CHAPITRE
Avec l’Ambassade française.
Ainsi donc, vers Fez la lointaine, mystérieuse et sainte capitale va s’acheminer, solennelle, l’ambassade française. Et d’autres missions diplomatiques vont suivre, attirant l’attention sur ces pistes de glaise ou de sable, qui constituent, jusqu’à nouvel ordre, les routes du Maroc.
Une voie directe unit Tanger à Fez : pittoresque, quoique un peu malaisée en hiver, des pluies de déluge effondrant la piste en marécages ; notre ambassadeur ne la suivit point, des raisons sérieuses militaient en ce sens et, pour la première fois peut-être, les Marocains eurent ce spectacle d’une ambassade semblant fuir les brigands, obligée d’aller trouver là-bas, vers Laraclie, le pays tranquille et le Maroc docile.
Je ne m’en plaindrai point, car cet itinéraire me valut une traversée et une nuit délicieuse sur le Du-Chayla,
Débarquement de la mission française à Larache sur une « barcasse » du Sultan.
dont la cordiale hospitalité conquit tout Tanger ; il me valut aussi quelques jours de villégiature pittoresque au bord de la mer.
avec; l’ambassade française
Sous la tente, les immensités de l’Atlantique apportent la brise saline â notre campement juché sur le haut des falaises brunes; vers l’Est, sous la fournaise éclatante du soleil levant, surgissent, comme un spectre de ville, morte depuis des siècles, les bastions, les créneaux et les
Porte de la Kasbali de Laraclie.
forts de Larache. L’histoire de la domination européenne au Maroc est toute dans ces successives assises de la cité : des redans espagnols, des contrescarpes portugaises, des tours mauresques et, dans la Kasbah semiruinée, des vestiges palpables du passage, très court pourtant, des Anglais. Tout en bas, des ruelles enchevêtrées, des maisons informes, des murs écroulés, et enfin un pavillon assez vaste de fer et d’acier couvert
de tôles ondulées : les magasins des douanes, presque françaises.
Nous avons quitté Laraclie en contournant ses antiques remparts ; tout d’abord, une foule curieuse se presse sur notre passage, mais le dernier redan franchi, brusquement nous sommes en pleine campagne. A perte de vue, une piste de sable s’allonge devant nous. Et voici l’ordre du défilé :
En tête, un sous-officier de spahis : burnous bleu, djellaba blanche, guêtres rouges : les couleurs de la France. Puis, côte à côte, des cavaliers superbes portant, droites et fières, les hampes de commandement : un fanion vert frangé d’or surmonté du croissant : c’est le drapeau du prophète; un oriflamme rouge, emblème de la souveraineté chérifienne de Moulay-Abd-El-Aziz.
Selon l’usage adopté, seul, à quelques pas en arrière sur un beau cheval noir, le Bachadour ; c’est le terme adopté au Maroc pour désigner tout envoyé extraordinaire des puissances. Il est réglé que l’allure ne doit pas dépasser celle du pas allongé des chevaux et, quoi qu’il en coûte de garder pendant des heures cette monotone et fatigante attitude, il faut s’y résigner. Et puis, n’a-t-on pas mieux le temps ainsi d’examiner le paysage, d’en fixer les détails.
Madame Saint-René Taillandier, par dérogation à tous les antiques protocoles marocains qui n’admettaient point de femmes dans les ambassades, suit, poétiquement drapée dans une djellaba bleue et un burnous blanc dont le capuchon, ramené sur la tête, est retenu par des cordelettes de laine grise. Un intervalle, puis les divers
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membres de la mission, « la jeune diplomatie française », et les caïds des tribus sur le territoire desquelles passera,
aujourd’hui, l’ambassadeur, leurs cavaliers magnifiques enveloppés de leurs draperies épaisses, le visage sombre, presque farouche, le fusil haut dressé sur le pommeau
Le Dar-maghzen, à Larache.
des selles élevées. Voici les trente cavaliers d’escorte, venus de Fez, délégués par le sultan pour veiller à la sécurité du ministre de France. A leur tête, le caïd Raha, beau comme un chef-d’œuvre de la statuaire antique. Des gestes d’une harmonie parfaite, le teint bronzé comme tous les descendants du grand fondateur de sa tribu — il est des Bokhari, la fameuse milice noire de Moulay- Ismaïl — ses yeux, empreints de mélancolie, décèlent autant de noblesse que de bonté; il a vraiment grande allure ce seigneur du maghzen, et ses difficiles et délicates fonctions ne sauraient être mieux remplies.
Si l’escorte n’est pas aussi nombreuse qu’on l’espérait, la faute ne saurait en incomber au caïd Raha, la guerre a privé le Moglireb de beaucoup de guerriers et les beaux chevaux se font rares. Le caïd Raha commande aussi à une vingtaine de gens armés qui nous suivent à pied et que j’ai grand’peine à dénommer askris (fantassins du Maroc).
Notre convoi s’allonge; après l’escorte, c’est le tour des mules de charge et des chameaux porteurs des tentes, des cantines et de tout le nécessaire pour ne point mourir de faim, de froid ou d’humidité dans ces vastes plaines du Moghreb. A part deux ou trois villages éparpillés à d’énormes distances, point d’abri sur la route, ni de caravansérail, pas même le refuge d’un bois et de son ombre salutaire.
La terre plate et nue, où poussent les orges, les blés, les sorghos ; les bas-fonds marécageux, au-dessus desquels planent des cigognes et des oiseaux de proie; des bosquets de nopals et de figuiers de Barbarie, et puis des
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champs cle tubéreuses, où ne sont encore éclos, ni les gerbes de narcisses, ni les épis des asphodèles, ni les mille bouquets de nénuphars.
Justement l’asphodèle hante nos imaginations. Est-ce un effet de l’ambiance ? Ces messieurs de la carrière savent si bien le Maroc de Loti... et ignorent tant l’autre.
Le caïd Raha.
On cherche la fleur du livre ; on s’étonne de ne point la voir s’épanouir à chaque pas du chemin; on voudrait la réalité conforme au décor merveilleux né de l’imagination féconde du poète. Mais nos vœux sont exaucés, la question marocaine est presque résolue et c’est Madame Saint-Pvené Taillandier qui découvre, cueille et nous offre « la première asphodèle ».
Nous poursuivons notre route. La fantasia, si souvent décrite, déploie ses guerriers à gauche et à droite du cortège; seulement, les fusils depuis longtemps chargés, le sont parfois à balle et deux sifflements caractéristiques ébranlent l’air avec les premières détonations. On fait mine de n’avoir rien entendu et tout rentre dans l’ordre; toutefois, le jeu pouvant devenir dangereux, il n’y aura plus de fantasia aujourd’hui, d’autant plus que les balles avaient été sciemment déposées au fond des longs mousquets, non certes contre le bachadour, mais â seule fin de faire servir le jeu de la poudre à l’extinction de certaine vieille querelle entre les Klot et une tribu rivale.
Maintenant, nous passons près d’un village ; les femmes poussent leurs « youyou » mi-plainte, mi-joie ; c’est le drapeau du chériff, ce sont les caïds de passage et le bachadour qu’elles saluent.
Et les oiseaux, eux aussi, se pressent curieusement sur notre route. Jamais je n’ai rencontré tant de familières petites bêtes. Les alouettes ne prennent point leur vol effarouché à notre approche, bien au contraire elles se rangent pour nous voir passer. Le sabot des chevaux va presque les toucher, elles tournent alors la tête, l’inclinent malicieuse, regardent, et, après unpi-ouit de satisfaction sans doute, elles étirent les ailes et s’envolent un peu plus loin.
J’ai précédé au camp, l’arrivée du Bachadour, décidément c’est tout un monde qui s’agite autour de lui, à cause de lui.
J’en essaye le recensement et voici pour ceux que les chiffres intéressent le résultat de mes investigations. Les
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membres de l’ambassade et leur suite forment un groupe de trente-cinq personnes. On m’assure que notre escorte compte bien trente moghazenis ou cavaliers et vingt askris. Vingt fraiguis, ou hommes de tente, sont un minimum nécessaire pour plier, transporter et réédifier une fois au camp nos fragiles maisons de toile. Ajoutons
quarante-cinq muletiers, trente sokhars , ou conducteurs de chameaux, vingt autres gens d’écurie et enfin dix rakkas ou courriers-piétons, destinés à assurer rapidement le service des correspondances vers Tanger et Fez.
Au total, cela fait près de deux cent cinquante individus et au passage je n’ai pas encore recensé les bêtes de somme. Chevaux des hommes d’escorte, fringants,
pompeusement harnachés de cuir, de soie, de broderies, une trentaine; puis quarante montures de selle, mules tranquilles et coursiers. Et voici quatre-vingt mules de bât, trente mules de tente et vingt autres bêtes encore, ânons courageux et chevaux. Enfin quatre-vingt-dixhuit chameaux toujours geignants, toujours impolis : ils jettent sur le convoi de l’ambassade une note pleine de pittoresque et, pour ma part, je me laisse attendrir au souvenir de mes anciens compagnons de route au Sahara. Les braves bêtes. C’est laid, c’est désagréable au camp à cause du bruit qu’elles font, à cause des tentes qu’elles renversent parfois dans leur folie ; mais entre elles et leurs maîtres, les Arabes, il y a si complète harmonie, tant de fatalisme bienfaisant en somme les guide, tant de résignation leur fait accomplir les pires besognes...
J’en oublie l’addition : trois cent vingt bêtes au minimum. On comprendra, se souvenant que c’est le maghzen qui paie tout, qu’une année où le Maroc voit s’acheminer deux ambassades est pour lui une année de privations ; quand trois Bachadours surviennent, c’est la famine ; on affirme qu’en six mois quatre de ces importants personnages auront gagné Fez. Grands Dieux! que vont dire et faire les malheureux sujets des caïds et du chérifi, tenaillés par la faim?
Fatigue à part, à part aussi le désagrément de la pluie qui détrempe les terrains argileux où nous marchons, qui pénètre nos vêtements et envahit notre tente, la chevauchée est pleine de charme et d’intérêt. Il y a tant à apprendre en cours de route de ces caïds qui viennent nous saluer, de ces légendes des saints marabouts que
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nous rencontrons, etc. Et puis le décor, toujours renouvelé, est toujours pittoresque : il révèle à nos yeux un pays riche, fertile où il fait bon chevaucher, loin des agglomérations urbaines et dans le calme profond de la primitive nature.
Un petit village fait de huttes de fougères laisse percer au-dessus des toits qui fument le minaret élégant d’une blanche koubba ; les notables, dans un galop furieux, brandissent dans les airs leurs longs fusils et les déchargeant ainsi tendus à bout de bras, accourent au devant du Bachadour, voici notre première étape : les tentes du campement y sont dressées déjà, abritées contre les rafales par les haies hautes des ficus aux feuilles étrangement découpées en raquettes épaisses, toutes hérissées d’épines.
Il a gentil aspect, notre camp, où il va falloir vivre deux semaines : la pluie n’a pas encore déteint les ornements bleus dont sont agrémentées les tentes du maghzen, la boue n’a point pollué les toiles ; les cordes, les piquets, les mâts sont intacts et permettent d’édifier un ensemble harmonieux de toutes ces maisons de lin. Dix fois nous lèverons le camp, dix fois nous le redresserons ailleurs, et il nous semblera toujours que cette petite ville ambulante n’a point changé de place, n’ayant pas cessé de vivre la même vie, et chacun dans le même cercle régulier, retrouvant son home, ses voisins, se persuadera, de plus en plus, qu’il ne s’est pas davantage enfoncé au coeur du maghzen, mais a seulement accompli, l’après-diner, sa promenade coutumière.
Au centre, une tente plus vaste, drapée à l’intérieur de riches étoffes et de ces haittis , dont se parent toutes les
demeures importantes, lourdes draperies de velours et de soie, le plus souvent rouge et vert, où triomphe comme unique ornement le fer à cheval si familier â l’architecture arabe ; une énorme boule de cuivre doré surmonte le mât central, c’est le djemmor insigne du commandement ; les bachadours ont seuls le privilège de
Le camp de l'Ambassade française sur la falaise de Laraclie.
l’avoir au-dessus de leur tente et bon gré mal gré, les caïds d’escorte ou ceux des tribus traversées doivent s’abstenir d’arborer le leur au camp de l’ambassade. Parfois, quelque malin se permet un simulacre d’oubli de ce protocole : malheur au ministre-voyageur qui ne s’en apercevrait point et laisserait ainsi avilir son autorité. Il courrait grand risque de n’avoir plus, les jours
avec l’ambassade française
suivants, aucune escorte, aucune marque de respect sur son passage.
L’usage veut que le bachadour soit de toute façon un important personnage : l'escorte que lui fait parvenir le maghzen ; les chevaux de selle et les mules — celles-ci confortables, pleines de santé, coquettes mêmes sous leurs selles de drap rouge — qui ont été dépêchés aussi pour la suite du ministre; la sollicitude du sultan qui confie la garde du personnage â un caïd Raha, ou colonel, judicieusement choisi entre beaucoup; autant de preuves qu’au Maroc il est une civilisation et que les usages des cours les mieux policées sont en honneur.
Il y a plus : le peuple lui-même, le farouche Maro • cain, reconnaît de loin le cortège d’un bachadour; les drapeaux et les soldats qui le précèdent indiquent à tous sa qualité et les coutumes tant de fois décrites sont toujours en vigueur. C’est le harr, la fantasia , les diffa , la mouna.
Dans la plaine immense subitement ont surgi, d’entre les bosquets d’asphodèles ou les massifs de jujubiers épineux, quelques burnous gris : l’un d’eux tient entravé sur les épaules un bélier à l’épaisse toison. Brusquement, l’un des indigènes, le notable du village, sans doute, a saisi la bride du cheval que monte le bachachadour : il arrête la monture. En un instant le malheureux bélier est agenouillé, un éclair d’acier a lui, et, par la gorge large ouverte, s’épand sur l’herbe, avec sa vie, le sang de la victime. Quelques paroles échangées entre le sacrificateur, le notable et l’interprète du bachadour;
le bélier mort livré aux fraiguis (hommes de tente), qui
le mangeront ce soir; un signe d’acquiescement du ministre et le cortège reprend sa marche : tel est le harr.
Presque à chaque heure le même spectacle se renouvelle avec cette seule différence que parfois de jeunes veaux ou un bœuf est substitué au bélier, la grosseur de la bête sacrifiée étant toujours en proportion avec l’importance de la requête faite. Par c’est d’une requête qu’il s’agit. Loin du sultan, sans espoir de le voir jamais, à cause de la difficulté du voyage et de l’impossibilité le plus souvent de l’approcher, tout individu molesté, toute tribu spoliée attend des mois et des années le passage d’un bachadour. « Lui, bientôt, verra Sidna, il pourra lui parler; s’il veut se charger de la requête, c’est la vengeance enfin et le salut. » Et de fait, s’il avait fallu admettre comme argent comptant toutes les histoires racontées, alors que les victimes rougissaient le sol sous nos yeux, le Maroc manquerait quelque peu de justice : troupeaux enlevés, femmes violées, villages incendiés, meurtres, carnages, etc., de quels noirs forfaits ne s’est point chargé le carnet de notes du bachadour et quel chapelet de méfaits à raconter au sultan, en le priant de satisfaire les plaignants !
Le plus remarquable de tout cela, c’est en effet qu’une suite logique et équitable est presque toujours donnée à ces requêtes, accueillies pendant le voyage et présentées par le bachadour. De là viennent la pérennité de l’usage et la faveur marquée dont cette coutume jouit dans tout le Maroc. A cet égard tout au moins, les ambassades sont un bienfait pour le pays, et c’est aussi ce qui rend invraisemblable dans les conditions ordi-
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naires tout attentat contre un ambassadeur ; à son immunité diplomatique vient s’unir le sauf-conduit du harr.
Au Maroc, la tribu est la base de tout l’organisme politique; aussi des devoirs incombent-ils à celles que traversera le solennel cortège du bachadour. C’est d’abord l’escorte à fournir ; à la rivière ou à la haie de nopals qui forment la limite de son territoire, le caïd, ou, à son défaut et seulement pour raison valable, son kalifat, attend le ministre et envoyé extraordinaire pour lui faire cortège. Ce sont d’abord des présentations réciproques, puis l’affirmation qu’on est content de se connaître, enfin la demande de renseignements sur la route à parcourir, demande qui reçoit toujours cette réponse : « Il n’y a que du bien et la paix sur le chemin ».
Et si le caïd veut se faire bien voir du mahgzen, obtenir du sultan une plus haute charge — surtout s’il sait que ce bachadour a une grande influence — les fantasias vont se poursuivre durant tout le trajet effectué sur son domaine administratif. Et vraiment, alors, la plus petite ambassade a grand air avec ce perpétuel va et vient, sur ses flancs, de cavaliers magnifiques, brandissant dans les airs leurs fusils et multipliant leurs salves inoffensives. Pour ma part, je n’ai' pu jouir de ce spectacle que deux fois sur la route de Fez et une seule fois, le caïd remplit ce devoir envers notre bachadour en l’accompagnant de ses hommes déployés en fantasias et en lui offrant aussi la mouna de tadjinns (des plats préparés), qu’il n’est d’ailleurs plus dans la tradition d’offrir.
La mouna , c'était autrefois l’acte quotidien le plus important de toute ambassade. Suivant qu’elle avait été offerte avec une royale abondance ou bien une parcimonie de mauvais augure, la mouna constituait le véritable baromètre de l’atmosphère politique pour le bachadour. Il est encore dans toutes les mémoires cet incident diplomatique raconté par Loti â propos d’une mouna que notre ministre, M. Patenôtre, jugea insuffisante, en déclarant que c’était un manque d’égards grave envers la France.
La mouna, c’est, à proprement parler, tous les aliments nécessaires au bachadour, â sa suite, à son escorte : pains, œufs, moutons, poulets, légumes, fruits, thé, sucre, bougie, etc. Sitôt l’ambassade arrivée au lieu du campement, le chef du village voisin la venait visiter, s’enquérait de ses besoins et revenait bientôt après, dans un cérémonial déterminé, portant sur de vastes plateaux de cuivre ciselé ou dans d’immenses corbeilles de paille tressée, des monceaux de victuailles. Le bachadour devait recevoir le présent, l’agréer s’il lui paraissait convenable, le refuser en cas contraire. Dans cette hypothèse, quelques minutes se passaient et un notable supplément de mouna arrivait à point pour calmer les dignités protocolaires.
Aujourd’hui, rien de tout cela : un amin, choisi par le sultan et muni par le maghzen, à cet effet, des sommes nécessaires, va à Tanger chercher le bachadour, s’entend avec sa maison au sujet des provisions dont il aura besoin, achète le nécessaire et accompagne le convoi ; au camp, le soir, très prosaïquement sont réparties entre
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les diverses marmites, viandes et légumes. Le pittoresque y perd beaucoup et l’estomac aussi. 11 est vrai que les villageois du parcours et les paysans des plaines risquent moins de mourir de faim n’avant pas été forcés de fournir des vivres à plusieurs bachadours se rendant par la même voie, comme cette année, à Fez.
Une difla ; le Ministre de France, Mme Saint-René Taillandier et leur suite chez le caïd dos Habbassi.
Je terminerai en insistant sur le caractère sacré du bachadour, qui fait que rien ne sera jamais tenté dans le bled maghzen contre lui. D’attaques possibles, il n’y faut point songer, seuls peuvent y accorder créance les intéressants correspondants étrangers de Tanger ; des captures de quelques chameaux chargés de victuailles
peuvent se produire, certes, et nous eûmes cette mésaventure en traversant le territoire des farouches Beni- Hassen. — Cette épithète de « farouches » accolée aux gens de cette tribu marocaine est obligatoire, paraît-il, bien que vingt autres tribus la méritent davantage que celle-ci. — Mais c’est qu’alors il y a eu méprise. Dans le défilé du cortège, des groupes de mulets ou de chameaux s’écartent parfois : il suffit alors, qu’isolés, on les prenne pour des caravanes ordinaires, menées par quelque conducteur, dont tel ou tel croit avoir à se plaindre ; le coup est bientôt fait. Que si d’aventure, on proteste : « J’accompagne l’ambassade », les renseignements sont vite pris. L’affirmation reconnue exacte, sokhars et mulets sont relâchés. Ils éviteront seulement de passer à nouveau dans ces parages, quand ils ne seront plus avec le « bachadour ».