MEKNÈS
Emploi du temps. — Une journée suffit pour bien voir Meknès. Le matin consacré à la visite à pied de Bab Mansour (p. 183) et BabDjama En Nouar, des quartiers indigènes et des souks (p. 185) avec la médersa Bou Anania (p. 185); on verra en voiture l'après-midi les anciennes écuries (p. 187) et VAguedal (p. 187) avec VAutrucherie (p. 188), puis Bab El Khemis (p. 186) et Sidi Saïd (p. 186), d'où l'on joindra Bab El Berdaïnc (p. 184) pour faire le tour complet de la ville.
Les touristes ne disposant que d'une heure ou deux iront voir la porte dite Bab Mansour El Aleuj, les remparts, les souks et la médersa Bou Anania.
L'excursion de Volubilis et Moulay Idris du Zcrhoun demande une journée entière à dos de mulet (très fatigante) et 5 à 6 h. seulement en automobile, y compris les arrêts sur les points d'excursion (emporter des provisions dans les deux cas).
CAMP BATAILLE. — MEKNÈS. [23] — 481
MEKNÈS (on a écrit aussi Méquinez; ethn. : Meknassi), ville makhzenia, c'est-à-dire impériale, est située par 8°8 de long, et 37°8 de lat., à 514 m. d'alt., sur un plateau borné au N. par le massif du Zerhoun, au S. par les contreforts du Moyen Atlas, et arrosée par l'oued Fekrane dont les eaux se déversent dans l'oued Rdom. Peuplée de 36,765 hab. dont 850 Français et 400 autres européens, de 4,000 israélites, elle est également le ch.-l. d'une subdivision de 125,000 hab. La population musulmane, très policée et surtout d'origine berbère, compte de nombreux chérifs, descendants du Prophète, et plusieurs milliers de nègres, fils des anciens soldats de la garde noire de Moulay Ismail.
Merveilleusement assise sur un éperon allongé dont on a une * très belle vue du camp, la ville s'étend sur plusieurs kilomètres. La cité proprement dite occupe le N. ; le Dar El Makhzen et ses innombrables dépendances, témoins grandioses du faste des premiers sultans alaouites, le S. Ses souks et ses fondouks, ses boutiques d'artisans, ses rues grouillantes de berbères les jours de marché, ses portes grandioses et ses monuments, ses jardins nombreux et ses enceintes multiples remplissent le visiteur d'étonnement.
La ville nouvelle s'étendra sur une croupe, à l'E. de la ville arabe et du camp, à proximité de la gare du ch. de fer et près de la future gare du Tanger-Fès. Le plan en est définitivement arrêté. Les premiers lots sont, vendus, et déjà d'assez nombreuses villas de plaisance et des écoles se sont élevées, faisant face d'une part à la medina, d'autre part au Zerhoun.
Par sa situation au milieu de vastes plateaux fertiles, au débouché des tribus du Moyen Atlas et du Zerhoun, Meknès est déjà un important marché. L'exploitation rationnelle de sa région agricole et forestière, et de ses ressources touristiques, lui assurent un bel avenir. Son climat est enfin fort agréable au printemps et en automne.
Gare : — gare du chemin de fer militaire, près du camp d'El Hamria, à 1 k. de la ville indigène.
Omnibus : — du Sultan-Hôtel à la gare et à l'heure des trains seulement : 1 fr. la place ; service d'omnibus de la Gare à Bab El Mansour, toutes les 30 m.
Hôtels : — Terminus (Pl. a E2), près de la gare ; de la Résidence (Provost; Pl. 6C2), r. Rouamzine(rep. 4, ch. 5; pens. 12 à 14) ; Sultan-Hôtel (Navarre; Pl. c C2), à l'entrée de la r. Rouamzine (rep. 4; ch. 5; pens.
12 à 14; omn. à t. les trains).
Restaurants et cafés : — aux hôtels ci-dessus.
Banques : — Algéro-Tunisienne et Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, toutes deux r. Rouamzine.
Voitures de place : — station à l'entrée de la r. Rouamzine, près du Sultan-Hôtel : — course simple en ville et au camp 2 fr.; course double 3 fr. ; course simple à l'Aguedal et Toulal 4 fr. ; course double 5 fr. ; l'heure en ville et au camp 3 fr. 50, en dehors 4 fr. ; tous ces prix sont majorés de 1 fr. pendant la nuit.
Chevaux et mules de louage : — s'adresser aux hôtels.
Service automobile : — bureaux r. Rouamzine : — de Meknès à Fès, 2 serv. quotidiens en 2 h. ; dép. à 7 h. et 13 h., 20 fr. (retenir les places d'avance).*
Automobiles de louage : — Valin, boulevard de l'Aboul ; Scordino, r.
Rouamzine, prix de location 10 à
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80 fp. par j. et par place ; 1 fr. 25 le k. sur route et i fr. 50 sur piste, distances comptées sur l'aller et rot.
Librairie-papeterie : — cartes postales : Sanmarti, r. Rouamzine.
Journaux : — VEcho de Mekncs, hebdomadaire, 10 c.
Spécialités : — bijoux en argent doré rehaussé de pierres ; broderies polychromes de soie sur étotfes; petits meubles en bois peint ; tapis
berbères à haute laine et à points noués des Boni Mtir et des Zaïane; nattes en palmier nain cordelé et en laines de couleur des Guerouane.
Réjouissances locales : — Moussem de Moulaij Jdrisdu ZerJioun en mai ; Moussem des Aïssaoua au Mouloud (décembre). Ces manifestations, très imposantes, réunissent à Meknès un concours de population considérable.
Histoire. — Meknès tire son nom de la grande tribu zénète des Meknassa qui, se partageant en deux fractions, fonda Meknassa Taza, autrement dit Taza, et Meknassa Ez Zitoun, la « Meknès aux oliviers », qui nous intéresse ici.
D'après les auteurs arabes, l'emplacement de Meknès était autrefois occupé par une série de bourgs dont les Almoravides prirent possession au XI® s. et qu'ils fortifièrent en construisant Tagrart, noyau de la ville actuelle. Au début du xii« s., le mahdi Ibn Tonmert, fondateur de la dynastie almohade, y prêcha la guerre sainte contre les maîtres d'alors, mais en fut chassé. Ses successeurs parvinrent à s'en emparer (1150) après un siège de sept ans.
Au XIII® s. les Mérinides s'installent à Meknès, non sans difficultés, car Abou Yahia Ben Abd ElHakk est dans l'obligation d'y revenir plusieurs fois (1245 et 1248) pour y faire reconnaître son autorité. Abou Youssef y fait construire une kasba et une mosquée (1276) et Abou El Hassane Ali la dote d'une médersa.
Aux XV® et xvi® s. Meknès a une histoire assez obscure. Elle passe aux Saadiens, en même temps que Fès, en 1547, puis est soudainement mise en lumière au xvii® s. par Moulay Ismaïl (1672-1727), un des premiers souverains de la dynastie alaouite actuellement régnante, qui lui fait connaître sa plus belle période de prospérité. Le contemporain fameux de Louis XIV, « le sultan qu'affola Versailles «, en fait sa résidence préférée dès son avènement (1668). Durant tout son long règne de cinquante-cinq ans, il y construit, avec des ouvriers appelés de tous les points du Maroc et une armée de captifs chrétiens, 40 k. de bas- • tiens et de murailles, des portes monumentales, des greniers et des écuries immenses, des grands bassins et de magnifiques jardins, des mosquées, des palais pour son immense harem (il eut, dit-on, 800 enfants) et ses esclaves, faisant de sa capitale un « Versailles marocain ». Ces travaux, entrepris sans arrêt, non sans faire tort aux anciennes villes romaines, Volubilis et Tocolosida d'où sont tirés de nombreux matériaux, se poursuivent sous son fils Moula}"^ Abd Allah qui achève la porte Bab Mansour El Aleuj. C'est à Meknès qu'après avoir remanié le guich des Cheraga et organisé celui des Oudaïa, Moulay Ismaïl créa sa fameuso garde de nègres bouakhar, qui lui permit de vaincre les tribus berbères avoisinantes restées jusqu'alors réfractaires à toute autorité.. On sait enfin que Moulay Ismaïl demanda en mariage l'une des filles de Louis XIV , la princesse de Conti, démarche qui d'ailleurs n'eut aucun succès.
Avec Moulay Abd Allah, la capitale déchoit vite. Sidi Mohammed (1757-1790) y fait encore élever plusieurs mosquées dont celles de Berdaine et de Berrima, les mausolées do Sidi Mohammed Ben Aïssa et de Sidi Saïd Bou Othmane, mais sa splendeur est désormais ternie : les sultans transfèrent leur résidence tantôt à Fès, tantôt à Marrakech.
Pendant la période d'anarchie qui caractérise les derniers règnes de l'ancien makhzen, Meknès proclame Moulay llafid (1908) venu de Marrakech contre Abd El Aziz. Quelques annécs'après, les Berbères, maîtres ■des routes de Fès à Meknès, opposent au nouveau sultan le prétendant
MEKNÈS.
Moulay Zine, qui so rend bientôt sans conditions au g'ënéral Moinier (8 juin 1911). Par la suite, les opérations de la colonne Henrys (1913) et du général Poëymirau augmentent considérablement l'étendue de la zone soumise, qui atteint la Moulouya en 1917.
Bibliographie : — Monographie de la région de Meknès, par Ed. Arnaud ;
— Monographie de Meguinez, tr. de. l'arabe par O. Houdas, Paris, 1855;
— A journey io Meqidnez, par John Windus, London, Tonson, 1725; — Histoire d'un saint musulman vivant actuellement à Meknès^ par A. Bel (Revue de l'Histoire des Religions, extrait, 1917).
Le point de départ des itinéraires qui suivent est l'extrémité E. de la rue Rouamzine, près du marabout de Sidi Ali Mennoun, où stationnent les voitures.