‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 43 sur 153 · MAZAGAN · texte numérisé non relu

MAZAGAN

Pour les relations avec la France, K Voies daccès, p. 55 à 60.

Emploi du temps. — Quelques heures suffisent pour la visite de Mazagan dont l'intérêt se concentre dans l'ancienne citadelle. Les courts itinéraires qu'on trouvera plus loin partent de la place du Marché. Les touristes qui voudront y consacrer plus de temps feront, en automobile ou en voiture, les excursions des environs immédiats signalées ci-après (p. 112).

MAZAGAN (en arabe El Djedida), ville de 21,700 hab., dont 830 français, 750 autres européens, 17,000 musulmans, 3,100 israélites, ch.-L du Cercle des Doukkala, est située par 12''5 de longitude E. et 36''95 de latitude N., sur l'océan Atlantique, au fond d'une magnifique baie, rocheuse aux extrémités, sablonneuse au centre, et à peu de distance au S. de l'embouchure de rOum Er Bebia.

« Les murailles, les portes surmontées des écusspns des rois du Portugal, le vieux château fort, le petit port de débarquement et l'immense citerne sur laquelle la plus grande partie de la ville est construite, tout rappelle l'origine portugaise de Mazagan. » En attendant la création d'un centre européen, la ville indigène été l'objet de modifications qui

MAZAGAN.

permettent aux immigrants de s'installer aussi confortablement que possible. Un plan nouveau, de 2 k. 5 de rayon, bien étudié et largement conçu, fera rayonner l'activité, cantonnée dans des quartiers spéciaux, autour du point central situé à proximité du port, où se trouvent réunis tous les services publics et privés.

L'industrie européenne est déjà représentée par quelques usines : fabrique de crin végétal, scierie mécanique, fabrique de glace, ouvrages en ciment, etc.. Le commerce, déjà important, consiste dans l'échange des produits agricoles fournis par la région des Doukkala, entre autres l'exportation des œufs.

Mazagan possède une école de pêche et de navigation. Celle-ci compte une soixantaine de barcassiers et de dockers qui se destinent à la marine chérifienne. L'école de pêche enseigne la pratique de nouveaux engins; elle dispose de la lagune de Sidi Moussa où l'on fera la culture et l'élevage des langoustes, huîtres et autres coquillages.

La plage de sable lin est très belle. Le climat de Mazagan est doux : la température oscille en effet entre 28'' et 30° en été, 16° à 18° en hiver. Mazagan est susceptible de devenir une station estivale et hivernale très fréquentée.

C'«« de Navigation : — de

Navigation Paquet (Mortéo), r. du Capiiaine-Héric-Spinney ; C'^- Générale Transatlantique (C'*^ marocaine), route d'Azemmour; Vapores Correos de Africa; Bland Line (Pons), route de Marrakech; Royal Mail (Pitto), derrière le Crédit Foncier; Power et Lloijd (Netto et Sons), route de Marrakech.

Hôtels : — de France (Lescoul), r. de la Poste (pens. 10 à 15"; pens. mensuelle 150 à 200); Grand-Hôtel (Mme Ledru-Hamet, Pl. a B-2), pl.

Galli.éni (40 ch. de 4 à 10 ; rep. 1, 3.50, 4, V. c. ; pens. dep. 12; salon, téléph., bains, jardin, gar. 2 fr.); Grand-Hôtel Mazagan (ch. dep.

3 fr.; pension mensuelle 160 fr., V. c).

Brasserie-restaurant : — Paris- Cinéma (Nègre), av. de Marrakech, près de la poste (rep. 4 fr. v. c).

Banques : — d'Etat du Maroc, r.

de Marrakech; Algérienne, r.

de la Poste; Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, route de Marrakech ; West Africa, route de Marrakech.

Voitures de place : — Station :

pl. de la Douane ; — En ville :

course simple, 0 fr. 75; course double (avec arrêt), 1 fr. 25; — hors ville : la demi-heure, 1 fr. 50; l'heure, 3 fr. — Mazagan-Azemmour ou vice-versa, 2 fr. la pl. ; autres excursions (voit, de 4 à 6 pl.) : la demi-journée, parcours maximum 20 k., aller et ret. 12 fr. ; la journée, parcours maximum do 35 k.

aller et ret. 25 fr.

Montures de louage (chev. et mulets) : — 5*et 10 fr. par jour (s'adresser aux hôtels).

Services automobiles : — pl. de la Poste ; — 2 serv. quotidiens sur Azemmour en 30 min., 5 fr., et sur Casablanca en 2 h., 25 fr. la place ; serv. irrégulier sur Safi en 6 h., 50 fr. la pl., et sur Marrakech (prix à débattre).

Librairie-papeterie : — Vve Petit, r. du Commandant-Bolelli.

Photographie : — Clark, cité Ben Driss ; Coutier.

Consulats : — d'Angleterre, r. du Capitaine-Héric-Spinney ; de Bel- (jique ; d'Espagne (Mellah); de Hollande; d'Italie; de Norvège ; de Poi-tugal.

Histoire. — Mazagan est construit sur remplacement do Portus Rutulis, que Polybe situé à 7 milles au S. de l'Anatis antique, l'oued Oum Er Rebia actuel. La première installation portugaise date dé 1502 et consista en un fortin neuf : El Bridja El Djedida (|ue les indigènes

MAZAGAN.

désignèrent ensuite, par abréviation, El Djedida. Les Portugais construisirent en 1506 une ville européenne, qu'ils mirent 36 ans à fortifier, et qu'ils appelèrent Mazagan. Elle devint le centre de leurs établissements sur la côte atlantique et fut leur dernier point d'attache au Maroc. En 1561, Moulay Mohammed, fils du sultan saadien Moulay Abd Allah, assiégea la ville avec une importante armée, mais la garnison, qui se composait de 2,600 Portugais seulement, repoussa victorieusement l'assaut (1562). Sous la pression de Sidi Mohammed Ben Abd Allah, ils évacuèrent la place en 1769. Voici comment les chroniqueurs musulmans relatent leur départ : « Au début de ramadan 1182 de THégire, les Portugais, fatigués d'être assiégés, demandèrent à leur roi la permission de quitter la ville. Celui-ci la leur accorda, mais le gultan n'y consentit qu'à la condition qu'ils n'emporteraient que leurs vêtements. Les Portugais mirent le feu à leurs meubles, tuèrent leurs chevaux et creusèrent une mine souterraine. Un forgeron fut laissé pour y mettre le feu et ils s'embarquèrent pour Lisbonne. Le roi les envoya par la suite en Amérique (vers l'embouchure de l'Amazone) où il leur fit bâtir une autre Mazagan. » (Kitab el Istiqça). Le récit n'est pas entièrement conforme à la vérité, car la colonie portugaise ne voulait pas quitter la ville ; elle reçut, au contraire, de son roi l'ordre de l'évacuer. — Moulay Abd Er Rahmane reconstruisit la ville vers 1815 et lui donna le nom à.'El Djedida, « la nouvelle ». Il la peupla de gens des Doukkala et d'un contingent d'Israélites d'Azemmour, qui s'installèrent dans les anciennes constructions. Le développement de la cité indigène moderne ne remonte toutefois guère qu'à 1890, époque à laquelle on construisit de nouveaux remparts. L'essor de la ville va croissant depuis l'établissement du Protectorat français (1912).

Bibliographie : — La Place de Mazagan sous la domination portugaise (1502-1769), par J. Goulven, Paris, Laroze, 1917, in-12.

On entre dans l'ancienne ville portugaise, qui sert aujourd'hui de mellah, par une porte s'ouvrant à TE. de la place du Marché et donnant immédiatement accès au commissariat de police^ vieille construction aménagée où l'on demande l'autorisation de visiter la citerne. A dr., s'élève Véglise de VAssomption, ancienne église paroissiale de la place chrétienne de Mazagan, dont il ne reste plus que la façade (assez bon état de conservation), flanquée, à g., de l'amorce d'un clocher démoli ; les côtés sont masqués par des boutiques.

Sous le porche (franchir la grille) sont conservés : deux inscriptions sur pierre, se référant à Louis de Loureiro, qui édifia la place de Mazagan par ordre du roi Don Juan III, en 1541, alors qu'il était capitainemajor; une stèle; des photographies représentant les vestiges de la citadelle, de divers monuments portugais, un plan de la citerne et des vues de remparts de l'ancienne place de Mazagan. En face de l'église se trouvaient les anciennes forges.

Après avoir tourné à g., rue William-Redman, après la voûte n° 50, on trouve la ^citerne, dénommée à tort salle (TarmeSy immense construction souterraine de 34 m. sur 33 m., aux voûtes soutenues par 5 rangées de 5 piliers trapus en pierre de taille. Le pavement est en briques et la salle reçoit

L'ancienne

MAZAGAN.

son éclairage par une ouverture circulaire de 3 m. 50 de diamètre surplombant un bassin aux parois de pierres taillées. Edifiée au début du xvi® s., elle servit de citerne après l'achèvement des remparts (1541).

La citerne était comprise dans la vieille citadelle d'El Bridja, qui mesurait 58 m. sur 47 et comprenait en outre une chapelle, un hôpital, une prison, le palais des gouverneurs et des intendants portugais. La tour de Rebât, encore visible, dominait l'ensemble ; de son sommet, l'on découvrait le pays à 5 lieues à la ronde et les guetteurs avertissaient la troupe, au son de cloche, des mouvements de l'ennemi.

A rextrémité de la rue William-Redman, une fenêtre percée dans le rempart, à l'emplacement de l'ancienne porte de la mer, permet de jeter un coup d'oeil sur le port {V. ci-dessous) et sur la baie. On tourne ensuite à g. pour sortir par Bah Djedid, rentrer par la porte suivante et monter, par un plan incliné, sur le bastion Saint- Antoine encore muni de vieux canons rouillés, d'où l'on a une vue sur le quartier du Marchan, le cimetière juif aux tombes plates, et la mer. Un chemin de ronde ramène au bastion N. et à l'ancienne église Saint-Sébastien^ dite palais de l'Inquisition, couronnée d'un fronton semi-circulaire orné de volutes.

' Poursuivant la promenade des remparts vers le S., on atteint Vancien port portugais, dont on fait le tour, pour rejoindre le bastion de VAnge, d'où l'on domine, au S.-E., le port actuel, la plage, le jardin de Sidi Moussa, et, à PO., la Medina sur laquelle veillent le minaret de la mosquée El Khaldounia et le phare de Sidi Bon Asfl (p. 112).

En continuant vers l'E., on arrive au bastion du Saint-Esprit, pour redescendre et revenir à la place du Marché.

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