‹ Le Maroc pittoresqueChapitre 19 sur 29 · L ENTREE DANS LA LOINTAINE FEZ · texte numérisé non relu

L ENTREE DANS LA LOINTAINE FEZ

pent leur silhouette sombre sur les neiges éternelles des Beni-Ouaraïn, qui ferment l’horizon; et, déjà, se dresse, plutôt comme une barrière, la tour octogonale de la porte de Bab Segma, où se distingue à peine l’entrée, que nous allons franchir.

Mais qu’est-ce donc? On dirait, autour et devant cette

La multitude des Fasis attend devant la porte Bab-Segma, l’arrivée du « Bacliadour ».

porte, comme un amoncellement énorme de ces pierres blanches et rondes, que dépose parfois la mer au pied des

la Kasbah des Gherarda ne fait pas, à proprement parler, partie de la ville : on n’y perçoit pas le droit des portes. Les Gherarda qui l’habitent sont presque tous cultivateurs dans la banlieue; aussi a-t-elle conservé l’aspect de ces kasbahs de caïds bédouins si nombreuses au Maroc. Pas de maisons en maçonnerie, ni de rues, mais seulement,

falaises. D’où je l’aperçois, il semblerait qu’une vague immense ait soulevé ces galets pour submerger la ville, dont les murailles elles-mêmes sont envahies. Je m’approche et ma stupéfaction égale ma déconvenue. Ces galets ! Une multitude de burnous blancs : des hommes, des femmes, des enfants, qui nous regardent venir dans une attitude de statue. Une vision fantastique : ces visages n’expriment aucun sentiment, ni la haine, ni la sympathie, ni la surprise, ni la curiosité. Nous passons : pas un n’a tressailli, pas un regard n’a varié, pas une lèvre ne s’est entr’ou verte pour pousser un cri. Le silence solennel et magnifique d’une population de cent mille âmes, massée en une sublime vague humaine pour accueillir le bachadour, telle est la seule manifestation, dont nous ayons été témoins pendant toute cette matinée, à laquelle rien ne peut ressembler, de notre temps, dans aucun pays.

Maintenant, la porte Bab Segma franchie, entre ces murailles interminables, gardant, malgré les ravages opérés par le temps et les intempéries, un air de majesté qui impose, le silence encore plus grand vous accable. Le cortège étrange se déroule au milieu de cours désertes, à travers des ruines et des ruines encore. Et ces ruines semblent vivre, donner à ce Dar Maghzen (palais du sultan) l’aspect qui lui sied, qu’il eut toujours.

pêle-mêle, des cabanes en pisé ou des gourbis de roseaux et des enclos d'épines où les troupeaux sont enfermés le soir comme dans les douars. Ce n’est qu’un vaste enclos rectangulaire ; ses murs élevés et flanqués de tours carrées, de même que ses portes ne manquent pourtant pas d’aspect. (Gaillard : F es , passim.)

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