‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 90 sur 153 · Le quartier du Douh · texte numérisé non relu

Le quartier du Douh

Ce quartier ne s'étendant que sur 5 à 600 m. peut être parcouru sans fatigue à pied. Il renferme la médersa Bou Anania, les musées et les principaux services administratifs.

La porte Neuve de Bou Jeloud, qui ferme la place Bou Jeloud à l'E., a été bâtie par le Mejless ou Conseil municipal musulman de Fès en 1913, avec la main-d'œuvre locale. Son décor de faïence s'enlève en émail bleu sur un fond de terre cuite. L'arc de cette porte encadre deux élégants minarets dont le plus riche appartient à la médersa Bou Anania (F. ci-après) et l'autre, couronné d'un nid de cigognes, à une petite mosquée.

S'engager sous la porte et passer dans la première rue à g., puis descendre aussitôt à dr. On est dans le souk du Tala, bordé de curieuses boutiques de marchands de bric-à-brac et de denrées alimentaires. Au milieu du souk se trouvent la petite mosquée de Sidi Lezzaz (entrée interdite) et l'important GROUPE DE LA Bou Ananl\ qui se compose, à g., de l'ancienne horloge et de latrines, et en face, de la médersa, édifices classés comme monuments historiques.

V^horloge de la Bou Anania (façade seule intéressante) compte 13 grands timbres de bronze encore existants et reposant sur des consoles. Au-dessus de ces timbres s'étend un décor mural de plâtre et de bois sculpté où s'alignent 13 petites fenêtres portant encore quelques traces d'organes de transmission. On ne sait rien sur le fonctionnement de cette curieuse machine, qui date du xiv^ s. — Les quelques pièces situées à l'intérieur passent pour avoir servi d'appartements à un lettré

et saint juif et sont quelquefois visitées par des femmes israélites désireuses de devenir mères.

Les latrines, contigiies à l'horloge (entrée tolérée aux hommes seulement), sont de la môme époque que la médersa (xiV s.). Autour d'un grand patio central, qu'abrite une magnifique charpente à 'membrures d'entrelacs géométriques, sont disposés de nombreux water-closets à la turque abondamment alimentés en eau. L'aire du patio est partiellement occupée par un bassin aux marges rehaussées de marbre blanc.

La ^médersa Bou Anania (entrée permise sur autorisation des Services Municipaux, qu'on présentera au muezzin; pourboire) est la plus importante des médersas mérinides de Fès. Elle doit son nom à l'émir Abou Inane qui la fît construire de 1350 à 1355.

Son entrée principale est fermée par une magnifique porie à deux battants plaqués de bronze ouvragé et munis de marteaux et de verrous massifs; Vescalier, de marbre et de faïences, est bordé de bancs que revêtent de magnifiques panneaux de faïences polychromes; au-dessus, décoration très fine d'inscriptions et de décors floraux en plâtre fouillé; en haut, plafond à stalactites en bois aux milliers de pendentifs peints.

Franchie la porte s'ouvrant dans une boiserie aux fragments menuisés et tournés, on pénètre dans une vaste cour dallée de marbre blanc, dont le revêtement mosaïque est couronné d'une belle inscription en caractères cursifs noirs. Immédiatement au-dessus commence la décoration de plâtre dans laquelle se creusent, par endroits, les fenêtres des chambres d'étudiants du premier étage s'éclairant sur la cour. Cette ornementation est balancée par des linteaux et consoles reliant les piliers, et de grands arcs en bois de cèdre sculpté supportant une frise majestueuse et un auvent aux consoles traditionnelles de la période hispano-mauresque; le tout ouvragé avec un art exquis. Deux salles de cours, à coupoles hémisphériques en bois, s'ouvrent sur la cour; celle de dr. est fermée par une vieille porte en bois à deux battants portant des sculptures d'une ténuité extrême; celle de g. à été restaurée récemment à l'intérieur.

Une dérivation de l'oued Fès sépare la cour de la salle de prière ; deux ponceaux, pavés de grandes mosaïques à entrelacs, permettent de la franchir. La salle de prière (entrée interdite) renferme aussi des parties très captivantes : mihrab finement décoré, vitraux anciens, robustes colonnes et chapiteaux hispano-mauresques supportant le mur de refend de la salle, nefs à membrures remarquablement enchevêtrées. De la cour ^ on aperçoit le minaret de la médersa, d'une rare beauté de proportions et d'une jolie couleur. — Demander à voir le minhar ou chaire à prêcher, admirable travail de sculpture malheureusement très abîmé, et se faire conduire sur la terrasse du monument.

Par le couloir qui longe la cour' à dr. derrière les moucharabies, on atteint Ventrée secondaire^ ornée à l'intérieur d(^

mosaïques, de plâtres sculptés, d'un plafond à stalactites, et à l'extérieur d'un bel auvent.

En sortant de la médersa par cette dernière issue, on aperçoit, à 50 m. plus bas, le joli minaret émaillé de la petite mosquée Ahou El Hassane, du nom de son fondateur, sultan mérinide, père d'Abou Inane (début du xiv*" s.); la porte est également munie d'un superbe *auvent. On remontera la rue pour pénétrer quelques pas plus haut à g. dans l'artère dite Ed Douh, qui dessert la justice de paix (jolie maison mauresque; on peut entrer dans le patio), la chapelle catholique des Pères Franciscains où périrent en 1912 plusieurs télégraphistes français, Vhôtel de France, au delà duquel la route de la Résidence à dr. longe le palais du Batha et du Dar Beida.

Le *palais du Batha fut édifié (tin du xix^ s.) partie par Moulay El Hassane (musée), partie par Abd El Aziz (cercle militaire); pour la visite du cercle, demander l'autorisation au sergent bibliothécaire, première porte à dr.

Les deux bâtiments, séparés par un grand jardin (riad) forment un ensemble de. belle allure, type des riches habitations de plaisance modernes.

Le *musée (ouvert au public les vendr. etdim. de 14 h. à 11 h. et aux visiteurs étrangers t. 1. j.; s'adresser aux gardiens; entrée 2^ porte à dr.) comprend :

1<> Section d'Archéologie (une salle et deux galeries), qui renferme des portes à panneaux et des bois sculptés, des mosaïques anciennes de faïence vernisséa; des pierres tombales en marbre avec inscriptions; des plâtres fouillés, tous documents provenant, pour la plupart, de maisons et médersasmérinides du xiv^s., sisesàFès El Bali, construites et ornées suivant les traditions de l'art hispano-mauresque ;

2° Section d'arts citadins, comprenant deux salles où sont réunis des produits de l'industrie contemporaine de Fès et de Meknès '.poteries émaillées (collection Mellier); ceintures de femmes tissées et brodées; haïtis ou tentures murales brodées d'or; broderies de soie et d'or; cuirs et cuivres ouvragés; bijoux; reliures; étagères peintes et sculptées; coffres recouverts de cuir et cloutés, etc.

3° Section berbère où l'art rural de la région est représenté par des tapis de couleurs sobres à points noués et à haute laine originaires des régions S. de Fès et Meknès (Zaïane, Boni Mtir, Guigo), des tissus ornés à ^oil ras, des poteries berbères des Tsoul et de la Kalaa de Slès, tous objets à ornementation géométrique rectilinéaire ;

4° Une salle d'armes, entre les deux précédentes, où sont rassemblées plus de 1,300 pièces de toutes provenances et de toutes époques : fusils, sabres, cimeterres, pistolets, tromblons, poires à poudre, armures, etc.

50 Une collection de pièces d'artillerie, sur le terre-plein : canons, mortiers, couleuvrines d'époques et de provenances variées.

6° Une section d'ethnographie est en voie de création.

Le "^palais du Dar Beîda, ou palais de Boa Jeloud (4® porte à dr. sur la route au delà du musée, entrée sur autorisation spéciale), fut construit par Moulay El Hassane (fin du xix« s.), agrandi par Moulay Hafid (début du xx* s.) et aménagé en Résidence générale; Il comprend plusieurs corps de bâtiments

FÈS

séparés et entourés de vastes et be^iux jardins parmi lesquels passe une importante dérivation de l'oued Fès. Sur le côté 0. il se termine par deux pavillons datant de Moulay Slimane et de Moulay Abd er Rahmane (début du xix« s.) et une mosquée sans minaret et de mauvais goût édifiée par Moulay Hafid.

Revenant rue Ed Douh, on laisse, à g., la rue Sidi Kl Khiyat, qui dessert le consulat d'Angleterre, la Subdivision (installée dans une intéressante maison arabe : le Dar Tazi), les bureaux de la Place, VOffice Commercial (musée économique où sont réunis des spécimens de l'industrie marocaine courante et où l'on donne tous renseignements économiques sur Fès et la région), le Service régional des Renseignements, les bureaux du Cercle de Fès- - Banlieue, réunis autour de la place de Sidi El Khiyat, à 80 m. seulement de la rue Ed Douh.

A l'angle des rues Sidi El Khiyat et Ed Douh, se trouve le siège des Services municipaux (entrée rue Ed Douh).

Outre les questions d'ordre politique et de renseignements proprement dits, le bureau de i^és-Vz7Ze assume la direction de l'Administration municipale tout entière, en même temps que le contrôle des diverses autorités indigènes de la ville, de l'ordre judiciaire, financier et corporatif, etc., qu'il s'efforce d'cduquer en les initiant progressivement à nos principes et méthodes administratives. Il prépare et oriente les délibérations des assemblées municipales indigènes. Il se réserve enfin la direction des travaux publics dont la conduite technique appartient à un sous-ingénieur chef des travaux municipaux.

La rue Ed Douh se poursuit dans un quartier de jardins qu'ombragent de grands arbres. Au delà des Services municipaux, se trouve le bureau central des postes et télégraphes un peu en retrait, à g., puis Vhôpital militaire Auvert dont les pavillons sont répartis dans un immense jardin.

Bad Hadid, porte sans intérêt, ferme la rue Ed Douh sur la campagne de vergers, en face de l'hôtel Bellevue. Au S. sur la hauteur opposée, fort Juge.

De Bab Hadid, on peut se rendre : 1° à (0 k. 8) Bab Djedid (p. 225) en suivant la route qui descend le long du rempart et traverse les vergers ; — 2** à (1 k.) Bab Jiaf (entrée de Fès Djedid et du mellah) par la même route allant à l'O. et passant à proximité de la pépinière municipale créée en 1912 par la municipalité. Cette institution a permis d'introduire à Fès les essences d'arbres et de fleurs les plus variées, do reconnaître celles qui s'acclimatent le mieux et de doter les jardins et les routes d'une quantité innombrable de plants appropriés.

Au lieu de revenir sur ses pas pour rentrer en ville, on complétera heureusement la promenade en suivant, sur 300 m. vers l'O., la route de Bab Jiaf et en prenant le chemin de j la Résidence qui laisse à dr. le Dar Beida et le Bordj Bou Jeloud • (construction massive très caractéristique appartenant à l'ancienne kasba Bou Jeloud, p. 219) et, à g., les jardins de Bou Jeloud aménagés en 1917 sur d'anciens jardins chériflens délaissés. |;< On retrouve ainsi l'avenue de Bou Jeloud qui ramène au point de départ. ||v

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