‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 98 sur 153 · La Medina · texte numérisé non relu

La Medina

Une artère principale orientée S.-E.-N.-O. parcourt la Medina de bout en bout. Tout près des Services municipaux, se trouvent la poste et les bâtiments de la Subdivision sans intérêt, la mosquée des Andalous, l'ancienne maison de Bou Hamara, la médersa et son petit musée.

Le roghi Bou Hamara, « l'homme à l'ànesse », est le prétendant qui lutta contre Moulay Abd El Aziz et Moulay llafld. Pris par ce dernier, il tut emprisonné dans une cage, à Fès, et mourut ensuite dévoré par les lions. La maison qu'il habita date vraisemblablement du xvui® s. Elle est précédée d'une place ou mechouar. Le couloir qui y donne accès porte encore des restes de décor de plâtre sculpté. Un autre couloir s'embranchant sur le premier conduit dans une, cour intérieure à galerie et des locaux dont l'un renferme la chaise à porteurs qui servit au prétendant.

La médersa mérinide (on peut visiter), aujourd'hui affectée à l'école franco-arabe, s'ouvre sur l'artère principale de Taza par une porte à auvent et consoles finement sculptés. La patio intérieur est fermé de deux côtés seulement par des galeries ; il est pavé d'anciennes mosaïques à très grande échelle et orné en son centre d'une vasque. L'ancienne salle de cours est dotée d'un mihrab flanqué de deux colonnes de marbre couronnées de très beaux chapiteaux d'onyx sculpté. Sur le mur, à dr. du mihrab, plaque de marbre avec inscription dédicatoire. Les parties les plus intéressantes de l'édifice sont du xiv* s.

Le MUSÉE de la médersa (en voie de constitution) renferme : des silex taillés, des haches en diourite, des poteries de l'âge néolithique ancien et récent, des vases et lampes puniques, des fragments de mobilier antique, des tessons de poteries musulmanes émaillées et imprimées avec caractères cursifs et coufiques du x^ s., des débris de marbre du Dar El Makhzen, des monnaies musulmanes, etc., tous objets recueillis dans la grotte de Kifane El Ghomari, un atelier néolithique de Bab Merzouka, la nécropole antique de Taza et la ville actuelle.

En face de la médersa, derrière un mur couronné de créneaux, se trouve le bassin d'El Jeboub, où l'on recueillait les eaux de pluie destinées à alimenter la ville lorsque la belliqueuse tribu voisine des Ghiata coupait les canalisations.

TAZA

Aussitôt après, sa dirigeant vers le N., on passe devant le marabout de Sidi Ali Ed Derrar, le bureau du Pacha donnant sur une cour ombragée. Plus loin, c'est un souk que domine le curieux minaret de Djama Es Souk, dont la partie haute est plus large que la base. La plupart des maisons sont peintes en rouge.

A dr, se détache la Kisaria. Après les boutiques de coiffeurs, ce sont la mahakma du kadi, le fondouk Er Rahba, marché aux grains, la mosquée de Sidi Azouz, du patron de la cité, la médersa de la grande mosquée (vieille porte à auvent, plafonds peints, cour centrale avec cellules sur le pourtour, puits sur citerne) et enfin la ^grande mosquée.

La partie actuellement consacrée au culte daterait partie de l'almohade Abd El Moumene (xii' s.), partie du mérinide Abou Yakoub (xiii® s.). La salie de prière compte 9 travées de 8 nefs chacune. Le mihrab, admirablement orné, a une coupole à stalactites ; il est masqué par une anza ou boiserie sculptée et peinte. Une coupole à 16 pans, du plus pur st^ie mérinide, le précède. Le minbar^ ou chaire, marqueté d'ivoire et de bois précieux, fut de toute beauté; il porte la trace d'une restauration de technique différente et déjà ancienne. Un grand *^Msfre de bronze ajouré et ciselé, de la ûn du xiii^ s., pesant, dit le Roudh El Qartas, 32 quintaux et portant 514 calices ou godets, est une autre merveille d'art. Un second lustre, plus petit, est également digne d'intérêt. Un troisième lustre n'est qu'une cloche chrétienne transformée.

La bibliothèque possède enfin quelques volumes contenant de jolies et fines enluminures.

Les restes d'une mosquée pins ancienne sont attenantes à la précédente ; elles comprennent une cour et un bâtiment presque entièrement ruinés.

Le minaret^ construit en pierre, renferme un escalier en briques de 189 marches. Du sommet, grande *vue d'ensemble sur la mosquée, la ville et les environs.

A proximité de la grande mosquée, vers la g., on verra encore la maison El Bekkari, habitation marocaine classique du xvni* s., de proportions harmonieuses, et, plus au N., le Dar El Makhzen, aujourd'hui complètement ruiné.

En poursuivant jusqu'aux remparts, on atteint le marabout de Sidi Abd Allah et Bab Er Bih, d'où l'on a une^^uue splendide sur les rochers à pic qui servent de soubassement à l'enceinte : au N. sur les jardins et vergers de Meggoussa, qui s'étalent sur les flancs escarpés de l'oued Taza; sur le pic de Tomzit; à l'O. sur les sommets du Kern Nesrani et de Mimouna:

JJ, — Le tour intérieur des remparts.

Cette promenade peut partiellement se combiner avec la précédente dont l'une ou l'autre moitié peut se voir au retour.

Une enceinte, dont certains vestiges appartiennent à une époque ancienne et encore indéterminée, se développe sur une longueur de près de 3 k. et entoure la medina. Elle est percée de plusieurs portes et munie d'organes défensifs détaillés ci-après.

A l'intérieur et à dr. de Bab Guebour s'élève j sur l'éperon E.;

TAZA

la kasba dont le plus remarquable édifice est le bestioun, à base carrée de 26 m. de côté, construit en briques, avec des murs extérieurs de 3 m. d'épaisseur, abritant des appartements et des casemates que surmontent une terrasse et une citerne. L'entrée, avec porte à herse, donne accès à une plate-forme battant la vallée (remarquer sur les murs des grafitti représentant des galions de la fin du xvi' s.). Les casemates sont disposées en cascades à côté d'un magasin, immense salle de 10 m. de haut.

Entre la kasba et Bab Djema, qui protège le point principal d'accès à la ville, s'étend le camp Lacroix, occupé par des troupes françaises. En allant plus au N., remarquer, à g., un moulin à huile, dont les curieux dispositifs, meule et presse, sont installés dans une grotte. A dr. s'étendent les ruines de l'ancien mellah, détruit en 1903. De la plate-forme qui suit, vue magnifique sur les vergers de Dra El Louz, le camp Girardot, les monts chauves des Branès et la vallée de l'innaouene.

En tournant à g. on passe devant Bab Er Rih (p. 240), puis sur l'emplacement du camp Couderc, établi sur une ancienne nécropole. On atteint ainsi le bordj Mlouloub, ou tour sarrazine, prismatique en dedans, cylindrique au dehors, à partir de laquelle l'enceinte, double jusqu'à Bab Tit, est longée extérieurement par un profond fossé.

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