount misery, Upper Road Tank, St-Michaël, OPiara's Tower, DevÀl Bcllow’s; voici, encaissées dans le rocher, des casernes, des baraquements à perte de vue, Les Windmill Barraks sont destinées â loger plus de trente mille hommes; et les munitions, les vivres sont entassés dans les casemates pour des mois; les obus, prêts à être chargés, sont empilés par milliers dans les cours. Enfin, voici Buffadero Bluff , à l’extrémité sud de la roche, commandant le détroit et la côte du Maroc, Ceuta, que j’aperçois clans le lointain.
Mais je n’ai encore suivi que la ligne de faîte du rocher : on travaille à une galerie devant faire communiquer, â travers la masse calcaire, la face Ouest où se trouve la ville et l’arsenal, et la face Est, à pic sur la mer, pour y construire un fort. A mi-côte, voici des batteries; plus bas, encore des batteries ; j’en visite une, 2nd Europa Advance Baltery , et une autre, Gardenefs Battery..., je ne puis tout voir. Et tout cela est en ciment armé, blindé, mis à
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l’abri derrière des épaulements de béton de plus de trois mètres d’épaisseur; tout cela aussi est mis en communication par des souterrains, où l’on croise des canons, hissés péniblement par des artilleurs et des mulets.
J’avoue que ce travail cyclopéen m’épouvante, car peut-on supposer qu’il soit fait pour ne jamais servir. Quoiqu’il en soit, Gibraltar aujourd’hui est imprenable; il le sera plus encore demain. L’était-il hier, c’est-à-dire il y a seulement six ou sept années? je craindrais de me tromper en l’affirmant. On sent ici l’effort, un labeur exceptionnel, qui s’accomplit depuis plusieurs années mais qui a dû succéder à un repos prolongé. Je gagerais qu’au temps de Fachoda, Gibraltar était une forteresse préparée, armée comme elle pouvait l’être trente années auparavant : la leçon ne fut pas perdue et depuis lors la Grande-Bretagne a travaillé sans perdre un instant.
Au minimum douze cents canons de forteresse, dont un tiers à tir rapide, des munitions à profusion, un approvisionnement de charbon pour ravitailler trois fois au moins toutes leurs escadres ; sans compter des batteries de campagne, d’autres de débarquement, etc., etc. On chemine, même près des voies fréquentées, au milieu des boulets et des obus symétriquement entassés. Les bastions sont trop nombreux; il faut tout numéroter, tout écrire sur la pierre des forteresses : Gâte Frunt , Battery , avec les noms Prince Edward' s, Cumberland' s, etc., avec les numéros, lrst (first), 2nd (second), 3rd (third), etc
Une visite du port s’imposait après celle des remparts : là aussi sont occupés des milliers d’ouvriers ; et c’est dans la fourmilière des travailleurs, l’impression que de
tout un labeur nouveau, et des quais, et des jetées, et des magasins, et des formes de radoub, viennent d’être créés. Ainsi n’ai-je vu qu’une forme de radoub achevée; une seconde l’est presque ; une troisième, fantastique, de plus de deux cent trente mètres de longueur, sur trentecinq de largeur et quinze de profondeur, se construit :
La construction des grandes ormes de radoub à Gibraltar.
dix-huit grues et monte-charges, des wagonnets remorqués par de minuscules locomotives, et des échafaudages de grande dimension donnent à ce coin du port une animation sans pareille.
Puis ce sont des quais nouveaux gagnés sur la baie : entre la mer et la première enceinte des murailles anciennes, un vaste terre-plein a été formé où se trouvent
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édifiés les bâtiments multipliés d’un arsenal immense et flambant neuf, avec ses usines de force motrice, ses hautes cheminées, ses hangars de servitude. Et ce sont encore des montagnes de blocs taillés, venant des Sierras Andalouses, pour augmenter de rochers ce rocher. Une usine à blocs de ciment armé a été établie sur la Linea et ce
Des montagnes de blocs taillés, numérotés, attendent sur les chantiers de l’arsenal.
sont, là encore, des montagnes de blocs attendant que des wagons les transportent au pied de je ne sais quelles colossales constructions nouvelles.
Certes, en ce moment même, Gibraltar est comme point d’appui de la flotte anglaise, en transformation complète : il faut une année encore pour que tout soit
complètement prêt; mais alors, sans nul cloute, la Pointe d’Europe sera le modèle inimitable des travaux de ce genre.
Pourquoi ont-ils été entrepris? Contre qui ces canons ? Que menacent ces forteresses ? Je veux retenir seulement de la terrifiante leçon de choses que je viens de vivre ces proverbes de la sagesse des nations écrits partout ici sur la pierre et dans l'airain : Pour être craint, il faut être fort; si tu veux la paix, prépare la guerre.
En face de Gibraltar, en Afrique, Ceuta.
Ceuta est un presidio , encore : les Anglais en auraient fait un second Gibraltar, les Espagnols y ont élevé le village le plus ennuyeux, le plus sot que j’aie jamais visité. Ils n’ont pas même évité de faire étalage des plus fates prétentions : après une course du Fuertc de Mendizabal au Cuartel de la Reyna en passant par le Paseo de Prim , j’ai dû subir un interrogatoire à la Comandancia General , où, convaincu d’avoir pris en touriste quelques photographies, j’étais condamné, pour ma plus grande joie du reste, à me rembarquer sans délai.
Un gai soleil; sous ses rayons une mer étincelante; à bâbord et à tribord, tel un kaléidoscope géant, les côtes du Maroc avec l’altier Djebel-Moussa, celles d’Espagne terminées par l’îlot brûlé de Tarifa, se déroulent à perte de vue. En deux heures et demie de navigation, nous croisons exactement onze grands vapeurs et deux voiliers,
DE ME LT LIA A TANGER
sans compter deux croiseurs battant pavillon britannique ; puis la pointe Malabata et sa « Tour Blanche » doublée, voici la baie de Tanger, et tout là-bas, dans la demiescalade d’un mont calcaire, la ville, dominée par sa kasbah.
En arrivant à Tanger, une impression première vous
Ceuta, vue générale.
saisit : nulle part l’image d’une forteresse, pas même dans cette haute Kasbah, dominant la ville et la mer, qui fut témoin naguère des luttes passionnées où s’effondrèrent tour à tour les conquêtes portugaises, espagnoles et anglaises ; des remparts, il n’existe que les ruines ; des batteries, une seule domine la rade ; mais ses canons de bronze, aux armes des rois de toute la
chrétienté, ne tonnent jamais que dans les salves d’honneur.
Et puis, ce n’est plus l’âpre escarpement des rocs ; ce ne sont plus ni le taureau, ni le lion, ni le sphinx de pierre, prêts à vomir la mort par toutes les déchirures de la montagne. Tanger s’ofïre aux regards dans un cadre riant de collines cultivées, de mamelons fertiles; n’était l’absence complète d arbres, l’amphithéâtre de ses maisons blanches où pointent quelques minarets, le demi-cercle de sa baie tranquille, où viennent mourir sur des plages de sable fin les flots mélangés de la Méditerranée et de l’Atlantique, évoquent le souvenir d’un Alger d’autrefois.
Gibraltar et Tanger : l’antithèse. Tout ici disposé, préparé dans la stérilité du rocher pour l’œuvre vaine des batailles. Et là, sur ce sol vierge encore et déjà fécond, les gerbes d’or et les vertes prairies invitant au pacifique labeur les énergies de notre siècle et de notre race.
Pourtant, à y bien réfléchir, une similitude s’impose. Gibraltar, ce n’est point l’Europe; Tanger — et les sultans eux-mêmes l’ont compris — ce n’est point le Maroc, ni l’Afrique. Gibraltar et Tanger, c’est le détroit, la route des mondes. A quelques milles seulement de distance, ce sont les deux points du globe également bien placés pour dominer l’univers.
Les nations les plus commerçantes de l’Europe voient les neuf-dixièmes de leurs flottes puissantes franchir journellement ce défilé marin célébré dès la plus haute antiquité sous le nom de Colonnes d’Hercule. Et les
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navires qqi vont aux Indes, et la plupart cle ceux se rendant dans l’Amérique australe, non seulement des mers latines mais aussi des ports du Nord, y trouvent une escale obligatoire ; et quand demain Panama sera percé, Gibraltar et Tanger seront presque à égale distance de l’Extrême-Orient par le chemin de l’Ouest ou
Ceuta : Cuartel de la Reyna, fuerte de Monte Haclio.
celui de l’Est. Et enfin loin d’être un obstacle, cette route qui unit les antipodes est si resserrée entre les côtes brûlées d’Espagne et les verdoyants horizons du Maroc, qu’elle reste encore la voie la plus merveilleuse, ouverte à la suractivité industrielle et commerciale de la vieille Europe, vers les débouchés sans nombre de la jeune Afrique qui s’éveille .
A cause cle cela et parce que la rade sûre en ellemême peut devenir un port excellent et vaste, abondamment pourvu de réapprovisionnements de toutes sortes ; parce que sa situation privilégiée réclame l’établissement â Tanger d’un des plus grands ports francs du monde, je souhaite ardemment que la France com-
VicuK fossés fortifiés à Coûta.
prenne l’œuvre grandiose à entreprendre ici. A une époque où les rivalités des nations se livrent une lutte à mort sur le champ de bataille économique, il ne tardera pas à s’élever en face de ce Gibraltar belliqueux et Anglais, un autre Gibraltar pacifique et commercial celui-là, et, espérons-le, Français.
On ne s’attend pas à ce que je découvre, après tant
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d’autres, la ville~de Tanger, dont toute l’étrangeté est d’ètre à la fois la sentinelle du sombre Moghreb et le refuge de tous les avatars d’Europe. Sans doute depuis un an ou deux une invasion de travailleurs probes et courageux s’est mise â l’œuvre et s’occupe à métamorphoser le pays. J’ai plaisir â constater que ce sont pour
Vue générale de Tanger, à l’arrivée.
la plupart des Français, Aussi, est- ce une raison, avant que le génie et l’ardeur de notre pays aient ici créé — et ce sera bientôt — une autre cité, d’essayer de donner une idée de ce qu’est aujourd’hui Tanger.
On a écrit que Tanger était une ville africaine de quarante mille habitants, où il n’y avait ni tramways, ni vélocipèdes, ni automobiles; où tous les transports
étaient effectués par des chevaux, des mules, des ânes, des hommes et des femmes ; où la police sans policiers n’était pas plus mal faite en somme que dans les villes européennes ; où malgré l’inexistence d’un corps de pompiers, les incendies n’étaient ni plus fréquents, ni plus destructeurs qu’ailleurs; où « le drapeau rouge sans aucun attribut était le drapeau national » ; mais une ville aussi, où l’éclairage des rues et de nombreuses maisons est donné par l’électricité; où le téléphone est installé depuis vingt ans et, depuis vingt ans fonctionne sans demoiselles ; où atterrissent trois câbles sousmarins ; où la Poste française , le British Post Office, le Correo Espanol, et enfin le Deutsche Reichpost distribuent régulièrement les lettres; où les religions musulmanes, catholiques, protestantes et juives sont pratiquées sans budget des cultes, mais aussi sans entrave d’aucune sorte; une ville enfin, où les Européens sont affranchis de tous impôts et peuvent errer en toute liberté : tel est Tanger.
On jette l’ancre à quelque cinq cents mètres du wharf de débarquement : une petite houle du Nord-Ouest, la désespérante lenteur des musulmans me donne des loisirs et j en profite pour fixer en mon esprit la première impression du panorama que j’ai devant les yeux; le temps ne me fera nullement défaut pour héler un batelier, lui confier mes malles et leur propriétaire.
Le site de Tanger a beaucoup d’analogie avec celui d’Alger : ceux qui aiment le petit jeu des parallèles pourraient en établir un saisissant entre les deux cités. C’est la même orientation à l’Ouest de la baie; c’est* vers l’Ouest, l’espace sablonneux et la plage laissant le
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champ libre aux conceptions grandioses de villes modernes, construites au cordeau; puis, toujours en contournant la baie vers l’Est et le Nord-Est, l’Oued Harrach (1) et la colline de Kouba, et le « Mont de Direction » : enfin, la rivière traversée, de vastes champs de culture se terminant, au pied des monts de l’Andgera, par la villa
Tanger : le quartier de La Plage.
du célèbre Harris. Mais tout cela n’a point l’amplitude de la rade d’Alger et c’est au plus si, au lieu des quinze kilomètres séparant le cap Matifou d’Alger, cinq kilomètres ici mesurent la distance de Tanger à la pointe Malabata.
1. Sur cet oued, les Romains, d'après Lamarlinière, avaient jeté un pont, dont on peut voir encore aujourd'hui les arches écroulées.
Mais les collines sont verdoyantes; on distingue les haies d’aloès et de ficus, qui séparent les diverses parcelles des prairies et des vergers : des villages couronnent nombre de mamelons fertiles. La physionomie générale serait des plus séduisantes, si des arbres la venaient embellir. Hélas! point d’arbres ici; et surtout pas de
Vestiges du pont Romain sur l’oued Tandja.
palmiers, pas un seul à Tanger (1). Ce décor manque trop à cette ville si curieusement orientale et cela me peine de voir qu’à ce seyant tableau de la ville Maure avec les minarets de ses mosquées, les cubes uniformes et blancs des maisons, les murailles séculaires de sa
1. Si, un seul, que l’on voit dans toutes les photographies, celui de la mosquée des Aissaouas.
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ciladelle, il manque ce cadre si parfaitement en harmonie avec ces objets et ces couleurs.
Le palmier de Tanger à la mosquée des Aïssaouas.
Me voici sur le wharf (1), où circulent des wagonnets chargés de bagages; deux cents mètres à parcourir