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raiers nains, par clés voies invraisemblables ? Et, grâce à notre aimable cicérone, M. B., un des auxiliaires les plus précieux du créateur de Port-Say, nous commençons à gravir la montagne.
Je ne décrirai pas ce voyage de nuit, dans un pays charmant, sans doute, mais inhabité; à quelques pas de la frontière du Maroc, où toute cette journée, partisans du Rogui et mehalla du Sultan ont fait parler la poudre. Je ne dirai pas non plus les effroyables salves d’orages, ni les trombes diluviennes, ni l’égarement au milieu des pistes douteuses, ni les heurts du chemin.
Seulement, cinq heures après avoir quitté notre barque, où les marins veillaient les bagages, nous revoyons la mer et, là-bas, à nos pieds, aux reflets attiédis d’une lune enfin victorieuse de la tempête, les maisons, la Kasbah aux minarets blancs, les hangars et les magasins de la ville nouvelle, Port-Say.
Une plage immense, s’étendant sur plus de vingtquatre kilomètres, jusqu’au Cap de l'Eau , face aux Zaffarines, possession espagnole. Dans cette plaine, de l’eau partout à fleur de sol ; des vergers de figuiers et de grenadiers ; puis des champs d’orge et des champs de maïs superbes. En arrière, un plateau de faible élévation légèrement mamelonné et au sommet une plaine à perte de vue que les rivalités des tribus ont laissée inculte cette année et dont les sommets des Beni-Snassen bordent l’étendue au Sud, tandis que la dépression du col qui mène à la fameuse Taza, puis vers Fez, ainsi que les montagnes des Kebdana y ferment la vue, à l’Ouest. Au total, des milliers de kilomètres carrés de terres riches
et fertiles, greniers véritables de tout un empire et dont la porte de sortie est la Moulouïa, le seul grand fleuve de toute l’Afrique du Nord.
Voilà en raccourci le paysage.
En 1900, le paysage était désert. Mais voici qu’un audacieux, averti par des reconnaissances antérieures de
Port-Say vu de la Kasbali des Bocoyas.
toute l’importance d’une situation hors pair au débouché obligatoire des plaines fertiles des Amgad, des Trifas, des Oulad Mansour et du bassin de la Moulouïa, se décide à planter là sa tente. Une paillotte surgit. Puis ce fut une demeure confortable de pierres et de briques, ensuite et successivement une vaste maison, un hôtel, des cafés, un cercle, une caserne des douanes, le télé-
La porte d’accès de la Kasbali de Saïdia.
PORT-SAY-SAÏDIA
graphe, les habitations de colons nouveaux venus; enfin des avenues sont tracées, des trottoirs macadamisés; les sources sont captées, les marécages assainis, tant et tant qu’aujourd’hui Port-Say vit et vit bien et forme une agglomération intéressante de plus de cent cinquante Français.
Port-Say, tel qu’on le voit de la frontière du Maroc (Oued Kiss).
Le lieutenant de vaisseau Say, fier à juste titre du résultat obtenu, ne songe pas encore à se reposer, et, pour décupler l’importance du nouveau centre et rendre incontestable l’utilité de sa création, pense à la doter d’un port : déjà les digues s’avancent dans la mer, les rochers s’ajoutent aux rochers. Bientôt des quais auront achevé la métamorphose de ce coin de frontière.
Il est bon de faire halte quelques jours à Port-Say avant d’entreprendre pour la première fois une chevauchée au Maroc : le perpétuel va et vient de ces Berbères vous acclimate avec leurs mœurs, leurs idiomes, leur cuisine, et, ce ne sera pas, pour les étapes à venir, un secours inutile que de s’être ainsi façonné l’esprit et l’estomac aux épreuves inévitables, dans le calme bienfaisant et l’atmosphère familiale des hôtes de Port-Say .
De Port-Say, rien de plus aisé que de s’élancer à la conquête pacifique du Maroc pittoresque, sans compter que la petite ville ayant tour à tour accueilli et choyé partisans du Sultan et partisans du Prétendant, on sera assuré d’une réception toujours amicale, le plus souvent cordiale, au cours des pérégrinations â venir.
Hier, j’ai franchi l’oued Kiss, une jolie petite rivière tout encombrée de lauriers-roses et où des petits enfants nus pêchaient des poissons argentés avec des lignes rudimentaires. Ces enfants étaient des petits Marocains des Oulad Mansour ; j’étais au Maroc.
Je suis, dès l’abord en bled maghzen, c’est-à-dire en pays effectivement soumis au sultan Abd-El-Aziz : la meilleure preuve est cette Kasbah de Saïdia une pseudoforteresse, où s’abritent, le danger venu, les tribus des Oulad Mansour, dont la plaine féconde s’étend jusqu’à la célèbre Moulouïa.
Une vaste cour, encadrée sur les faces d’un carré de deux cents mètres de côté, d’une muraille de cinq cents mètres de hauteur, â créneaux réguliers. Orientée Nord- Sud et Ouest-Est, la seule porte d’accès ayant été ména-