LA CHAOUIA
Aperçu général. — Le terme Chaouïa ne désignait pas primitivemciu un territoire; il s'appliquait à un groupement de tribus occupant la région anciennement appelée Tamosna, d'une superlicie d'environ 12,000 k, carrés; elle est comprise dans un quadrilatère dont les sommets étaient approximativement : au N., l'embouchure de l'oued Bou Znika; à l'O., l'embouchure de l'oued Oum Er Rebia; au S., Mechra Ben Abbou ; à l'E., le marabout de Sidi Madani.
Ce pays constitue la meseta marocaine, dont un « substratum de terrains primaires très plissés et rcleVés supporte des couches horizontales appartenant à diverses époques récentes. Ces dépôts horizontaux, usés par Teau et par le vent, laissent apparaître, en certains endroits, les roches anciennes sous-jacentes » (Weisgerber).
Battue par les grandes vagues de l'Atlantique, la côte est assez
La chaouïa.
inhospitalière. Les baies de Casablanca et de Fedala sont les deux seuls points accessibles quand le vent régnant n'amène pas trop de houle.
Le pays comprend plusieurs zones successives de plaines et de plateaux s'étageant jusqu'aux derniers contreforts de l'Atlas : — le Sahel^ qui longe l'Atlantique sur une largeur moyenne de 20 k. et où se trouvent beaucoup de terres rmeZ, sableuses, mais riches en phosphate de chaux; — VOuta, plaine littorale parallèle à la précédente, de 30 k. env. de large, où se localisent les tirs, terrains argileux d'une grande fertilité renfermant de l'azote et de la potasse en abondance, analogues aux terres noires de Russie, et les haviri, terres sablonneuses rougies par la présence d'un oxyde de fer, riches en chaux et en phosphore; — le plateau moyen, élevé de 300 à 600 m. au-dessus du niveau de la mer, s'étendant entre l'Oum Er Rebia et l'arrière pays; — l'A^ow, haut plateau plus accentué que le précédent, avec des sommets de 8 à 900 m.
Les cours d'eau descendant vers l'Océan sont nombreux. Ce sont, du N. au S. : Toued Ykem et l'oued Cherrat aux embouchures lagunaires, l'oued Bou Znika et l'oued Mansouria, qui ravinent la côte ; l'oued Nefifikh et l'oued Malah sont les plus importants ; l'oued Bou Skoura et l'oued Merzag roulent un plus faible volume d'eau.
Par les années exemptes de sécheresse, la région donne de gros rendements. De grandes fermes ont déjà été créées par les Européens pour la culture des céréales ; des associations agricoles pour l'élevage et la culture se sont en outre formées. Aussi le trafic des marchés très nombreux de la Chaouïa est-il extrêmement important. Il le deviendra davantage encore lorsque la totalité du territoire, 1,244,600 hect., sera mise en valeur.
Histoire. — Le pays de Tamesna, autrefois habité par les Berghouata, avait Fedala comme port et Anfa comme capitale. Sa population, belliqueuse, s'étant attaquée à Youssef Ben Tachfine, fut dispersée ou détruite. La région resta pendant près de deux siècles presque inhabitée. Yakoub El Mansour y installa quelques tribus arabes de Tunis qui la possédèrent pendant la période almohade. Les Mérinides chassèrent ces tribus pour établir à leur place des Zenata et des Haouara, tribus de
Fasteurs désignées sous le nom générique de Chaouïa et nomadisant à arabe. La province de Tamesna, placée comme un Etat tampon entre le royaume de Fès où s'éteignait la dynastie des Beni Merine, le royaume de Marrakech, dont les chérifs saadiens venaient de s'emparer, et les possessions portugaises, fut pendant le commencement du xvi® s. en guerre continuelle. Malgré leur amour de l'indépendance, les Chaouïa n'échappaient à un joug que pour retomber sous un autre (d'après de Castries).
La conquête de la Chaouïa, esquissée par le général Drude le janvier 1908, fut entreprise par le général d'Amade qui prit successivement possession de Fedaià et de Bou Znika, de Boucheron, Settat, Ben Ahmed et Sidi Ben Sliraane. Le pays était complètement pacifié le 30 juin 1908.
Itinéraires dans la région. — D un relief peu accentué, la Chaouïa manque de pittoresque. Toutefois, la grande étendue des plaines, la beauté des ciels immenses, le mystère des solennels silences ont un charme puissant qu'on n'oubliera guère. Quant aux voyageurs s'intéressant aux questions agricoles, ils peuvent être assurés d'y faire d'instructifs déplacements.
De Casablanca, on rayonne facilement dans toutes les directions, soit par d'excellentes routes, soit, en bonne saison, par de très bonnes pistes. Fedala, Boulhaut, Boucheron. Ben Ahmed, Ber Rechid, Settat, Mechra Ben Abbou^ Bou Laouane, Sidi Ali, distants de Casablanca de 30 à 120 k., sont les points extrêmes des itinéraires qui suivent. — L'automobile est le seul moyen de transport pratique et permet de
LA CHAOUIA.
rentrer chaque jour à Casablanca. Le chemin de fer militaire dessert Fedâla et Bou Znika, Ber Rechid, Ben Ahmed et Bou Laouane.
i*" De Casablanca à Fedala.
A. — Par le chemin de fer.
•23 k.; réseau militaire ; trajet en 1 h.; 6 fr. 90 et 3 fr. 45.
Peu après la sortie de la gare, la ligne de ch. de fer traverse la route de Rabat et s'engage parallèlement à la côte dans une plaine parsemée de fermes.
10 k. 2. Zenattas, station. Monotone et sans arbres, la plaine de la Ghaouïa s'étend à dr.
23 k. Fedala, gare près d'une ancienne kasba (hôt. Martinez, bonne cuisine bourgeoise) au milieu de terrains bien cultivés du territoire des Zenattas et à 1,800 m. du village et du port.
Histoire. — Aux xiv^ et xv« s., les marchands chrétiens de la Méditerranée, génois et vénitiens, visitaient le port de Fedala, où ils achetaient du blé, de l'orge et des fruits secs. Il fut occupé par les Européens aux xv*' et xvi« s. Au xvii«, il arma un moment pour la course. En IITS, Sidi Mohammed Ben Abd Allah y fit édifier une mosquée et de vastes magasins pour les marchands chrétiens; mais l'activité commerciale de Fedala fut de courte durée et tomba bientôt en déchéance.
Pour maintenir ses relations entre Rabat et Casablanca, le général d'Amade y plaça une garnison en 1908, date du début de l'occupation française.
La kasba, d'une superficie de 4 à 5 hect., abrite une agglomération indigène de 600 hab. groupés autour d'une mosquée. Elle renferme également un vieux château portugais, ancien palais de gouverneurs sans doute, orné d'une belle corniche et de balcons. Une grande porte, flanquée de piliers à chapiteaux, apparaît au milieu de la façade; elle est surmontée d'un décor où figurent une fleur de lis et de petits vases. A g., de vastes constructions semblent avoir servi de magasins et de greniers.
Le village européen, construit sur l'Atlantique, au fond de la baie de Fedala et à l'embouchure de l'oued Malah, est peuplé de 325 Européens.
Concédé à une compagnie privée et sans subvention, le port est destiné à devenir une annexe du plus grand port de Casablanca. Il est protégé du large par deux îlots rocheux de 10 et 15 m. d'altitude que relient deux digues s'opposant aux vents régnants des directions S.-O. et N.-O. Une grande jetée, aujourd'hui longue de 150 m., s'enracine sur l'îlot N.; î: elle atteindra 435 m. après l'achèvement des travaux. Un épi en enrochements, de 395 m., protège un bassin servant d'abri pour barcasses. Les terre-pleins ont actuellement 3 hect. de superficie; les matériaux | qui servent à les établir proviennent de dragages faits à l'intérieur du j port. Le port est encore doté d'un appontement avec installation spéciale | pour le chargement des céréales, et d'un warf de 80 m. avec grues à j vapeur. Un système de voie ferrée relie enfin ces ouvrages au chemin } de fer de Casablanca-Rabat. j
Le port de Fedala est l'un des abris les plus sûrs de la côte atlantique, j Son mouvement commercial a atteint un demi-million en 1916 se répar-j tissant sur près de 3,000 tonnes. A l'heure présente, il a surtout une )
PEDALA. — BOULHAUT. [2] — 75
grande valeur comme port de pêche, les côtes avoisinantes étant très poissonneuses. La Société d'armements et de pêcheries maritimes a procédé à l'installation nécessaire aux travaux et manipulations qu'exige le séchage du poisson.
Au N. du village européen se développe une belle plage, que sa proximité de Casablanca désigne sans doute comme devant devenir une station d'estivage assez fréquentée.
Par les deux vallées parallèles de l'oued Nefifikh et de l'oued Malah, Fedala commande enfin un intéressant arrière-pays agricole et minier.
A 10 k. S.-E. Cascades duMizah, sur l'oued El Hassar, situées dans une région boisée, très pittoresque. On y accède par un chemin carrossable.
De Fedala a Boulhaut (33 k. S.-E.). — Gagner la route de Rabat à Casablanca jusqu'au k. 33 et pour le reste du parcours, V. ci-dessous, 2°.
B. — Par la piste.
25 k. Route autocyclable, empierrée sur 4 k. jusqu'aux Roches Noires, puis piste sablonneuse sur le reste du parcours.
La piste suit de près la voie du* chemin de fer. — 6 k. Marabout de Sidi Abd El Hadj. — 17 k. Sidi Ahmed Bon Lanouar, marabout et fermes au milieu de cultures. — 22 k. Pont de pierres sur Poued Malah. — 25 k. Fedala {V. ci-dessus, A),
2" De Casablanca à Boulhaut.
A, — Par la route de Rabat.
63 k. dont 33 sur route principale n" 1 de Casablanca à Rabat, et 30 k. sur route secondaire n" 101 à profil plat jusqu'à Boulhaut.
De Casablanca au k. 33 de la route de Rabat (p. 150). La piste traverse successivement les territoires des tribus Zenattas, Arab et Ziaidia.
43 k. Ferme Cotte. — 46 k. Ferme Bennet, ancienne propriété Mannessmann, entourée de murs. — 49 k. Porcherie de la forêt des Ouled Taleb. — 50 k. Dar Kdid Ahmed et Aïn Soliane.
63 k. Boulhaut (hùt. modeste), ch.-l. d'un contrôle civil d'une superficie de 100,000 hect., au centre d'une rég-ion très riche en orge et en maïs, sur la colline de Sidi Ben Slimane, à 300 m. d'alt. Les bâtiments administratifs se cachent dans les rochers de Sokhrat Iza. L'importante forêt de chênes-liège des Zaër est toute proche.
Aux environs de Boulhaut, on a relevé la présence d'un bon minerai de fer, en filons de 1 à 2 m. d'épaisseur courant du N. au S.
B, — Par Sidi Hadjaj.
53 k. dont 20 sur route empierrée et le reste sur bonne piste; route en construction.
10 k. A 2 k. à dr. source de Tit Mellil, captée pour l'alimentation en eau de la ville de Casablanca. Des silex de la période néolithique ont été trouvés aux abords.
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20 k. Sidi Hadjaj, sur l'oued El Hassane, affluent de l'oued Malah, qu'on traverse G k. plus loin.
32 k. Souk El Djema, marché du vendredi.
42 k. Ferme Privât, et, un peu plus loin, traversée de l'oued Nefifikh.
53 k. Boulhaut (F. ci-dessus, .4).
DE BOULHAUT A MARCHAND (58 k. ; piste muletière en terrain accidenté et parfois difficile, longeant sur les 30 premiers k. la forêt de chêne-liège des Zaër). — 12 k. Aïn Kseub, source abondante. — 15 k. Mechra Kerassi, ancienne redoute dans la tribu des Beni Oura (à 3 k. S., ferme Bessibsa). — 17 k. Gué de l'oued Chorrat. — 22 k. Aïn El Haouimed, dans la forêt, 3 k. N. de la piste. — 28 k. Sidi Bettach, cimetière indigène. — 32 k. La piste traverse la route makhzen de Rabat à Marrakech. — 40 k. Traversée difficile de l'oued Korifla. — 42 k. Fort Méaux, petit ouvrage défensif sur le territoire de Khalifa, du nom du lieutenant Méaux, assassiné par les Zaër en janvier 1910. A 8 k. se trouve l'importante Kasba Merchouche. — 50 k. Cimetière Abd El Kader Bou Ktab. — 58 k. Alarchand (p. 162).
De Boulhaut a Médiouna, p. 78; — a Boucheron, F. ci-dessous.
S*" De Casablanca à Boucheron.
Autocyclisme : 54 k. S.-E. — Route secondaire n° 102; serv. irrégulier d'autos 80 fr. (s'informer place de France)'. De Casablanca, la location d'une auto aller et ret. coûterait 125 fr.
19 k. de Casablanca à Médiouna (F. ci-après, 4°). — La piste se déroule ensuite à profil plat sur un sol de tirs cultivé, praticable seulement en bonne saison. — 28 k. Dar Sidi Allai, à 1 k. à dr. — 31 k. Marabout de Sidi Abd Es Salam,
41 k. Dar Miloudi, bordj de 50 m. de coté, propriété du cheikh Miloudi ben Thami, de la tribu des Mdakra, dans une belle région agricole. Marché le dimanche. — 42 k. Bifurcation avec poteau indicateur. — 43 k. Douar à dr. de la piste. — 44 k. Dar Moulay Tala, deux bordj s.
46 k. Dar Abd El Kader Ben Fardjia, caïd des Ouled Sebbah et Ouled Ali, comprenant un groupe important de constructions qu'entourent de nombreux douars et figueraies. — 47 k. 5. Dar El Hadj Bel Hadj, auprès de jardins et de vergers. —48 k. 3. Piste à dr. conduisant à Ben Ahmed (p. 141).
54 k. Boucheron, ch.-l. d'un contrôle civil de 100,000 hect. et de 35,000 indigènes, situé sur l'oued Bou Aceila, au fond d'une plaine de tirs, à 360 m. d'alt. Le camp et les maisons européennes se trouvent sur la rive g. du cours d'eau, tandis que sur la rive dr., au sommet d'une gara ou piton circulaire, s'élèvent les bâtiments administratifs et une caserne de soldats du Tabor.
DE BOUCHERON A BOULHAUT. — 1« Par Souk Et Tnink des Ouled Ali (43, k. N. ; bonne piste) : 6 k. Kasba Maggous, grandes enceintes avec douar à l'intérieur; 9 k. 8. Aïn Mkoun des Sidi Hafid; 10 k. Mkoun, nombreux douars au sommet du mamelon ; 16 k. Gué de l'oued Mellah et Souk Et Tnihe des Oulod Ali, marché le lundi à proximité de l'oued Mollah; n k. 2. Kasba Sidi Bou Azza; 24 k. Dar Mohammed Ben