Août
INTRODUCTION
Qu’est devenu dans ces conditions le prestige du fameux maglizen ?
Le Sultan Abd-el-Aziz, tel qu’il me permit de le photographier dans son palais de Fez.
Le Sultan, il est vrai, par sa qualité de souverain religieux et de descendant du Prophète Mahomet, reste
le maître incontesté de tout musulman : seulement, sa
puissance au temporel souffre bien des échecs et son prestige impérial se doit pour subsister d’être rehaussé d’un prestige personnel : aujourd’hui, Abd-El-Aziz
manque de l’un et de l’autre et c’est une raison de plus de croire que le Maroc est bien un Empire qui croule.
C’est précisément à l’une des heures les plus décisives de son histoire qu’il m’a été donné de le parcourir. J’ai été assez heureux pour vivre quelques semaines parmi les berbères du bled siba et même j’ai pu approcher le Rebelle, dont les forces tiennent en échec, depuis trois années, celles du Sultan. Ensuite, après un séjour à Tanger, la cosmopolite et profane cité, je me suis acheminé vers Fez, la ville sainte. L’Ambassade française, dont l’importance exceptionnelle s’est trouvée confirmée par la brusque entrée en scène de l’Allemagne me permit de raccompagner et favorisa le succès de mon voyage en y ajoutant le pittoresque de sa marche solennelle et de son entrée triomphale dans la capitale de l’Empire. Ce sont là autant de circonstances de nature à faciliter mon dessein de vulgariser le' Maroc tel qu’il est, en publiant ici mes souvenirs de voyage. Toutes les photographies qui y sont jointes, dues à mon excellente jumelle Mackenstein, contribueront à cette oeuvre nécessaire.
Aujourd’hui, tous les esprits s’inquiètent de la question marocaine et de ses solutions ;
INTRODUCTION
Les uns se préoccupent seulement des risques à courir sans se rendre trop compte que, de la façon dont se dénouera le problème, dépendent fatalement et la prospérité de la France et les destinées de l’Europe; les autres, assez peu défiants de leur propre force, considéreraient volontiers le Maroc comme un pays déjà conquis :
L'Empereur d’Allemagne, à peine débarqué à Tanger, s’entretient avec l’envoyé extraordinaire du Sultan, Abd-El-Malek.
une phraséologie brillante et quelque peu vague leur servira d’arguments jusqu’à nouvel ordre et premier échec; il en est même qui, aujourd’hui encore, réveillés de leur torpeur par les perspectives de conflits européens, ne comprennent point la valeur de ce coin d’Afrique et les convoitises qu’il attise. On sait si peu de choses du
Maroc : les affirmations à son sujet sont tellement contradictoires, les hypothèses si gratuites.
Puissent ces pages faire mieux connaître et apprécier un pays d'avenir, qu’il appartient surtout aux initiatives personnelles de bons Français de faire entrer définitivement dans l’orbite de notre civilisation et de notre influence.