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CHAPITRE VI

Le Sultan Abd-EI-Aziz.

J’ai eu l'honneur cl’ètre reçu en audience privée par sa Majesté chérifienne et je tiens à narrer aussi simplement que possible cet entretien, ne voulant ni l’embellir par des artifices de style ni en affaiblir les données par d’inutiles commentaires.

Lorsqu’à onze heures du matin, je franchis la lourde porte qui donne accès au Gfrand-Mechouar, je trouvai m’attendant Si-lvadour-ben-Gabhit et mes confrères parisiens. Tout de suite, je suis mis au courant d’un incident qui pourrait faire remettre à demain l’entrevue. Alors que le caïd Raha nous avait priés pour onze heures, c’est à dix heures que Sidna nous attendait. Pendant trois quarts d’heure, sa patience ne s’était point lassée ; pourtant, il s’était à la fin retiré dans ses appartements et n’allait point peut-être vouloir en sortir de sitôt.

On parlemente : on explique le malentendu; l’homme superbe qui remplit les fonctions de Caïd-el-Mechouar, court au palais et nous laisse, anxieux de la réponse.

Ce ne fut pas long. Abd-EI-Aziz, que nous avions fait

tant attendre, ne veut point en user de même à notre égard : le Caïd-el-Mechouar reparaît, fait un signe et nous nous avançons vers l’une des tours du Mechouar où se trouve, me clit-on, la porte d’entrée du Palais.

Bien que devant nous présenter devant un monarque oriental, inhabile sans doute à juger nos coutumes, machinalement, nous nous employons â ajuster dans une complète correction nos habits, lorsque soudain nous apparaît Abd-El-Aziz, assis sur un simple fauteuil de bois courbé et cannelé ; les voûtes de la vieille tour font un sombre cadre au monarque, que n’assiste aucun personnage du maghzen, aucun familier.

Rien de plus étrange et de plus imprévu que cette brusque mise en présence avec le Commandeur des Croyants, dans ce simple appareil, et vraiment tout de suite, je me sens pénétré dun sentiment de respectueuse et sympathique admiration pour cet empereur qui pourrait vous étonner du faste de sa cour, du pompeux appareil de ses cavaliers aux éblouissants costumes et préfère toujours vous subjuguer par la confiante affabilité de son accueil et la presque familiarité de son tête â tête. Toutefois, nous n’avons garde d’oublier les règles de l’étiquette marocaine et ce n’est qu’après trois profondes inclinations devant Sa Majesté que nous nous approchons de lui. Un geste pourtant, très amical, nous avait déjà invités â hâter notre venue.

Ferai- je du sultan un portrait ? Donnerai- je de lui comme un signalement rapide ? C’est œuvre bien difficile, car sa silhouette originale se refuse â une descrijH tion exacte : la personnalité d’Abd-El-Aziz est toute dans

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son regard et son sourire, et quoi de plus intraduisible que ceux-ci !

Dans l’ovale arrondi d’un visage de cire brune d’une matité très grande, se profile le nez très aquilin ; la bouche, grande et voluptueuse, s’éclaire quand elle sou-

La vaste esplanade qui précède le palais privé du Sultan, à Fez.

rit — et Sidna daigna beaucoup sourire — de la double rangée de dents, blanches à faire pâlir d’envie nos plus coquettes Parisiennes ; des mèches assez longues de cheveux bruns et fins s’échappent de la chéchia et du capuchon de la djellaba blanche pour recouvrir les tempes ; les yeux très noirs éclairent la physionomie de lueurs vives et pourtant mystérieuses : ce n’est point un

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regard plein de feu ; ce n’est pas non plus un regard langoureux. Et pourtant, il y a du feu dans ces yeux, il y a une infinie langueur dans ces prunelles; on y lirait, semble-t-il, toutes les joies mélancoliques et sereines de l’Islam et de l’Orient, avivées des ardents désirs, des dévorantes passions de notre paganisme occidental.

Tel le chef de la chrétienté, le Chérif saint doit n’être vêtu que de blanc : djellabas, cafetans, burnous, tout cela est d’une éclatante blancheur et en même temps d’une noble simplicité. Point de soieries, point de festons brodés : tout le luxe permis est dans la finesse extrême des tissus de pure laine. Toutefois, et pour être scrupuleusement exact, je dois mentionner les gants de filoselle sombre qu’affectionne Abd-El-Aziz et qui sont une des manifestations du goût avéré du jeune sultan pour les habitudes européennes.

Mais voici que Si-Kaddour me présente â Sidna.

Excuses pour notre retard involontaire, vifs remerciements pour la faveur accordée, et tout de suite chacun de nous questionne â qui mieux mieux. C’est le journalisme en général qui fait les frais de la conversation. On demande à Abd-El-Aziz ce qu’il pense de notre imagination féconde, parfois un peu trop, si l’on en juge par cette réplique de Sidna, dite avec une extrême bonne humeur et dans un franc éclat de rire :

• — Oh ! mais les journaux, j’y faisais naguère beaucoup attention; mais quand je me suis aperçu, lorsqu’ils parlaient du Maroc, qu’ils contenaient mille détails invraisemblables, je ne leur ai plus accordé autant d’importance.

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C’était une façon fort diplomatique de nous traiter de hâbleurs; — je n’affirmerais pas d’ailleurs que l’équivalent arabe de cette épithète n’ait pas été prononcé, Si- Kaddour se refusant par politesse à traduire certains mots et joignant son hilarité â celle du Sultan, heureux de nous avoir joué ce tour et donné cette leçon. — Nous pro-

Abd-El-Aziz et l’interprète pendant notre conversation avec le Sultan.

testons évidemment de notre innocence; nous trouvons l’occasion bonne de prouver au Sultan que les journalistes français sont sans aucun doute hors de cause et qu’il faut accuser de ces forfaits d’intrigants voisins.

— Maintenant que nous avons vu le Maroc et son Sultan, notre imagination se reposera, Sidna : nous n’aurons plus à raconter que des choses merveilleuses,

sans mettre à contribution d’autres facultés que notre mémoire.

— Dans ce cas, — et Sidna ponctue sa promesse de l’index appuyé sur son front, — je lirai avec grande attention désormais toutes vos « gazettes » .

Mais Si-Kaddour me place dans une situation, que je crois embarrassante. Je me souvenais de ma visite au pays du Prétendant, et j’éprouvais quelque malaise à penser que le vrai Sidna, qui lit les journaux, pouvait l’avoir apprise, quand, connaissant bien son hôte, Si-Kaddour me désigne comme ayant vu les troupes de Bou-Hamara, son camp et tout le reste.

Mais cela intéresse vivement Sidna qui me presse de questions. Avec la meilleure bonne volonté, je l’assure de la faiblesse numérique des troupes du « Pvogui », du découragement des tribus révoltées. Et, comme il discerne mon appareil photographique :

— Avez-vous pris des vues du Rogui, de ses soldats, de cette partie de mon pays ?

Je réponds affirmativement, sur quoi Sa Majesté me témoigne le désir d’en avoir quelques épreuves, ainsi du reste que de celles prises au cours de mon voyage avec l’ambassade française.

— Notre Maître, il sera fait selon votre désir. J’aurai soin de vous prier d’agréer un album de toutes les vues que j’ai faites au Maroc.

— Combien y;en a-t-il?

— Plus de trois cents.

Et Sidna cle se réjouir et de me dire combien il est

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charmé de mon projet et quelle hâte il a de recevoir ces vues.

Puis on parle des photographies de Paris qui furent le cadeau le plus apprécié offert â Abd-El-Aziz au nom de la France. Et j’apprends de la bouche auguste de Sidna que son choix est impossible à faire, que toutes les vues de Paris sont des merveilles, que « Paris est beau partout ».

— Vous ne désirez pas voir Paris, Sidna? Quelles fêtes on vous y ferait et avec quelles acclamations Voire Majesté y serait reçue !

— Ali ! certes ! si j’étais libre, comme je le visiterais avec plaisir, votre cher Paris et bientôt !...

Et, ce disant, les yeux vifs se sont voilés de tristesse. Sidna est le prisonnier de l’Islam dont il est le Grand Prêtre. Il semble que l’on voie son lourd suaire envelopper le jeune souverain et, brusquement, la bouche moqueuse se plisse amèrement, le front s’assombrit; la conversation tout de suite devient grave :

— Paris ! La France ! — Nous avons le plus vif désir de lui prouver notre amitié. Nous savons que le Maroc a besoin de réformes. Dites bien que le Maroc, le maghzen lui-même, le Sultan et tout le peuple demandent des réformes; nous y songeons chaque jour. Nous serons heureux de les. réaliser, Seulement — et le Sultan appuyait avec insistance sur ce mot, — il convient de ne point hâter les choses, de faire ces réformes progressivement et surtout sans qu’il soit porté atteinte â nos croyances religieuses. Mais oui, dites cela aux Français, et, appuie Sidna, dites bien que c’est le Sultan lui-même qui vous a parlé ainsi et vous a prié de répéter ses paroles.

Nous causons alors de cette préoccupation visible du Chef des Croyants, touchant l’intégrité future de la foi islamique ; nous lui donnons la ferme assurance qu’il n’y sera jamais porté, quoi qu’il advienne, aucune atteinte, et pour accentuer dans l’esprit du Sultan cette idée, j’ai l’heureuse pensée de lui parler du projet d’ériger bientôt une mosquée à Paris.

Les yeux de Sidna s’éclairent de nouveau ; il me remercie chaleureusement et comme je lui cite les promoteurs de cette œuvre, le Comité de l’Islam et son infatigable président, M. Deloncle, député de Saigon :

— Vous direz à tous ma gratitude, je les remercie non seulement en mon nom, mais au nom de l’Islam tout entier.

Notre entrevue va prendre fin. Je présente â Sidna ma requête bien vite agréée : je peux commettre l’irrévérence de faire la photographie du descendant du Prophète et, par surcroît, on va m’accompagner dans le Palais pour m’en montrer les cours et jusqu’aux animaux féroces, lions, ours, panthères noires, qui constituent la ménagerie d’Abd-El-Aziz.

Je remercie le sultan de m’avoir permis de fixer ses traits afin qu’il me soit donné de le faire connaître et aimer, lui qui fut peut-être l’adolescent amusé de nos hochets d’Europe, mais dont la vive intelligence songe aujourd’hui à faire bénéficier son peuple de notre civilisation, tout en lui conservant, inviolée, son immuable foi.

Trois fois je t’ai vu, ô Sidna, « notre Maître », et

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chaque fois tu m'as paru davantage aimable et plus digne d’être aimé.

Ce fut d’abord, lorsque dans le sévère et silencieux décor du Dar-Betha, tu voulus recevoir, entouré de ta cour, l’Envoyé de la France. La solennité du moment, les graves visages de nos diplomates avaient figé sur tes

Un lion du Sultan.

lèvres le sourire habituel de ton accueil, et, le discours protocolaire que du devais prononcer ayant été la veille remis à son adresse, tu ne crus pas utile de le réciter à nouveau, car tu es ennemi du faste et tu es simple. Pourtant, dès ce moment, tu conquis les cœurs de tous, tant rayonne ton visage de grâce juvénile, tant tes yeux indéfinissables vous émeuvent de leur mélancolique ardeur.

Et peu après, tous les personnages officiels disparus, — ceux que ton peuple appelle les Nazreni et dans le commerce desquels tu te plais et ceux que nous nommons tes ministres et dont la perpétuelle présence à tes côtés t’énerve, — je te vis choisir ton coursier parmi les trois chevaux superbes, aux coussins de drap émeraude et aux selles hautes d’argent et d’or : tu choisis le plus grand, le plus cabré, le plus blanc ; d’un geste élégant, tu te mis en selle, svelte et léger, malgré les draperies de tes burnous et de tes djellabas blanches : cheminant au milieu de tes vingt esclaves noirs, je remarquai la tristesse de ton visage et le lourd ennui qui s’appesantissait sur tes épaules, cependant que je cherchais en vain le parasol de soie rouge, célébré comme l’insigne de ta souveraineté religieuse.

Puis ce fut l’intimité du tête â tête, tout le temps nécessaire pour graver en mon esprit tes traits et ton sourire ; pour me convaincre, que ces discoureurs perfides, qui te disaient inintelligent, futile et déraisonnable, étaient bien coupables et que, si vraiment tu étais l’adolescent, curieux de nos amusements, tu ne restais pas moins, aux heures graves que réclamaient tes devoirs de souverain, le sérieux Chérif, conscient de ses responsabilités ! . . . .

Il y a deux personnages en Abd-El-Aziz, en effet : le jeune homme et le Chef d’Etat. Que n’a-t-on pas reproché au Sultan du Maroc ? Jadis, a-t-on dit, le mystère planait sur le Palais de Fez ; à des mois de distance seulement on entrevoyait la figure du Chérif et c’était

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toujours pour des réceptions pompeuses ou dans les solennités de la mosquée vénérée de Karaouïjin, ou encore à la Msallah 1 . pour les fêtes solennelles de FAïd-el-Kebir et du Mouloud.

Les chevaux d'Abd-El-Aziz attendent à la porte du Dar-Betha. sous la a:arde des esclaves noirs.

Et on ajoutait : au lieu de cela, depuis huit années qu’il règne, tel nos plus modernes sportsmen. le jeune Sultan a multiplié ses sorties : l’automobile, la bicyclette,

1. Entre la Kasbah des Cherarda et les murs du nouveau Mechouar se trouve la Msallah de Fès Djedid, dite Msallah du Sultan.

« C’est là, dominant la plaine de l'oued Fès. sur les premières pentes du Terat que le Sultan entouré de ses troupes dirige la prière les jours de fête en présence des délégations des tribus. Toutes les villes du Maroc ont ainsi leur Msallah, où. dans ces circonstances, le

se sont partagés ses loisirs ; les jours cle pluie, les charmes imprévus d’un phonographe, d’un cinématographe tuaient le temps et chassaient l'ennui. Et comme si ce n’était pas assez d’interrompre les communications entre Fez Djedid et Fez Bàli, à certains jours, pour permettre aux favorites du harem une promenade en teuf-teuf, au milieu des murailles séculaires de la ville Sainte; comme si aucune réclamation véhémente . ne s’était produite après cet établissement du petit chemin de fer Decauville, qui, menant du Dar Maghzen aux jardins de campagne, avait coupé les chemins et obligé les voyageurs à de longs détours, voici, ô confusion, le harem mystérieux lui-même profané et entr’ouvert aux regards indiscrets de la foule. N’a-t-on pas narré jadis, en soulignant ces commérages de sourires de mépris, le roman de cette chrétienne, belle brune aux yeux bleus, dont les charmes avaient conquis le monarque jusqu’à lui faire oublier qu’ « Allah est Allah et Mohamet son prophète ».

On concluait : Etrange cour mauresque en vérité, que celle de cet empereur dégénéré, qui feint d’ignorer ces voluptés de l’équitation si profondément arabes et se passionne pour l’automobile et les ballons dirigeables; qui méprise les captivantes aimées de son sérail1 pour flirter avec une anglaise, et néglige enfin de faire parler

caïd et les autorités de la ville vont faire la prière au milieu d’une foule trop considérable pour qu’une des mosquées la puisse contenir. L'emplacement du Msallah est marqué à Fez comme ailleurs par un simple mur blanchi à la chaux auquel s’adosse une petite estrade en maçonnerie sur laquelle raconte le Prédicateur. » (Gaillard : Fès.)

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la poudre afin de prendre en main la futile raquette du lawn -tennis.

Et maintenant que je t’ai vu, que j’ai conversé avec toi, ô Sidna, j’ai compris que tout cela n’était que mensonges; sans doute tu as joué au billard avec le caïd MacLean; sans doute tu t’es distrait parfois avec les quatre temps de nos teuf-teufs ; sans doute tu n’as pas cru déchoir en apprenant à réparer une « panne » et ta science innée de la mécanique a pu brillamment se donner carrière; mais tu m’as avoué que tout cela n’était qu’essais pour surmonter ton insurmontable ennui. Et j’ai appris, ô Sidna! que toutes nos inventions merveilleuses n’avaient pu que t’intéresser un instant; bien vite, tu avais relégué dans les vastes salles désertes de ton palais nos appareils photographiques, et nos jouets, et nos moteurs.

Tu n’as pu te faire une idée des applications de nos découvertes; dès lors, elles ont cessé de t’intéresser.

Tu étais le jeune adolescent, longtemps contenu sous la tutelle de fer de ton grand vizir, et. Ba- Ahmed mort, la cage fut ouverte et l’oiselet voulut se donner des ailes : ils sont donc bien méchants, tes sujets, de t’en avoir fait un crime. Mon Seigneur !

Lorsque tu me permis de visiter tes jardins, aux fleurs tristes, et ta ménagerie, où tes lions et tes ours, et tes panthères rugissent lugubrement, et quand je sus que Toi. le souverain maitre des cimes altières du Grand Atlas glacé, et des prairies immenses peuplées d'iris et d’asphodèles, et des lointains déserts de feu, tu étais

condamné de par les traditions séculaires et le protocole de ton maghzen, à vivre enfermé dans ton sévère palais, je t’ai plaint et excusé beaucoup, ô Sidna.

On m’a dit ensuite que tes femmes elles -mêmes étaient rarement appelées près de toi pour charmer tes loisirs ; et j’ai cherché en vain dans les corridors sombres et dans les immensités de tes jardins de l’Aguedal (1), le rire menu et les sauts agiles des petits enfants. Alors j’ai compris ta tristesse, cher Seigneur, et je t’ai plaint beaucoup.

Mais après je me suis souvenu que, jeune homme désabusé, blasé, tu voulus te montrer â moi aussi comme le souverain des Croyants. Je n’oublierai point tes paroles, ni surtout le ton d’autorité avec lequel tu les dis. Ton visage soudain se fit sévère, lui que je n’avais vu que sourire, tes sourcils se froncèrent, ta voix profonde mais douce me disait que tu étais l’ami de la France, que tu voulais des réformes, que ton peuple et ton maghzen en comprenaient la nécessité. « Seulement, ajoutais-tu, ces réformes doivent se faire progressivement ; il faut qu’elles soient entreprises avec le tact

1. Les jardins de l’Aguedal ! Qu’on ne s’attende point à y trouver des parterres émaillés de fleurs, des bouquets touffus, une végétation digne des tropiques. Je n’y ai rien vu que la terre nue, des figuiers rabougris* des arbres morts ou mourants : l’Aguedal mal entretenu avec ses espaces en friche, ses plate-bandes désertes ne fait point contraste avec le délabrement du palais et les ruines d’alentour, l’établissement d’une piste cyclable et les promenades en automobile ont enlevé à ces jardins, le charme et le mystère qu’y avaient semé tout au moins les récits légendaires;

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nécessaire, par des hommes connaissant â fond et nos mœurs, et nos caractères, et ayant le respect profond et convaincu de nos croyances, de nos traditions religieuses ».

Ce seule7nent, comme il contenait de réticences ! car tu ne nous as pas cru, quand nous te proclamions notre respect de tous les dogmes et tu as gardé l’effroi qu’une main sacrilège ne vînt attenter aux séculaires traditions de ton peuple et aux dogmes de tes docteurs.

Et comme je comprends aujourd’hui, six mois écoulés, ce qu’on a appelé tes volte-face !

Mais non, toujours inquiet des appétits de l’Europe; sans cesse ballotté entre la volonté de ne contrister personne et la crainte de devenir la proie de tant de vautours cupides ; désireux de faire marcher ton peuple dans les voies du progrès, impuissant à y faire toi-même quelques pas ; monarque absolu en théorie et de fait strictement surveillé, jugé, commandé par quelques oulémas , commentateurs du Coran; prisonnier d’un maghzen, gouverné lui-même par le favori du jour que tu n’as pas choisi, mais qui a su s’imposer à toi, tu es bien, ô Sidna, le souverain de l’univers le plus digne de pitié.

Et je te plains encore beaucoup plus que je ne te blâme, d’avoir nourri de perfides desseins contre ma patrie après lui avoir souri. Voici que l’arme que tu avais forgé contre elle va se retourner, homicide, contre toi et ton peuple. Fasse Allah, que tes yeux s’ouvrent, que ta volonté s’affermisse et que ton bras devienne fort !

Ce jour-lâ, il y aura de beaux jours encore pour l’Extrôme-Occident et Son Seigneur.

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