MARRAKECH
Emploi du temps. — 1° d'une journée : Djemaa El Fna, Koutoubia et Souks dans la matinée; palais de la Bahia et Aguedal dans l'aprèsmidi; — 2° de deux jours (il faut au minimum ce laps de temps pour bien voir Marrakech) : Djemaa El Fna, musée des Services municipaux et Koutoubia dans la matinée du l»"" jour et dans la soirée : le tour des mosquées, sanctuaires et fontaines, souks. Palais de la Bahia, Kasba, Mellah, dans la matinée du second jour et dans la soirée : Aguedal et Menara; — S*» de trois jours : itinéraire semblablje au précédent pour les 2 premiers jours avec, pour le troisième, une excursion à la Menara ou au Gueliz et une promenade en auto à Tameslouht, où l'on est cordialement reçu par le chérif de la Zaouïa.
Quelle que soit la durée du séjour qu'on se propose de faire à Marrakech, il faut voir la magnifique medersa Ben Youssef (p. 95) et tenter la visite des admirables tombeaux des Chérifs Saadiens (p. 91; se renseigner sur cette possibilité aux Services municipaux, pl. Djemaa El Fna).
MARRAKECH, ville makhzenia, c'est-à-dire impériale, dénommée aussi capitale du Sud, est située à 465 m. d'alt. au pied du versant septentrional du Grand Atlas, à 60 k. env., et
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à 4 k. au S. de la rive g. de l'oued Tensift. C'est le ch.-l. de hi région de Marrakech, la résidence d'un khalifa du sultan et le centre d'action des grands caïds du Sud : le Glaoui, le Mtouggui et le Goundafi. Elle s'étend dans la vaste plaine du Haouz, abondamment irriguée.
Sa population, de 100,000 hab., en fait la deuxième ville de l'Empire chérifien. Les indigènes musulmans, au nombre de plus de 80,000, sont un mélange de Rehamna, de Ghleuh et de Draoua. On compte environ 15,000 indigènes israélites. La colonie européenne est passée de 30 hab. en 1912 à 1,500 hab. en 1917, dont plus de 1,000 français.
La ville est immense. Ses innombrables maisons en terre battue, ses rues enchevêtrées, ses carrefours populeux, ses monuments de proportions considérables, son enceinte gigantesque qu'encadrent une vaste palmeraie et de grands jardins,, lui donnent l'aspect d'une grandiose cité saharienne sur laquelle veille l'élégant et monumental minaret de la Koutoubia.
La ville européenne, largement conçue, est située à 3 k. N.-O. de l'agglomération indigène, au pied de l'îlot rocheux du Gueliz, sur l'emplacement de l'ancien camp français; elle vit sa première maison s'édifier en 1913.
Le climat de Marrakech est agréable, excepté l'été, où la température est particulièrement élevée pendant le jour : le maximum atteint 49° à l'ombre.
Hôtels : — Victoria ( Allart ; PI a A2) , près de Bab Doukkala (23 ch. de 6 à 8 fr. ; rep. 4 fr., v. n. c; gar.) ; de C haïupagne {Gahriel), quartier d'Arsa Moulay Moussa ; du Café Glacier (Pl. b B3), pl. Djemaa El Fna; Sultan, au Gueliz.
Postes et télégraphes : — pl.
Djemaa El Fna et au Gueliz.
Banques : — d'Etat du Maroc ; Algéro-Tunisienne ; Compagnie algérienne', Commerciale du Maroc; Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie ; Crédit marocain.
Voitures de place : — station pl.
Djemaa El Fna; 2 fr. la course; 4 fr. l'h. ; prix à débattre pour les trajets de plusieurs k'., sur la base de 4 à 5 fr. l'h.
Services automobiles : — Société
blanca, dép. à 1 h.. 60 iv.; Porge et C'", serv. rég. 1. 1. j. impairs pour Mogador, 50 fr. ; serv. irrég. pour Safi (s'informer); tous pl. Djemaa El Fna.
Garages : — de France, pl. Djemaa El Fna: Brown et Richard.
Librairie-Papeterie : — Pol Lévy, à la Medina ; Hébréard, au Gueliz.
Journaux : — L'Echo des Deux- Yilles, bi-hebdomadaire..
Photographie : — Félix, à la Medina; Villemse, au Gueliz.
Consulats : — d'Angleterre, d'Espagne, de Hollande, de Portugal.
Spécialités : — sacs brodés de soie ; coussiiis en cuir excisé ; braseros et bouilloires en cuivre et en fer battu et ciselé; couvertures et tapis de laine ; poignai^ds de cuivre et d'arcfent.
de transpjorts automobiles (Goyon et C") ; serv. quotidien pour Casa- Histoire. — La Marrakech musulmane fut créée, en 1062 de notre ère, par Youssef Ben Tachfine, fondateur de la dynastie des Almoravides venus du Sahara. Avec Ali, fils de Youssef, s'élèvent au xi® s. des remparts, dont quelques vestiges durent encore ainsi que la mosquée Sidi Ben Youssef, transformée plus tard en médersa. C'est à Marrakech qu'Ibn Toumert, chef des partisans almohades, dénonce le luxe do la cour almoravido et qu'Abd el Moumene, premier émir de la
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nouvelle dynastie, organise la série de ses exploits dans toute l'Afrique du Nord et fixe sa capitale après l'avoir conquise (1147). En 1175, la peste y fait de grands ravages. De 1184 à 1198, le célèbre sultan Yakoub El Mansour y élève la mosquée et la tour de la Koutoubia, en même temps qu'il fait construire, à Séville, la Giralda et, à Rabat, la mosquée de la Tour Hassane, les monuments les plus fameux de l'époque almohade et peut-être les mieux construits du Maghreb. La ville est alors très prospère et très peuplée.
Le mérinide Abou Youssef Yakoub entre à Marrakech en 1260, mais est obligé d'y revenir plusieurs fois en force. Après un premier insuccès en 1261, il s'en empare en 1268 et y établit son centre d'opérations contre le Sous et Sidjilmassa.
Après sa conquête de Tombouctou, d'où il rapporte de grandes richesses et ramène le célèbre légiste noir Ahmed Baba, le Saadien Abou El Abbas El Mansour, surnommé Ed Dehbi, « le doré », Marrakech redevient pour quelque temps la principale capitale marocaine. Elle s'enrichit alors de magnifiques constructions décorées de marbre de Carrare, payé, dit-on, au poids du sucre (il s'agit du palais de la Badi, détruit plus tard par Moulay Ismaïl, et des tombeaux saadiens).
Sous les Filaliens ou Alaouites, dynastie actuellement régnante, le siège du gouvernement est transféré à Fès et à Meknès. De temps à autre, quelques sultans font toutefois des séjours plus ou moins prolongés à Marrakech, et marquent leur passage en y faisant exécuter d'importants travaux. Sidi Mohammed restaure le mausolée et la médersa du cheikh Bel Abbas, ainsi que les sanctuaires d'El Tebbâ, d'El Jezouani, de Moulay Ali Ech Chérif, de Mimoun Es Sahraoui, les mosquées des sultans et celles de Berrima, d'El Mansour, de Bab Doukkala, d'Er Rahba. Les six médersas de la kasba sont également reconstruites.
Moulay El Hassane (1873-1894) est proclamé sultan à Marrakech, mais n'y réside qu'une année. Son fils Moulay Abd El Aziz y séjourne de 1895 à 1902. La Bahia, résidence actuelle, y est édifiée sous son règne.
Moulay Hafid est acclamé sultan à Marrakech avant d'être reconnu à Fès, Après son départ, El Hiba, le grand agitateur du Sud, s'y fixe, puis en est chassé par le colonel Mangin le 7 septembre 1912, date de l'entrée de nos troupes dans la ville.
Les relations de cette capitale avec l'Europe chrétienne remontent à une époque assez reculée. Cinq pères franciscains y arrivèrent en 1219, dans le but de créer un centre d'évangélisation. Ils furent d'abord accueillis avec indifférence, mais comme ils s'étaient enhardis à attaquer publiquement Mahomet, le sultan almohade Youssef El Mostanser donna l'ordre de les diriger sur Ceuta pour les renvoyer en Espagne. Trompant la vigilance de leurs gardiens, ils revinrent à Marrakech où ils trouvèrent le martyre (1220). Cependant, la tolérance fut telle à un certain moment que le pape Grégoire IX put créer un évêché à Marrakech vers 1233, Le premier titulaire épiscopal fut le frère Agnelo. Au début, l'évêché n'eut d'autres biens que les aumônes des fidèles ; mais en 1257, peu après la prise de Séville, le roi Ferdinand et ses fils firent don à l'évêché de grands territoires situés à l'embouchure du Guadalquivir et du domaine de Torre Blanca. En récompense de cette libéralité, le pape concéda aux rois d'Espagne le droit de présentation pour l'évêché du Maroc. Mais si le traité de 1270, qui suivit la croisade de St Louis, assura aux chrétiens le libre exercice de leur culte, il ne leur accorda pas la faculté de prêcher publiquement l'évangile. Après la reconguista, le retour en Afrique des familles musulmanes d'Espagne occasionna un sentiment de rancune et de vengeance contre les chrétiens et l'évêché de Marrakech cessa d'exister (xvi« s.). Le dernier titulaire fut Don Francisco de Faria, nommé par Urbain VIII
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en 1639. L'église marocaiDe n'avait guère vécu que trois siècles. La tentative d'une mission franciscaine française au commencement du XVII® s. n'eut aucun succès.
Au commencement du xvi* s., les Portugais, installés dans les ports de la côte atlantique, font des expéditions dans le Haouz mais ne parviennent pas à entrer dans Marrakech. Leur influence faiblit vite et le chérif de la capitale épouse Dona Mencia, fille du dernier gouverneur portugais d'Agadir.
Bibliographie : — Marrakech, par A. Chevhillon, « Revue de Paris », 1918.
Tous nos itinéraires partent de place Djemaa El Fna, que nous décrirons tout d'abord, et au S. de laquelle stationnent les voitures de louage.
J. — Place Djemaa E/ Tna.
Saisissant spectacle de la foule se pressant autour de boutiques en plein air ou se livrant à ses récréations favorites et quotidiennes. A voir surtout vers la fin du jour.
De 150 m. de long sur une largeur variant de 50 à 100 m., la place Djemaa El Fna, située en plein cœur de Marrakech, réunit chaque jour une foule intense. La matinée y est consacrée au petit commerce : les marchands de légumes, de fruits, de bonbons, de remèdes, de vannerie, etc., y vendent leurs produits; les barbiers y opèrent en plein air. A partir de 4 h. de l'après-midi, la place appartient surtout aux baladins et amuseurs de foules : conteurs, bouffons, lutteurs, acrobates, charmeurs de serpents, danseurs chleuhs couverts de bijoux, etc., se livrent à leurs exercices au milieu de grands cercles de spectateurs jamais lassés.
Djemaa El Fna, « la réunion des trépassés », est un nom dû aux impitoyables exécutions par lesquelles un khalifa du sultan punissait, autrefois, les intrigues ourdies contre lui. C'est là qu'étaient naguère exposées les têtes de rebelles mis à mort.
Le bureau des postes et télégraphes limite la place vers le S., et les Services municipaux s'élèvent sur le côté E. Dans ces derniers est installé un petit musée d'art indigène (on peut visiter; demander l'autorisation au chef des Services municipaux).
Ce musée comprend une salle où sont réunis des spécimens de travaux de la ville et de la région : tapis à laine rase des Glaoua ; tapis à haute laine, à. points noués et à couleurs vives des Souktana (fraction de tribu du Pacha actuel); poignards de modèles variés, en argent et en cuivre ciselés; cornes et poires à pondre rehaussées d'argent; armes du Sous, incrustées d'ivoire et frottées d'argent niellé ; mejmars (braseros et bouilloires) en fer et en cuivre gravé; coussi7is en cuir excisé; babouches brodées de soie et d'or, etc. Ces objets sont accompagnés de prix renseignant les visiteurs sur les cours pratiqués à Marrakech^ à l'heure actuelle.
De la terrasse des Services municipaux (accès entièrement libre), on jouit, surtout avant le coucher du soleil, d'une *vue
MARRAKECH,
magnifique sur la place Djemaa E^l Fna, sur la Koutoubia, la ville et ses jardins, le Gueliz, les Djebilet, la palmeraie et l'Atlas aux cimes neigeuses et découpées.