Les souksy Moulay Uns, grande mosquée J^arouiine
1,200 m. Trajet presque entièrement en pente. Deux itinéraires très voisins, également curieux, peuvent être parcourus l'un à l'aller, l'autre au retour.
1*^' Itinéraire. — Franchie la porte N*euve de Bou Jeloud (p. 205). prendre la première rue à g., puis descendre immédiatement à dr. dans l'artère très animée du Tala. Après les souks de ce quartier et le groupe de la Bou Anania (p. 205), on passe devant des échoppes de forgerons, de rapetassBurs de babouches, le souk et la mosquée de Cherahliine (xyiii** s.), dominée par un élégant minaret mérinide (xiv° s.) plaqué de faïences polychromes, et enfin les fabricants de tamis en jonc et en crin.
De ce point, une rue à dr. communique avec l'itinéraire qui suit. A prendre si l'on veut voir le sanctuaire de Moulay Idris sous son aspect - le plus saisissant.
Ensuite, ce sont les petites boutiques de quincaillers indigènes, marchands de clous, de chaînes et de goudron, en arrière desquelles se trouvent des ateliers de forgerons, des échoppes de marchands de sacoches en cuir brodé, puis, dans une longue allée presque rectiligne, le pittoresque souk Attarine bordé d'innombrables boutiques aux devantures multicolores, remplies d'aromates, de sucre et de bougies. A traverser de bout en bout.
L'entrée du souk Attarine communique : 1" à dr. avec le souk du henné qu'avoisine le Moristane, le souk des poteries blanches et émaiilées et le souk Nejjarine (p. 212) ou des menuisiers.
Le Moristane ou hospice des aliénés (autorisation nécessaire à demander aux Services municipaux), géré par l'administration des Habous de Sidi Fredj, reçoit les aliénés retenus dans leurs cellules au moyen d'une chaîne s'insérant sur un anneau de fer qu'ils portent au cou. Le rez-dechaussée est occupé par les hommes, tandis que le premier étage est réservé aux folles et à quelques femmes emprisonnées sur l'ordre du pacha.
2° à g. avec la Joutia, marché au sel et au poisson péché dans les oueds Sebou et Innaouene ; le souk des œufs, qu'avoisinent le fondouk S ag ha {fsiçade xvme s.) et la fontaine Sagha; le souk el Ghezel, oumarché de la laine filée, le matin, des grains, le soir (c'est là que s'est tenu jusqu'au début du xxe s., le marché aux' esclaves, aujourd'hui clandestin); enfin le souk des volailles.
De la Joutia, on peut se rendre (10 min.), par le quartier dit Fondouk El Ihoudi habité par les Juifs jusqu'au xiii'^ s., à Bab Guissa (p. 223).
Le souk Attarine est longé : à g., par le souk el khiyatine, des tailleurs de jellabas, pantalons et burnous, le souk el tellis (des couvertures et tissus ornés), et le souk el haïk, où se vendent les lainages du pays; puis .la mosquée du Diouane (xviii« s.); — à dr. par la *Kisaria, dans un incroyable dédale de rues, où s'écoulent des produits locaux et importés, puis le sôuk el Morktane^oii se groupent, autour d'une placette ombragée d'un
MAROC
FÈS
mûrier, les marchands d'antiquités marocaines. Tous les souks de la Kisaria sont fermés la nuit au moyen de portes qui empêchent alors la circulation à l'intérieur. Chacun d'eux est gardé par un veilleur de nuit. Consumés plusieurs fois au cours des âges, ils ont été de nouveau la proie des flammes en juin 1918, mais aussitôt reconstruits.
A l'extrémité du souk Attarine se trouve l'entrée de la jolie *médersa Attarine, qui se signale par sa porte de bronze ciselé et son vestibule orné (entrée permise sur présentation de l'autorisation). Construite par l'émir Abou Said en 1321, la médersa Attarine, quoique de dimensions réduites, est peutêtre le chef-d'œuvre de l'art mérinide de Pès. Les lignes des ^angles de la cour, d'où partent de fines colonnes de marbre surmontées de jolis chapiteaux sculptés, en sont particulièrement harmonieuses, les grands arcs et l'auvent intérieurs en bois sculpté sont remarquables; une lampe en bronze garnie d'inscriptions et à forme originale, est suspendue au plafond de la salle de prière. La vasque de la cour reçoit une eau belle et pure provenant d'une source voisine. De la terrasse, vue curieuse sur les souks et la mosquée Karouiine (V. ci-dessous). L'établissement renferme une soixantaine de chambres.
En tournant à g., on trouve (150 m.) la zaouïa de Sidi Ahmed Et Tidjani dont l'entrée, ornée de plâtres sculptés, de bois peints et de lanternes en métal découpé, est du plus pittoresque aspect. Cette zaouïa est une filiale de la zaouïa mère d'Aïn Madhi, près de Laghouat, de l'ordre des Tidjania.
En tournant à dr. on atteint l'angle N.-O. de la ^grande mosquée cathédrale Karouiine (entrée interdite). On n'aperçoit d'abord que la façade de la Mahakma du Cadi, d'un style intéressant, faisant vis-à-vis aux boutiques d'adouls ou notaires musulmans. DeBab Adoul, de Bab Chemmaïne, de Bab Sbitriine à l'O., de Bab Hfa, de Bab Ouerd, de Bab Mesbahia au N., on voit les dispositions intérieures de l'édifice.
La mosquée Karouiine ne fut d'abord qu'un oratoire de 30 m. sur 30, édifié en 248 de l'Hégire {ix'' s.) parles soins de Fatma Bent Mohammed El Feheri. originaire de Kairouan. Au s. elle devint une véritable mosquée avec les Zenata qui firent élever le minaret, réparé plus tard par les Mérinides. Sous l'almoravide Youssef ben Tachfine (xi* s.), la mosquée fut agrandie et reçut ses dimensions définitives, qui en font la plus grande mosquée du Maghreb. Elle compte, dit le Roudh el Qartas,^ 270 colonnes formant 16 nefs de 21 arcs chacune et peut recevoir plus de 20,000 assistants. Quoique d'architecture un peu lourde, elle a des parties qui présentent un réel intérêt archéologique.
Aux extrémités de la cour s'élèvent deux kiosques rappelant ceux de la cour des Lions de l'Alhambra de Grenade, supportés comme eux par d'élégantes colonnes de marbre et dont l'un fut construit sous le règne du sultan saadien Abd Allah Ech Cheikh (xvii® s.). Une vasque à eau jaillissante mise en place en 599 de l'Hégire (xiii* s.) orne le centre de la cour.
La mosquée compte 14 portes. A remarquer trois d'entre elles plaquées d'ornements de bronze, dont l'une date de 531 de l'Hégire (xii« s.). A l'intérieur, se trouvent un grand lustre et un minbar d'une beauté excep-
[26] — 2dl
tionnelle, qui remonteraient au xn«s.Une bibliothèque, de 1,600 volumes tous manuscrits anciens, compose le principal trésor de la mosquée.
La mosquée Karouiine est devenue depuis longtemps le centre intellectuel du Maghreb et le siège de l'Université musulmane de Fès. Aujourd'hui encore, de nombreux étudiants (tolba), environ 300, venus de toutes les régions du Maroc, s'y rassemblent pour suivre les cours de professeurs renommés (uléma). La grammaire, la théologie et le droit musulman sont les matières les plus importantes du programme. Le mejless des uléma, réunion des jurisconsultes fasis, étudie, à la manière d'un Conseil d'Université, les questions soumises à son arbitrage intéressant les étudiants et les professeurs.
En faisant le tour de la mosquée Karouiine par la g., on longe une école coranique avec une curieuse devanture en mou-* charabie, puis les grandes latrines et la '^médersa Nesbahia, en face de l'une des portes de la mosquée.
Cette médersa fut construite par Abou El Hassane (début du xiv* s.). Son nom est dû au premier professeur qui y enseigna : Mesbah Ben Abdallah. On l'appelait aussi médersa Er Rokhame, « école du marbre >>, à cause d'une fontaine en marbre blanc, apportée d'Algésiras, qui s'y trouvait.
A remarquer : Ventrée sous un remarquable auvent de bois sculpté ; le plafond du vestibule admirablement ouvragé; la face de la cour donnant accès à la salle de prière ; les chapiteaux, de pierre sculptée, portant les arcs jumelés de l'ouverture de cette salle; la vasque de marbre blanc pour les ablutions, remplie d'eau toujours claire et courante. Dans les soixante chambres do la médersa logent surtout des étudiants originaires du Maroc méridional.
Plus loin, on longe deux fondouk« dont Tun, le fondouk TsETAOUNiNE, a SOU entrée couverte d'un admirable plafond de travail mérinide. Les rues adjacentes, très resserrées et très hautes, sont les plus caractéristiques de la vieille ville. Après avoir dépassé un four banal, on arrive sur la place Seffarine, occupée par les fabricants d'objets en cuivre (vente aux enchères tous les après-midi du vendredi), des tisserands de foulards et d'écharpes en crêpe de soie, et quelques relieurs (échoppe à un premier étage, en face d'une fontaine ancienne).
Sur la place se trouve également le 'grand hammam Es Seffarine (entrée permise jusqu'à midi seulement) et la médersa Es Seffarine, vraisemblablement la plus ancienne de Fès, construite au début du xiv® s. par le sultan mérinide Abou Yakoub Ben Abd El Hakk. Son fondateur la pourvut alors d'une riche bibliothèque, dont les ouvrages ont été transportés par la suite à la mosquée Karouiine. La cour intérieure renferme un bassin rectangulaire. Le mihrab de la petite salle de prière serait le mieux orienté de tous les mihrabs de Fès. Les trente chambres de l'établissement reçoivent des étudiants surtout originaires du Sous, du Rif et du Zerhoun.
De la place Seffarine, on se rend\: 1° en 4 min., par la rue ■des Mechchatine, fabricants de peignes en bois et en corne, au pont de Beïn El Moudoun, « pont d'entre les deux villes », en dos d'àne, d'où l'on a une *vue magnifique sur l'oued, sur les quartiers de la rive dr. et le Zalagh ; en contre-bas à g. s'élèvent les abattoirs inaugurés en 1916; — 2° en 2 min., par la rue des
FÈS
Teinturiers (très colorée), au pont de Sidi El Aouad, également en dos d'âne; vues caractéristiques de Fès, en amont et en aval.
2" Itinéraire. — Après avoir franchi la porte Neuve de Bou Jeloud (p. 205), on descendra tout droit la rue Zekak El Hadjer, après un léger coude à dr. On passera ainsi devant l'entrée secondaire de la médersa Bou Anania (à g.; p. 206), la petite mosquée d'Abou El Hassane (à dr. ; p. 207) et 500 m. plus bas, à g., le Dar Menebhi, où est provisoirement installé le collège musulman.
Le Dar Wenebhi (entrée permise) est une construction marocaine de style moderne construite par un ancien ministre de la guerre de Moulay Abd El Aziz, au commencement de ce siècle. El Menebhi, enfant trouvé adopté par le caïd de la tribu des Menebhi (Haouz), devint ministre de la guerre d'Abd El Aziz. Envoyé en ambassade à Londres (1901), c'est lui qui rapporta d'Europe des objets inconnus à Fès avant cette époque : billard, bicyclettes, tricycles, qui furent les jouets du grand enfant qu'était le sultan et qui existent encore au Dar El Makhzen. — C'est au Dar Menebhi que se trouvait le général Lyautey, le 25 mai 1912, lorsqu'au lendemain de son arrivée dans la capitale marocaine, la ville fut investie par les Berbères.
Après une série de petites pièces donnant sur une courette ornée d'une modeste fontaine, un couloir plusieurs fois coudé conduit dans un grand patio pavé d'une grande rosace de zellijs colorés et de marbre noir, et ornée au centre d'une grande vasque. La façade intérieure du patio est très ouvragée dans les parties hautes; Tune des parois porte sur son axe une fontaine monumentale de mosaïque de faïence. Deux salles se faisant face sont ornées, avec plus de profusion que de goût, de zellijs finement taillés, de plâtres fouillés et de charpentes sculptées et peintes.
Le collège musulman reçoit les jeunes indigènes de Fès qui, ayant fait dos études primaires dans les différentes écoles franco-arabes de la cité, désirent parcourir un cycle d'études secondaires.
Un petit souk, Souïket Ben Safi , fait suite au Dar Menebhi
Une ruelle, à dr., longe loute une série de petites mosquées et de sanctuaires dont toutes les portes sont surmontées d'auvents. — La ruelle de g. rejoint l'itinéraire précédent dans le quartier de Gheràbliine (p. 209).
La descente continue. A remarquer, sur le côté g., une école coranique, avec devanture de bois, où de jeunes musulmans apprennent le Coran, et quelques oratoires à dr.
Plus bas, bifurcation : la rue de g. rejoint l'itinéraire précédent à hauteur des fabricants de tamis (p. 209). On prendra celle de dr. qui fait un coude brusque. Elle conduit sur la magnifique *place Nejjarine, oii stationnent de nombreux portefaix (zerzaï) et où l'on remarquera le souk, la fontaine et le fondouk.
Le SOUK Nejjarine réunit un certain nombre d'ateliers de menuiserie rangés de part et d'autre d'une rue couverte
d'un treillis de roseaux que recouvrent les ramifications d'un énorme pied de vigne. Les ouvriers de ce souk ne se livrent guère qu'à la confection et à la réparation d'objets courants, sans caractère artistique.
La FONTAINE Nejjarine est le type du genre le plus coquet de Fès. L'ensemble formé par le bassin, le revêtement de mosaïque, le plâtre sculpté et l'auvent de cèdre à tuiles vertes est des plus heureux.
Le FONDOUK Nejjarine (entrée permise) s'annonce par une • façade monumentale richement ornée que flanquent deux solides tourelles carrées. L'entrée, droite, est surmontée d'un plafond sculpté et peint.
Le patio intérieur est entouré de galeries à tous les étages, que des balustrades de moucharabie et des arcs en bois ornent très heureusement. Sur tout le pourtour, s'ouvrent des cellules où s'entreposent des produits d'importation appartenant à des négociants en gros. C'est dans des établissements de ce genre que viennent, en partie, s'approvisionner les détaillants des souks. La construction de ce fondouk paraît remonter au xYiii® s. L'immeuble est une propriété habous.
De la place Nejjarine, on se rendra à bab Moulay Idris, toute proche, bordée de boutiques de marchands d'objets en cuivre, en verre et en porcelaine, et qui mène au sanctuaire du patron de la ville, véritable cour des miracles constamment encombrée de pèlerins venant parfois des points les plus éloignés du Maroc.
La zaouïa de Moulay Idris (entrée formellement interdite, ne pas trop s'attarder sur le seuil) s'aperçoit derrière une boiserie peinte et un grillage de métal. On en voit assez distinctement les différentes parties : en avant, le péristyle, au plafond duquel sont suspendus d'immenses lampadaires; au fond, le sanctuaire, vaste salle où se trouve le tombeau du saint, qu'on n'aperçoit pas; à g., la mosquée avec cour centrale et galeries latérales soutenues par des piliers (on la verra mieux en s'avançant dans le passage à g. de l'entrée); plus à g. encore, la zaouïa où s'enseigne le Coran, puis les latrines. La façade extérieure, sur le passage de dr., porte le tronc où les croyants viennent déposer leurs aumônes en embrassant les boiseries qui l'aVoisinent; la décoration de ce côté est d'une grande richesse.
Les fidèles vont et viennent tout le jour dans ces parages s'imprégner de la « baraka » du saint. Le produit des dons et des aumônes est réparti, suivant des règles bien établies, entre les descendants du saint, les chérifs Idrissides.
C'est à ce sanctuaire que les sultans faisaient hommage des « be'ia », textes par lesquels villes et tribus acceptaient la suzeraineté nouvelle, en stipulant leurs aspirations sociales ainsi que les réformes économiques qu'ils attendaient du nouveau règne. Ces documents, longs de 1 m. 20 et larges de 0 m. 50, ornés d'enluminures, étaient suspendus aux voûtes du sanctuaire.
La zaouïa est « horm »; c'est un lieu d'asile où se réfugient parfois les personnes qui craignent d'être appréhendées par les autorités.