CHAPITRE II
Port-Say-Saïd ia.
Une nuit cle voyage sur le Touareg , par petite houle, et me voici arrivé à Nemours.
C’était, dans un espace resserré de tous côtés par de hautes falaises, la dernière ville algérienne de la côte, avant qu’un audacieux créât de toutes pièces une ville maritime â la frontière même du Maroc. Mais, de Nemours à Port-Say, on mesure soixante kilomètres; je ne suis pas au terme du voyage.
La brise est faible, la mer belle.
Entre une chevauchée à travers les montagnes ou une joartie de tartane — ainsi sont nommées ces embarcations â voiles latines particulières â la Méditerranée — mon choix est vite fait ! Vogue, ma nacelle, vers l’extrême Algérie !
Tout va bien, d’abord.
Mais voici, dans le ciel assombri par de lourdes nuées d’orage, une éclaircie subite : c’est la brise, le coup de vent et plus encore. Les lames déferlent sur le frêle esquif, les cordages grincent, le mât fléchit. Mes
marins hésitent à continuer la route; j’aurais hâte de doubler pourtant le cap Milonia, qui nous cache Port- Say ; il faut y renoncer : vents et marée sont contraires et, à l’abri de falaises escarpées que l’on aperçoit là-bas,
Le « naufrage » à Porto Secco.
nous jouirons d’une sécurité relative en attendant l’accalmie.
A terre. Nous avons jeté l’ancre à Porto-Sicco, « le petit port » ; nous sommes à quinze kilomètres encore du but- de notre voyage et le soleil est bas sur l’horizon. Pas une hutte, pas un abri à des lieues à la ronde ; loin de s’apaiser, la tempête fait rage. Faut-il passer la nuit ici, à attendre le vent propice, ou bien s’engager dans le chemin des chèvres, à travers les lentisques et les pal-